ORGANES DES SENS
SI- '
Sens (lu gnùt.
Je commence l'histoire des organes des sens par celui (jui entre le premier eu action chez tous les vertébrés. Sa fonction consiste à transmettre au système nerveux contenu dans le nunc , l'impression produite par les corps sapides. Son organe extérieur est la langue , sorte d'appendice variant prodigieusement de forme, d'étendue et de mobilité chez les animaux. Toute sa surface externe est recouverte d'une membrane muqueuse dont la sécrétion , unie à celle des glandes salivaircs , contribue à diviser et délayer les molécules des corps sapides. Chez plusieurs espèces de poissons, la langue sert tout à la fois d'organe du goût et d'instrument pour retenir la proie dont ils se nourrissent ; voilà pourquoi elle présente quelquefois , à sa surface , de véritables dents. On peut dire , (Tune manière générale , que les poissons sont peu favorisés sous le rapport de l'organe du goût.
Chez les reptiles , la langue est généralemefit peu étendue : elle présente assez fréquemment un aspect charnu ; d'autres fois elle est mollasse et susceptible d'une grande extension , c'est du moins ce que j'ai rencontré chez la grenouille, dont il m'est arrivé plusieurs fois de faire sortir la langue au point que la portion extérieure égalait au moins celle qui restait dans la bouche.
Les oiseaux présentent beaucoup de différence sous le rapport de l'étendue d'action de l'organe du goût. C'est bien à tort que Vicq-d'Azir et d'autres naturalistes ont avancé que les oiseaux avaient le sens du goût obtus. Selon eux, l'état de sécheresse de la langue chez les animaux de cette classe , était la principale cause de la faiblesse de leur organe du goût. Il s'en faut de beaucoup que l'observation des faits naturels s'accorde avec l'assertion de ces savans : une multitude d'oiseaux ont l'organe du goût trcs-dévcloppé ; leur langue est
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large, (rcs-lonctK;. rocouverle d'iiiu* incmliranc muqueuse très-fine et entourée de cryptes uiuqueux , propres à dissoudre les corps sapides. Toute la fa- Tuille des canards et des oies se trouve dans ce cas. Chez les perroquets , \^ langue est très-développée , el se rapproche assez, pour la forme , de celle des jeunes eliicMis à la mamelle. Chez les pics, la langue , liien qu'effilée , offre une grande longueur: ces animaux peuvent la faire sortir avec la plus grande facilité : vers la pointe se voient de petits appendices se recourbant en arrière (1).
L'organe extérieur du goût présente des différences innombrables d'étenduf^ el d'organisation chez les quadrupèdes. Dans les animaux du genre felis , tels que le lion , le ligre , les panthères, les léopards, les lynx et toute la famille des chats, la surface supérieure de la langue se trouve recouverte de papilles extrêmement rudes. Si ces papilles, par leur présence, contribuent à émousser le sens du goût chez ces espèces, il serf , d'un autre cùlé , à faciliter l'action de cet organe que tous ces animaux emploient comme instrument de toilette pour nettoyer et lustrer leur poil.
Chez les chiens , la surface de la langue est excessivement douce ; elle présente une multitude de papilles vlîleuses; sa membrane muqueuse secrète, quand l'animal est échauffé , une matière tout à fait étrangère à la sécrétion salivaire , et que l'on pourrait appeler , avec juste raison , transpiration de la langue.
Chez les gros herbivores , tels que le bœuf el la vache , la langue est énorme, el sert tout à la fois d'instrument pour saisir les alimens, el d'organe du goût. En général , la langue est très-dèvcloppée chez tous les herbivores, el pourvue de muscles Irès-forls et très-nombreux.
L'homme est probablement , de tous les animaux, le plus favorisé quant à l'organe du goût. L'extrême finesse de la membrane muqueuse de sa langue, la forme de cet instrument , qui lui permet de se trouver en contact avec un grand nombre de molécules broyées par les dents et délayées par une salive abondante, le rend on ne peut plus propre à transmettre l'impression que produisent sur lui les molécules des corps sapides. Ajoutons que des muscles nombreux aident puissamment à son action : la langue n'est pas seulement un instrument dugout; elle présente, indépendamment de cette propriété, une sensibilité qui lui est propre; elle peut être organe de volition et même de loucher; car oa sait très-bien, qu'à l'ai Je de la langue nous pouvons apprécier, jusqu'à un certain point , la forme, la résistance des corps, et leur degré de tempèralure.
(l) Le crinc des pics pixicntc à sa partie moyenne une gouttière, pi. Xl,IV, fig 1 el 2. servant de poulie à deux muscles qui vont s'insérer à la base de la langue que ces animaux font sortir et rennrr à volonté, l.cs pics l'introduisent ordinairement dans les tioncs des arbres pourris ou dans les fourmilières : I* maiièrc muqueuse dont elle est recouverte y retient assez faciicnient les insectes. Quand Toiscaii croit fiircUc en est suffisamment cliargcc, il \» f-dl rentrer subitement dans son bec.
Dlî rilHIiNOLOUlt:.
Lijs loïKlions do la langue, considi-rée comme ort;ano du goût, so (rouveut siirloul en rolaliou avec une partie du syslèiue uerveux cérébral, qui a pour l'vtnclion, coiunie nous le dùiuoulrerons plus lard, de présider au choix des aliiueus.
Les e\|)érieuces de M. Charles Bell ont démontré que le nerf lingual èlail celui qui servait à apprécier, ou, pour mieuvdire, à transmettre au sensorium l'impression produite par les corps sapides. Ce nerf est une branche de la cinquième paire, qui tire son origine , non de la protubérance annulaire , grande commissure du cervelet, comme Tout prétendu quelques anatomistes, mais bien de la parlie vulgairement connue sous le nom de moelle alongéc.
Tous les physiologistes de nos jours assurent que la langue n'est pas le seul orgaue qui apprécie les saveurs : les lèvres, l'intérieur des joues, le palais, disent-ils, jouissent aussi de cette propriété. L'expérience suivante , que j'ai répétée plusieurs fois, me parait détruire cette assertion. Après avoir louché alternativement et à plusieurs reprises mes lèvres , mon palais et mes joues , avec un linge fixé à une petite tige de bois et trempé alternativement dans une solution très-concentrée de sel commun , de fort vinaigre et de l'alcool pur, je n'ai éprouvé d'autre sensation que celle produite par la différence de température de ces corps ; je n'ai en aucune manière ressenti le goût propre à chacune de ces substances, tandis qu'en louchant la face supérieure de la langue, j'éprouvais à l'instant même le goût salé, alcoolique ou acide : celle sensation devenait encore plus prononcée, si , par une pression de la langue sur la voùle palatine, je forçais le liquide à agir avec plus d'action sur l'organe. L'impression que [)roduil un acide sur les lèvres elles dénis me parait t jul à fait étrangère à l'organe du goût.
§ II
Ainsi que l'appareil du goût , celui de l'cdorat se compose de deux parties nerveuses : l'une cachée profondément dans le cerveau , et naissant par trois racines bien distinctes. (Voir la fig. 1 de la pi. LXXVIll). DeuX de ces racines se dirigent en dehors vers la scissure de Sylvius, et l'autre, qui se dirige en sens contraire, se trouve recouverte par le nerf optique N. Ces trois racines, après s'être portées en avant, se confondent pour former le nerf appelé olfactif 0, se terminant par un léger renflement pulpeux, de forme ovoïde, d'où partent des filamens très-mous, qui, après avoir passé à travers les trous pratiqués sur la face supérieure de l'ctiimoide, vont s'étendre sur la portion de membrane muqueuse qui tapisse la parlie la plus élevée des fosses nasalesj et former ainsi la surface nerveuse qui doit transmettre au sensoriura l'impression des corps odorans.
On rencontre chez les principaux vertébrés des variétés très-nombreuses de forme , d'étendue et de volume des nerfs olfactifs : il n'en existe pas moins dans la conformation des parlies sur lesquelles se déploient ces nerfs (les fosses nasales). Ces cavités, comme nous allons le démontrer, peuvent ajouter infiniment à l'étendue de ce sens.
L'organe de l'odorat existe évidemment cliez les poissons , malgré l'assertion contraire avancée par quelques naturalistes. Les nerfs olfactifs sont même très-forts chez certaines espèces, comparativement au peu de volume de leur encéphale ; du moins c'est ce que j'ai rencontré chez la carpe , l'anguille commune et le rouget.
Chez les reptiles, l'odorat parait assez développé : les nerfs olfactifs sont très-apparens dans la grenouille, pi. LXXI, fig. 6; ils forment deux petites lames aplaties, placées au-devant des hémisphères cérébraux (1) , se dirigeant d'arrière en avant, et conservant à peu près la même largeur depuis leur point de départ jusqu'à celui où ils s'épanouissent.
Dans les oiseaux , ainsi que chez les reptiles et les poissons , on rencontre le nerfolfaclif, mais il présente une disposition particulière : au lieu de former un cordon complètement détaché de l'encéphale , il fait corps avec lui ; il est situé à la surface inférieure et externe des hémisphères : chez quelques espèces , il forme un relief assez sensible, fig. S; 0,0 , pi. LXXXIII; chez d'autres, telle que la poule, il ne se distingue des autres parties que par sa couleur blanchâtre. Les fosses olfactives présentent assez d'ctenduechez quelques oiseaux de proie et de rivage ; c'est ce que l'on remarque principalement chez les cormorans, les hérons, toute la fainille des canards et des oies : dans l'oie domestique , les bulbes olfactifs sont très-apparens ; assortent par deux trous placés à la partie antérieure du crâne et séparés par une cloison ; ils se dirigent ensuite en dehors , où ils se trouvent logés dans une gouttière assez longue et assez profonde, placée à la partie interne antérieure et supérieure de l'orbite.
Chez les rongeurs, l'odorat est ordinairement très-développé : le nerf olfactif est énorme, proportionnellement à celui des autres nerfs; il se termine par un renflement pulpeux xx, pi. LXXVII, fig. 1, présentant une cavité dans son intérieur; sa surface inférieure 0,0, id. fig. , offre une lame blanchâtre , ayant une grande ressemblance avec celle qui appartient au nerf olfactif des oiseaux. La distribution du nerf olfactif est absolument la même que chez l'iiomme , c'est-à-dire qu'après avoir passé sous forme de filamens à travers les trous de l'os ethmoïde , pi. XVI, fig. Gs,s,s; il s'épanouit sous forme de membrane pulpeuse qui tapisse la portion la plus élevée des fosses nasales.
(I) le doctriir Spiir/bcim , il.m, son TiailC d Anatomic du cerveau , public â Londres, pi. III, fig;. 2, et M. Serres, dans son ouvrage sur VJnatomie compnrôr rfu ccmean, ont donné une trt'îs. niativnîsc représentai io» de l'encrphale de ce reptile.
t)B PHRÊNOLOGIE. 209
L'extrême division des lames papyracées de l'os ethmoïde, el surtout l'fctendiie des cornets qui se trouvent à l'entrée des fosses nasales , cornets très-diiveloppés dans cette classe d'animaux , le tout recouvert par des os du nez trcsètendiis, forment un appareil on ne peut mieux disposé pour tamiser l'air charçré de molécules odorantes, et l'y maintenir pendant assez longtemps.
