DE LA GRAVURE DES IMAGES PHOTOGRAPHIQUES, PAR M. W.-B. GROVE
« La méthode du docteur Berres consiste à recouvrir ses plaques avec une solution de gomme arabique et, dans cet état, à les plonger dans de l’acide nitrique à divers degrés de force. Je n’ai pas eu l’occasion de voir des plaques ainsi préparées, mais quelques expériences que j’ai faites avec l’acide nitrique m’ont donné des contours imparfaits et mal arrêtés; de plus j’ai rencontré de très-grandes difficultés dans les manipulations, parce que l’acide n’attaquait jamais la plaque uniformément et simultanément. Mon but toutefois , dans cette communication , est non pas de trouver en défaut un procédé que je n’ai pas suffisamment expérimenté, ou vu appliquer par des mains habiles et exercées , et dont l’inventeur mérite toute la reconnaissance des physiciens, mais bien d’en faire connaître un autre qui possède l’avantage d’une extrême simplicité , que chacun , quoique peu exercé dans les manipulations
(1) Extrait du Manuel de Galvanoplastie.
chimiques, pcul pratiquer avec succès, et qui produit une gravure parfaite de l'image originale; k tel point qu’une plaque ainsi gravée peut à peine être distinguée d'une image daguerrienne, et conserve au microscope toute la délicatesse des parties les plus fines de l’impression lumineuse.
»Un seul mot suffira pour révéler tout le secret du procédé : c’est de faire que l’image daguerrienne soit l’anode (1) d’une combinaison voltaïque dans une solution qui par elle-même n’attaquera pas l'argent ou le mercure, mais dont l'anion, lorsqu’elle aura été clectrolysée, attaquera ces métaux inégalement. Cette idée s’est présentée à moi aussitôt après la publication du procédé de M. Daguerre; mais n’ayant pu, à la campagne où j’étais alors retiré, me procurer des plaques, j’ai négligé ce sujet d’autant plus volontiers, que d’autres occupations ne m’auraient pas permis de me livrer à cette époque à des expériences longues et minutieuses, \yant depuis peu entendu parler de la possibilité ou mieux de l’impossibilité qu’il peut y avoir à graver ou trans-
(1) « D’après les idées que M. Faraday s’est formées sur le mode d’action de la pile de Voila, la surface du corps décomposé par laquelle entre le courant électrique a reçu le nom d'anode, et celle par laquelle il sort celui de cathode. L’anode est le pèle né^çatif du corps décomposé, le cathode son pèle positif. Les corps qui touchent ceux qui se décomposent sont des électrodes. Ceux qui se décomposent directement en leurs éléments par le moyen d’un courant électrique ont reçu de lui le nom d'électrolytes , et leurs éléments celui de ions. L’eau est un électrolyte et ses ions l’oxygène et l’hydrogène. L’ion , qu’on a jusqu'à présent considéré comme l’élément électro-négatif, s’appelle, d’après lui, anion, et l’autre, ou celui électropositif, cation. L’oxygène, par exemple, est Fanion de l’eau, de même que l'hydrogène en est le cation. >»
porter les imagos daguerrienncs , j’ai éprouvé de nouveau le désir de faire quelques expériences en donnant suite à mes premières idées ; et m'étant procuré un assez grand nombre de plaques , je me suis appliqué à chercher le moyen d’y graver en creux les dessins que la lumière solaire y a représentés.
» 11 se présente naturellement cinq points distincts, qu’il convient de rappeler à l’esprit de l’expérimentateur dans le sujet en question : 1° la quantité du courant voltaïque; 2° son intensité; 3° la distance entre l’anode et le cathode; 4° la durée du procédé; 5° la solution qu’il convient d’employer.
