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CHAPITRE YII

FORMATION DE L'ÉPREUVE NÉGATIVE SUR PLAQUES DE VERRE, PAR LA VOIE HUMIDE ET PAR LA VOIE SÈCHE.

l'albumine iodurée, étendue sur le verre, suivant le procédé décrit au chapitre IV, § V, n’acquiert la propriété photogénique, qu après avoir été soumise à l’acéto-nitrate d’argent, qui fait passer l’iodure de potassium à l’état d’iodure d’argent.

l’albumine ne joue aucun rôle chimique dans les réactions, elle n’est qu’un milieu dans lequel sont suspendus les sels photogéniques.

Bien différente des papiers, qui, composés de matières végétales, de colle, et parfois de certains sels, deviennent susceptibles d’altération sous l’action des combinaisons chimiques, l’albumine reste inerte dans tout le cours des réactions, c’est de son état physique seulement dont il faut se préoccuper.

L'albumine devient insoluble lorsqu'on la chauffe au-dessus de 70 degrés ; l’acide acétique qui entre dans la préparation de l’acéto-nitrate d’argent produit le même effet qu’une élévation de température, et c'est sur cette propriété que reposent, en grande partie, les avantages de l'emploi de l’albumine.

Mais en se coagulant, l’ albumine se contracte, et il faut que toute la couche d’albumine subisse, dans le même moment, ce changement d’état, sans quoi elle se divise et forme autant de sections qu'il y a eu de temps d’arrêt dans l’opération.

Citons un exemple .

Si, sur une feuille de verre couverte d’albumine, on laisse tomber quelques gouttes d’acéto-nitrate, il s'opère une coagulation partielle, et localisée à la place où les gouttes sont tombées.

La première précaution qu’on doive prendre lorsqu’on soumet les glaces albuminées à l’acéto-nitrate, c’est de les plonger dans la dissolution dans un seul temps, car, autrement, la couche présenterait des solutions de continuité, les intervalles de mouvement fussent-ils inappréciables.

Si l’on avait un grand nombre de glaces à préparer, le mieux est d’avoir un vase suffisamment profond, dans lequel on plonge verticalement et successivement toutes les glaces.

Adéfaut de ce moyen, qui exige un appareil spécial, nous avons décrit autrefois une méthode aussi simple que commode, et qui présente l’avantage de ne pas grossir le bagage daguerrien, puisque la même cuvette qu’on emploie à cet usage peut servir pour les autres opérations.

Ce moyen consiste à verser dans une cuvette dont le fond est bien uni, une couche d’acéto-nitrate d’environ un demicentimètre; en soulevant la cuvette de la main gauche on

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fait écouler le liquide dans la partie opposée; on prend alors la glace de la main droite, le côté albuminé regarde le liquide ; par un double mouvement , on laisse tomber la glace dans la cuvette, et on abaisse celle-ci sur la table. Si ces deux mouvements ont été bien combinés, l’albumine de la glace est coagulée d’un seul coup; et sa surface ne présente pas de solution de continuité.

Si le fond de la cuvette n’était pas parfaitement uni, on aurait à craindre que la concile d’albumine fût altérée. Pour parer à cet inconvénient, il suffit de placer dans le fond delà cuvette, et contre les bords inférieurs, un peu de cire molle, de manière que la glace, en tombant sur le fond , soit soutenue à son extrémité inférieure et reste suspendue de quelques millimètres au-dessus du fond de la cuvette; tandis que les papiers indurés ne s’imprègnent que peu à peu d’acéto-nitrate d’argent, suivant la nature de leur encollage, l’albumine qu’on étend sur le verre entre instantanément en combinaison avec ce corps. Il faut donc la sortir le plus tôt possible du bain d’acéto-nitrate.

Dès que la glace a touché l’acéto-nitrate, la couche d’albumine qui la recouvre est photogénique, et on peut l’exposer immédiatement à la chambre noire; mais, si on est forcé d’attendre avant d’employer la glace, il faut, après l’avoir sortie de la cuvette, la passer à l'eau distillée; ce qui a lieu en laissant tomber la glace dans une cuvette à moitié remplie d’eau distillée, le côté albuminé en haut; on agite vivement la glace, afin de hâter la dissolution de la partie surabondante d’acéto-nitrate d’argent qui ne s’est pas combinée avec l’albumine.

Il est essentiel , pour ne pas diminuer la sensibilité photo-

génique de l’albumine, de laver la glace dans une très-petite quantité d’eau, et de la soustraire à ce lavage dès que l’eau a cessé déformer une surface irrisée sur l’albumine.