Certains carnassiers, tels quo le loup, l'hyône, quelques espèces de chiens, ont l'odorat très-fin. Cuvier s'est trompé en disant que , de tous les animaux, les carnassiers étaient ceux dont l'olfaction était dans le plus haut degré do développement. Je suis convaincu que plusieurs pachydermes et herbivores sont de beaucoup supérieurs, sous ce rapport, aux carnassiers. Mon assertion a pour appui l'anatomie et la physiologie. Tout le monde sait que lo cochon est employé pour aller à la découverte des truffes. Comment cet animal pourrait-il trouver l'endroit où se trouve ce tubercule , s'il n'était pas doué de l'odorat le plus subtil. Il est bien connu que l'éléphant sent sa femelle d'une distance prodigieuse. Il m'est arrivé plusieurs fois d'entendre le hcnisseraent d'un cheval placé à une grande distance et dans des endroits trèsboisés, si j'étais monté sur une jument. Enfin , chez les animaux que je viens de citer, le nerf olfactif, non-seulement est excessivement développé , mais aussi les cavités nasales, dans lesquelles se voient de longues lames osseuses, repliées sur elles-mêmes, les cornets.
J'ai donné un peu plus d'étendue à l'histoire de l'odorat qu'à celle du goût; car son degré de développement explique certains phénomènes que l'on serait disposé à confondre avec d'autres facultés cérébrales. Ainsi , il résulterait de mes observations , que, chez plusieurs animaux , le sens de l'olfaction serait une sorte de sentinelle qui leur tiendrait lieu de circonspection et de ruse , en leur faisant deviner ce qui peut leur être préjudiciable : il peut aussi devenir moyen de réunion entre des animaux de la même famille , mais de sexe diffèrent. Je reviendrai sur ce sujet en parlant de la combinaison des facultés.
L'organe de l'olfaction et celui du goût ont ensemble une grande relation.
sens de l'ouïe.
Ce sens a pour but de faire apprécier les vibrations produites par l'ébranlement des corps sonores, c'est-à-dire de ceux qui , après avoir été percutés , produisent sur l'organe de l'ouïe l'impression désignée sous le nom de son. L'eau, les corps solides et gazeux peuvent transmettre les vibrations d'un corps sonore , mais il s'en faut de beaucoup que la vitesse de transmission soit la même chez tous. Des expériences ont prouvé que les corps solides sont ceux qui transmettent le son avec plus de rapidité. Les différences de nombre et de rapidité dans Icç vibrations constituent les modifications du son , désignées
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sous lo nom de force ou d'inlensil6 et de ton. Quant à ce que Ton appelle timbre , il paraîtrait tenir , selon la majorité des physiciens , à la nature même des molécules des corps sonores.
Les vibrations des corps sonores ont-elles lieu avec peu de vitesse? il en résulte un son grave. Ont-elles lieu, au contraire, avec une grande rapidité? elles produisent un son aigu.
Tous les animaux vertébrés sont doués de la faculté de percevoir les sons, mais tous ne la possèdent pas au même degré. La forme, la complication plus ou moins grande de l'appareil extérieur chargé de transmettre les sons, et le milieu dans lequel lesanimaux vivent, ont une influence marquée sur la vitesse avec laquelle le son arrive àla portion nerveuse chargée d'en transmettre l'impression au cerveau.
Chez tous les animaux, l'appareil ^auditif se compose de deux parties distinctes : l'une , destinée à IransmeKre l'impression , c'est lenerfaudilif; l'autre, servant d'appareil extérieur ou de machine acoustique propre à réfléchir le son et à lui donner plus ou moins d'int*»nsitô, est l'oreille.
Dans lesanimaux des classes inférieures, l'appareil auditif consiste seulement dans une simple pulpe nerveuse, entourée d'une membrane. Chez les oiseaux, l'appareil de l'ouïe est beaucoup plus compliqué , indépendamment de l'oricule, c'est-à-dire l'oreille externe et le conduit auditif : les parties profondes de l'oreille présentent des conduits osseux (canaux demi-circulaires) , souvent très-étendus et assez compliqués. (Voir la fig. 2 de la pi. 1 bis, représentant les canaux demi-circulaires de la corneille mantelée. ) Toute la famille des oiseaux nocturnes et celle du genre corvus ont l'appareil de l'ouïe Irès-étendu.
L'appareil auditif est généralement très-compliqué chez les quadrupèdes. J'at signalé, à l'occasion de la description de l'os temporal, un grand déve. loppement de la caisse chez quelques espèces , tels que le castor , le lièvre , le lapin , le lérol. Il est probable que le volume considérable de cette portion osseuse contribue à rendre l'ouïe plus fine chez ces animaux. Ajoutons que chez le lièvre et le lapin , les oreilles forment des espèces de corn^'ls , très-propres, par leur forme , à recevoir et réfléchir les sons.
Il est surtout essentiel que les phrénologistes sachent que le sens de l'ouïe , chez certaines espèces, peut, à l'aide de son grand développement réuni à celni d'autres sens extérieurs, imprimera quelques animaux une conduite que les personnes, peu habituées à étudier leurs mœurs, pourraient confondre avec celle qui résulte de l'action de quelques facultés fondamentales.
Chez l'homme , l'appareil acoustique est très-compliqué. Je renvoie aux Traités d'anatomie topographique ceux qui voudraient connaître en détail, toutes les parties qui le composent. Le point essentiel, pour les phrénologistes , est'de savoir que l'homme est un des animaux les plus favorisés sous ce rapport. Cependant, ce serait une grande eireur de croire que lo talent musical , dans l'espèce humaine , soit le résultat d'une organisation plus heureuse
DE rnRKisorouir. 271
de r.npparcil acoustique. Avant d'avoir soulciiu uno opinion aussi erronùe , il dit fallu di'inonlrcr que, chez les grands musiciens , l'appareil acoustique était plus parfait que chez les hommes ayant peu de disposition pour la musique. L'expérience démontre, au contraire , que des hommes qui possédaient uno ouïe très-fine, n'ont manifesté aucun goùl pour la musique, tandis qae de grands musiciens ont quelquefois présenté une ouïe extrêmement fail)le. Les oiseaux , qui ont l'appareil acoustique le plus compliqué , et je citerai comme exemple les oiseaux nocturnes , n'ont aucun talent musical.
L'appareil acoustique, chez certaines espèces , est absolument le même , et cependant le mâle chante parfaitement , tandis que la femelle chante moins bien, ou pas du tout.
Concluons donc en disant que l'appareil auditif a pour but de transmettre les sons au système nerveux cérébral , que la disposition des parties qui entrent dans sa composition peuvent, par leur arrangement, faciliter la transmission du son , mais que l'appréciation des sons se trouve perçue par une partie cérébrale particulière , dont le développement considérable chez l'homme et les oiseaux chanteurs constitue le talent musical.
S IV
Ainsi que le sens de l'ouïe, celui delà vue se compose de deux parties bien distinctes : l'une , extérieure , espèce d'instrument d'optique , le globe de l'œil, composée de membranes et d'humeurs de diverses densités propres à faire subir divers changemens aux rayons lumineux ; dos muscîes , des organes sécréteurs, des ligaraens ; quelques parties protectrices, les paupières, les cils la complètent : l'autre , plus profonde , de structure nerveuse, destinée â transmettre et percevoir ces rayons.
C4haque animal a reçu en partage un appareil optique extérieur, en harmonie avec le milieu dans lequel il vit et la sphère d'action de son système nerveux cérébral. Plusieurs insectes sontpourvus d'une multitude d'yeux. Comment la vision s'opère-telle chez ces animaux? Quelle conscience ont-ils des objets qui les entourent? Autant de questions sur lesquelles nous ne possédons encore rien de bien positif.
Chez les repîiles , on trouve dos différences d'organisation résultant du milieu dans lequel ils vivent; cette différence ne roule que sur des nuances de densité , de convexités , d'humeurs et des membranes du globe de l'œil. Cliez les poissons, qui vivent dans un milieu plus dense que l'air, les humeurs du globe de l'œil subissent des modifications de forme et de densité encore plus remarquables. Le nerf optique présente quelquefois une disposition assez curieuse avant son entrée dans le globe de l'œil (voir la fig. 7 de la planclic re-
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prèsenlanl le cerveau du hareng) ; il esl composé d'une colleclion de petites lames feuilletées ressemblant assez aux ouïes des poissons.
On trouve chez les oiseaux une foule de modifications dans la structure des parties qui composent le globe de l'œil. Il en est quelques-uns qui présentent une disposition particulière : elle consiste dans une membrane noirâtre plissée, qui n'a point d'analogue chez les autres animaux ; elle s'étend du nerf optique au cristallin chez ceux qui sont doués d'une vue très-étendue , tels sont les buses , les vautours , les aigles , etc. M. Desraoulins dit avoir trouvé une disposition très-remarquable du nerf o|)tique chez quelques espèces : c'est une sorte de membrane plissèe dont l'une des faces présente une projection uniforme, tandis que l'autre est plissée de manière que les lames qui en résultent intéressent seulement le feuillet correspondant de la membrane optique. 11 résulte des observations de cet auteur, que ces plis, placés entre la rétine et l'entrecroissement, peuvent présenter jusqu'à quatre pouces d'étendue. On conçoit quelle influence une telle disposition peut avoir sur le champ de la vision des oiseaux qui offrent ce mode d'organisation.
L'homme est un des animaux les plus favorisés sous le rapport de la vue. La combinaison des parties qui composent l'instrument de réfraction est telle, qu il peut apercevoir des objets placés à une grande distance et ceux qui sont peu éloignés.
Nous ne décrirons point ici la mécanisme de la vision , qui doit seulement trouver sa place dans un ouvrage de physique ou de physiologie. Nous ferons seulement observer que tout ce que l'on a dit sur les modifications que la lumière éprouve par l'influecce du globe de l'œil , son action sur le nerf optique, le rôle que joue l'entrecroissement de ce nerf dans l'acte de la vision , ne reposent encore que sur des probabilités. Un pareil sujet demanderait, pour être traité convenablement , une longue série d'expériences basées sur l'analomie de l'œil et de ses parties accessoires chez les principaux vertébrés.
