CRITIQUE DU TÉMOIGNAGF EN GÉNÉRAL
toujours vérifier ce que ses parents et ses maîtres lui disent et eux-mêmes n'ont pu le faire toujours.
2o De spontanée qu'elle est chez Tenfant, la foi au témoignage devient réfléchie chez l'homme fait qui la contrôle par l'expérience et la raison. Livrée à elle-même la connaissance individuelle serait très bornée. Grâce au témoignage dont nous usons constamment, chacun de nous a pour ainsi dire des milhons d'yeux et d'oreilles, qui le rendent présent sur tous les points de l'univers.
Remarques : de ce qui précède ressort la part du témoignage dans la formation de nos connaissances. On voit comment il en complète les autres causes qui sont : V expérience personnelle de la conscience et des sens ; — la raison qui nous fait percevoir certaines vérités universelles et nécessaires ; — le raisonnement qui de vérités connues tire des vérités nouvelles.
Sans doute ce n'est pas l'éducation, aidée de la parole et fondée sur la foi au témoignage, qui produit les idées dans l'àme de l'enfant, comme le prétend de Bonald (Ps. 229, § B). Non ; l'éducation suppose l'existence des facultés personnelles : les sens, la conscience et la raison. Son rôle est d'en stimuler le développement, d'aider l'enfant à passer des notions synthétiques et confuses, qu'il forme spontanément, aux notions analytiques et distinctes. Ce n'est pas une fonction créatrice, mais excitatrice.
II. — A la société : le hen social par excellence, c'est la parole ; or la parole suppose la foi au témoignage ; sans cette foi mutuelle les relations entre citoyens seraient impossibles. — La famille, la propriété, l'administration de la justice, la rehgion sont les assises fondamentales de toute société ; or ces diverses institutions ne peuvent subsister sans recourir au témoignage.
III. — • A la science en général : la foi au témoignage est une des conditions du progrès scientifique (128, § II et III). C'est pourquoi le témoignage est nécessaire aux sciences :
1° Rationnelles : il faut sans doute se rendre compte de la valeur des démonstrations antérieures ; mais chaque savant ne recommence pas le travail de ses prédécesseurs ; il en profite. Tout géomètre ne pourrait pas, comme Pascal, trouver par soi-même les trente-trois premières propositions d'EucHde.
20 Expérimentales : la part du témoignage y est beaucoup plus grande, parce que ces sciences reposent sur l'observation et l'expérimentation. Il est manifeste que chaque savant ne peut refaire toutes les observations et expérimentations accumulées par ses devanciers ; son point de départ est le point d'arrivée des autres. Sinon il passerait sa vie à contrôler les travaux antérieurs, et la science resterait stationnaire.
30 Historiques et géographiques : elles s'appuient directement sur le témoimage.