CHAPITRE X
DEVELOPPEMENT DU SYSTEME CEREBBO - SPINAL DK L HOMME ET DES ANIMAl'X
VERTÉBRÉS. CHANGEMENS QUE l'aGE AMENE DANS CE SYSTEME ET CONSÉ-
aUEMMENT DANS LES FONCTIONS QUI EN DÉPENDENT.
Une des études les plus intéressantes pour le physiologiste , est , sans contredit, celle du développement du système nerveux cérébro-spinal ; elle le devient encore davantage si Ton y rattache celle des fonctions dont il est le siège. Nous possédons déjà quelques travaux sur ce sujet mais ils sont loin , selon nous, de répondre aux intentions des auteurs qui les ont entrepris, soit par le peu d'étendue des recherches ou par le peu de soin apporté dans les observations anatomiques et physiologiques. Il est surtout une chose à laquelle ces savans n'ont pas donné assez d'attention, nous voulons parler de la connaissance exacte des actes psychologiques qui devait accompagner celle du système de l'organisation qui y préside.
Nous allons présenter ici quelques remarques que nous avons faites chez l'homme et les vertébrés, et , bien qu'elles soient loin de comprendre l'histoire complète du développement du système cérébro-spinal et toutes les modifications que l'âge lui fait éprouver, nous les croyons cependant trop importantes pour les passer sous silence.
Il ne sera point question ici de ce système dans l'état embryonique ; nous le prendrons à la naissance , et suivrons les principales phases de son développement et de sa diminution ou décroissement jusqu'à la décrépitude.
Chez l'enfant naissant, le système cérébro-spinal présente peu de consistance ; sa couleur est généralement rosée , et la distinction de couleur des deux substances qui le composent est peu sensible. La moelle épinière et son renflement supérieur sont assez développés ; leur résistance m'a paru aussi plus prononcée que celle du cerveau proprement dit. Celui-ci est très-mou ; aussi est-il presque impossible de déplisser l'encéphale à cet âge. De toutes les circonvolutions cérébrales , celles qui se trouvent logées dans les fosses moyennes latérales de la base du crâne , sont celles qui m'ont offert le plus de résistance. Les parties profondes, vulgairement connues sous le nom de corps striés , couches optiques et bandelettes demi-circulaires , se voient distinctement chez l'enfant à terme , mais sont loin de présenter ni la couleur , ni la consistance qu'elles ont chez l'adulte.
Nous avons déjà démontré , chapitre VII , que le crâne acquérait un développement très-remarquable dans les premiers mois qui suivent la naissance,
TR.VITÉ DC PIlHftNOLOCrR. 129
augiiicnlalion do volume qui coïncide avec celle qu'éprouve le sysièrao cérébro-spinal : c'est principalement dans les parties situées à la base du crùno, celles qui occupent la région antérieure et inférieure de l'os frontal , que ces chaugcmens sont le plus marqués. Voir la pi. VIII his , fig. 1 , 2, 3 et -4.
Le cervelet ne parait pas suivre la progression de développement des partics nerveuses renfermées dans le crâne. La partie de cet organe , que j'ai trouvée la plus, apparente cbcz trois fœtus à terme , est celle connue sous le nom de Tennis cercbclli.
Plus l'enfant avance en âge et plus son système cérébro-spinal augmente en volume et en consistance. C'est alors que des changemens très-remarquables se font apercevoir dans les fonctions des sens et des facultésaffectives et intellectuelles. La vie, qui, dans les premiers mois, se composait presque entièrement de l'alimentation et du sommeil , a subi de grandes modifications. Les sens commencent leurs fonctions : l'enfant reconnaît sa nourrice ; son attention parait déjà se fixer sur les objets qui l'entourent ; la joie et la douleur se peignent dans ses traits; et bien que la station et la progression soient encore impossibles , il agite ses petits membres avec assez de force.