La partie nerveuse qui sert à transmettre la lumière , le nferf optique, présente une disposition particulière qui ne se retrouve chez aucun des nerfs vulgairement appelés nerfs encéphaliques : c'est un entrecroisement du nerf optique , d'un côté , avec celui du côté opposé. (Voir la pi. LXXXIV , fig. 2, n, n.) Il existe encore plus profondément dans le cerveau une partie nerveuse évidemment en rapport avec l'acte de la vision; je veux parler des tubercules quadrijumeaux antérieurs. On se rappelle sans doute ce que nous avons dit à cet égard dans la première partie , en parlant des lésions du système nerveux. Nous avons même , à cette occasion , rapporté les observations de Soemmering , celles de Gall , les expériences de M. Alagendie sur les oiseaux , et celles que j'ai faites sur les lapins, et d'où il résulte que les tubercules quadrijumeaux aulérieurs chez l'homme et les quadrupèdes , et les tubercules bijumeaux chez les oiseaux, sont le siège do ia vision, ou du moins s'atrophient lorsqu'un animal a été privé de la vue durant un temps très-long. J'ai cherché , autant que mes travaux anatomiqucs me l'ont permis, à faire une élude de l'étendue ou
nn PnuÉNOiociE, S7Î
(lu volume do ces tubercules chez certaines espèces d'animaux. Voici le résultat de mes observations , ou peut compter sur leur exactitude.
Chez tous les oiseaux nocturnes dont j'ai disséqué le cerveau , j'ai constamment trouvé que les tubercules bijumcaux étaient peu volumineux , comparativement au volume de l'encéphale. Voici les noms de plusieurs de ces espèces : la grande chouette des bois, l'effraie, le moyen duc et le grand duc. Le cerveau de ce dernier m'a surtout frappé par la petitesse de ses tubercules bijumcaux ; fait qui se trouve complètement en opposition avec la loi générale de M. Serres , qui assure qu'il existe un rapport constant de volume entre les tubercules bijumeaux et le globe de l'œil.
Les oiseaux diurnes, qui m'ont présenté un assez grand développement des tubercules bijumeaux , appartiennent à deux classes dont les habitudes sont bien opposées : la première est celle des oiseaux qui s'élèvent à une grande hauteur , et dont la vue perçante peut distinguer les objets de très-loin , tels sont les aigles et les buses ; l'autre est celle des oiseaux qui saisissent leur proie à travers un milieu assez réfringent, tels sont les hérons. Enfin, j'ai rencontré la même disposition chez ceux qui, pour vivre , sont obligés d'avoir constamment la tète rapprochée du sol , telle est toute la famille dus oies ; caractère commun à ces oiseaux et aux animaux herbivores , chez qui les tubercules quadrijumeaax antérieurs sont énormes. ( Voir la fig. 2,0,0, de la
pi. Lxxvn. }
J'ai encore retrouvé la même disposition chez le lapin , id. pL, fig. â et 4. Ici, comme chez le mouton , nous trouvons un contraste frappant entre le volume des tubercules quadrijumeaux antérieurs 0,0 , et celui des tubercules postérieurs a, a. Il est digne de remarque que, chez le chat , fig. 2, pi. LXXIX, on trouve une disposition contraire : ce qui lui donne un caraclère de ressemblance sur ce point avec les oiseaux nocturnes.
Il serait assez curieux d'examiner les rapports de structure qui peuvent exister entre le volume des tubercules bijumeaux et quadrijumeaux antérieurs chez les oiseaux et les quadrupèdes , et la densité et la forme des membranes et des humeurs qui composent le globe de l'œil, en ayant égard au milieu dans lequel vivent ces animaux; on pourrait probablement arriver à des résultais qui aideraient à éclairer l'Iiistoire du sens de la viie. Je possède déjà sur ce point quelques recherches assez intéressantes. Si le temps et les circonstances me permettent de les étendre, je les ferai connaître publiquement.
Selon certains physiologistes , le sens de la vue aurait pour but de nous faire connaître les diverses couleurs des corps, leur dislance , leur forme et même leur nombre; d'autres soutiennent, au contraire, que les idées de grandeur 5 de forme et de distance n'appartiennent pas à la vue, mais seulement au toucher. Cette opinion était celle de Condillac, qui prétendait que les objets étaient vus renversés , mais que le toucher venait ensuite rectifier
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l'erreur de la vue : iiK'c toute gratuilc, délruilc par robsQrvalion de personnes aveugles de naissance cl cataraclécs, et par l'iiisloire des animaux qui voient parfaitement à leur naissance. Mais de ce qu'un animal ou un homme peuvent bien apprécier la dislance , la forme et la grandeur dos corps qui les entourent, est-ce une raison pour croire que la vue serve dircclemcnt à cet usage? Non certainement ; car il n'est pas rare de rencontrer des personnes qui voient trèsdistinctement les objets , mais qui n'ont qu'une idée très-imparfaite de leur volume , de leur forme et de leur distance. Tout porte à croire que la vue a surtout pour fonction , de faire parvenir à une partie cérébrale tous les rayons lumineux réfléchis par les objets qui nous entourent, alin de nous les faire distinguer ; mais je ne pense pas que ce soit la même partie qui serve de transmission à la lumière, et qui nous donne eu même temps la conscience de la forme cl de l'étendue des objets. Les observations de Gall sur le sens des personnes, celles de Spurzheim sur celui de l'étendue , vienuent appuyer raon assertion. Je crois qu'il en est de même de la distance qui me paraît résulter d'une faculté spéciale que j'ai découverte chez les animaux, et sur laquelle j'ai fait quelques expériences dans l'espèce humaine.
Je suis disposé à croire que la vue nous fait connaître les couleurs, mais quo l'appréciation de leur combinaison appartient à un organe particulier , qui constitue le talent du coloriste.
La vue s'opère-t-elle à l'aide des deux yeux à la fois, ou n'employons-nous qu'un seul œil dans l'acte de la vision? Presque tous les physiologistes, Gall oxceplé , croient que la vision ne peut avoir lieu parfaitement que par l'action des deux yeux. Gall , au contraire, s'appuyant sur l'observation de plusieurs animaux qui ont les yeux placés de côté, croit que dans l'état actif de l'organe de la vue, nous n'employons qu'un seul œil. Il est certain que la vision peut très-bien avoir lieu avec un seul œil, comme l'audition avec une oreille; mais quelques expériences paraîtraient démontrer que , dans certains cas , la vue est meilleure, lorsque les deux yeux sont employés. Un fait bien constant , que Gall a, je crois, remarqué le premier, et dont j'ai vérifié l'exactitude, c'est qu'il exijte un très-grand nombre de personnes chez qui la vision ne s'opèro pas avec la même nelletc des deux côtés : presque toujours un de leurs yeux se trouve plus faible que l'autre. Je présente cette disposition au plus haut degré : mou œil droit, bien que ne présentant aucun vice apparent, est si faible, que je ne puis distinguer nettement, et môme à peu de dislance, un objet qui offre peu de volume , tels seraient , par exemple , les caractères d'un livre , les légères sculptures que l'on voit sur la bordure d'une glace ou d'un tableau. Un moineau, vu à la distance de quinze pas avec mon œil droit, ne me présente aucune forme distincte , tandis que je le distinguerais parfaitement avec mon œil gauche, quand même il serait à une dislance quadrille. Je dois dire que j'ai rencontré des personnes qui m'ont assuré qu'elles voyaient mieux un objet quand elles le coasidéraicnt avec les deux yeux.
Quelques phisnomènes observés chez ua aveugle opéré de la cataracte par
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Chcsclden , ont servi do texte à plusieurs pliysiologistes pour démontrer que le sens de la vue a besoin d'être exercé avant d'arriver à un degré de perfection remarquable. Je crois, d'une pari, qu'il existe beaucoup de fabuleux dans l'histoire do cet honmie; d'un autre côte, je suis convaincu que l'on aura mal interprété divers pliouoménes qui ont dû nécessairement s'opérer chez lui comme chez le commun des liommcs.
Chcselden assure que lorsqu'on lui fit voir le portrait do son père, qui se trouvait peint dans la/ boîte de la montre do sa mère, il dit qu'il connaissait bien que c'était la ressemblance de son père; mais il demanda avec un grand étonnemeut comment il était possible qu'un visage aussi large put tenir dans un si petit lieu ; que cola lui paraissait aussi impossible que de faire tenir uu boisseau dans une pinte. D'abord , je ne crois pas que cet homme ait vu la tête de son père dans une proportion aussi grande que le dit Cheselden ; mais en supposant que la disposition de la boite de la montre eût été telle , que l'étendue de l'objet eût été augmentée, cet homme eût été en cela, et comme tous les autres, dupe d'une illusion d'optique ; c'est ce que nouséprouvons tous les jours par^un emploi savamment combiné dos variétés de réflexion et de réfraction delà lumière, disposées selon les lois delà perspective : la peinture, elle-même, n'est autre chose qu'une illusion d'optique ; mais quel que soit le talent du peintre, il ne peut jamais être porté au point de rendre l'illusion assez complète pour que la nature et l'objet représenté soient confondus ensemble (1). Je n'ajoute aucune foi à ce que Spurzheim , d'après Diderot, attribue aux sauvages. Selon ce dernier, quand ils voient le portrait d'une personne vivante, ils lui parlent, et sont trés-surpris de ne pas obtenir de réponse. Je crois bien qu'à la vue d'un portrait fidèlemeutrendu, ks sauvages pourront marquer de rélouuement, avoir même quelque peine à se rendre compte de ce qui produit cette illusion; mais je suis convaincu qu'ils ne confondent pas la pcrsonneavec sa représentalion. Les animaux , dont l'organisation est de beaucoup inférieure à celle de rhomme , ne s'y trompent pas. Ou a vu des chiens , à qui l'on présentait le portrait de leur maître, manifester, par leurs mouvemcns et leurs cris, qu'ils le reconnaissaient très-bien : mais ils ne sont jamais restés auprès de lui ; ce (jui serait nécessairement arrivé s'ils l'avaient confondu avec la personne
S IV
L'organe du loucher , considër6 d'une manière générale , est la peau , membrane assez compliquée servant d'enveloppe ou d'étui i la majeure par-
(.1) Spurzliuim, 3' ûlit, , p. 2G9. LoaJrw.
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lie des animaux \eilt'brés. Sa surface oxlerne , siège de ce sens , offre des variétés innombrables d'organisation, suivant les classes, ordres, etc. Chez beaucoup d'animaux, elle se trouve recouverte de productions de nature épidermique , se présentant sous forme d'écaillés , de plumes , de poils , de substance laineuse, etc.
Chez riiomme , sa surface externe est lisse, molle et on ne peut mieux organisée pour faciliter l'action du toucher. On peut dire qu'à cet égard l'homme l'emporte de beaucoup sur les animaux. Tout en reconnaissant la vérité de ce fait , je suis loin de croire avec les partisans d'IIelvétius , Berkley, Condillac et Buffon , que ce soit à cette circonstance que l'homme doive sa supériorité intellectuelle, ou pour mieux rendre leur pensée, que ce soit à ce sens que l'homme est redevable de sa haute intelligence. Si l'on ne savait comment les idées s'établissent dans la tète des masses , on aurait lieu de s'élouner qu'une assertion que des milliers d'observations viennent détruire , ait pu compter quelques partisans. Ne rencontre-l-on pas tous les jours de grands mécaniciens, dont le toucher ne diffère en rien de celui du commum des hommes? et dans ceux qui sont doués du toucher le plus délicat , troo- Yons-nous réellement des gens d'une intelligence plus relevée ? Combien , d'un autre côté , ne voit-on pas de personnes d'une adresse étonnante , possédant une finesse du toucher surprenante , et dont l'intelligence est cependant audessous du médiocre. Mais n'insistons pas davantage sur ce point.
