‹ Traité de philosophieChapitre 837 sur 921 · A. — U OPINION · texte numérisé non relu

A. — U OPINION

C'est Vadhésion de l'esprit, mêlée de doute, à ce ijui Un semble plus probable. Cotte adhésion n'exclut donc pas la craint(> do l'erreur, que l'École appelle jormido alterius. (i). L'opinion est un étal inlermékiaire entre le doute et la certitude La probabilité et l'opinion sont corrélatives. Dire qu'on a telle opinion et dire que l'objet de cette opinion parait probable, c'est la même chose. — L'opinion comporte une foule de degrés, depuis la simple conjecture jusqu'à l'assurance proche de la certitude.

11 faut distinguer soigneusement l'opinion :

a) Du soupçon, qui n'est qu'une tendance à juger, tandis que ro[)inion est un jugement véritable, quoique timide.

b) Du préjugé, qui est un jugement porté à la légère, sans examen suffisant, tandis que l'opinion raisonnable est un jugement plus ou moins réfléchi.

§ B. — Lyl PROBABILITÉ {^)

L — Nature : la probabilité est cette lumière incomplète sous laquelle la vérité se montre souvent à notre esprit et qui détermine en lui cette adhésion hésitante qu'on nomme V opinion. On dit : ceci me paraît probable ; telle est mon opinion. La probabilité est à l'opinion, ce que l'évidence est à la certitude. C'est un caractère des choses qui provoque notre adhésion ; cependant, comme on l'a noté, ce n'est pas un caractère des choses,

et de ses principes, à mon avis mal entendus, plus d'une hérésie ; et je prévois que les conséquences qu'on en tire contre les dogmes que nos pères ont tenus, la vont rendre odieuse. et feront perdre à l'Église tout le fruit qu'elle en pouvait espérer, pour établir dans l'esprit des philosophes la Divinité et l'immortalité de l'âme. De ces mêmes principes mal entendus un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits. Car, sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement, ce qui, réduit à certaines bornes, est très véritable, chacun se donne liberté de dire : J'entends ceci, et je n'entends pas cela ; et, sur ce seul fondement, on approuve ou on rejette tout ce qu'on veut, sans songer qu'outre nos idées claires et distinctes, il y en a de confuses et de générales qui ne laissent pas d'enfermer des vérités si essentielles qu'on renverserait tout en les niant. Il s'introduit, sous ce prétexte, une liberté de juger qui fait que, sans égard à la Tradition, on avance témérairement tout ce qu'on pense... ». [Lettre au marquis d'ALLEM.A.Ns, 21 mai 1687, Correspondance, Édition Ch. Urbain et E. Levesque, T. III, p. 372-373, Paris, 1910).

(1) S. Thomas, Summa theol., I" P., Q. LXXIX, Art. 9 ad 4"ni.

(-) Laplace, Théorie analytique du calcul des probabilités, Inir.V- xn. Essai philosophique sur les probabilités. — D'Alembert, Éléments de philosophie, V. Logique. - S' Gbavesande, Introduction à la philosophie, Ch. xvn. — Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances, Ch. m, IV, V, VI. — Leibniz, Nouveaux essais..., L. IV, Ch. xv. — Palmieri, Insiilutiones philosoijhicœ, T. I, Logica crilica, Thés. xxix. — Charpentier, La logique du probable, Comptes rendus de l'Académie des sciences morales et politiques, Avril-Mai 1875. T. cm, p. 657-680.

776 l'opinion et la probabilité (117)

prises en elles-mêmes, mais en tant que représentées dans notre esprit. La probabilité est donc, en définitive, un caractère de nos jugements que nous attribuons aux choses, à cause de l'étroite relation qui unit le sujet connaissant et l'objet connu : quand il y a plus de chances en faveur de la vérité d'un jugement que pour sa fausseté, on dit que ce jugement est probable, c'est-à-dire mérite d'être approuvé (probari) par un homme sage : les raisons pour l'emportent sur les raisons contre. On peut donc encore définir la probabiHté : le rapport du nombre des cas favorables au nombre des cas possibles.

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