CHAPITRE V
DE L’IODAGE (I).
Nous avons donné page 10 la description de nos bottes à iode ; nous ajouterons seulement iei, pour les personnes (pii ont plusieurs appareils de différentes dimensions, qu’elles peuvent se contenter d’une seule boite à iode; mais alors elles devront se procurer une pièce en glace en forme d’équerre , qui existe dans l’appareil Claudel, et elles la promèneront dans ladite boite jusqu’à ce quelle donne un espace convenable pour chaque grandeur de plaque.
Lorsqu’on voudra ioder la plaque nue, on emploiera les châssis vernis qui vont sur chacune de nos cuvettes, en indiquant la grandeur de la plaque.
Si la plaquequi doit être iodée vient d’être passée à l'instant au velours dont nous avons parlé au chapitre du polissage, il n’y restera aucune poussière, et un léger souille enlèvera les quelques iilamenls du tissu qui seraient restés à la surface. Si l’on n’a pas de velours à sa disposition , on arrachera une pincée
(1) L|iode se Tend sous forme de petites paillettes brillantes, couleur mine de plomb, d'une odeur très-désagréable , tachant la peau en jaune. Ou le relire des cendres de certaines plantes qui croissent sur les bords de la mer.
de coton à la carde, et on la promènera très-légèrement sur toute la surface dans le sens adopté pour le poli ; cette opération enlèvera toutes les petites poussières souvcul invisibles à l’œil qui ne manqueraient pas de donner une épreuve criblée de petits points noirs.
La plaque étant donc dans les conditions que nous venons d’indiquer, on la placera sur la boite à iode, et après quelques instants d’exposition, on consultera sa couleur ; si l’on s’apercevait qu’elle prit plus de couleur d’un côté que de l’autre, on la retournerait sans craindre en aucune façon l’action de la lumière; et pour remédier à cet inconvénient qui provient de ce que l’iode s’est accumulé dans certaines parties de la carde, on le répartira plus uniformément dans celle-ci, ou bien on la changera entièrement.
Chaque fois qu’on retournera le carton de la botte à iode, on devra avoir le soin d’essuyer avec du coton l’épaisseur du châssis et la surface des bandes de verrequi reposent sur lecarton ; on évitera par là la tendance de l’iode à se porter toujours vers les bords de la plaque : on remédiera encore à ce même inconvénient en réunissant, au milieu de la carde de colon, une plus grande quantité de parcelles d’iode.
Le moyeu le plus commode, pour bien apprécier la nuance, consiste à faire rélléchir, sur la surface delà plaque, un morceau de papier blanc, lorsqu’elle aura atteint la nuance la plus convenable (1), le pa-
(1) Nous savons bien que nos grandes plaques fixée: c Ur leur plan-
pier considéré ainsi par réflexion devra paraître dans la plaque d’une couleur jaune très-foncé (1), commençant à devenir, mais très-légèrement, rose (2).
chette coorbe acquerront une teinte un peu plus foncée aux bords courbés que sur le reste de la surface ; mais le brème se fixera aussi en plus grande quantité à ces mêmes parties: de sorte qu’en définitive, la sensibilité sera h très-peu près la même dans toute son étendue. Cette légère différence sera néanmoins très-favorable k l’effet du tableau, et toute personne un peu artiste comprendra de suite notre raisonnement. On sait que les épreuves iodées au jaune d’or un peu clair et amenées par le brome k la teinte rose très-léger, ont des blancs très-intenses et des noirs très-vigoureux. On sait aussi que si l’on emploie une couche d'iode plus épaisse et qu’on applique sur celle-ci une teinte de brème proportionnelle , de manière k obtenir une teinte rose-vif, les oppositions sont moins tranchées et l'épreuve a plus de douceur; c’est ce que chacun a pu remarquer. Il résulte donc de la courbure de la plaque : que les parties extrêmes du tableau ont plus d'harmonie, et que tout l’effet est réservé pour la partie centrale; c'est précisément lk une des lois suivies par tous les bons artistes.
(1) On sait que , comme les minces lames d'air, tous les corps transparents déposés en couches excessivement minces rellèlent des couleurs qui varient suivant l’épaisseur qu'elles ont; on peut indiquer, comme loi générale, l’ordre suivant qui a, comme on voit, plus d'un rapport avec les couleurs prismatiques. Jaune paille, jaune foncé ou orangé, roae plus ou moins foncé ou rouge , violet , bleu d'acier et indigo (ces deux dernières se confondent), et enfin vert. Après cette couleur , la plaque redevient jaune-clair et continue k passer successivement, une deuxième (ors, sauf quelques altérations, par toutes les nuances déjk citées.
(ï) Nous avons indiqué cette nuance parce que c'est celle qui convient le mieux avec l'emploi de l'eau brémée. Sans doute une plaque iodée jaune très-clair, ou jusqu’au violet, pourra, dans quelques cas, après avoir été brémée proportionnellement , donner une belle épreuve ; mais nous avons dé indiquer les circonstances les plus favorables.
M. Buron est l'un des premiers qui ait indiqué cette même nuance.