Toutes les parties de l'enveloppe cutanée ne sont pas douées du sens du loucher dans le môme degré. C'est à cette différence qu'est due la division , plus spécieuse que solide , entre le tact et le loucher proprement dit. Ainsi , selon certains auteurs , dont les connaissances en histoire naturelle sont très-limitées , le tact n'aurait lieu qu'à la surface de la peau et sur quelques muqueuses, la peau de la main exceptée , qui serait à elle seule le siège du toucher. Il est certain que de toutes les parties du corps , la main est la partie la plus favorable pour exercer le loucher, mais elle n'est pas la seule qui puisse servir à l'exercice de ce sens.
La langue , comme je l'ai déjà dit à l'occasion du seas du goûl , peut servir à nous faire apprécier la forme , la résistance et la température de certains corps. On a vu beaucoup de personnes exécuter avec leurs piedi: des exercices qui demandaient assez d'adresse , même écrire , dessiner , jouer au domino , charger un pistolet , etc.
Chez certains reptiles à corps souple et alongé (telle est toute la famille des serpens) , la peau peut servir , jusqu'à un certain point , d'organe de tact et de toucher tout à la fois. La queue de certaines espèces de singes et la trompe de l'éléphant peuvent servir au même usage. Je me rappelle avoir vu un éléphant qui débouchait une bouteille, se versait à boire , et faisait usage d'un marteau avec une adresse peu commune.
La main n'est donc pas, comme on le dit ordinairement, la seule partie du
UB PlUVÉNOLOCIB. 277
corps (lui puisse servir ù'urgaue du loucher ; seulemeut on peut dire qu'elle est , do toutes les parlies qui peuvent l'exercer , celle qui se trouve le mieux disposée à cet effet. Considérée comme instrument, celle de l'homme l'emporle sur celle des animaux qui se rapprochent le plus do lui. La multiplicité dos pièces qui la composent , leur grande flexibilité , leurs variétés de longueur , l'opposition du pouce à tous les autres doigts , l'arrangement et le nombre des muscles qui mettent toutes ces pièces en jeu , en font uu instrument admirable. Mais que l'on ne s'y trompe pas : ce n'est jamais qu'un instrument , qui ne peut agir que sous l'iufluence de l'intelligence, cl qui n'est point cause de celle-ci, comme le prétendaient les savans quo je viens de nommer.
La partie qui représente la main de l'homme se trouve chez certaines espèces (les ruminans et les pachydermes , par exemple) , enveloppée dans un étui corné, connu vulgairement sous le nom de sabot. On conçoit parfaitemenl comment une pareille disposition s'oppose à l'exercice du toucher.
L'homme , ainsi que je l'ai dit , est de tous les animaux celui qui présente l'organisation la plus heureuse pour l'exercice de ce sens , dont la fonction consiste à nous faire apprécier les variations de température de l'atmosphère, et probablement son état électrique ; il peut aussi nous faire connaître le nombre , la forme et la consistance des corps : mais , comme nous le démontrerons plus tard , il est , pour l'appréciation de ces choses , ce que l'ouïe est à la partie cérébrale qui perçoit et juge les différences des sons. Ainsi, de même que l'ouïe peut être parfaite sans que pour cela la personne saisisse les rapports des tons et soit consôquemment musicienne , do même le toucher peut être parfait , sans que la personne sai'^isse parfaitement la forme des corps et leurs nuances de densité. Ce que nous disons ici recevra un plus grand développement lorsque nous traiterons des facultés perceptives.
J'ai dit plus haut que le toucher pouvait nous faire apprécier les variations de température de l'atmosphère et son état électrique. Il suffit de s'être observé un peu pour savoir qu'aussitôt que la température s'abaisse au point de nous enlever du calorique, ou s'élève de manière à nous en céder, ou du moins faire que celui que nous dégageons naturellement ne soit pas enlevé, nous éprouvons deux sensations bien distinctes , connues sous le nom de froid et de chaud. Tout le monde apprécie l'état électrique de l'atmosphère : les personnes très-nerveuses surtout en éprouvent l'influence à un degré plus ou moins remarquable. Je connais une dame qui sent toujours, et quelquefois une ou deux heures avant un orage , un besoin irrésistible de se livrer au sommeil. La présence de substances épidermiques , telles que les plumes chez les oiseaux et les poils chez les quadrupèdes , loin de diminuer l'influence du liquide électrique, semble , au contraire , en faciliter l'action. C'est du moins ce que l'on observe chez les oiseaux : tous offrent, assez longtemps avant un orage ou un ouragan , des signes non équivoques du changement qui doit
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avoir lieu dans l'atmosphèro. Les uns se réunissent en troupes ; d'autres volent plus bas que de coutume , telles sont les hirondelles ; une grande partie des oiseaux de rivage quille la mer et se dirige vers la côte. Certains quadrupèdes, tels que les chats , soul ordinairement très-occupés du soin de leur toilette peu de temps avant qu'un orage éclate. J'ai counu une vieille dame qui m'assura que son chat lui tenait lieu d'un excellent baromèlro. Comme cet animal possédait d'autres qualités bien plus intéressantes, je trouvai le moyeu de la priver de ce nouvel instrument atmosphérique.
Comme tousles autres sens, le toucher peut acquérir par l'habitude un plus grand degré de perfection. Cependant, ce sens que l'ou avait considéré comme le rectificateur des autres, peut éprouver une infinité d'illusions. L'accumulation du calorique dans certains organes peut modifier la sensation du tact , au point de nous faire trouver froid un corps qui présente une température assez élevée. Un corps qui nous touchera par une grande surface, ou qui sera bon conducteur du calorique, pourra donner lieu à la sensation de froid, bien que sa température soit égale à celle des autres corps, etc. , etc.
Il résulte de ce que je viens de dire sur les sens :
1» Que tous les animaux vertébrés , sans exception , sont mis en relation avec le monde extérieur , à l'aide d'appareils désignés sous le nom de sens.
2" Que ces appareils se composent de deux parties : l'une extérieure, et l'autre interne, faisant partie du système nerveux cérébro-spinal. La première est une sorte d'instrument , dont la forme variée est toujours en rapport avec le mode de perception qui doit avoir lieu chez les animaux, et avec lo milieu dans lequel ils vivent. C'est ce que nous avons vu pour l'appareil acoustique, celui de la vision, de l'odorat, du goût et du toucher. L'autre partie est toute nerveuse : une de ses extrémités s'épanouitdans l'appareil extérieur; l'autre constitue une portion du système nerveux renfermé dansl^i crâne.
âoTous les sens peuvent se perfectionner par l'habitude.
4° Chaque sens a un mode de percevoir qui lui est propre; sa complication et l'époque de son développement varient prodigieusement , suivant les espèces. Si la partie nerveuse des sens et son appareil extérieur sont formés de bonne heure , la fonction qui en dépend a lieu en même temps. C'est ce que l'oa remarque chez tous les animaux sans exception , pour l'organe du goût ; pour celui de la vue chez quelques espèces, telle est la famille des gallinacés, celle des oiseaux palmipèdes, etc. On peut dire d'une manière générale que chez l'homme , le sens du goût excepté , les fonctions des sens acquièrent assez tard tout le degré de perfection dentelles sont susceptibles.
S" Enfin, et c'est le point essentiel, les sens sont des instrumens mis en œuvre par l'intelligence , mais ne la produisent pas, comme l'ont soutenu mal apropos certains philosophes. Leur développement n'est nullement en rapport avec rétcrtduc d'aclioo des facultés intellectuelles de l'homme et des animaux.
CIIAPITUE VI.
Deuxième genre do facultés.
CONSERVATION INDlVIDUELLf- ET nEPRODUCTION.
Tous les organes de ces facultés sont placés à la base du système nerveux cfcrébral, sur ses côlésetàsa partie postérieure ; leur siège est absolument le même, sauf de très-légers cbangemens, chez l'Iiorame et tous les vertébrés. Un grand nombre de ces facultés entrent en exercice de très-bonne heure; elles sont si nécessaires à la conservation des espèces, que leur défaut d'action eût pu donner lieu à la destruction d'un très-grand nombre. Je citerai comme exemple le choix de lieux chez les oiseaux aquatiques, la faculté qui porte les animaux à préférer telle et telle substance alimentaire, celle qui les porte à fuir à l'aspect du danger, etc. , etc.
Organe Je la conservation (1).
Se conserver est un sentiment inné qui appartient à tous les animaux. Toutes les fonctions, dans le sens où le mot conservation est journellement reçu, contribuent sans doute à conserver les espèces; mais cette expression est employée ici dans un sens beaucoup plus limité, c'est-à-dire pour désigner un mode d'agir du système nerveux cérébral ayant tous les caractères d'une faculté fondamentale : elle consiste , selon moi, dans une impression purement instinctive , qui porte les animaux à fuir ou à être sur leurs gardes , lorsque quelques circonstances extérieures paraissent menacer leur existence. Cette faculté est une de celles qui se manifestent d'assez bonne heure chez les animaux. Je suis disposé à croire que c'est à elle qu'il faut attribuer, en partie, les vagissemens de l'enfant nouveau-né , et les cris que jettent les jeunes animaux lorsque quelque objat inattendu les effraie. C'est la disparition subite de certaines espèces an moindre bruit, à l'aspect d'une chose qu'elles voyaient pour la première fois , qui m'a conduit à l'idée que leur manière d'agir dans
( I ) l.cs auteurs fini ont écrit jusqu'à ce jour sur la phréiiotogie n'ont pas iiuliiiné , en traitant tic chaque faculié , de faire son historique. Cette manière d'agir a pu convenir au commencement. de la science : nous la croyons inutiie au point où elle se trouve maintenant , du moins pour les facultés dont les organes ont été appréciés tant de fois par la voie expérimentale. Quant aux facultés récemmcm découvertes, je croi-i qu'il sera nécessaire de dire fjuelquc chose <Ie leur historique.
