PRÉPARATIONS DES PAPIERS POUR L’ÉPREUVE POSITIVE
§ Ier. PRÉPARATION AU CHLORURE DE SODIUM ET AU NITRATE D’ARGENT.
On dissout 1 partie en poids de chlorure de sodium (sel marin, sel de cuisine) dans 10 parties d’eau distillée; on filtre, et on verse la dissolution dans un vase plus grand que le papier.
On dépose chaque feuille de papier sur la surface du bain , <'t on prolonge le contact jusqu’à ce que la feuille soit bien aplatie; 2 ou 3 minutes suffisent si le papier n’est pas trop épais, on sèche chaque feuille au papier buvard, que l’on
renouvelle jusqu’à ce qu’il ne soit plus mouillé, de la même manière qu’il a été indiqué dans la préparation du papier négatif.
Dans un autre vase qui contient une dissolution de :
1 partie nitrate d’argent, h parties eau distillée,
on dépose la surface du papier qui vient d’être imbibée de sel marin; l’état d’humidité où se trouve le papier facilite l’action de la capillarité ; le nitrate d’argent se combine avec le chlorure de sodium, et il se forme du chlorure d’argent.
Ainsi, pendant qu'on essuie une seconde feuille de papier, la première a pu passer au bain d’argent.
Au sortir du bain, on soulève la feuille avec soin, afin que le liquide ne mouille pas l’envers delà feuille; onia laisse égoutter dans la cuvette, afin de ne pas perdre trop de liquide, et on la dépose enfin sur une surface bien plane et imperméable, le côté mouillé tourné en dessus.
On voit qu’en passant ainsi successivement le papier du bain salé au bain d’argent, l’opérateur ne perd pas une minute et qu’il peut en quelques heures préparer une assez grande quantité de feuilles de papier.
Mais ce mode de préparation, assez expéditif, n’est praticable qu’à la condition d’employer un papier de force ordinaire, le papier épais se gode sur le bain salé, il faut un temps considérable avant qu’il s’aplatisse et s’imprègne uniformément.
Lorsqu’on opère avec du papier épais, il faut modifier le procédé en conséquence.
On remplace le vase plat qui contient la dissolution de sel
marin , par un vase profond dans lequel on plonge verticalement chaque feuille de papier (*).
il faut à ce genre de papier quelques heures pour s’imbiber suffisamment, on peut le laisser tremper tout un jour dans le bain salé, sans inconvénient.
Lorsqu il est déposé dans le bain, il faut éviter que des bulles d'air ne s’interposent entre le liquide et la surface du papier, et n’empêche celle-ci d’être mouillée uniformément; si on prend cette précaution, le bain peut recevoir autant de feuilles de papier que la capacité du vase peut en contenir.
Avant de soumettre le papier au nitrate d’argent, il faut l’essuyer avec beaucoup de soin, au papier buvard, et le laisser au moins une heure sur le bain d’argent.
Pour rendre cette préparation plus facile , et parlant plus pratique, voici la marche qu’on peut suivre :
Après une immersion de 5 à 6 heures dans le bain de sel marin, toutes les feuilles trempées sont essuyées au papier buvard et empilées les unes sur les autres en interposant toujours entr’ elles une feuille de papier buvard. Toute la masse est ensuite enfermée dans un cahier de papier humide ou dans un carton, afin de maintenir un papier salé dans un état d’humidité aussi égale que possible et de le soustraire à l’action de l’air extérieur.
On dispose ensuite un ou plusieurs bains de nitrate d'argent, selon la quantité de papier qu’on veut préparer. On dé-
( ) ) Nous entendons par papier épais, les papiers carton genre Bristol, triais d’üne seule pâte; il existe dans le commerce un papier fabriqué par MM. Caflson frères à Annonay, format grand aigle, du prix de 6 à 7 fr. 50 cent, la main, employé pour tableaux d'écriture, dans les écoles et les administrations.
C’est ce papier que nous prendrons pour type et que nous signalons comme parfaitement convenable pour les épreuves positives.
pose chaque feuille sur uu bain séparé et on abandonne l’opération à elle-même, jusqu'à ce qu’on ait le temps de venir remplacer le papier.
La durée du contact est sans inlluence sur la qualité des papiers, si le contact n’a pas duré moins d’une heure, ou plus de cinq à six. On peut ainsi mettre 8 jours si l’on veut, pour épuiser la masse de papiers salés ; de cette manière on établit une préparation permanente de papier positif sans prendre d’autres soins que de renouveler de temps en temps les pa= piers qui s’imbibent sur le bain d’argent.
Il est nécessaire de choisir pour cette opération un local humide et froid , l’air sec et chaud pouvant agir sur le bain d’argent et l’évaporer en partie,
11 ne faut mettre dans le bain de nitrate que la quantité de liquide nécessaire pour que le papier puisse flotter sur la surface.
Chaque fois qu'on enlève une feuille de papier du bain , on ajoute à celui-ci la quantité de liquide qui a pu être absorbée, de manière à le maintenir toujours dans les mêmes conditions.
Quel que soit du reste le mode de préparation qu ou préféré, il faut toujours s’assurer que le bain d'argent reste bien limpide, que sa surface est exempte de toute impureté.
Lorsque le papier salé a été imparfaitement essuyé par le papier buvard, les bains d'argent se troublent; il se forme des flocons de chlorure d’argent qui en modifient la composition. Lorsque cet accident se produit , il faut arrêter l’opération, filtrer le bain , et y ajouter quelques crislaux de nitrate d’argent pour remplacer celui qu’il a perdu.