C'est surtout à partir de la seconde époque de l'enfance, c'est-à-dire depuis l'apparition des premières dents jusqu'à l'âge de sept ans , que l'on voit le système nerveux cérébro-spinal prendre une ampleur et une consistance remarquables ; c'est aussi pendant cet intervalle que nous voyons les facultés affectives et intellectuelles avoir un caractère plus tranché : et il n'est pas impossible , pour un œil observateur , de reconnaître déjà celles qui domineront l'homme viril. C'est aussi à cette même époque où les affections nerveuses se manifestent : les rêves et les agitations qui les accompagnent , annoncent le travail étonnant qui s'opère alors dans l'encéphale de l'enfant. Ces phénomènes sont d'autant plus prononcés, que celui-ci est d'une constitution plus irritable et son système nerveux cérébral plus développé. Un besoin pressant de s'agiter se fait alors sentir chez les deux sexes , et l'on peut déjà saisir les nuances qui les caractérisent. Favoriser le développement du système musculaire des enfans de cet âge , par de fréquens exercices gymnastiques appropriés à leurs forces, est , selon nous, un des points les plus imporlansde l'éducation physique des énfans. On peut, par leur secours, retarder l'action des organes génitaux, qui , selon ce que j'ai été à même d'observer, entrent de bien meilleure heure ea action, que beaucoup de personnes , et même des médecins , ne le pensent communément.
J'ai été déjà consulté plusieurs fois par les parens déjeunes enfans des deux sexes, de cinq à sept ans, ayant l'habitude de la masturbation ; et je suis convaincu que le nombre de ceux qui s'y livrent serait reconnu pour être trèsconsidérable , si les enfans n'employaient la plus grande adresse pour cacher cette funeste habitude.
De sept à quinze ans le système nerveux cérébro-spinal augmente encore plus en volume et en consistance, mais la progression est moins rapide; c'est
lîO XRvirt;
ordinuircrnoiit ;\ celle dernière époque où coranicncc la puberté. Le lempérainent , le climat , la nourriture , ont une iuUuence marquée sur ce temps critique. Un développement remarquable se lait apercevoir dans la région poslè~ rieure du système cérébro-spinal ; il est accompagné de plus d'assurance et de plus de prétention dans les mouvemens ; les yeux acquièrent une expression qu'ils n'avaient point auparavant; un sentiment de bien-être indicible se fait éprouver; le caractère moral se prononce davantage; les désirs vénériens sont plusfréquens, plus vifs, plus impétueux, plus difticilesà combattre ; le besoin du rapprochement des sexes se fait sentir avec énergie ; les facultés intellectuelles, loin d'avoir encore toute l'activité et l'étendue qu'elles présenteront dans un âge plus avancé , s'annoncent cependant de manière à faire pressentir jusqu'à quelle hauteur elles pourront aller plus tard. Mais à combien de faux jugemens le défaut de connaissance en physiologie cérébrale chez les instituteurs , et la vanité des parens, ne donnent-ils pas lieu ? La ruse est souvent prise pour de l'intelligence , la mémoire verbale pour les signes d'une grande capacité , etc., etc.; et l'on s'abuse d'autant plus facilement à cet égard , que le moins capable est souvent celui qui brille le plus dans ce fatras que l'on appelle emphatiquement éducation : chose que nous considérons comme entièrement à refaire, parce que, jusqu'à ce jour , elle n'a pas été basée sur la connaissance juste et profonde de l'homme moral et intellectuel.
Nous n'examinerons point ici le développement de toutes les facultés qui se manifestent à cet âge , obligé que nous sommes de revenir sur ce sujet lorsqu'il sera question d'appliquer la phrénologie à l'éducation.
Ce n'est que de dix-huit à quarante ans que le système cérébro-spinal atteint chez l'homme son entier développement ; c'est aussi durant cet intervalle que l'homme intellectuel et moral se dessine entièrement, que les facultés affectives ont surtout plus de force, plus de durée. Il y a peu d'exemples d'hommes qui, passé cette dernière époque , aient fait de grands travaux ou du moins annoncé de grandes facultés. Cet état est cependant plus ou moins stationnaire , et l'on conçoit toute l'influence que le tempérament , le genre de nourriture , les habitudes et le climat peuvent avoir sur son retard ou son avancement. Les cerveaux des hommes de cet âge sont généralement assez consistans; l'enveloppe osseuse est plus dense et plus épaisse.