ce cas, pouvait dépendre d'une facu!t6 fondamentale. J'ai vu des renards, des rats , des souris , des chats , disparaître comme un éclair à la vue d'une personne ou d'un bruit inattendu. D'où peut venir, disais-je, une pareille conduite? Qui peut faire croire à ces animaux que leur vie se trouve en danger, puisque plusieurs d'entre eux n'ont encore rien éprouvé qui puisse leur faire redouter quelque chose de ces circonstances extérieures? et pourtant leur première action est de fuir. Dans le commencement de mes recherches, et pendant assez longtemps, j'eus l'idée que la conduite de cos animaux pouvait tenir au développement considérable d'une ou deux facultés (la ruse et la circonspection), dont je parlerai plus loin ; mais de nombreuses observations vinrent détruire celle supposition. lime fut bien démontré, par l'expérience, que des animaux peu circonspects et peu rusés se laissaient approcher avec peine, e! avaient une singulière tendance à fuir ou à se conserver. Comme des expériences faites sur des individus de même espèce, étaient plus capables qu'aucune autre <'e me mettre sur la voie de la vérité , je m'attachai à étudier les habitudes de plusieurs animaux que je faisais élever sous mes yeux, et à tenir un compte scrupuleux do leurs facultés les plus saillantes. De 1824 à lo2o, je suivis avec soin la conduite et les actes de douze lapins sortis de la même mère. J'avais l'habitude de les mettre en liberté deux fois par semaine , dans un jardin , et de consacrer une couple d'heures à les observer. L'un d'eux me frappa plus que tous les autres par l'habitude où il était de fair avec une vitesse étonnante, chaque fois que je voulais m'en approcher; on ne saurait croire combien de fois je l'ai vu frapper subitement la terre avec ses pattes , probablement pour avertir ses camarades, et disparaître tout à coup. Cependant, il n'était ni plus rusé, ni plus circonspect que les autres; il était même celui que je prenais le plus facilement , quand il était question de les remettre dans leur loge : j'avais, au contraire, mille peines à m'emparer de plusieurs autres, qui parvenaient à s'esquiver par mille détours. Qui peut donc, disais-je, donner à cet animal l'idée de s'enfuir avec tant de vitesse? Pourquoi existe-il donc à cet égard une différence si grande entre douze animaux sortis de la même mère , et sous l'inlluence des mêmes circonstances extérieures? Sans doute que tous ces animaux ont une tendance à fuir, mais tous ne s'enfuient pas avec la même promptitude. Cependant, en réfléchissant sur la conduite de tous les animaux, je vis que celle action élail générale, que chez certaines espèces elle élait plus prononcée que dans d'autres, et que si elle se trouvait moins apparente chez les animaux privés, il fallailTattribuer à ce que l'habitude des circonstances extérieures avait diminué l'action de celte faculté , au point d'en rendre la manifosta'ion difficile à reconnaître. Que l'on cherche , par exemple , à saisir dans sa cage un oiseau que l'on possède depuis peu de temps, et l'on sera surpris de l'empressement qu'il mettra à s'échapper : après un temps plus ou moins considérable, cet animal, qui fuyait au moindre mouvement, viendra se présenter de lui-mènio à la personne qui voudra le prendre.
1)1- i'Hiu:.\oi.or.iE.
A peu pros ccrlain qu'il existait chez les animaux un feentimenl instinctif , ou une faculté qui les portait ù se conserver ou à fuir tout ce qui pouvait menacer leur existence , il ne me restait plus qu'à déterminer quelle pouvait être la partie cérébrale qui était le siège de ce sentiment.
L'examen du crâne de beaucoup d'auimaux ne me fut d'aucune utilit.^ , parce que, comme je l'ai déjà fait observer, il était nécessaire que l'observation eût d'abord lieu sur des individus d'espèce semblable. Ce fut donc à l'examen du crâne des lapius que j'avais observés avec beaucoup de soin , que je donnai toute mon attention. Le crâne du lapin qui s'enfuyait avec tant de vitesse, comparé avec deux autres appartenant à ceux de ses frères qui se laissaient approcher , ne m'offrit, à la première inspection, rien de très-saillant. Il n'en fut pas de même de leurs cerveaux : vus par la face supérieure , ces trois encéphales différaient très-peu, un seul excepté, dont le cervelet était plus développé : il n'en était pas de même , s'ils étaient examinés par leur base. Il y avait entre le cerveau du lapin qui avait été le sujet de mes observalions, et les deux autres, une différence frappante. La portion de cerveau A A , pi. LXXVII, fig. 1 , était deux fois plus volumineuse que sur les autres cerveaux. Comme j'avais quelques motifs particuliers pour conserver intacts quatre crânes des neuf autres lapins, je n'ai pu examiner que cinq cerveaux : je puis affirmer que je n'en ai pas trouvé un seul qui égalât , en volume et dans la région que j'ai indiquée , l'encéphale du lapin qui se laissait si difficilement approcher. Je n'eus rien de plus pressé, après avoir fait celte remarque, que d'observer avec soin tous les cerveaux d'animaux que je conservais dans l'esprit-de-vin , et la région du crâne où celle parlie cérébrale se trouve logée ; ce que je pouvais faire facilement sur la base du crâne des espèces si nombreuses qui composent ma collection. Il serait difficile de se faire une idée du plaisir que j'éprouvai, en voyant que tous les animaux qui ont naturellement une tendance à fuir avec rapidité à l'approche d'une personne, ou par l'influence de circonstances extérieures, étaient précisément ceux qui me présentaient cette partie du cerveau dans le plus haut degré de développement.
Voici de ces animaux ceux chez qui je l'ai trouvée très-apparente : le singe , le renard , le blaireau , le chat , pi. LXXîX , fig. 3 , A A ; la marte, le putois, la marmotte , le lièvre ; elle est énorme chez le cerf et le chevreuil. Chez les oiseaux , la parlie cérébrale affectée à l'organe de la conservation , me paraît être celle que j'ai indiquée par la lettre K, K, pi. LXXVîII, fig. S. On aura mieux une idée de sa forme en examinant le dessin terminé du cerveau du même oiseau, pi. LXX, fig. H : c'est cette partie qui forme celte masse arrondie qui existe à la partie inférieure et postérieure de chaque hémisphère ; vue dans cette position, sa surface placée le plus en arrière se trouve recouverte parles tubercules bijumeaux indiqués par la lettre BB , fig. 5 , planche LXXVIII.
La région du crâne, où cette partie de l'encéphale est logée chez les quadrupèdes, est la fosse ppliénoïdale latérale. C E, fig. ^, pi. V/n's. Dans l'homme ,
202 TBAITÉ
sa situation est la même, id. pi., fig. 2, Que l'on oliscrve maintenant la région indiquée sur les bases des crânes appartenant aux animaux que je viens de citer, et l'on verra que chez tous , sans exception, elle est Lien développée.
Chez les oiseaux, cette partie du cerveau repose sur la région de la base du crâne placée au-dessus de la cavité qui loge le tubercule bijumeau; elle s'étend de C à 7 , fig. 3 , pi. i bis. L'oie domestique, tous les oiseaux de proie, surtout ceux de nuit , ont cette surface crânienne assez étendue ; je l'ai trouvée dans le mêmeélat chez les oies sauvages, les oiseaux plongeurs, notamment le cormoran. Je l'ai trouvée encore très-apparente chez tous les oiseaux du genre corvus; c'était même ce développement assez remarquable de l'encéphale de ces oiseaux, qui m'avait fait dire, dans le mémoire que je présentai à l'Institut de France en 1027 , que la circonspection n'était pas, selon moi , la seule faculté qui portait les corbeaux à fuir à l'approche du danger; que cette conduite pouvait être le résultat d'une autre faculté commune à tous les animaux, et dont l'organe était situé à la base de l'encéphale. Je rapporte ici ces propres expressions consignées dans mon Mémoire , afin que l'on sache bien que je suis le premier qui ai parlé de l'organe de la conservation. Gall et Spurzheim n'ont jamais dit un mot de cette faculté dans leurs ouvrages. Des personnes dignes de foi m'ont assuré que Spurzheim, dans le cours qu'il fit à Paris en 18:30 , s'était attribué la découverte de cet organe : le fait est que jamais Spurzheim n'a rien découvert de semblable. La seule personne qui ail parlé de cet organe est M. George Combe , encore n'est ce que dans la â^'édilionde sa P/ue«o/o^ie, publiée en 1830. Ce qui l'aurait porté à admettre l'existence d'un organe , qu'il désigne sous le nom de l'amour de la vie , serait , d'une part, la douleur qu'occasionne à quelques individus l'idée de la mort, et l'observation d'une personne à (Jui son frère , M. André Combe , donnait des soins, et qui, durant sa maladie, était constamment préoccupée de l'idée (lu regret de quitter la vie. A l'ouverture, le cerveau présentait à la base un développement très-remarquable de la partie interne du lobe moyen. Malheureusement, je n'ai pas trouvé cette partie assez précisée dans l'ouvrage de M. Combe, pour dire qu'elle soit rigoureusement celle que j'ai considérée comme le siège de l'organe de la conservation chez les animaux. Mais s'il en était ainsi , cette observation confirmerait les recherches que j'avais faitesbieu avant ce médecin. Voici quelle serait , selon moi , la partie du crâne où siégerait cet organe chez l'homme : il occuperait toute la portion de l'os sphénoïde marquée 2 et 3 , fig. 6 , pi. XI bis, la moitié antérieure de la surface cérébrale de l'os temporal indiqué par le n» 3, id. pi. fig. 8; sa surface la plus interne couvrirait les deux tiers antérieurs de la face supérieure delà portion pierreuse du même os.
Hormis un seul cas, je n'ai encore recueilli , dans l'espèce humaine, aucuns faits assez bien circonstanciés pour confirmer ou infirmer l'existence de l'organe de la conservation. Je vais toujours faire connaître celui dont je viens de parler, il est trop curieux pour être passé sous silence. M. le docteur Gau-
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berl, niôdeciii (lisliiigué , m'a procuré le cr;\no d'un ancien canonuicr mort au Val-de-GrAce. Cet homme, selon co qui m'a été raconte par un de ses amis, était un des plus grands bretailleurs (pi'il yeut au monde , et très-peu soucieux de sa vie, qu'il exposait chaque jour dans de nombreux duels. La région que je viens d'indiquer, et où je suppose que siège l'organe de la conservation, est non-seulement très-étroite , mais encore peu profonde. J'ai comparé la base du crâne de cet homme dans cette région, avec celles de plusieurs bases de crâne de ma collection, et la différence d'étendue et do profondeur est Irès-mar- (juee.
J'aurais bien voulu examiner plusieurs crânes de suicides, pour savoir s'il n'existe pas quelque rapport entre le peu de développement de cet organe et le malheureux penchant qui porte certaines personnes à se détruire; mais je u'ai pas été assez heureux pour en rencontrer comme je les aurais désirés , je veux dire des crânes de personnes qui ont naturellement une tendance à se détruire, sans trace sensible de lésions du cerveau. J'ai bien vu, dans la collection de Gall, deux crânes ayant appartenu à des suicides; mais il est facile de voir, par leur épaisseur et leur dureté, qu'il avait existé chez ces individus une altération du cerveau, de longue durée.
Une remarque que personne n'a faite jusqu'à ce jour, du moins dans un sens physiologique , c'est que le nerf olfactif a une de ses racines , la plus interne, qui va se perdre dans la portion cérébrale que je considère comme l'organe de la conservation. Tout le monde sait que lorsqu'une personne tombe en défaillance, un des meilleurs moyens pour lui faire recouvrer les sens, consiste à lui faire respirer des liqueurs spiritueuses et aromatiques. Ne serait-il pas possible que par ce moyen on stimulât directement l'organe de la conservation, sorte de sentinelle , si je puis me servir de celle expression , destinée à réagir sur les autres organes?
