‹ Traité de philosophieChapitre 9 sur 921 · XXVIII CHAPITRE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

XXVIII CHAPITRE PRELIMINAIRE

Cette définition ne convient pleinement qu'à Fintelligence divine : alors la vérité est bien l'équation entre Têtre produit et rintelHgence créatrice, parce que l'artiste divin réalise d'une façon parfaite (rien de trop, rien de moins) l'idée qu'il a conçue. Mais cette formule ne saurait être rigoureusement étendue à l'artiste humain, puisqu'il est toujours plus ou moins impuissant à exprimer l'idéal rêvé. Elle n'est pas faite non plus pour la vérité logique, à moins qu'on ne l'entende d'une adéquation partielle, portant non sur l'objet entier, mais sur le point particulier que l'intelligence en peut saisir. C'est pourquoi, afin d'éviter toute équivoque, il est préférable de formuler ainsi, avec nombre de ScoLASTiQUEs, la définition de la vérité logique : Conjonnitas ititellectus cum re. Conformité de l'intelligence à la réalité (^). Il ne s'agit pas de la conformité à la réalité totale, mais à la réalité partielle qui constitue, dans chaque cas déterminé, l'objet formel de la connaissance.

Dans ces limites, la connaissance rationnelle se modèle sur l'objet, s'en informe et cette information, encore qu'incomplète, est cependant fidèle. Bref, la raison ne saisit pas toute la vérité objective, mais quelque chose de la vérité, suivant l'acuité plus ou moins grande des esprits. De deux personnes, dont l'une a des yeux très perçants, et l'autre, des yeux d'une portée moyenne, on ne dira pas que la première voit juste, tandis que la seconde voit faux ; non ; mais l'on dira que la première voit plus loin que la seconde : toutes deux voient bien, mais inégalement. La philosophie scolastique ne répugne aucunement au relativisme ainsi entendu et limité, parce qu'elle a une entière confiance dans la véracité de la raison humaine. Cette raison est destinée à comprendre plus ou moins parfaitement le vrai, comme les jambes sont faites pour marcher plus ou moins vite. Elle n'est pas un verre grossissant ou déformant les objets : c'est un instrument adapté de façon à pouvoir, s'il est bien manié, atteindre quelques parcelles authentiques de vérité. Ce postulat admis, l'on peut construire le monde supérieur et le monde inférieur en prenant la nature de l'homme comme point de départ et comme terme de comparaison. C'est un procédé relativiste, dont l'emploi, pour être délicat, n'en demeure pas moins légitime.

Nous percevons directement, par notre propre conscience, ce qui est en nous et ce qui se passe en nous. D'autre part, nous sommes avertis par divers changements que nous subissons, par des modifications dont nous ne nous sentons pas la cause, qu'il y a d'autres êtres que nous : nos semblables, les animaux, les végétaux, la nature inanimée. Nous

(') L'idée de cette définition se trouve dans S. Thomas. On lit en effet dans un article déjà cité : » ... Cum verum sit in intellectu, secundum quod conformatur rei inlellectœ... » (Summa iheol., I P., Q. XVI, A. 1.) Ces derniers mots servent à préciser les expressions : « adœguntio intellectus cum re >, que S. Thom.\s emploie plus loin. {Ibidem, Q. XXI, A. 2.)

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