Passé quarante ans , le système cérébro-spinal de l'homme commence à perdre de sou activité ; il diminue graduellement de volume , en même temps (lue sa consistance augmente. Les fonctions de la locomotion, celles des facultés intellectuelles et affectives perdent de leur énergie; il en est de même de celle des sens. Mais les changemens qui ont lieu varient suivant les individus. Chez l'un, c'est la vue qui commence à faiblir, chez l'autre, c'est l'ouïe qui devient moins nette. On en voit qui perdent la mémoire verbale, celle qui nous met dans le cas de nous orienter (1), etc., etc.
(1) J'.Ti coîiiiu à Paris une pcrsoniu' (jui tiprouva un cLan^cment Irès-rcm.nrqunble , Je
DE PIUU-NOl-O ;IE. Til
C'est une chose vraiment curieuse que les soins que les horamos , en général , apportent alors pour dissimuler les changemens , que le temps amène dau» leurs facultés physiques et morales; c'est surtout ce que l'on remaniuc chez les hommes qui ont passé la cinquanlaine. Il en existe bien peu de cet âge qui conviennent que leurs facultés baissent, que leur aptitude, leur aclivilé sont moins prononcées, et c'est souvent à l'instant mémo oii les preuves les moins équivoques de celte diminution se font apercevoir, que nous les
voyons aflirmer qu'ils n'ont jamais joui de leurs facultés avec plus d'énergie
Pauvre humanité!
On ne saurait croire à combien d'abus cet excès d'araour-propre a donné lieu dans les sciences, et de combien d'années il a retardé les progrès des connaissances humaines. Nous sommes profondément convaincu que c'est pour ne pas avoir limité une époque pour les hommes qui sont chargés de l'enseignement des sciences, que celles-ci sont restées si long-temps stationnaires. Quel est rhomme instruit et de bonne foi qui ne conviendra pas avec nous que les idées et les connaissances de ceux qui ont passé soixante ans, roulent toujours dans le même cercle , que toutes leurs actions sont presque toujours machinales et routinières. Sans doute , cet aveu est pénible, peu d'hommes le feront ; et cependant rien n'est plus vrai : né voyons-nous pas, de nos jours, des savans très-eslimables d'ailleurs, professer des idées entièrement étrangères à celles de notre époque; tout est changé autour d'eux, eux seuls sont restés stationnaires. Qu'attendre de pareils hommes, si ce n'est d'entretenir la science dans un état d'enfance continuel. Mais dira-t-on, n'est-il pas juste de récompenser rhomme qui a vieilli sous les drapeaux? Faudra-t-il laisser languir dans la misère celui qui se voua pendant de longues années à la carrière de l'enseignement? \on, dirons-nous ; récompensez par des titres, des honneurs, de la fortune même , les services rendus à la science , mais éloignez les personnes qui ne peuvent l'enseigner convenablement. Nous croyons donc qu'il serait sage, de la part des gouverncmens, i'empècher que des hommes qui auraient passé soixante-cinq ans , se livrassent à l'enseignement des sciences d'observation. Mais , objeclera-t-on , il existe cependant plusieurs exemples de personnes qui, après avoir passé cet âge, ont encore fait l'admiration des personnes qui les entouraient! Vous me parlez d'exceptions, et moi je vous parle d'une manière générale ; et pour une personne que vous me citerez, il s'en trouvera mille incapables de professer. Et comment pourrait-il en ê(re autrement? Est-ce que l'encéphale du vieillard n'éprouve pas les mêmes changemens que les autres parties de son corps. Son système musculaire s'affaiblit, ses digestions sont moins parfaites , ses sens ne perçoivent plus aussi dislin<^tcment : quelle cause empêcherait donc l'organe delà pensée de faire exception à cette loi générale ?
quaraote-cinçi à cincjuanle ans. Elle m'avoua qu'il lui étail arrivé, vers cette épopic, «le .so perJre dans plusieurs quartiers de Paris où , quelques années auparavant, elle aurait pu, pour nie servir de ses expressions, retrouver son chemin les yeux olos.
