IS
De même que, dans les diverses espèces d'animaux, le système nerveux du bas-ventre, de la poitrine de la colonne vertébrale, et les systèmes des sens particuliers diffèrent entre eux en grosseur, en forme, en couleur et en consistance ; de même aussi les systèmes partiels du cerveau varient entre eux , suivant les espèces et les individus , par la grosseur , la couleur , la contexture et la consistance.
Ohservnlion.
C.Qile proposition n'est encore, comme on le voit, qu'une conséquence et une extension de la quatorzième. Nous forons seulement remarquer que les différences de formes et de couleurs du système nerveux cérébro-spinal , se distinguent facilement , mais qu'il n'en est pas de même de celles de contexture ou de consistance, et que cette dernière qualité peut se rencontrer avec des facultés différentes ou semblables. On peut voir dans notre ouvrage sur l'anatomic du cerveau , les faits qu& nous donnons à l'appui de notre assertion.
De môme que chaque syslèmc parliculicr cl les syslèmes analogues diffèreul dans les individus de la même espèce , et que nul de tous ces syslèmes n'est conslaninicul en raison directe avec les autres systèmes nerveux; de même aussi cliaque système cérébral partiel , et les syslèmes cérébraux analogues, ne sont pas constamment, dans les divers individus de la mémo espèce , en raison directe avec les autres syslèmes cérébraux.
Observation.
Les facultés étant une conséquence de l'organisation , et celles-là se trouvant plus ou moins compliquées chez les hommes et les espèces animales , il fallait nécessairement qu'il y eût une variété à cet égard selon les êtres; de là la différence entre les divers systèmes nerveux des espèces et même entre les individus de la même famille. Les applications pratiques de Gall dans l'espèce humaine sur ce dernier point, le meltent , selon moi, audessus de tous les philosophes et physiologistes qui l'ont précédé.
De même que les systèmes partiels du même individu , par exemple les systèmes des sens , diffèrent en grosseur , de même aussi les systèmes cérébraux varient en grosseur chez le même individu.
Tantôt l'une, tantôt l'autre des parties intégrantes du même système, tant dans le cerveau que dans les autres systèmes nerveux , sont plus ou moins développés chez lès individus de la même espèce.
Ce que nous avons dit précédemment est applicable à la 17" et à la 18° proposition.
De môme que dans les différentes espèces d'animaux et dans les individus de la même espèce , les divers systèmes nerveux du bas-ventre , de la poitrine , des sens , se développent à des époques inégales ; de même aussi les systèmes partiels du cerveau se développent et diminuent à des époques différentes , dans les diverses espèces d'animaux.
Observation.
Ces différences et ces diminutions partielles de développement de facultés, connues dès la plus haute antiquité, n'auraient-elles pas dû suffire pour établir la pluralité des organes cérébraux ; et c'est probablement ce qui aurait eu licu,siridéc dominante d'un principe agissant indépendamment du corps,
124 TRAîii:
û'avait généralement régné parmi les philosophes et dans les écoles. II existe certainement une époque de maturité pour les organes, et une pour leur décrojssement ; elles sont évidentes pour tout homme qui veut bien s'observer un peu : mais il n'est pas toujours facile d'apprécier ces diverses époques par l'inspection des parties nerveuses, à moins toutefois que les changemens ne soient portes à l'extrême. Ainsi M. Esquirol m'a dit avoir trouvé une grande diminution ou une sorte d'atrophie de la portion antérieure des hémisphères cérébraux , chez feu le vénérable professeur Pinel.
Le développement et la diminution des divers systèmes nerveux, tant dans le reste du corps que dans le cerveau , suivent , il est vrai , a3scz généralement un ordre déterminé : ces phénomènes sont cependant soumis, dans certains individus , à des changemens inverses frappans.
Observation.
Il ne peut en être autrement. Les corps organisés se trouvent trop modifiés par les circonstances extérieures pour présenter un mode de développement constamment régulier. Voilà ce qui explique comment certains enfans sont pubères de très-bonne heure, d'autres excellens musiciens, ou possèdent un talent extraordinaire pour les langues , le calcul , etc.
