A. — DISTINCTION
La sensation comprend deux éléments :
I. — Affectif : c'est le plaisir ou la douleur physique : vg. odeur agréable de la rose ; — piqûre d'épingle douloureuse.
II. — Significatif : c'est l'ensemble des caractères (existence, qualités) de la sensation, qui permettent à l'intelligence de discerner la présence de l'objet qui l'a causée. Ainsi l'odeur de rose est agréable, c'est l'élément affectif, mais elle contient en outre quelque chose de caractéristique, par lequel elle se distingue des odeurs de la violette, etc.. et qui en fait pour moi le signe de la présence d'une certaine espèce de fleur, de la rose : voilà l'élément significatif. La sensation de piqûre d'épingle est douloureuse : c'est l'élément affectif ; mais elle offre quelque chose de spécial qui la distingue d'une autre sensation et qui est pour moi le signe de la présence d'un objet particulier : c'est là l'élément significatif. — On nomme généralement représentatif l'élément que nous avons appelé significatif. C'est à tort, parce que le mot représentatif est équivoque : il semble indiquer que la sensation est Vimage des objets
Le mot centre nerveux n'a réellement pas d'autre signification que celle-là : station intermédiaire sur la route de l'agent nerveux... Ce n'est qu'après une station obligatoire dans le poste central, c'est-à-dire dans un centre nerveux encéphalo-rachidien, qu'il est enfin dirigé vers l'écorce cérébrale. La fonction du cerveau est alors éveillée. Cet organe, dans les points où il est atteint, est provoqué à agir selon sa nature... Avec cette activité de l'écorce cérébrale se clôt la série des phénomènes qui a débuté par l'excitation extérieure : le cycle d'excitation est achevé. L'acte est complet.
« Seulement, — et c'est là le fait merveilleux, — ce fonctionnement organique, qui seul tombe sous la prise du physiologiste, s'accompagne d'un fait nouveau qui s'y surajoute, fait d'ordre psychique, sans rapport intelligible et sans commune mesure avec lui, hétérogène à lui, inexplicable en un mot : c'est le phénomène de perception. Il y a sensation perçue; le moi a pris conscience d'une modification qui s'est produite. Le phénomène a passé du monde physique dans le monde de l'âme.
« Les choses ne s'arrêtent point là. La perception devient à son tour le point de départ d'une série d'actes, comparaison, jugement, etc., qui s'enchaînent et révèlent l'intelligence. La volonté d'un acte approprié à la sensation perçue et conforme au jugement porté sur elle, — par exemple, la détermination d'écarter la cause d'une excitation douloureuse, — pourra naître dans l'esprit, et c'est par là que se terminera la scène...
• L'incitation volontaire, qui termine la série des actes psychiques, nous ramène dans le pur domaine de la physiologie. L'activité matérielle des centres psycho-moteurs de l'écorce cérébrale, qui correspond au phénomène psychique de la détermination volontaire, va devenir le point de départ d'un nouveau cycle nerveux d'excitation... L'excitation part de la cellule cérébrale psycho-motrice, comme tout à l'heure elle était partie d'une surface cutanée sensible ou de tout autre organe sensoriel ; elle n'arrive à sa destination, c'est-à-dire à un organe fonctionnel, au muscle par exemple, qu'après un relais obligatoire comme tout à l'heure encore, dans une station intermédiaire, c'est-à-dire dans un centre encéphalorachidien...