J 32 TBA TÉ
Depuis 70 ans , jusqu'à l'époque de la décrépitude , le syslèmc nerveux C(!:r6bro-si)inal diminue encore en volume, sa densité se trouve encore augmentée , les adhérences entre la séreuse et l'encéphale sont plus fréquentes; il en est de même des chiingemens dans la couleur des substances. C'est à cette époque où se voient le plus fréquemment les apoplexies , les ramollissemens du cerveau , les paralysies , toutes affections qui annoncent l'influence de l'âge sur le système nerveux cérébro-spinal. Il est vraiment curieux de comparer les affections de ce système à cet âge , avec celles de l'enfance que nous avons vu consister dans des convulsions , des affections aiguës du cerveau , des rêves , toutes affections qui annoncent la surexcitation et le développement du système nerveux cérébro-spinal. Ici , les impressions sont vives , animées , éprouvées avec un plaisir inexprimable ; là , au contraire, elles sont faibles , lentes, peu vives et peu durables : plus de ces émotions si chaleureuses, si énergiques chez l'enfant et l'adiilte; loai est languissant , tout est glacé !
Ces changemens , qui s'opèrent dans l'organisation et les fonctious du système cérébro-spinal de l'homme , se rencontrent aussi chez les animaux vertébrés'. Nous allons faire connaître ici ceux que nous avons été le plus à même d'observer.
Dans les oiseaux , le système cérébro-spinal se développe très-promplement. Chez beaucoup d'espèces , la moelle épinière , les tubercules bijumeaux et les parties situées à la base du cerveau, sont, de toutes, celles qui m'ont présenté , dans le premier temps , le plus de consistance. J'ai trouvé chez déjeunes oies, de jeunes canards , et dans toute la famille des granivores de notre pays , la moelle épinière et le cervelet très-dèveloppés à l'époque de la naissance : que l'on examine , par exemple , le crâne d'un canard d'un jour , et l'on sera surpris du développement considérable que présente alors la région du crâne où le cervelet se trouve logé. J'ai constamment observé la même chose chez les oiseaux qui peuvent marcher , courir et nager immédiatement après leur naissance. C'est aussi ce que j'ai rencontré chez de jeunes quadrupèdes , tels que le cabiai , le lièvre , dont les mouvemens s'exécutent aisément après la naissance. Ces observations anatomiques et physiologiques paraîtraient , selon nous , venir à l'appui des expériences mutilatoires pratiquées par M. Flourens : expériences tendant à démontrer que le cervelet a une influence marquée sur les mouvemens. La figure 8 de la planche LXXI représente le cerveau et la moelle épinière d'un trèsjeune cabiai : on voit que le cervelet est déjà trés-développé.
L'âge ne paraît pas apporter de grands changemens dans le volume et la consistance dn cerveau des oiseaux , à partir de l'état adulte ; ce que j'attribue à la plus grande fluidité de la matière qui le compose. Il m'est cepen-
DU rnUENOLOGlIÎ.
daal arrivé de trouver chez de très-vieilles poules cl de vieux coqs-d'Indo , uuc dimiiuitiou très-apparente dos hémisphères.
Les quadrupèdes dont j'ai le plus étudié le développement du système nerveux cérébro-spinal , sont les cochons , les chevaux , les cliicns et les chats. Je l'ai surtout suivi avec inliniment de soin dans les deux dernières espèces depuis l'époque de la naissance jusqu'à la vieillesse confirmée. Il faut réellement s'être occupé soi-même d'un pareil travail pour avoir une idée de tout son intérêt et de sa haute importance dans l'explication des fonctions des organes cérébraux.