J'ai dit à l'occasion de l'organe de l'odorat, que chez les herbivores le nerf olfactif était énorme , et se terminait par un renllement très-considérable , le bulbe ; ce nerf présente en arrière une multitude de filameus qui paraissent so confondre avec l'organe delà conservation. Ne serait-il pas possible , qu'en stimulant par ces fdets l'organe de la conservation , l'animal se trouvât ainsi en garde contre certaines plantes qui pourraient lui être préjudiciables ?
Quel caractère particulier l'organe delà conservation imprime-t-il à l'homme qui le possède dans un haut degré de développement ? Sa splïére d'action s > borne-t-elle seulement, ainsi que je l'ai indiqué pour les animaux, à fuir ou être en garde contre tout ce qui peut porter atteinte à sou existence? Je suis très-disposé à croire que le sentiment de la peur , que Gall attribuait au défaut du courage , et que Spurzheim faisait dépendre d'un grand développement de la circonspection , serait, au contraire, une affection de l'organe de la conservation. Si , comme nous le verrons plus tard , les organes cérébraux en action impriment au corps un geste particulier, nous devons être frappés de celui qui accompagne l'impression qu'an homme éprouve quand son existence
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esl menacée par an corps placé Ku-dessus de sa lèle : par un mouvement purement insiinclif , il Laisse la tête et forme une espèce de voûte avec son dos. Quelle différence entre ce mouvement et celui de l'orgueil , par exemple I Ici, au contraire, le corps et la tète se trouvent portés en arrière. Nous verrons plus loin que ces deux mouvemens coïncident Lieu avec le siège des deux organes ; l'un qui est placé à la base du crûne , et l'autre à sa partie postérieure et supérieure. Voici encore une autre observation qui vient fortifier ce que je viens de dire sur le geste qui accompagne l'affection du seallment de conservation.
J'ai remarqué que toutes les personnes qui éprouvent une impression pénible quand elles s'élèvent sur un édilke très-élevé, tel serait un clocher, ou lorsqu'elles fixent leurs regards sur un lieu profond et dangereux , éprouvent le besoin de s'accroupir. Je pense que l'impression désagréable qu'elles éprouvent alors , tient à l'affection de l'organe de la conservation , et que c'est cette affection^qui donne lieu au geste que je viens de signaler.
Il est presumable que la sphère d'action de l'organe de la conservation est assez étendue , et que son grand développement contribue à imprimer au caractère un cachet d'égoïsme. En laissant de côté toute espèce de théorie, on est forcé de convenir, en observant la conduite des hommes, qu'il existe entre eux des différences frappantes sous certains rapports : les uns , r.oo-seulement mettent de l'empressement à obliger, mais éprouvent encore un vrai plaisir en se livrant à cet ade ; d'autres, au contraire, évitent avec soin toute espèce d'action qui naurail pour eux aucun résultat avantageux; concentrés en eux-mêmes , ils se font le centre où tout doit aboutir. Ces hommes sont communément désignés sous le nom d'égoïstes : vrais fléaux de la famille et de la société , les liens les plus chers , les affections les plus tendres n'ont aucune inOuence sur eux ; le moi, pris dans le sens le plus ignoble, est leur devise. Il n'est pas une seule famille , pour peu qu'elle soit nombreuse , qui ne présente quelque personnage ayant une teinte plus ou moins prononcée de ce caractère. Lesage, dans son roman de Gilhlns, a donné un exellent portrait de l'égoïste dans la personne du licencié Sédillot, rapportant tout à sa personne, trouvant très-mauvais que les autres ne veuillent pas se sacrifier pour lui , et récompensant le zèle et les soins assidus de son domestique par un legs de vieilles paperasses.
J'ai déjà eu occasion de rencontrer bon nombre de Sèdillots dans ma vie ; il en est deux surtout dont je ferai connaître l'histoire très-brièvement : l'un (il est mori) était un ancien moine; sa vie, sur laquelle j'ai des renseignemens iiès-posilifs , n'a été qu'un tissu d'égoïsme. Comme il possédait au plus haut degré une autre faculté dont je parlerai plus loin , c'était vers les plaisirs de la table qu'il avait concentré toutes ses facultés. S'occuper sans cesse de son manger , avoir dans l'intérieur de sa maison les rafinemens les plus sensuels, et par dessus tout éviter toutes les impressions qui pouvaient lui être désagiéables , tel ét:iii le rcrtlcaut'^ur duquel gravitaient tousses actes. A table,
DE rHKÉNOLOGlK. 20.1
eu voiture, dans lus parties de plaisir, occupant loulle monde et ne s'occupant de personne; à lo voir, et surtout à l'entendre , ou aurait pu être facilement sa dupe , car il avait toujours l'air de plaindre les malheureux , qui ne reçu, rent jamais de lui aucune consolation. Sou caractère était si bien connu de sa famille , que l'on n'a jamais cherché à obtenir de lui uu seul service. L'autre égoïste dont j'ai à parler serait plus difficile à recounaitrc , parce qu'il n'est pas sans quelque bienveillance , ce qui n'exclut pas du tout l'égoïsme. Cet homme vit avec une personne qui , jusqu'à présent, s'est vraiment sacrifiée pour lui. Uu jour elle tombe malade, au point de donner de vives inquiétudes sur sa vie. Je rencontre mon personnage , qui m'assure , d'un air tout contrit , qu'il était à la veille de perdre la personne qui vivait avec lui. Comme je le plaignais du malheur qui l'attendait, m'élendant, avec raison, sur la dou leur, qu'on éprouve à se voir enlever un être avec qui on a vécu pendant longtemps : « à la bonne heure , dit-il , mais quand je pense à ce tracas que vont m'occasionner les médecins, les prêtres et l'enterrement, tout cela me rend malade moi-même ; et puis, ai-je la certitude de trouver une personne qui ait un aussi grand soin de moi? »
Fontenellc a été accusé d'égoïsmc : j'ai entendu raconter une anecdote qui, si elle est vraie, prouverait que cet homme célèbre aurait été eutacliô de ce malheureux vice au plus haut degré.
Fontcnelle invile un jour un de ses amis à dîner. Tous deux aimaient beaucoup les asperges , mais préparées différemment. Fonlenelle les voulait à la sauce , et son ami à l'huile. Au commencement du repas , l'ami de Fonlenelle tombe frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Fonlenelle se lève aussitôt , et se met à crier : « Marianne ! Marianne ! toutes les asperges à la sauce ! » J'ai constamment trouvé plus d'égoïstes chez les célibataires que dans les gens mariés. Je ne veux pas dire pour cela que l'état de célibat soit la cause de ce vice (je crois qu'il n'en est souvent qu'une conséquence) , mais que la vie de célibataire contribue à le développer ; il est certain que , toutes proportions gardées, on trouvera plus d'égoïstes chez les prêtres (1) , que dans les autres classes de la société ; ce que j'attribue , en partie , a la vie retirée qu'ils mènent.
Des dispositions contrairesà celles que je viens de signaler, c'est-à-dire le mépris de la vie , les actions généreuses , doivent dépendre du peu de développement de l'organe de la conservation, surtout si d'autres facultés, dont nous parlerons plus loin, sont dans un degré plus ou moins considérable de développement. L'impression éprouvée par plusieurs individus à la fois, et connue , dès la plus haute antiquité , sous le nom de peur panique , me paraît tenir à une affection de l'organe de la conservation. (2)
{1 ) Je parle ici des prtires ilc la religion romaine , cbci tnii le célibat csl une condition de la (■rofcssion.
(2) Quelques personnes Uiiciil avoir observé une tous 1C3 égoiblcs élaicnl rcmanniablcs par un
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Sn.
Organe Je rallnicnlatloa. — Faculté qui prdsiJc aus choix Jes aîiuieus.
Le (locleurIlope,de Copenhague, est le premier phreoologisle qui ait découvert la faculté dont nous parlons maintenant. Ses idées sur ce point ont ètô exprimées et développées dans deux notes consignées dans le Journal phrénologique d'Edimbourg; cependant, je ferai remarquer que les observations de ce médecin ont été limitées à l'espèce humaine; celles que j'ai faites en si grand nombre chez les principaux vertébrés , en confirmant l'assertion du médecin danois , rendrons les remarques qui se rattachent à cette faculté on ne peut plus intéressantes.
Comment, dit le médecin que je viens de citer, la sensation de la faim pourrait-elle , plus qu'aucune autre sensation désagréable , faire désirer des alimens à l'animal? La nécessité de celte chose ne lui étant pas connue par l'expérience, cela ne peut avoir lieu que par instinct, parce que , l'un ou l'autre , un instinct, c'est-à-dire l'impulsion immédiate d'un organe, ou bien l'expérience et la réflexion , sont la cause de toutes nos actions.
Nous observons que le jeune poulet n'est pas plutôt hors de l'œuf, qu'il ramasse les grains qu'il trouve par terre , et que le nouveau-né suce le mamelon. Comment expliquer ceci sans la supposition d'un organe semblable à celui qui porte le canard à se plonger dans l'eau : ou qui fait mordre au jeune chat la première souris qu'il rencontre.
Je ne puis concevoir davantage comment le jeune animal peut discerner ce qui est utile pour sa nourriture; que, par exemple, le poulet ne prenne jamais un petit gravier pour le grain , et que les bêtes sauvages évitent toujours des plantes sans les avoir goûtées.
Quand l'enfant, lors même qu'il jouit d'une bonne santé , suce jusqu'à ce que l'estomac soit rempli , il n'éprouve certainement pas le sentiment de la soif ou delà faim ; cependant, si le sein luiestoffert, il continuera de sucer, quelquefoismême après avoir rejeté une partie de ce qu'il avait pris en trop. Si rien que la faim et la soifpoussaient l'homme à prendre de la nourriture, il n'aurait , quand il serait rassasié , aucun appétit pour la boisson ou le manger. Cependant, nous observons tous les jours des personnes qui ne peuvent résister à la tentation d'abuser des alimens et des boissons, quoiqu'elles sachent que cela leur est nuisible , et nous en voyons d'autres qui ne sont aucunement enclins à la gloutonnerie.
excès d'embonpoint. Cette observation n'est pas exacte, l'égoïsme peut être porté au plus haut degré avec toutes les nuances possibles d'embonpoint. Mais ce vice favorise cette disposition , car évitant avec soin toutes les impressions désagréables , les égoïstes se mcttcut dans la cuodillon la plus avantageuse pour faciliter la sécrétion de .la graisse.
