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IIL — MODE GÉNÉRAL DE CONNAISSANCE

A. — Renouvier C^) et les Néo-criticistes : la science n'est qu'un mode particulier de la croyance, comme une espèce dans un genre. Le mode général de connaître, c'est la croyance, car toute certitude est, en définitive, croyance. Toujours l'on croit : on croit voir^ on croit savoir. La croyance est la condition de toute science. La science suppose d'abord des données, des sensations, sur lesquelles elle s'exerce ; or il est nécessaire qu'elle y ci'oie. De plus, pour affirmer entre les phénomènes qu'elle constate des rapports nécessaires de causalité, la science doit préalablement faire un acte de foi à la valeur objective des principes directeurs de la connaissance. La certitude scientifique, ayant pour base un acte de croyance, se ramène par conséquent à la certitude morale. Les raisons ultimes de toute affirmation reposent donc sur l'ordre moral. Or les vérités d'ordre moral sont objet de foi ; théoriquement le doute à leur égard est toujours possible.

Mais, pratiquement, nous devons nous y conformer. La croyance que nous leur accordons n'est pas seulement un acte de l'inteUigence ; elle est aussi l'œuvre du cœur et dépend finalement de la volonté. C'est ainsi que la croyance est « l'acte de l'homme tout entier » et se trouve à l'origine de toute connaissance.

B. — Critique : I. — La volonté ne peut produire par elle-même un

{}) Pour une exposition et une critique détaillées de la théorie newmanieane voir l'excellent ouvrage de C. Bonnegent, La Théorie de la Certitude chez Newman, Paris, 1920. (^) Renouvier, Psychologie, II« Partie.

jugement, une croyance : c'est l'erreur de Descartes. Juger est un acte qui se rapporte à l'intelligence. 11 y a en elïet des jug.Tiionts (ceux ({ui sont évidents), auxquels la volonté n'a aucune part, car ils sont fatals et elle est libre : vg. 2-|-2 = 4 (Ps. 148, § li, 111). L'action de la volonté est indirecte : elle se borne à diriger l'attention qu'elle porte vers les objets ou en détourne, selon qu'ils lui plaisent ou déplaisent. Mais, (juand bien même elle produirait la croyance, elle ne peut lui donner une valeur objective, car de ce que nous voulons croire une chose, il ne s'ensuit pas que cette chose existe.

II. — Sans doute la certitude des vérités de l'ordre spéculatif, comme celle des vérités de l'ordre pratique, imphque le postulat fondamental de toute connaissance, la valeur objective de la raison, c'est-à-dire si l'on veut, un acte de foi de la raison en elle-même. Mais ce n'est pas un acte de foi arbitraire (Cf. Métaphysique^ L. I, Cli. II, Art. IIl), et il n'a pas de caractère moral. Il n'est donc pas légitime de subordonner les vérités de tous les ordres de connaissance aux vérités de l'ordre moral, ni de ramener les autres certitudes à la certitude morale, car pour être certain des vérités mathématiques ou des lois physiques, il n'est aucunement besoin d'avoir préalablement la certitude du devoir, de la vie future, etc.

III. • — Cette doctrine aboutit finalement au scepticisme, car la croyance, d'après elle, n'est que probable. Or la science, ayant pour fondement la croyance ne saurait être plus solide. Donc en définitive tout est plus ou moins probable, c'est-à-dire incertain.

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