Les" premiers jours qui suivent la naissance chez les jeunes chats et les jeunes chiens, sont presque entièrement passés à dormir et à téter. Le système cérébro-spinal , à cette époque , est très-mou et d'une couleur rosée. Quinze jours suffisent pour opérer un changement très-remarquable dans son volume et sa consistance. On peut consulter, à cet égard , les deux figures 1 et 4 de la planche VIII , représentant les deux crânes de deux jeunes chiens de la même portée, l'un d'un jour, et l'autre de quinze. La différence de développement entre ces deux crânes , donne exactement celle de leurs cerveaux. Si on examine la surface de l'encéphale chez le chien de quinze jours , toutes les circonvolutions se voient distinctement , mais les enfoncemens qui existent entre elles , sont loin d'être aussi prononcés qu'ils le seront dans l'âge adulte. A la fin du premier mois, la vue devient distincte, l'ouïe meilleure, l'agitation des membres accompagnée de mouvemens convulsifs des lèvres , pendant le sommeil , annoncent que le système cérébral commence à entrer en action. Examiné à cette époque , l'encéphale présente des circonvolutions plus en relief , notamment celles qui répondent à la région moyenne de la base du crâne sur ces parties latérales moyennes inférieures , au-dessus de la racine du nez et aux régions pariétales moyennes et postérieures. Celles qui occupent cette dernière région laissent à la surface interne du crâne de profondes empreintes. Le cervelet n'augmente pas dans la même progression ; sa partie moyenne , vermis cerehelli, est celle qui se développe de meilleure heure , surtout chez les chats. Que l'on compare, ainsi que je le fais dans mes leçons (1), deux cerveaux d'un jeune chien et d'un jeune chat de quinze à vingt jours , et l'on sera surpris du volume que le cervelet de ce dernier présente déjà à cette époque. Sur trois encéphales de chiens d'un jour , que j'ai disséqués, le cervelet formait à peu près la neuvième partie de cette masse nerveuse ; dans trois chats de même âge , la huitième. A quinze jours, chez le chien , le cervelet ne formait que la quinzième partie de l'encéphale ; le cerveau , à cette époque , parait énorme comparativement au cervelet. Dans
(1) Dans le cours de plirénoloc;:e , que je fis à Paris en 1829, je montrai à mes auditeurs , sur les pièces si nombreuses qui font partie de ma collection , le développement graduel des diverses parlies de TencépLale et du crâne , cbez les oiseaux, les rongeurs et les carnassiers. Deux leçons entières furent sacrifiées à ce sujet si important de la physiologie du cerveau.
UÂ TIlAITli
le chai du même âge, le cervelet est bien plus volumincnx; la pailie moyenue surtout est très-saillante.
Dans les rongeurs, principalement les lapins, les lièvres et les écureuils qui sont , des animaux de celte classe si nombreuse , ceux dont j'ai eu le plus occasion de disséquer les cerveaux , les parties du système cérébro-spinal qui m'ont paru le plus développées à l'époque de la naissance ou quelques jours après , sont celles qui répondent à la base du cerveau , aux régions frontales moyennes et anicrieures : le cervelet présente déjà un développement remarquable. J'ai été vraiment frappé du volume de cette partie du système cérébro-spinal chez de jeunes écureuils (1).
Rien n'est plus propre à nous inspirer du goût pour l'élude de la physiologie du cerveau , rien n'est plus capable de nous convaincre des vérités qui lui servent de base , que l'élude du développement graduel des organes qui composent ce viscère. On est vraiment surpris , en consultant l'ouvrage de Gall, de voir que ce grand homme ait en quelque sorte complètement négligé l'étude de ce développement. Parmi les faits si nombreux et si remarquables que j'ai recueillis , je citerai ceux d'entre eux qui ont plus spécialement fixé mon attention.
J'ai comparé entre eux vingt crânes et vingl cerveaux de jeunes chats depuis le moment de la naissance jusqu'à la troisième semaine (2).