DE pnnÈNoi.oGiE. 287
Ces remarques du docteur Hope , réunies h colles que j'ai faites chez les animaux et chez l'homme , m'ont eulièremenl convaincu que tous les animaux vertébrés , sans exception , possédaient une partie nerveuse cérébrale affectée au choix des alimens. Cet organe peut agir ou par sa propre impulsion , et c'est surtout ce qui a lieu chez les animaux nouvellement nés , ou bien sous l'influence de l'olfaction. On se rappelle sans doute ce que j'ai dit de la disposition anatomique du nerf olfactif , qui présente chez l'homme trois racines A sa base ; la plus externe de ces racines va se perdre dans les fibres de la portion cérébr.ile destinée au choix des alimens. Cette seule disposition ne suffiraitelle pas pour expliquer l'effet que produit sur nous l'odeur de certains mets, qui suffit à elle seule pour provoquer l'appétit?
La gloutonnerie et l'ivrognerie résultent, selon moi, de l'extrême développement de l'organe de l'alimentation ou de son extrême activité , et le plus souvent de ces deux conditions réunies. Je dois cependant ajouter que plusieurs personnes m'ont présenté un développement assez remarquablede cet organe, sans être précisément gloutonnes; mais toutes, sans exception, attachaient une grande importance au choix et à la préparation de leurs alimens, ou aimaient assez les liqueurs spiritueuses. Un fait auquel j'étais loin de penser d'abord , et qui m'a cependant été confirmé par une multitude d'observations, c'est que cet organe est généralement assez prononcé chez les personnes qui aiment beaucoup à fumer. Comme personne avant moi n'a fait cette remarque , j'engage les phrénologistes à voir si de nouvelles observations viendront confirmer celles que j'ai faites.
L'organe de l'alimentation est , avec celui de la conservation , un de ceux qui entrent en action immédiatement après la naissance ; il est aussi un de ceux qui conserve le plus d'énergie dans les derniers temps de l'existence. On rencontre assez communément des vieillards dont toutes les facultés intellectuelles et affectives sont presque éteintes , et pour qui le plaisir de la table n'est pas sans attrait. Il n'est personne qui ne sache que la gloutonnerie est assez gèiièralementle défaut des enfans. J'ai voulu m'assurer jusqu'à quel point ce penchant , Lien constaté chez eux , coïncidait avec le développement de la partie cérébrale affectée au choix des alimens. A cet effet , j'ai examiné quarante-huit tètes déjeunes enfans, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à douze; je puis affirmer que chez tous , sans exception , cette région était très-apparente. Je possède dans ma collection onze crânes de jeunes enfans depuis deux ans jusqu'à sept : chez tous , la partie du crâne où siège l'organe de l'alimentation se dessine d'une manière frappante : comme on doit bien s'y attendre cependant , le développement n'est [tas égal surtout. Cet organe est énormément développé sur le crâne de deux femmes , qui font partie de ma collection. L'un m'a été donné par feu M. le docteur Legallois ; l'autre appartenait à une femme morte dans la maison de détention de Caen. Ces deux personnes avaient un goût effréné pour les liqueurs spiritueusQ^.
Je crois que c'est à l'extrême activité de l'organe de ralimentation chez les
28y TRAITÉ.
cnfans, qu'il faul allribuer le goùl si vif que presqos tous raanifeslenl pour les fruits, surtout pour ceux qui ue soul point encore arrivés à leur raaturilé. On ne saurait croire combien est grand le nombre de personnes adultes qui sont sous l'innucncc de cette faculty , à partir de celles qui s'occupent avec soin de la préparation de leurs alimeus, jusqu'à celles qui en font une élude exclusive, je veux dire qui vivent cuticrement sous rinllucnce du gasler. Une personne de cette classe m'avouait un jour qu'il lui arrivait souvent, au milieu d'occupations et de môditaiioas très-sérieuses, de se voir dominer par des idées culinaires; elle m'assura même qu il lui était arrivé plus d'une fois de changer la direction de son chemin, afin de se procurer le plaisir de voir différentes préparations de table exposées dans la boutique d'un des premiers marchands de comestibles de Paris. Je ue crois pas que les autres plaisirs dont les hommes sont si avides, produisent autant d'effet sur celui-ci qu'une belle dinde truffée sortant de la broche, des huîtres bien fraîches nageant dans leur eau , ou un beau lurbot sortant de son court bouillon. Il est impossible de se faire une idée de l'attention , du soin , du raffinement même qu'il apporte dans le choix des choses qui servent de condiment à ses alimens. Il a fait une étude approfondie de toutes les sauces , des êpices , etc. , etc. Un jour que je le félicitais sur les bonnes qualités de sa femme : « C'est un ange , me dit-il , elle fait si bien la cuisine ! »
Comme toutes les facultés, celle de l'alimentation est suscepti!)le d'éprouver un état anormal ou de perversion , véritable état maladif qui donne lieu à des appétits bizarres, comme cela se rencontre chez les personnes affectées de chlorose. J'ai examiné la tête de deux filles chlorotiques : l'un avait l'Iiabitude de manger de la cendre, et l'autre celle de boire de très-fort vinaigre, et de manger chaque jour une poignée de grains de blé. Chez ces deux femmes , la région de l'organe de l'alimenlalion était très-dôveloppèe. Je souhaiterais que les médecins qui ont occasion de rencontrer de pareils faits, voulussent Lien s'assurer si l'observation que je viens do signaler est toujours constante.
Une observation excessivement curieuse, et que l'on doit, je crois, attribuera un état de perversion de l'organe qui préside aux choix des alimens , a été consignée dans les Archives de médecine (1) ; elle est trop importante pour ue pas trouverici sa place.
L'on a arrêté et conduit dans les prisons de Saiut-Araand, un homme qui faisait sa nourriture favorite et reclierchée de substances animales les plus dégoûlanles, et même de débris de cadavres ; il s'est plus d'une fois introduit dans des cimetières où, à l'aide d'instrumens nécessaires, il a cherché à extraire des fosses les corps déposés récemment , pour en dévorer avec avidité les intestins , qui sont pour lui l'objet qui flatte le plus son goût; trouvant dans l'abdomen de quoi satisfaire son appétit, il ne touchait pas aux niifres parties du
(1) archives de méilca'nc , n" de mars ir>2S.
DE ÎMIKKNOI.OGI!
corps. Cet homme est âge do pros de (renie ans ; il csl d'une slalure élevée'; sa figure n'annonce rien qui soit en rapport avec celle passion dominante. Chez lui , la dépravaliori du goût est portée à l'excès ; ou l'a vu suivre les artistes vétérinaires dans les pansemens de chevaux , pour en manger les portions de chairs détachées les plus livides et les plus altérées par la maladie ; on l'a trouvé également dans les rues, fouillant les immondices , pour y chercher les substances animales jetées hors des cuisines : ce qu'il y a de plus étonnant , c'est qu'il n'est pas maîtrisé par une faim dévorante [c'est donc le désir de manger telle ou telle substance qui le porte à ces actes). Il ne mange point d'une manière extraordinaire ; car lorsqu'il lui arrive de rencontrer de quoi fournir plus qu'à son repas , il en remplit ses poches , attend patiemment, avec ce surcroît d'alimens , que son appétit soit de nouveau réveillé. Interrogé sur ce goût dépravé , sur ce qui l'avait fait naître, ses réponses sont de nature à le faire remontera sa plus tendre enfance (ce n'est donc pas l'habitude , mais une impulsion intérieure qui le porte à ce choix. (Il place cette nourriture au rang des aliraens les plus savoureux : il ne peut concevoir comment on peut blâmer un goût qui lui paraît si bon et si naturel . Cet homme éprouve une gêne dans les mouvemens du côté gauche ; il dit qu'elle est de naissance. Lorsqu'on lui fait subir une espèce d'interrogatoire un peu prolongé , on s'aperçoit d'une certaine incohérence dans les idées, d'une tendance à l'imbécilitè; cependant il répond à tout ce qu'on lui demande avec assez de précision, et il conserverait assez de facultés morales pour rester libre , si la société n'en réclamait impérieusement la réclusion. Cet homme , dont le goùl fait horreur, pourrait tôt ou tard se porter à des excès dangereux ; il avoue lui-même, que quoiqu'il n'ait encore attaqué aucun être vivant, il pourrait bien, pressé par la faim , attaquer un enfant qu'il trouverait endormi au milieu de ses courses dans les campagnes. Il paraît manquer de courage et est très-pusillanime ; c'est peutêtre à cela que l'on doit qu'il n'ait commis aucun crime pour satisfaire son goût dominant. Par une bizarrerie inexplicable , cet homme , lorsqu'il se repaît de substances animales , et surtout des intestins de cadavres humains , dit éprouver une douleur très-vive aux angles de la mâchoire et dans toute la gorge. (Ce phénomène ne paraît pas inexplicable, puisque cet homme mange des intestins en putréfaction , c'est à-dire des substances très-irritantes.) Il est à remarquer qu'il est très-porté aux plaisirs vénériens. Cette disposition me paraît tenir à la môme cause : les intestins en putréfaction contiennent beaucoup de matières stimulantes, notamment du phosphore, qui est éminemment aphrodisiaque. Mascagni avait déjà remarqué qu'un séjour prolongé dans les amphithéâtres produisait le même effet. J'ai pu me convaincre que la respiration soutenue au milieu de matières putréfiées , particulièrement de la substance cérébrale qui abonde en phosphore, avait une influence marquée comme excitant des organes génitaux.
L'âge amène des modifications dans la faculté de l'alimenlaliou , c'est là
ce qui explique comment (elle cl telle substance, que nous désirons ardem-
ment , nous flade peu ou pas du lout d;uis un âge avancé ; tandis qu'une autre, pour liiquelle nous avions eu d'abord de la répugnance, devient l'objet de notre prédilection. Réunie à la faculté de la conservalion , et dans un haut degré de développement , la faculté de l'alimentation contribue à rendre l'homme très-égoïste.
Je trouve que tous les auteurs qui ont parlé de l'organe de l'alimentation, y compris le docteur llope , à qui la découverte de cette faculté est due , n'ont pas indiqué d'un* manière précise le siège de son organe. Voici ce que ce médecin dit à ce sujet : « Quant à l'organe de l'alimentation , j'ai été conduit à penser : depuis ce que j'ai écrit dernièrcraent, que la place où ses divers degrés de développement se manifestent, est la fosse zygomatique , exactement au-dessous de l'organe d'acquérir, et devant l'organe de ladeslruclion. » En consultant maintenant l'ouvrage de Spurzhcim , 3e édition, publiée à Londres , et celui de M. Combe , qui n'a fait à cet égard que copier Spurzheim , l'organe serait très-mal indiqué. Si comme ]e dit le docteur Hope , l'organe est situé immédiatement au-dessous de l'organe du penchant à acquérir, il devrait occuper la région de la grande aile du sphénoïde, qui s'articule avec l'angle inférieur du pariétal ; et cela ne s'accorderait nullement avec les recherches que j'ai faites sur l'homme. Voici, ce me semble, quel est le vrai siège de cet organe : il occupe tout l'espace compris entre une ligne droite, tirée de la base de l'apophyse zygomatique, et l'articulation de la portion du temporal, qui se lie avec la grande aile de l'os sphénoïde. (Voir la pi. LXXXVII, fig. 2 , n° 2, 2.) Sa position est absolument la même chez les quadrumanes et les quadrupèdes carnassiers, pi. XCil, fig. 1, n" 2, 2, et pl.XCIII, fig. 2, n<'2, 2. J'ai constamment trouvé celte région saillante sur les animaux trèsvoraces. (Voira cet égard tous les crânes d'animaux appartenant à cette classe et représentés dansraon allas) , et chez tous les chiens ou les chats, qui m'ont présente le même caractère.
