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D. — RÈGLES DE LA CRITIQUE DU TÉMOIGNAGE

Les règles de la critique du témoignage sont relatives : I. — Aux témoins : il faut établir qu'ils ne sont ni trompeurs, ni trompés, c'est-à-dire qu'ils ont la probité, qualité qui se rapporte à la volonté, et la compétence convenable, qui a trait à l'intelligence. Il y a deux cas à distinguer :

A) Témoin unique : pour écarter les deux causes qui peuvent vicier son témoignage, le mensonge et Verreur, il faut avoir de ce témoin une connaissance aussi parfaite que possible touchant :

1° Son intelligence en général, sa compétence dans le cas particulier, Tétat de ses sens.

20 Son caractère, sa véracité habituelle, ses passions ou ses intérêts du moment.

Bien que l'assertion d'un témoin unique fasse rarement foi, parce qu'il est très difficile de vérifier s'il remplit les conditions requises de véracité et de compétence, cependant la maxime juridique : Testis iinus testis nuUus, n'est pas absolue, en fait de témoignage historique.

B) Témoins multiples : on procédera, comme ci-dessus, pour chacun d'eux en particulier :

1» Mais, ici, quand les témoins sont d'accord entre eux, un nouvel élément de preuve apparaît. On cherchera si l'accord ne peut s'expliquer par une cause générale d'erreur, une entente préalable, une communauté d'intérêts ou de passions. Si aucune de ces raisons n'est reconnue valable, il reste que le fait est réellement arrivé. Autrement cette unanimité, n'ayant pour causes ni l'erreur, ni le mensonge, ni la réahté du fait, serait un effet sans cause, ce qui répugne.

20 Si les témoins sont en désaccord, on les range en deux catégories ; on compte et surtout on pèse les témoignages contradictoires ; puis on conclut en faveur des témoins compétents et sincères, fussent-ils moins nombreux, mais en proportionnant la créance à la valeur de leur témoignage.

IL — Au fait rapporté : il faut que le fait soit :

A) Vraisemblable. — On peut distinguer trois sortes d'invraisemblances :

10 Invraisemblance métaphysique : un fait absurde, contradictoire en lui-même et, par conséquent, en opposition manifeste avec la raison, doit être rejeté sans qu'il soit nécessaire d'examiner la valeur des témoins, car ils ne peuvent être que trompeurs ou trompés.

2o Invraisemblance physique : le fait contredit les lois scientifiques actuellement connues. Il ne faut pas le rejeter a priori sans examen, car :

a) Le fait peut dériver de lois supérieures. On ne doit pas identifier l'impossible et l'invraisemblable, parce que « le vrai peut quelquefois

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n'être pas vraisemblal)le ». Un fait ne doit pas être jugô impossil.l*; par cela seul qu'il est extraordinaire, car les phénomènes de la nature renferment encore plus d'un mystère inexpliqué, (l'est ainsi qu'on a lon^,'temps taxé d'invraisemblance le fait des pierres tombées du ciel. L'Académie des sciences de Paris décida môme, à la fin du xviiie siècle, qu'elle ne recevrait plus aucun mémoire sur ces prétendus faits. Et pourtant l'existence des aérolithes n'est aujourd'hui contestée par personne. L'Académie de Médecine de Paris, en plein xix® siècle, refusa longtemps d'examiner les faits de magnétisme, qui dérangeaient certaines théories préconçues (^).

b) Le fait peut provenir de la Cause première. L'historien ne doit pas oublier que les lois physiques sont hypothétiques (Ps. 1G4) et que; Dieu, Créateur et Conservateur du monde, ne s'est pas interdit d'intervenir dans les événements par le miracle ('^). (Cf. Métaphysique, L. II, Ch. 111, Art. 111, Sect. II). Dans ces cas extraordinaires on doit seulement examiner plus sévèrement la compétence et la bonne foi des témoins. Mais les rejeter a priori n'est ni sage, ni scientifique, car, selon le mot d'ARAGO : « Celui, qui en dehors des mathématiques pures prononce le mot impossible, manque de prudence (^). »

30 Invraisemblance morale : le fait paraît en opposition avec le caractère connu d'un personnage, d'un peuple ou d'une époque. C'est la moins forte des invraisemblances, car il ne faut pas oublier que l'intervention de la hberté est capricieuse et peut dérouter toute prévision. De plus, nous sommes très enclins à repousser comme absurde tout ce qui contrarie notre expérience et nos habitudes. Ici surtout l'historien doit se dépouiller de toute prévention et de toute préoccupation locale ou personnelle.

B) Facilement observable.

C) Important en lui-même ou dans ses conséquences.

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