Jusqu'à la fin de cette époque ou environ , la circonvolution cérébrale qui se trouve être le siège du penchant à détruire , est si peu prononcée , que la voûte du crâne parait présenter autant d'étendue antérieurement que dans sa partie moyenne. A l'époque où les jeunes chiens commencent à mordre , et à celles où les jeunes chats reçoivent de leur mère de jeunes animaux , les parties latérales moyennes s'élargissent d'une manière frappante, et cela dans très-peu de temps. Les fig. â et 4 de la pi. XCII représentent deux voûtes de crâne de deux jeunes chats , l'un de deux semaines et l'autre de quatre. J'ai tiré avec intention deux lignes parallèles sur leurs bords latéraux ; dans la fig. 3 , ou le chat de deux semaines , la voûte se trouve renfermée dans les deux lignes ; dans la fig. 4 , au contraire , ses bords la dépassent sur les parties latérales moyennes , a, a. Ces dernières régions , comme on peut le voir en consultant les voûtes du crâne d'un chat de six mois, pi. I, fig. 3 , et celle d'un chat adulte, pi. III bis, fig. 2, augmentent encore d'étendue avec le temps.
Ce que je viens de dire de la partie cérébrale affectée au penchant à détruire , est applicable à celles qui donnent à ces animaux la faculté de s'orien-
(I) Nous engageons les personnes qui veulent acquérir des connaissances analomiqiies et physiologiques un peu étendues sur ce point, à faire une collection de crânes de très-jeunes animaux appartenant à la famille des rongeurs et des carnassiers ; par ce moyen , elles pourront non-seulement vérifier la justesse de nos observations , mais encore étudier avec plus de fruit les fonctions du système nerveux cérébro-spinal.
(S) Ces crânes fout partie de ma collection.
PIIUENKLOOIE.
icr , (l'employer mille rusos pour surprendre les jeunes animaux dont ils font leur proie ; mais , comme nous reviendrons sur ce sujet lorsqu'il sera question d'appliquer la phrénologic , nous allons passer aux changemens que l'âge amène dans le système nerveux cérébro-spinal dos quadrupèdes.
Nous avons observé bien peu de changemens dans le volume ot la densité du cerveau des très-vieux rongeurs. On sait que nous avons démontré que , chez tous les individus de cette famille , cet organe offre , du moins quant à l'espect, une grande ressemblance avec celui des oiseaux : il nous a toujours présenté , comme chez eux , moins de consistance ; ils sont , si jo puis m'exprimer ainsi , plus aqueux ; et c'est , selon moi , à cette disposition organique qu'il faut attribuer le peu de changemens que l'on observe dans le cerveau des vieux animaux de cette classe.
Dans les quadrupèdes à cerveau pourvu de circonvolutions , l'âge amène des changemens remarquables de volume et de consistance dans le système cérébro-spinal : ils ont la plus grande analogie avec ceux que l'on observe chez l'homme. FI m'est arrivé très-fréquemment de trouver chez de vieux chevaux , de vieux chiens et de vieux chats, plus de fermeté dans les deux substances cérébrales , notamment la substance blanche ou fibreuse. J'ai eu aussi occasion de voir de nombreux exemples d'adhérences de la séreuse , de ces raraoUissemens du cerveau si bien décrits chez l'homme par le professeur de Montpellier. Mais ce qui m'a surtout le plus frappé , c'est le changement de couleur des deux substances chez les vieux chevaux : chez ces animaux , la blanche acquiert une densité très-remarquable et l'on peut , avec la plus grande facilité , suivre l'épanouissement des gros faisceaux du cerveau. Les circonvolutions situées à la partie antérieure et supérieure des hémisphères , éprouvent une diminution très-apparente. Il m'arriva un jour de trouver toutes celles du lobe antérieur du côté gauche, entièrement flétries : il était d'autant plus facile d'apprécier cette disposition , que toutes les circonvolutions du lobe opposé se trouvaient assez saillantes. Le tubercule bijumeau du côté gauche se trouvait complètement atrophié ; ce qui me fit présumer que l'œil du côté droit avait cessé depuis très-îong-temps de remplir ses fonctions , j'examinai donc l'organe de la vision , de ce côté , et le trouvai réduit presque à rien.