• {“Quantité du courant . — Beaucoup d'expériences préliminaires m’avaient convaincu que, pour donner le maximum à ( action quantitative la plus uniforme d’une combinaison, les électrodes devaient être de même dimension que les plaques génératrices, ou, en d'autres termes, que l’aire de section de l’électrolyte devait être la même dans toute l’étendue du circuit du courant, il semble étrange que ce point ait pu être aussi négligé qu’il l’a été; un physicien ne monterait jamais une batterie dans laquelle un couple serait plus petit que le reste , cl cependant les électrodes qui ollrent par eux-mêmes une résistance au courant par l’inoxy dabilité de l’anode sont, à plus forte raison, un obstacle quand ils sont de petite dimension. J’ai donc pris généralement ces électrodes infiniment plus petits que les plaques géné-
ratrices ; par conséquent, sans pousser plus loin l’expérience, j’ai appliqué ce principe au procédé que je vais détailler.
» 2° Intensité du courant. — Ici il m’a paru 4 comme dans la galvanoplastie, où l’action visible se trouve au cathode, qu’un certain degré d’intensité précipite du métal sous forme de cristaux; qu’une augmentation dans cette intensité donne le cuivre sous forme de plaque métallique; une intensité plus grande encore, sous celle d’une masse pulvérulente; que le degré d’intensité qui présenterait sur le dépôt négatif les impressions les plus fines du cathode produirait également sur l’anode les plus délicates excavations, et conséquemment qu’une intensité qui ne parviendrait pas au point de dégager l’oxygène de la plaque qu’il s’agit de graver devrait nécessairement réussir: ce point néanmoins n’a pas été adopté sans un examen attentif, d’autant plus que M. Gassiol avait réussi à se procurer une trèsbelle gravure avec une série de dix couples de la batterie à acide nitrique (1). Les résultats des expériences multipliées dans lesquelles l’intensité a varié d’une série de seize paires à une paire de la batterie à acide nitrique ont été fortement en faveur de l’idée ci-dessus, et conséquemment ont prouvé qu’une paire
(t) Batterie ou pile voltaïque inventée par M. Grave dans laquelle on fait usage d’acide nitrique, et qui, sous un faible volume, présente des effets surprenants. Les déments de Bunsen remplacent économiquement les piles de Grave.
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donne le degré le plus efficaee d’intensité pour le but qu’on se proposait.
» 3° Distance entre les plaques.— M. de La Rive a démontré que, dans aucune solution électrolytique, quand les électrodes sont à distance, l’action ne s’étend un peu au delà des lignes parallèles qui joindraient les limites des électrodes, et par conséquent que le courant, à ce qu’il semble, diverge et converge ; il paraîtrait donc convenable de rapprocher les électrodes aussi près que possible, de manière à produire une uniformité d’action sur toute la plaque. Pourvu qu’on emploie une solution qui ne dégage pas de gaz au cathode, j’étais disposé à croire que les plaques no pouvaient être avec avantage infiniment plus rapprochées; mais, comme cela ne s’est pas vérifié avec la solution que j’ai choisie dans le plus grand nombred’expérienees, j’ai fixé la distance à 5 millimètres (2 lignes), afin que le gaz dégagé du cathode n’ adhérât pas à l’anode et n’intervint pas dans l'action.
»4° Durée de l’opération. — C’était une question que l’expérience seule pouvait décider, et cette durée doit varier avec la combinaison voltaïque employée. Avec une simple paire de la batterie à acide nitrique, 25 à 30 secondes ont été, après un grand nombre d’expériences, considérées comme un temps convenable; et comme la plaque peut à une époque quelconque être enlevée de la solution examinée, la première
expérience ne doit jamais excéder 35 secondes: époque à laquelle, si elle n’est pas complète, on peut soumettre de nouveau la plaque à l’électrolysalion.