Chacun des systèmes cérébraux, comme chacun des autres systèmes nerveux, peut quelquefois seul être attaqué de maladie, tandis que les autres restent intacts.
Observation.
Les lésions partielles du système nerv^eux ont été assez communes pour établir la vérité de celte proposition ; mais de longues recherches sont encore nécessaires avant que la pathologie puisse éclairer la physiologie du cerveau. On sait très-bien qu'il suffit d'une légère lésion du système cérébro-spinal pour donner lieu à des accidens très-graves , au trouble de toutes les facultés-,mais on a quelquefois vu des fails entièrement opposés à ceux-ci.
De même que dans les aulres systèmes, une moitié du système peut-être seule malade ; de même aussi des altérations et des maladies n'attaquent souvent qu'un seul côté des divers systèmes , ou une seule partie.
Ohservation.
C'est celte double disposition du système nerveux cérébral qui explique
WE i':iRi;M)LoaiE.
comment les facultés peuvent encore se manifester , bien que des lésions trèsgiaves aient en Heu d'im côté. Voilà pourquoi les observations consignées dans les mémoires de l'Académie de chirurgie , et dans lesquels il est question de pjirties cérébrales enlevées dans des cas de blessures à la tète , et sans trouble des facultés intellectuelles , ne prouvent rien contre la doctrine de la physiologie du cerveau.
Refutations Je plusieurs propositions avaacées par des aiiatomistes sut te système ucrvt'iix cércLro-spiual (1).
Première proposition Je M. Serres. (2).
Il est certain que plus le cou est long chez les oiseaux , et plus leurs cerveaux et leur moelle sont eflilés.
Observation.
Les exemples opposés à cette prétendue loi générale sont très-nombreux ; nous nous contenterons de donner ici les suivans : le héron, pi. LXX, tig. 1 , qui a le cou bien plus long que le perroquet , a cependant le cerveau bien plus gros et la moelle épiniére moins effilée que celui-ci , pi. LXXllI , fig. 4. L'oie domestique , dont le cerveau est représenté pi. LXX, fig. 2, a l'encéphale plus gros et la moelle épiniére moins effilée que la buse commune , dont le cerveau est représenté id. pi. , fig. 4.
Deuxième proposition Je M. Serres.
Le rapport direct de volume entre la moelle épiniére et le cerveau , ne porte pas sur tout l'encéphale ; il a lieu uniquement avec les tubercules quadrijumeaux. La moelle épiniére et les tubercules quadrijumeaux sont rigoureusement développés en raison directe l'un de l'autre , de telle sorte que le volume ou la force de la moelle épiniére étant donné, on peut déterminer rigoureusement le volume et la force des tubercules quadrijumeaux.
Observation.
Qui s'attendrait à trouver après une proposition donnée avec tant d'assurance , un grand nombre de faits qui lui sont entièrement opposés ; c'est cependant ce que la nature nous offre journellement. Allons aux faits.
(1) On peut compter sur TexaclituJe Je nos observations , et nous les donnons avec J"autant plus de confiance , qu elles sont le rèsullat de faits recueillis et représentés avec soin.
(2) Jnatomie comparée du cerueau dans les cjualre classes d'animaux vertébrés ; ouvrage qui a remporté le grand prix à l'Instilut. Paris, 2 vol. in-8., 1824, vol. l, pag. xxvj et suivantes.
MQ TIIWTÉ
La moelle épiuièrc du coucou , pi. LXXIII , fig. 2 , est très-pelite, et Ics^ tubercules bijunieaux très-forls. La buse , pi. LXX , fig. -4 , a la moelle épiiiière plus pelile que Toie domestique , et cependant ses tubercules bijunieaux sont plus gros que ceux de l'oie , id. pi. , fig. 2. La grande cbouelte des bois, pi. LXXIII, fig. S , a la moelle épiiiière bieu plus forte que le héron , pi. LXX, fig. I ; cependant les tubercules bijumeaux sont moins volumineux que dans cet oiseau. Il n'est pas généralement vrai , non plus , que chez les quadrupèdes , les tubercules quadrijumeaux soient toujours en raison directe du volume de leur moelle épinière. Nous avons consigné dans notre ouvrage sur l'anatomie du cerveau, plus de quinze cas entièrement opposés à l'assertion de M. Serres.