Les adhérences de l'arachnoïde au cerveau sont extrêmement communes chez les vieux chevaux.
Ces changemens dans le volume et la consistance du système cérébrospinal, sont toujours accompagnés de signes extérieurs faciles à saisir. Les chevaux perdent la souplesse de leurs mouvemens , les chiens deviennent plus dormeurs et presque toujours , comme on le dit vulgairement , hargneux. Quelques espèces de singes qui étaient très-doux dans leur jeunesse , deviennent indomptaMes et très-méchans ; et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que ces changemens coïncident très-souvent avec des altérations partielles du système nerveux cérébro-spinal. Tels sont le ramollissement de la
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moelle épinière avec la difficulté ou l'abolilion des raouvcmcns , la perle de rinlclliçence et de la douceur avec la diniiiuilion des circonvoluiions occupant la région antérieure du cerveau. Nous avons surtout observé cet état chez les singes, les chiens et les cochons. 11 résulterait de nos observations physiologiques sur ce dernier animal, qu'au lieu detre stupide , ainsi que le supposent certaines personnes, il aurait au contraire une certaine étendue d'intelligence. Il nous est arrivé si fréqueninjcnt de trouver la partie antérieure et inférieure de l'os frontal si développée chez quelques animaux de cette espèce , que nous ne craignons pas d'affirmer qu'il ne serait pas impossible d'apprendre à ceux qui sont ainsi conformés , certaines choses que nous voyons exécuter par les chiens. Nous pouvons affirmer aussi que cette instruction serait de peu de durée , car , après un an , les organes cérébraux, dont le développement permet à cet animal de recevoir une certaine instruction , diminue beaucoup en volume.
Nous allons résumer ici et sous forme de propositions , les faits principaux qui se rattachent aux changemens amenés par l'âge , dans l'organisation et les fonctions du système nerveux cérébro-spinal.
Tous les vertébrés , sans exception , sont pourvus d'un système nerveux , logé dans le crâne et la colonne vertébrale. Ce système est composé de trois parties bien distinctes : 1° Une est affectée aux facultés intellectuelles et affectives. 2" Une pour les facultés sensoriales ou organes des sens. â° Enfin, une troisième aux mouvemens de la vie animale.
Les oiseaux et les rongeurs sont de tous les animaux ceux dont le système nerveux cérébro-spinal se développe le plus vite. Viennent ensuite les carnassiers. Ce n'est ordinairement qu'après dix-huit ou vingt mois , que le système nerveux cérébral des chiens et des chats arrive à son plus haut degré de développement.
Dans les herbivores , notamment le cheval , l'âne , la vache , la chèvre , le mouton , le cerf , ce n'est ordinairement qu'après deux , trois et quatre ans, que le système contenu dans le crâne et la moelle épinière acquiert tout son développement. L'homme est de tous les animaux celui dont le système cérébro-spinal met le plus de temps à parvenir au summum de développement.
Dans tous les animaux vertébrés , sans exception , les parties du système nerveux situées à la base du cerveau , sont celles qui se prononcent de meilleure heure. Chez quelques espèces , notamment dans les oiseaux et les rongeurs, la moelle épinière et les tubercules bijuracaux sont dan.s le même cas.
DE PHRÈNOLOGIK. l il
Dans lou(e la série des animaux dont le cerveau se trouve pourvu de circonvolutions , celles-ci sont distinctes à l'époque de la naissance. Mais après un temps qui varie suivant les classes, les ordres, les genres et les espèces, elles se prononcent davantage et leur développement coïncide avec l'étendue d'action de leurs facultés intellectuelles et affectives.
La famille des animaux à cerveaux pourvus de circonvolutions , est celle où l'on rencontre le plus de changeraens dans l'organisation du système nerveux cérébro-spinal, par l'effet de l'âge.