Lorsqu’on a lavé la glace, on peut l’exposer à la chambre obscure, soit immédiatement à l’état mouillé, soit dix ou quinze jours après, à l’état sec. Dans ce dernier cas, il faut avoir soin de la garantir avec le plus grand soin delà lumière du jour.

Il est nécessaire, dans l’un comme dans l’autre cas, de faire bien égoutter l’eau qui reste à la surface de la couche d’albumine lorsqu’on retire la glace de l’eau de lavage ; pour cela, il suffit de prendre la glace par les tranches et de frapper quelque temps l’un des angles sur la table où on opère; tout excès de liquide s’écoule par cet angle, et la couche s’essuie uniformément.

Si les glaces sont destinées à être employées dans un temps plus éloigné, il faut les laisser sécher complètement, et les placer ensuite dans une boîte à rainure, ou, à défaut de cette boîte, dans un cahier de papier blanc, chaque glace dans une feuille de papier séparée, et le cahier lui-même déposé ensuite dans une boîte de carton. Dans tous les cas, et quel que soit le procédé auquel on ait recours, il faut veiller à ce que la surface de l’albumine ne soit pas altérée par le contact d’un corps étranger.

Lorsqu’on emploie les glaces immédiatement après leur préparation, il ne faut pas laisser sécher la couche d’albumine; dès qu’elle a été secouée comme nous l’avons dit, pour faire écouler les gouttelettes d’eau qui auraient pu rester à la surface , il est bon de la placer dans le châssis de la chambre noire, et de maintenir celui-ci horizontalement jusqu’au moment de l’exposition, afin de conserver une humidité bien égale sur toute la surface de la couche sensible.

On s'assure que le couvercle du châssis de la chambre noire est bien propre, qu’il est exempt de poussière et de gouttes d’eau qui tomberaient sur l’albumine et formeraient des taches.

Avant de déposer la glace albuminée dans le châssis de la chambre noire, l’opérateur peut être fixé sur les qualités de sa préparation, l’albumine sous l’action de l’acéto-nitrate a pris un aspect nacré; vue par transparence à travers la bougie, il est facile de reconnaître si la couche est bien égale, bien pure, d’apercevoir les plus légères défectuosités, qui sont, en général , moins graves qu’on ne serait tenté de le supposer d’après leur aspect.

Lorsqu’une glace est altérée dans l une de ses parties, on peut l'utiliser encore en ramenant l’image dans la partie qui est restée intacte.

Les glaces albuminées sont peu sensibles à l’action de la lumière; pour dégager une bonne épreuve, il faut une exposition de plus d’un quart-d’ heure au soleil avec l’objectif ordinaire.

11 en résulte qu’on ne peut employer ce procédé que pour des sujets inanimés. Les résultats seront rendus avec plus ou moins de perfection, suivant que les modèles seront plus ou moins éclairés.

jNous avons dit dans le Chapitre 11 , tous les inconvénients auxquels donnent lieu des lumières trop vives.

Lue vive lumière a le double inconvénient de hâter l’impression des parlies éclairées et de retarder l’impression des ombres.

On a toutes sortes d'avantages à opérer à une faible lumière et à prolonger en conséquence la durée de l’exposition.

Lorsque l'exposition a été poussée très-loin, l’image est apparente au sortir de la chambre noire. Il suffit alors d’une

légère dissolution d'acide gallique pour lui donner toute son intensité. Au lieu d’employer l'acide gallique saturé comme dans les cas ordinaires, il est préférable de l’employer en dissolution très-é tend u e .

Si l’image est très-apparente au sortir de la chambre obscure , il faut laver la glace à grande eau avant de la passer à l’acide gallique.

Dans ce cas il ne faut laisser séjourner la glace dans le bain d’acide gallique que très-peu de temps, l’effet de l'acide gallique étant sensible à l’œil , l’opérateur apprécie facilement le moment où il doit soustraire l’épreuve à son action.

Nous allons maintenant nous occuper du résultat obtenu dans des conditions opposées.

Lorsque l’exposition a eu lieu à une douce lumière et par un temps froid, il arrive que la glace albuminée, môme après avoir séjourné quelque temps dans le bain d’acide gallique saturé, n’accuse pasd’image. La glace n’a pas changé d’aspect. Il suffit alors d’ajouter au bain quelques gouttes d’acéto-nitrate pour la faire paraître aussitôt et la développer même au-delà du point nécessaire.

Il faut apporter dans I emploi de ce moyen une extrême réserve, car si on ajoutait au bain d’acide gallique trop d’acétonitrate, ou si la glace albuminée restait quelque temps sous l' influence de son action, I épreuve serait très-sérieusement compromise.

