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NATURE DE L'ERREUR

A la vérité est opposée la fausseté. On peut distinguer : I. ^ — La Fausseté logique ou erreur : si le vrai est la conformité de la pensée à son objet, le faux, au point de vue logique, c'est la nonconformité de la pensée à son objet. Difformitas intellectus ah ohjecto. « Errer, dit Bossuet, c'est croire ce qui n'est pas. » L'erreur est donc un état de l'esprit qui porte un jugement faux, soit en affirmant ce qui n'est pas, soit en niant ce qui est. L'ignorance est une limitation de la vérité : l'ignorant ne sait pas. L'erreur est la négation de la vérité : l'errant ne sait pas et croit savoir. C'est une ignorance doublée d'une illusion : grand obstacle à la science, car on n'est pas tenté de chercher ce qu'on croit posséder. Aussi Socrate disait-il en parlant d'un sophiste : « Il y a cette différence entre nous, c'est que lui croit savoir, quoiqu'il ne sache rien ; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir (^). » Le préjugé est un jugement non motivé par l'évidence. Toute erreur est donc un préjugé ; mais tout préjugé n'est pas nécessairement une erreur, car le préjugé tombe quelquefois juste.

(') Platox, Théétète. — S. Thomas, Summa theologica, I'« P., g. XVII. Quœstiones dispuiatœ, Q. I. De Veritate. — Suarez, Metaphysicœ Disputaiiones, IX. — Palmieri, Insliintiones philosophicœ, T. I, Oniologia, Thés. X. — Locke, Essai sur l'entendement humain, L. II, Ch. 32.- LEIB^-IZ, Nouveaux essais.., L. IV, Ch. xx.-Besca-rtes, Méditations. IV^. — Spinoza, Éthique, 11^ P., Pr. 35. — S. Mill, Système de Logique.., L. V. — A. Bain, Logique déductive et inductive, L. VI. — J. Sullv, Les illusions des sens et de l'esprit. — Brochard, L'erreur. — Rabier, Logique, Ch. xviii.

(-) Platon, Apologie de Socrate.

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II. -- Fausseté ontologique : il n'y a pas, à i)n.{)roiii<!iii parl.T, do faux objectif, car le faux c'est ce qui n'est pas (^) ; or tout c(; fjui existe est métaphysiquement vrai (113, III). Cependant on attribue la fausseté aux choses, non pas en considérant ce qu'elles sont, mais ce qu'elles ne sont pas. Ainsi on appellera faux :

1» Ce qui, par sa ressemblance avec une autre chose, est a[»t<! à nous apparaître ce qu'il n'est pas : Falsiim est qiiod ad similitudineiu alicujus rei accommodatuni est, neque id tamcn est ciijiis sitnile apparel (-). Ainsi une médaille en aluminium peut sembler de l'argent.

2° Ce qui, dans les œuvres humaines, n'est pas conforme à l'idéal physique, intellectuel ou moral : vg. faux miracle, fausse éloquence, fausse vertu.

S'^ Ce qui est l'objet d'une énonciation erronée.

On voit que la fausseté est attribuée aux choses à cause de leur relation avec V intelligence, soit parce que ces choses ont été une occasion d'erreur (1»), soit parce qu'elles ne reproduisent pas fidèlement l'idée qui existe dans l'intelligence et qui est leur modèle (2»), soit enfin parce que l'intelhgence peut émettre des propositions fausses (3°). Mais, objectivement et en soi, toutes ces choses, dites fausses ù raison de ce qui leur manque, sont vraies, ont une certaine réalité. Ainsi une fausse médaille d'argent est un wai métal, est vg. réellement de l'aluminium, etc. C'est pourquoi le faux n'est pas une négation pure et simple, un non-être. S'il est question de la fausseté proprement dite, c'est-à-dire logique, il est clair qu'un jugement faux est quelque chose de réel. S'il s'agit de la fausseté improprement dite, c'est-à-dire ontologique, il est évident que ce qui est appelé faux est une réalité à laquelle est jointe une négation. On dit que cette médaille d'aluminium n'est pas de l'argent ou que cette manière de parler n'est pas la vraie éloquence, etc.

III. — Fausseté morale ou mensonge : c'est le désaccord de la parole avec la pensée. Il ne suffit pas que la chose énoncée soit fausse, c'est une simple erreur ; il faut que la fausseté soit voulue : alors c'est une tromperie. nie mentitur qui aliud habet in animo, et aliud verbis... Ex animi enim sui sententia, non ex rerum ipsarum veritate vel falsitate, mentiens aut non mentiens judicandus est (^). Le menteur est celui qui pense une chose et en dit à dessein une autre. (Cf. Morale, L. II, Ch. II, Sect. I, § 1).

(^) BossuET, De la connaissance..., Ch. i, § 16.

(") S. Augustin, Soliloquia, L. II, Ch. xv, n. 29.

(') S. Augustin, De mendacio, Ch. m, § 3. — G.-L. Duprat, Le mensonge.

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