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LOIS SECONDAIRES

I. — Loi de variabilité ou relativité : le plaisir dépend des inclinations ; or, comme les inclinations sont très différentes dans les divers individus, le plaisir est très relatif. Ce qui est agréable à l'un est désagréable ou indifférent à l'autre : tel aime la lecture, tel autre le dessin, un troisième la musique. Ce qui est peine pour une nature faible peut

(M Éthique, III» partie, appendice, traduction d'É. Saisset, t. III, p. 167, Paris, 1872'.

être plaisir pour une nature forte : vg. exercices violents du corps. — Ils varient dans le même individu avec les circonstances : vg. le jeu, plaisir de l'enfant, fatigue le vieillard.

II. — Loi de réaction : a) produits de l'activité, le plaisir et la douleur réagissent sur elle et la modifient à leur tour : le plaisir l'entretient, la stimule, la fortifie ; la douleur l'empêche, la déprime, la paralyse. Quelquefois cette loi semble contredite par des effets opposés : le plaisir énerve, la douleur excite. Mais ce n'est là qu'une exception apparente': le plaisir qui énerve est celui qui, excessif, ne se produit pas dans les conditions normales et trouble l'équilibre de l'âme (21, III). Le plaisir modéré n'est pas énervant. — La douleur ne stimule qu'indirectement, soit par la vivacité de Vaversion qu'elle fait naître pour l'objet qui la provoque, soit par V intervention de la volonté qui lutte contre la souffrance.

h) Le plaisir attire : il nous excite à continuer l'action et à rechercher l'objet qui le procure. La douleur repousse : elle nous porte à interrompre l'action et à fuir l'objet qui la cause : vg. nous aimons à entendre une musique harmonieuse ; nous fuyons une cacophonie. — C'est ainsi que le plaisir et la douleur produisent Vamour et le désir ou la haine et Vaversion.

III. — Loi de plus-value : le plaisir et la douleur se font valoir l'un et l'autre par leur contraste. Le plaisir est plus doux quand il vient après la douleur. Il faut avoir souffert pour goûter plus pleinement le bonheur, car son absence en fait mieux sentir le prix : vg. charme de la convalescence. — La douleur est plus amère quand elle vient après la plaisir : vg. ruine de la fortune après une grande prospérité.

IV. — Loi d'intensité : le plaisir et la douleur s'affaiblissent en se prolongeant ou en se répétant, parce que l'habitude émousse la sensibihté, dont l'activité est conditionnée par l'organisme : vg. le malade sent moins son mal à la longue ; l'ivrogne trouve de moins en moins du plaisir à boire. — Si les choses nous plaisent davantage dans leur nouveauté c'est que, dans le premier moment, les facultés sont plus vivement remuées, toutes leurs forces sont tendues vers l'objet. Mais, dans la suite, leur acte n'est plus aussi vif, il se relâche : voilà pourquoi le plaisir diminue. — L'intensité du plaisir et de la douleur est, ordinairement, en raison inverse de leur durée.

V. — Loi de transformation : par le souvenir, le plaisir se change en douleur et la douleur en plaisir : en se rappelant une joie passée (vg. un voyage) ou une peine disparue (vg. perte d'un ami), on regrette de ne| plus avoir la première, on se réjouit de n'avoir plus la seconde.

VI. — Loi de pénétration : l'activité, qui nous constitue, étant multiple, le plaisir et la douleur se succèdent constamment en nous et se pénètrent mutuellement. Platon signale déjà ce fait dans le Phédon : et l'exprime sous cette forme sjTnbolique qu'il met dans la bouche de|

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SocRATE : les dieux voulurent un jour réconcilier ces deux ennemis, le plaisir et la douleur ; comme ils ne le purent pas, ils les lièrent à la même cJiaîne ; depuis ce temps, le plaisir et la douleur sont d'inséparables compagnons. — Non seulement le plaisir contient pour ainsi dire en puissance la douleur, puisque la cessation du plaisir est une douleur, mais encore, au sein même du plaisir le plus vif, il y a « quelque chose d'amer », parce que l'âme en prévoit la brièveté :

Medio de fonte leporum Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angit. (Lucrèce.) Réciproquement, non seulement la douleur contient en puissance le plaisir, puisque sa cessation sera agréable, mais, au fond même de notre souffrance, il y a quelque chose de doux, ce que Spencer appelle « la volupté de la douleur », parce qu'elle ne va pas sans un certain déploiement d'activité et que nous nous sentons supérieurs à elle.

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