11 pourrait arriver que la couche d’albumine fût perforée dans les noirs de l'image, c’est-à-dire dans les parties les plus vivement impressionnées par la lumière et ensuite par l’acétonitrale. Celte perforation, qui n’est apparente qu’en regardant

répreuve à travers la bougie, produit sur les épreuves positives, un pointillé noir qui les altère profondément.

Si on prolongeait trop longtemps le séjour de la glace dans le bain de gallo-nitrate d’argent, il pourrait en résulter des noirs d’une trop grande intensité, en sorte que l’épreuve perdrait la totalité ou au moins une partie de sa transparence.

Les lumières seraient accusées avec trop d’éclat et de sécheresse. Le tableau pécherait alors par un défaut d’harmonie.

Si nous accordons une si grande importance à ces recommandations, c’est que nous savons par expérience combien les opérateurs sont impatients lorsqu’il faut attendre, plusieurs heures, un résultat qu’on peut obtenir en quelques minutes.

Cependant il y a tout à gagner à temporiser, car une épreuve qui se développe lentement à l’acide gallique arrive souvent avec une admirable perfection.

Mais celte sage réserve n’est pas toujours possible, il y a des épreuves qui ont été obtenues par une lumière trop faible pour se développer sans le concours d’un agent chimique énergique. L’acéto-nitrate devient alors d’un emploi précieux, seulement il faut en suivre l’action et la modérer. L’expérience seule peut enseigner l’opportunité et la mesure dans laquelle il faut employer ce moyen.

Nous terminerons par une dernière recommandation.

Contrairement à ce qui se passe pour les épreuves négatives sur papier, lesquelles paraissent dans le bain d’acide gallique beaucoup plus intenses qu’elles 11e le sont en réalité, lorsque les papiers ont été préparés simplement à l’iodure de potassium, les épreuves sur verre sont au contraire une fois au moins plus puissantes qu’on ne serait tenté de le supposer,

d’après leur aspect ; il faut donc les soustraire à l’action du bain, bien avant qu’elles ne paraissent suffisamment accusées.

Du reste, si elles étaient trop faibles, même après avoir fourni des épreuves positives, l ien ne s’opposerait à ce qu’elles fussent soumises de nouveau à l’acide gallique, pour les amener au point de coloration nécessaire.

L’addition d’une goutte d’acéto-nitrate au bain d’acide gallique sera alors d’un très-bon effet.

| IL FIXATION DE l’ ÉPREUVE NÉGATIVE SUR VERRE

Dès que la glace albuminée est soustraite à l’action du bain d’acide gallique, elle doit être lavée à grande eau, puis déposée dans une cuvette qui contient une dissolution de bromure de potassium.

La quantité de bromure de potassium est absolument indifférente; si la dissolution est faible, on laissera tremper l'épreuve plus longtemps; si elle est concentrée, il suffira d’une minute pour faire absorber tout, le sel d’argent qui est resté libre sur la couche d'albumine.

Pour ménager celte substance assez coûteuse, on peut en mettre une petite quantité dans la cuvette et agiter celle-ci lorsqu’on y a déposé la glace de manière à promener la dissolution sur la surface de l’épreuve ; au bout d’une minute ou deux, la dissolution de bromure prend une couleur verte, résultat de sa combinaison avec les sels que l’épreuve contient

encore»

Lorsque les glaces sont préparées depuis peu de temps, et que l’albumine n’a pas eu le temps de sécher, il se forme quelquefois des espèces de cloches sur l’épreuve, lorsqu’on fait tremper la glace dans l’acide gallique ; le seul moyen d’éviter cet accident, c’est de hâter toutes les opérations et de terminer l’épreuve au plus vite.

Après le passage de l’épreuve au bromure, on la lave à grande eau et on la sèche en la plaçant sur un des coins, pour faciliter l’écoulement du liquide et activer la dessiccation.

Il est prudent de faire sécher les glaces dans la chambre obscure, car si les lavages étaient incomplets, l’épreuve serait plus facilement altérée parla lumière.

De même, s’il s’était formé des cloches dans la couche d’albumine, il faudrait laisser l’épreuve dans l’obscurité la plus absolue.

On devra même, alors, la passer de nouveau au bromure, après l’avoir séchée une première fois.

Le second passage au bromure et le lavage qui le suivra, seront exécutés le plus rapidement possible, pour éviter la réapparition des cloches, qui aurait lieu inévitablement si les bains se prolongeaient. Toutes ces opérations devront s’exécuter dans la chambre obscure.

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