DE L’EMPLOI DE L'EAU BROMÉE (I
Nous avons déjà dit que nous n’étions pas exclusifs sur ie mode de polissage; nous ne le sommes pas davantage quant au choix de la substance accélératrice: néanmoins, si on nous demande notre opinion, nous dirons que nous préférons l’eau brômée, dosée, à toute autre substance ; cette préférence est fondée sur sa stabilité et sur la facilité avec laquelle elle procure toujours el sans tâtonnements le maximum de sensibilité. Sans doute le bromure d’iode et une foule d’autres composés peuvent souvent donner d’aussi beaux résultats; mais que d’essais infructueux avant d’obtenir ce maximum de sensibilité tant désiré, que de soins pour le conserver pendant plusieurs jours après l’avoir trouvé (2) !
Nous avons dû dans cette édition conserver l’ex-
(I) Le brùmc est on liquide rouge, très-volatil, délétère au plus haut degré, qu'on eatrait de l’eau des salines après en avoir retiré tout le sel. C’est en raison de la grande analogie qui existe entre ce corps et l'iode que l’on a eu l'idée de l’employer dans la daguerréolypie.
(J) Nous devons cependant excepter la liqueur hongroise, dont nous parlerons dans la troisième partie.
celli'nt mémoire de M. Fizcau sur l’emploi de l’eau brômée (1).
Le lecteur y trouvera des avis indispensables pour quiconque veut se rendre compte des phénomènes photographiques.
Les cuvettes plates, dont nous n’avions proposé l’emploi qu’avec une certaine timidité dans notre dernière édition , étant devenues d’un usage général, nous n’insisterons pas sur les avantages qu’elles présententet sur leur extrême simplicité; nous ajoutons actuellement à chacune de ces cuvettes un cadre verni qui permet de recevoir la plaque nue.
Nous engagerons à employer, pour le dosage, les flacons divisés d’eau saturée (2), dont sont pourvus tous nos appareils. Nous croyons qu’ils remplaceront avec avantage les pipettes en verre, qui sont très-fragiles et dont l’usage est difficile et désagréable.
Chacune des divisions de ces flacons correspond au quarantième du flacon destiné à contenir l’eau brômée titrée. Il suffira donc de verser dans ces derniers, après les avoir préalablement remplis d’eau (3) , la quantité de liquide contenue entre
(I) On trouver», dans la troisième partie, la composition et l'emploi de toutes les autres substances accélératrices.
(J) On prépare cette dissolution en secouant fortement dans un flacon de l’can pure avec assez do brème pour qn’après une forte agitation, il en reste un excès au fond du flacon. Voyez pour plus de détails les notes de M Fizcau, chapitre XVUI.
(3) M. Fizeau a trouvé qu’il était indifférent qu'on employât des eaux soit de source, soit de rivière, pourra qu'on eût le soin d’y ajouter cinq ou six goutte* d'acide nitrique par litre (voyez ses notes, chapitre XVIll).
deux divisions du premier Hacon, et l’on aura toujours de l’eau brAmée au quarantième (1).
On écartera la glace vers l’un des angles de la cuvette et l’on versera le liquide dosé jusqu’à ce qu’il couvre seulement le fond, avec une épaisseur de deux à trois lignes (2). On ramènera de suite la glace, de manière que l’évaporation dure le moins possible; au bout de quelques instants on placera la plaque déjà iodée jaune-foncé (3) sur la cuvette, et on la recouvrira vivement de la glace. La duréede l’exposition à la vapeur du brômedoit varier suivant la distance de la plaque au liquide; mais pour nos cuvettes de diverses dimensions ce temps est compris entre t2 et 40 secondes. On comprend, aü reste, qu’il suffit de cinq à six essais une fois faits, pour déterminer d'une manière invariable le temps d’exposition nécessaire à chaque grandeur; et, comme cette dissolution au même litre est obtenue facilc-
(1) Nous avons adopté le titre do quarantième, parce qu'ayant fait usage
avec nos cuvettes , d’eau brémée au trentième , le temps d'exposition pendant les grandes chaleurs , se trouvait si court qn'on avait à peine le temps de compter quelques secondes. Cet inconvénient, qui n’en est un, au reste , qu'à cause des accidents qui résultent inévitablement de ce qu'on veut trop se presser, disparaît en titrant l'eau au quarantième.
(2) Pour avoir des effet* identiques , il faut verser chaque fois dans la cuvette une quantité constante d'eau brémée : on pourra doue ia transvaser dans un Qacou à très-large ouverture, qui servira de mesure ; ou encore, pour ne pas s’exposer à une double évaporation, on plongera daus le flacon l'extrémité effilée d’une forte seringue en verre sur laquelle on pourra établir des remarques correspondant à ia capacité de la cuvette , ou mieux encore , et c’est la méthode que nous suivons, on établira des repères sur le flacon d’eau titrée.
(3) Si l’on iodait trop clair, on s’exposerait à avoir des tons bleus.
nient, on devra la renouveler à chaque épreuve. On évitera avec grand soin que le jour ne vienne frapper la plaque lorsqu’on la retirera de dessus le brôme pour la placer sur son châssis (1). Pour éviter cet inconvénient, il sera bon de placer le châssis à terre à côté de la cuvette.
Il est donc impossible de préciser le temps exact que doit durer l’exposition de la plaque au-dessus de l’eau brômée; cela dépend de la quantité plus ou moins grande versée dans la cuvette : la température vient bien aussi y apporter quelques modifications, mais elles ont si peu d’importance qu’on peut les négliger. En moyenne, nous avons trouvé qu’en couvrant un peu plus ou un peu moins le fond des cuvettes d’eau titrée au quarantième et par diverses températures, il fallait : pour les sixièmes, 10 à 15 secondes d’exposition; pour les quarts, 15 à 20 secondes; pour les demi, 25 à 35 secondes; pour les plaques entières, 40 à 50 secondes.
On comprend qu’avec une quaplité constante et à moins de températures excessives, les résultats Seront entièrement identiques.
(I) line longue pratique indiquera les modifications à apporter au temps d’exposition de la plaque au-dessus de la cuvette , lorsque l’on veut conserver dans celle-ci la même dissolution d'eau brômée. Cette méthode, toute praticable qu’elle est, sera toujours une voie de tAtonnements, nous engageons donc, avec instance, à changer la dissolution pour chaque épreuve; autrement, il vaut mieux renoncer franchement à l’eau brômée et opérer d'après la couleur de la couche sensible comme pour le bromure d'iode, la liqueur hoogroise, etc. Voy. chapitre XVUI.