» 5° De la solution employée . — Ici un vaste champ s’ouvrait et est encore ouvert aux expériences à faire. Admettant l’explication usuelle des images dagucrriennes, qui suppose que les lumières sont dues au mercure et les ombres à l’argent , il s'agirait de se procurer une solution qui attaquât l'une de celle-ci et ne touchât pas à l’autre. Si on pouvait trouver uno solution propre à attaquer l’argent, mais non le mercure, le résultat n’en serait que plus parfait attendu qu’on aurait une gravure positive, c’est-àdire une gravure avec les lumières et les ombres telles qu’elles sont dans la nature, tandis que la copie en donnerait une négative. Malheureusement l’argent et le mercure sont très-voisins dans leurs rapports électriques. J’ai fait plusieurs expériences avec de l’argent pur et employé comme l’anode d’une combinaison voltaïque, et j’ai toujours trouvé qu’une solution qui agit sur l’un de ces métaux agit aussi sur l’autre; dans ce cas, tout ce qu’on est en droit d’espérer c’est simplement une différence d’action. Avec les plaques d’expériences, j’ai donc employé les recettes suivantes :
»De l’acide sulfurique étendu, de l'acide chlorhydrique également étendu, une solution de sulfate de cuivre, de potasse et d’acétate de plomb. En employant de l’acétate de plomb, mon but était le suivant : avec cette solution le péroxyde de plomb est
précipité sur l’anode, cL, cette substance étant inso- Luble dans l’acide nitrique, il était présumable que, les parties en argent pur de la plaque étant plus intimement revêtues d’une couche de ce péroxyde que les parties mercurialisées , ces dernières, lorsqu’on plongerait dans cette menstrue, seraient attaquées plus vivement et fourniraient une gravure négative. J’espérais aussi obtenir quelque effet curieux de la couleur des molécules légères ainsi précipitées, mais j’ai été désappointé; les couleurs se sont succédé l’une à l’autre comme sur les plaques d’acier employées dans la métallochromie et avec un éclat tout à fait inférieur. En immergeant dans de l’acide nitrique à différents degrés de dilution, ces plaques ont été inégalement attaquées et le trait est devenu empâté et défectueux. Parmi les autres solutions, l’acide chlorhydrique a été, après plusieurs expériences, considéré décidément comme la meilleure menstrue, et de plus je m’attendais bien à rencontrer cet effet dans la puissante affinité du chlorure d’argent.
»Je décrirai maintenant l’appareil et la manipulation que j’ai définitivement adoptés avec M. Gassiol, au laboratoire de l’institution de Londres. Dans un bâti en bois on a pratiqué deux rainures placées à 5 millimètres (2 lignes) de distance l’une de l’autre et dans lesquelles on a glissé, 1° la plaque qu’il s'agit de graver ; 2“ une plaque de platine de même dimension. Pour assurer une évolution prompte et égale de l’hydrogène, cette dernière a été platinée
d’après la niélliodc de M. Smee; car si l’hydrogène adhère en un point quelconque du cathode, les portions opposées de l’anode éprouvent proportionnellement une moindre action. Le dos et les bords de la plaque daguerrienne ont été vernis avec une solution de gomme laque qu’on a grattée sur un des bords pour permettre d’établir le contact métallique. Le bâti en bois, avec scs deux plaques, a été ensuite placé dans un vase de verre ou de porcelaine rempli d’une solution de deux mesures d’acide chlorhydrique et une d’eau distillée; et deux fils forts en platine provenant d'un simple couple de la batterie à acide nitrique ont été mis en contact avec les bords de celle , plaque tandis qu’un des expérimentateurs a compté le temps, qui, comme il a été dit, ne doit pas excéder .‘10 secondes.
> Lorsque la plaque ainsi traitée aété enlevée de l’acide, on la rince à l’eau distillée; et si le métal est homogène, elle présente un beau dessin couleur de terre de Sienne de l’image originale produit par des molécules de l’oxycldorure qui s’est formé. On la place alors sur un plat contenant une très-faible solution d’ammoniaque, et la surface en est doucement frottée avec du colon très-mou jusqu’à ce que le dépôt soit dissous ; aussitôt que cela est effectué , on enlève immédiatement la plaque, on la plonge dans l’eau distillée, et on la sèche avec soin.
