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II. DU PAPIER POUR LES ÉPREUVES POSITIVES

L’importance des papiers pour les épreuves positives est presque nulle, en comparaison des épreuves négatives. À la rigueur , tous les papiers pourraient donner une épreuve positive passable.

Voyons donc les conditions que le papier doit remplir pour fournir les meilleures épreuves positives.

Evidemment ces conditions sont variables et dépendent du résultat que l’on veut obtenir.

S’agit-il, par exemple, de produire des effets puissants, mâlement accentués? Il faut avoir recours au papier épais; car plus la couche aura de profondeur , partant plus elle aura de puissance et de solidité dans les effets. Un papier léger sera préférable, au contraire, lorsqu’il s’agira de produire des effets plus doux et moins vigoureux.

Lorsque le papier est bien collé, sa préparation est plus lente, plus difficile, mais les teintes des épreuves surtout plus vives et plus transparentes. Il nous suffit de signaler ce pria-

cipe, pour que le praticien en tire tout le parti possible, soit en faisant choix de papiers spéciaux , soit en suppléant luimême à l’insuffisance du collage.

Nous avons maintenant à parler de la surface du papier. On conçoit que plus cette surface sera unie et serrée, plus le décalque de l’épreuve négative sera parfait, et partant plus l’image aura de finesse.

De ce qui précède, on ne saurait conclure qu’il faille nécessairement un papier glacé ou d’un grain très-fin , car si la finesse du grain est pour un grand nombre de cas une qualité précieuse, elle est, au contraire, détestable dans certains effets. C’est ainsi que nos habiles artistes, les coloristes comme Decamps, par exemple, se gardent bien de prendre un papier glacé pour exécuter leurs ravissants dessins, auxquels la grosseur même des grains du papier vient ajouter de la finesse, de la transparence dans les tons et de l’air dans le tableau.

Dans la photographie, la lumière est un crayon fidèle, mais inintelligent. 11 est donc indispensable que le photographisle vienne en aide à la nature, et , connue l’artisle, il doit faire choix des moyens d’exécution que l’art met à sa disposition pour mieux rendre son sujet.

Si l’artiste, pour certains effets, recherche à dessein des surfaces rudes et calleuses, pourquoi le photographie n’userait-il pas des mêmes ressources? Qui ne comprend , en effet , que pour rendre une nature rude et sauvage, — la misère avec ses haillons, un dessin léché et glacé serait une sorte de contre-sens. Dans ce cas donc, les papiers à grain, voire même les papiers-torchon , sont de nécessité.

Dans ce choix, le photographiste doit s'inspirer des préceptes de l’art et s’en montrer observateur scrupuleux.

Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous parlerons de la photographie envisagée dans ses rapports avec l’art et comme art distinct de tous les autres. Pour le moment, nous devons nous borner à indiquer les conditions (pie les papiers doivent remplir, suivant le résultat qu’on se propose d’obtenir.

Nous avons étudié le papier sous les rapports de son épaisseur, de son collage, de son grain ; il nous reste encore à parler de sa nuance.

La nuance est sans influence sur les effets chimiques ; pourtant les papiers blanc de lait ou jaune sont préférables au papier bleu : les tons des épreuves sont plus chauds; les papiers bleus produisent des teintes froides et plombées.

Les papiers très-épais, comme les cartons-Bristol et ceux de même genre, peuvent donner encore d’excellents résultats après trois mois de préparation. Quoiqu’ils se teintent légèrement, l’épreuve n’en est ni moins belle, ni moins harmonieuse ; au contraire , lorsque les lumières du dessin à reproduire sont très-vives, l’épreuve acquiert des qualités qu’il est fort difficile de lui donner par un autre moyen.

Les papiers de force ordinaire, comme les papiers vélins à l’usage des dessinateurs, ne se maintiennent bons, en raison de leur épaisseur, que pendant quinze à trente jours; les papiers à lettre ne se conservent guère que de un à cinq jours. Quelque soin que l’on mette à les garantir de toute lumière, ils se teintent à tel point, qu’au bout de quelques jours il n’est plus possible d’en tirer parti.

Les papiers recouverts d’une pâte photogénique, d’albumine par exemple, peuvent se conserver beaucoup plus longtemps;

ils se comportent bien comme les papiers épais, mais la coloration uniforme qu’ils prennent ne nuit en rien à l’harmonie de l’épreuve; seulement, cette épreuve semble avoir été faite sur un papier de Chine , et à cet égard , dans beaucoup de circonstances, ils seront préférés par les hommes de goût et qui recherchent les effets de l’art dans les résultats de la photographie, plutôt que la crudité des oppositions et la sécheresse dans les contours.

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