Troisième proposiiion de M. Serres.
Les tubercules quadrijumeaux sont développés dans toutes les classes , en raison du volume des yeux.
Observation.
Celle prétendue loi générale présente beaucoup d'exceptions. Le héron , pi. LXX , fig. 1 , dont les yeux sont très-volumineux , présente des tubercules bijumeaux assez gros. Mais dans la grande chouette des bois , pi. LXXIII, fig. S , dont les yeux sont plus volumineux que ceux du héron , il est facile de voir que les tubercules bijumeaux sont cependant plus petits. Les tubercules bijumeaux de la corneille mantelée , pi. LXXIII , fig. 1 , ceux du perroquet grand amazone id. pi. , fig. A , du geai , pi. LXX , fig. 3 , ne sont pas en rapport avec le volume de leurs yeux. La caille dont les yeux sont peu volumineux , présente cependant des tubercules bijumeaux très-forts , pi. LXXIII, fig. 7.
Quatrième proposition cle ^l. Serres.
La moelle épinière est développée dans toutes les classes, en. raison directe du volume du lobe médian du cervelet.
Observation.
Jamais proposition ne fut moins exacte : on sait que tous les oiseaux n'ont que ce lobe médian ; conséquemment en jetant un coup d'œil sur les planclies de notre atlas, on verra combien la proposition de M. Serres est erronée Le coucou, pi. LXXili, fig. G, le héron, pî. LXX, fig. 1 , l'huitrier, pi. LXXIII , fig. 8 , la Imse , pi. LXX , fig. -4 , le canard pilet , pi. LXXII , fig. 3 , ont un cervelet très-fort et nullement en rapport avec leur moelle épinière.
Dans notre ouvrage sur l'anatomie du cerveau , nous reviendrons sur d'autres propositions avancées par M. Serres : il sera facile de se convaincre par le? dcr-ins ajoutés à nos observations, que les faits avancés par ce médecin
Dii piiufcNOLocnr:. 121
niôrilcnl peu de confiance. Comme nous avons fait représenter les cerveaux tics mêmes animaux qu'il a si horriblement défigurés dans son atlas , nous engageons les lecteurs instruits et do bonne foi, à les comparer avec ceux représentés dans notre ouvrage , et à confronter ensuite les uns et les autres avec la nature, afin qu'ils soient convaincus que l'amour de la vérité a éti le seul objet de nos critiques.
Proposition de M. Desmouliiis (1).
Presque toutes les espèces du genre m^rle ont le cerveau lisse ; il n'y a pas un seul sillon à celui de la belette.
Observation.
Décidément, M- Desraoulins n'a jamais disséqué le cerveau de l'un des animaux appartenant à une seule espèce de ce genre ; car toutes , sans exception , présentent un cerveau à circonvolutions très-distinctes. Voyez pi. LXXIV , fig. o, le cerveau de la belette, et pi. LXXV, fig. 10, celui de la marte.
Deuxième proposition de M. Desmoulins (2).
Dans aucun des genres d'oiseaux de proie nocturnes ou diurnes, que j'ai pu examiner, savoir : dans les aigles, les pigargues, les vautours, les milans, les buses, les éperviers, lesbalbusards, l'èmérillon, les ducs et les effraies; dans aucun gallinacô , dans les corneilles, les canards, les oies, les grèbes je n'ai pu découvrir le moindre rudiment de glande piuéale.
Observallon.
Il n'est pas surprenant que n'ayant pas trouvé les circonvolutions chez la marte , où cependant elles sont très-apparentes, M. Desmoulins n'ait pas trouvé davantage de glande pinèale chez les oiseaux. Je n'ai point disséqué de cerveau de vautour et de pigargue ; mais dans les oies , les buses , les canards , les poules et tous les oiseaux dont jW disséqué le cerveau, j'ai constamment trouvé la glande pinèale.
(1) Anatomic des systèmes nen^eux des aiumaux vertébrés , par Magendie et A Desmoulins, 2 vol. in-8j Paris , 1825, page 276, t. I.
(2) Même ouvrage, vol. I , page 211.