Nous avons déjà dit qu en sortant du bain, le papier de- Pholographie sur papier.
vait être mis a plat pour sécher. En agissant ainsi, on utilise au profit de l’épreuve, tout le chlorure d'argent qui n’a pu être égoutte au-dessus du bain ; il est donc essentiel que le meuble sur lequel le papier est déposé soit bien horizontal et imperméable, afin que le chlorure d’argent soit réparti uniformément et ne vienne pas s’accumuler par place, ce qui produirait des taches ou des inégalités d’impression sur l’épreuve positive.
Par le même motif on doit laisser sécher le papier lentement .
Pour conserver le plus longtemps possible au papier positif toute sa blancheur, il faut le conserver dans un lieu humide et complètement à l’abri de la lumière ; mais il faut avoir soin de le sécher avant de s’en servir.
Lorsque les glaces , ou les châssis sont humides , il se forme des taches sur l’épreuve négative; pour éviter ces accidents, qu’on attribue ordinairement à la mauvaise qualité du papier, il suffit d’exposer à l’air les glaces et les châssis avant de s’en servir.
§ II. PRÉPARATION DU PAPIER POSITIF AU CHLORURE DE SODIUM ÉTENDU DANS L ALBUMINE,
On bal en neige des blancs d’œufs dans lesquels un a a erse 25 pour 0/0 de leur poids d'une dissolution saturée de sel de cuisine, ou si Ton veut :
4 grammes de sel et 10 grammes d’eau distillée par chaque blanc d’œuf.
Lorsque la masse a passé à l’étal de mousse , on la laisse reposer jusqu’à ce quelle soit redevenue liquide : on la libre à travers un linge très-fin ou un papier de soie.
Le papier sur lequel on étend l’albumine doit être épais ; on relève les quatre bords de chaque feuille, comme nous l’avons indiqué pour la préparation analogue du papier négatif; on dépose chaque feuille sur un plateau de glace bien pial, et on verse à l’intérieur un excès d’albumine, de manière à en couvrir tout le fond. On imprime alors à la glace quelques mouvements de va-et-vient pour agiter l’albumine et empêcher la formation des bulles d’air qui rendraient l’adhérence de l’albumine incomplète.
On fait écouler par un angle tout l’excès de l’albumine dans le vase où on l'a préparée, et on fait sécher le papier en l’attachant par une épingle à un cordon qui est tendu horizontalement.
Le temps de faire toute cette manœuvre suflit pour laisser au papier une couche suffisante d’albumine. Cette préparation se fait au grand jour. Si l’appartement n’est pas humide, en moins d’un quart-d’ heure l’albumine a eu le temps de sécher, et le papier peut alors être soumis au nitrate d’argent.
Cette seconde phase de la préparation doit se faire en tout point comme nous l’avons indiqué pour les papiers épais et salés, c’est-à-dire que le papier albuminé doit rester au moins une heure sur le bain de ititrate d’argent pour être suffisamment saturé de ce sel.
On voit que la préparation du papier à l’albumine est infiniment plus commode et plus facile que la précédente, car elle dispense du soin, toujours pénible, de sécher le papier salé au papier buvard.
On n'a pas à craindre non plus les désordres que produisent dans le bain , les feuilles de papier qui ont été mal essuyées.
L’albumine présente aussi une notable économie en absorbant moins de nitrate d’argent.
On peut préparer à l’avance, et par provision, du papier â 1 albumine pour ne les passer au nitrate d’argent qu’au fur et à mesure qu’on veut exécuter des épreuves positives, le papier pouvant sc conserver indéfiniment si on le préserve de l’humidité.
Quelle que soif donc l’époque où le papier a été couvert d’albumine , que sa préparation soit ancienne ou récente, il se comporte de la même manière sur le bain d’argent.
Lorsqu’on emploie l’albumine, on peut se servir du papier épais dont nous avons déjà conseillé l’usage : l’avantage qu’il présente sur le papier léger, c’est que l’albumine s’étend plus facilement à sa surface, et qu’il se conserve beaucoup mieux et plus longtemps.
Lorsque les papiers positifs ont été préparés depuis longtemps, ils se teintent en gris si on les conserve dans un endroit frais; mais à l’abri de l’humidité, ils conservent pendant plus d’un mois leur blancheur et sont d’un emploi excellent.
Nous signalerons plus tard, lorsque nous traiterons du caractère des (‘preuves positives, tout le parti qu’on peut tirer des papiers épais qui auront pris la teinte grise que nous venons de signaler.
La préparation des papiers à l'albumine, plus simple, plus facile et moins coûteuse, ne saurait exclure l’usage des papiers salés, parce quelle n’est pas propre à tous les sujets; les épreuves sur papier albuminé ont une plus grande chaleur de ton, plus de transparence et de finesse dans les détails ; mais h leur tour, les papiers salés donnent aux épreuves un aspect de dessin ou de gravure aqua-tinte , un vague mystérieux qu’on aime à trouver dans les œuvres d’art, parce qu’ils s’adressent alors autant à l’âme qu’aux sens, à l’esprit qu’aux yeux. Les compositions d’après nature, les portraits , les paysages avec de grands effets de perspective, seront plus beaux avec les papiers salés; mais l’avantage reviendra aux papiers albuminés, lorsqu’il s’agira de reproduire des objets d’histoire naturelle, des monuments, pour lesquels les détails, la précision, la finesse du trait, sont les qualités les plus essentielles.