» Le procédé est actuellement complet, et on observe une gravure parfaite au trait du dessin original : quand on imprime avec cette plaque, elle donne une
image positive, ou qui a ses lumières et ses ombres comme dans la nature , et qui sous ce rapport est plus correcte que l’image daguerrienne ; comme les objets n’y sont pas renversés , on peut lire directement l’impression , et dans les portraits ainsi pris, les cotés droit et gauche de la ligure sont dans une position convenable. 1| y a, toutefois, cette difficulté relativement à la gravure des images daguerriennes: c’est que, si les plaques sont gravées à une profondeur suffisante pour une bonne impression, quelques-unes des lignes les plus fines ou points de l’original doivent nécessairement empiéter les unes sur les autres, et ainsi la beauté principale de ces admirables images se trouve détruite. D’un autre coté, si le procédé n’est suffisamment continué que pour obtenir seulement une gravure exacte du dessin original, ce qu’on peut faire, du reste, avec la plus rigoureuse perfection , le seul nettoyage de la plaque par l’imprimeur détruit aussitôt toute sa beauté; et les molécules de l’encre d’imprimerie étant plus grossières que ne l’est la profondeur du trait, il s’ensuit une impression très-imparfaite.
• C’est à cause de ces inconvénients-là qu’il m’a paru que pour le moment la plus importante partie de ce procédé est le moyen qu’il offre de multiplier indéfiniment les images daguerriennes au moyen de la galvanoplastie. Une image daguerrienne ordinaire, quand on la soumet au procédé galvanopiastique, laisse une bien faible impression, et en la traitant ainsi elle est entièrement détruite; l’impression ne
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peut être continuée longtemps sur celle plaque, tandis qu’une plaque gravée comme il vient d’èlre dit, à l’anode voltaïque, admet le tirage d’un très-grand nombre de copies. Pour donner une idée de la parfaite exactitude de celles-ci, je dirai que j’en ai préparé une où l’on voit sur la plaque galvanoplastique un écusson de 2 millim. 5 sur 4 millim. 5, sur lequel il y a cinq lignes d’inscription qu’on lit au microscope de la manière la plus distincte. Le grand avantage du procédé voltaïque sur le procédé chimique , pour la gravure des images daguerriennes, me parait résider en ceci :
» 1" Par le premier, des menstrues infiniment variées peuvent être employées; ainsi les solutions d'acides, d’alcalis, de sels, plus spécialement les sels de la classe haloïde, tels que des sulfures, des cyanures, cl par le fait tout élément qui peut être dégagé par l’élcctrolysation peut être employé pour agir sur la plaque.
»2° L’action est généralisée, et les courants voltaïques locaux sont évités.
»3" Le temps de l’opération peut être déterminé exactement, et on peut produire un trait de telle profondeur qu’on désire.
»4* Le procédé peut être arrêté à une époque quelconque, et être repris et renouvelé aussi souvent qu’on le désire.
•Le temps que j’ai indiqué a été calculé pour des expériences faites avec un couple de la batterie à l’acide nitrique ; néanmoins il n’est pas absolument né-
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cessaire de faire usage de celle-ci; il est probable que toute autre forme dans la combinaison doit être tout aussi efficace. Il serait plus convenable peutêtre d’employer une batterie à diaphragme ou une batterie qui produisit uu courant constant, attendu * qu’autrement le temps ne peut pas toujours être déterminé aussi exactement. Il est indispensable que ' * l’argent des plaques soumis à ce procédé soit Jtomo-
ffîsSs gène, car autrement des stries imperceptibles sur l’i ma o e originale daguerrienne sont instantanémenl '■■X ? produites par l'action de fanion naissant. •
’‘ r "*V*î ''*> > * Grow a * a ' 1 v0 * r quelques spécimens trés-
' i beaux de plaques gravées préparées par son procédé,
ainsi (|ue des copies galvanoplastii|ues remarquables, .ïiiSSè et il a cherché, en terminant sa notice, à appeler \ ^ l’attention sur l’exemple curieux que ces plaques of-
frent des effets des agents impondérables sur les corps ;vV : -. pondérables. C’est un nouvel art, dit-il, dans lequel, au lieu d’une plaque dessinée j>ar un artiste, et gra- • ' ' véo au burin par un graveur habile, on a une plaque
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