Chez les oiseaux, la région du crâne qui répond à l'organe de l'alimentation, est celle marquée 2,2, pi. XCIII , fig. A. On la trouvera Irès-exprimèe chez tous les oiseaux voraces, tels que les cormorans, pi. LV, fig. 1 et -4 î le goëland, pi. LIV, fig. 6; le stercoraire, icL pi., fig. 2; les canards, pi. LI, fig. 3 et 4. Pour bien apprécier le développement de cet organe chez les oiseaux , il faut avoir égard à celui des organes qui l'avoisinent , sans quoi on s'exposerait à commettre de. grandes méprises.
S ni.
Organe du pencliaut à déUuire ou de la destruction.
Pris en masse , l'univers ne présente à nos yeux que scènes de reproduction et de destruction. La vie el la mort se partagent alternativement l'empire du monde, et c'est de leur action combinée dans des proportions qu'il est difficile à l'homme d'apprécier , que résulte ce mouvement perpétuel de destruction
DE rilRKNOLOGlE. 291
et d'euirelieu de la vie des espèces. Chaque anuèe, des myriades d;insectes sont dévorés par les oiseaux ; une grande parlie de ceux-ci le sonl à leur lour par des individus de leur classe ou par rUoramc.
Supposons , pour un instant , la faculté de détruire éteinte chez les poissons, et les vastes mers qui recouvrent plus des trois quarts du globe ne pourront plus contenir, après quelques années , les produits de la fécondation. Sans la uième faculté , une multitude d'espèces d'oiseaux et de quadrupèdes ne pourraient exister.
Je n'euyisage pas le penchant à détruire sous le même point du vue que Gall et Spurzheim. Selon ces deux phrénologistes, cette faculté n'existerait pas chez les herbivores et les rongeurs : je crois , au contraire , qu'elle existe chez tous les animaux sans exception ; seulement son mode d'action et la manière dont l'organe se manifeste à l'extérieur, présentent des modifications suivant les espèces. Il n'est pas nécessaire, selon moi, que la destruction s'opère sur un animal, pour que cet acte mérite ce nom : l'écureuil, le bœuf» le mouton, le lapin, ne détruisent-ils pas une multitude de végétaux? Partant des observations de Gall , on pourra peut-être m'objecter que les animaux qui tuent ou détruisent, sont les seuls qui se uonrrissent de substances animales ; mais il y a , selon moi, double erreur dans les observations de Gall sur ce point. D'abord, parmi les animaux dits granivores, il en existe un trèsgrand nombre : je citerai pour exemple les poules, les faisans, les paons, qui sont très-avides de substances animales ; on pourrait même dire qu'il existe très-peu d'oiseaux granivares qui n'avalent une multitude d'insectes. Gall ,en appelant le penchant à détruire , instinct carnassier , a confondu ensemble deux facultés bien distinctes, celle qui porte les animaux à choisir telle ou telle substance alimentaire, et celle qui les excite à la destruction. Comme celte question est extrêmement importante, il est indispensable de faire connaître à mes lecteurs comment Gall arriva à la connaissance de la faculté de destruction. «D'abord se présente la question (1) : l'homme est-il naturellement carnassier? ou bien est-il destiné , par la nature , à être exclusivement frugivore , et ne mange-t-il delà chair que parce qu'il a dégénéré de sa destination primitive?
« L'homme est omnivore ; la chair le nourrit tout aussi bien que les végétaux. Par la structure de ses dents, de ses mâchoires, de son estomac et doses intestins, il lient le milieu entre les frugivores el les carnassiers ; il mange avec appétit tous les animaux , depuis l'huitre jusqu'au faisan , el tous les végétaux, depuis la pomme de terre jusqu'à L'ananas Si le Créateur l'avait destiné à ne se nourrir que de végétaux, rien, certainement, n'eût pu le détourner de cette destination. Si dans certains climats il est plus exclusivement ou carnassier ou frugivore, cela dépend de l'influence que les objets qui l'environuenl el les circonstances dans lesquelles il se trouve , exercent sur lui ; do
{ 1 ) Gall » Sur les fonctions du cerveau ; 4'' vol. , page s's , édit. in-S".
ce que tel climat favorise le développement de tel organe , et entrave celui de tel autre.
« Puis donc que l'homme était destiné à se nourrir de chair , il fallait qu'il fût perlé , comme les autres carnassiers , par une impulsion intérieure, à tuer les animaux. Or , l'histoire de tous les temps prouve qu'il est réellement doué de celte qualilè. »
Observation.
Je no crois pas que le désir de se nourrir de telle ou telle substance appartienne à la faculté de destruction. Gall confond évidemment ici deux facultés distinctes, bien que se secondant mutuellement. Son expression d'instinct carnassier est évidemment vicieuse; car elle indique seulement le désir ou l'appétit pour la chair , et non le penchant à détruire. Mon observation me parait justifiée non-seulement par ce que je viens de dire, mais encore par les propres expressions de Gall. Il existe , dit-il , beaucoup d'animaux qui tuent pour le plaisir de tuer , et , bien que rassasiés de chair, ils mettent à mort tout ce qui les entoure. Il est donc évident que ce n'est pas l'instinct carnassier , ou le désir de se nourrir de chair, qui les fait agir ainsi , puisqu'ils en sont repus.
L'expression penchant au meurtre, employée aussi par Gall , ne me parait pas meilleure ; car elle ne me paraît indiquer qu'une modification du penchant ;\ détruire ou de la faculté de destruction. Celle dernière expression est en effet celle qui me paraît préférable pour indiquer la faculté dont il est maintenant question. Spurzheira, en proposant le mol deslructivilô , avait eu aussi en vue de clianger l'expression d'instinct carnassier , qu'il trouvait mauvaise ; mais tout le changement de Spurzheim, à cet égard, ne se borne qu'à celui <le nom ; car , pour le fond , il s'est contenté de citer textuellement tout ce que Gall a dit à ce sujet , sur la différence d'organisation entre les animaux granivores et carnivores , sur les histoires d'hommes qui se sont fait remarquer par leurs cruautés , et les aliénations homicides. Il raconte aussi , d'après Prochaska , l'histoire d'une femme qui avait l'habitude de tuer les enfans et de se nourrir de leur chair ; et celle non moins curieuse , observée par Gaubius, d'uu liomrae qui , poussé par un violent désir de manger de la chair humaine, avait commis plusieurs meurtres pour se satisfaire. Sa fille, bien qu'élevée' avec soin et au milieu de personnes respectables, manifesta le même désir de manger de la chair humaine. L'histoire de ces deux personnes ne doit pas , selon moi, être rapportée aux lésions de la faculté de destruction, mais bien à celle qui préside aux choix des alimens : la destruction n'aura été ici qu'un moyen secondaire.
Plus j'ai lu les observations de Gall, , plus j'ai observé l'organisation du crAnc et du cerveau des principaux vertébrés, et plus je suis demeuré convaincu que si les observations de cet homme célèbre eussent été faites avec
DK PHRENOLOGIE.
plus lie soin el plus d'étendue , sa manière d'envisager la facullê qui nous occupe eût été bien différente. Toutes les personnes qui ont lu Gall savent qu'il fut conduit à la découverte de ce qu'il appelle l'inslinct carnassier, par l'inspection de la comparaison du crâne des granivores et des carnivores. « Je plaçai (c'est Gall qui parle) horizontalement sur une table des crânes d'animaux frugivores , et élevant une perpendiculaire du méat auditif , je trouvai qu'il restait tout au plus, derrière cette perpendiculaire , une petite portion des lobes postérieurs et du cervelet; par conséquent, le méat auditif et le rocher des temporaux font, dans ces espèces , la limite du cerveau.
« En faisant la même opération sur des crânes d'animaux carnassiers, je vis que, chez la plupart, la perpendiculaire indiquée rencontre le milieu de la masse encéphalique totale , ou , du moins , laisse encore derrière elle une grande portion de la masse cérébrale. D'ordinaire, la plus grande proéminence du cerveau se trouve, chez les carnassiers, précisément au-dessus du méat auditif, que l'on compare le crâne de la marmotte avec celui de la marte , celui de l'écureuil avec celui de la taupe, etc., etc., en général tous les crânes d'animaux, soit carnassiers, soit omnivores, ainsi que le crâne humain. Je vis donc qu'il existe chez les carnassiers, an-dessus et derrière le rocher, des parties cérébrales dont les frugivores sont privés. J'ai trouvé cette différence chez les oiseaux , chez les mammifères. Chez tous les.oiseaux de proie , cette partie du cerveau et du crâne est bombée ; tandis que dans toutes les autres espèces d'oiseaux, elle est rélrécie, et le cerveau tout entier est placé en avant du conduit auditif (1). »
Avant d'aller plus loin , je crois nécessaire de faire quelques remarques sur les observations analomiques de Gall touchant le crâne des carnassiers et des frugivores. J'ai déjà prouvé, en décrivant la base des quadrupèdes ( voyez la première partie), que chez les carnassiers, la ligne perpendiculaire tirée du conduit auditif, ne partage pas le cerveau en deux parties égales : c'est ce que j'ai évidemment démontré en tirant une ligne horizontale d'un conduit auditif à l'autre , sur la base du crâne du chat , pi. III his, fig. 2. Si on mesure la distance qui existe de celte ligne au point où le cerveau commence , c'est-à-dire à celui où se trouve le bulbe olfactif 1 , 1 , 1 , on pourra se convaincre que la plus grande masse cérébrale est en devant, et qu'il n'existe qu'une très-petite portion de l'encéphale en arrière. Il est bon de faire observer ici que ma ligne horizontale est tirée un peu au devant du conduit au • ditif , ce qui devrait cependant laisser encore plus de cerveau derrière elle que si j'avais élevé une perpendiculaire sur ce conduit , ainsi que le propose Gall. L'ebservation de ce médecin est donc très-inexacte.
Ce que je viens de dire du crâne du chat est applicable à celui de la marte , du renard , du chien , du putois, en un mot , à celui de tous les animaux désignés sous le nom de carnassiers, bien qu'un très-grand nombre d'aniraau.\
(l) l.iv. cit. ; pag. 7 4.
appartenant à celle classe soient réellement omnivores. J'ai vu des chiens préférer le sucre , le pain et des substances végétales à la viande.
Chez les rongeurs , pi. III bis, fig. 1 , la ligne horizontale tirée devant le conduit auditif tombe , entre le cerveau et le cervelet , au point de contact ; mais un peu plus en dedans , les lobes la dépassent : c'est ce que l'on voit très-bien çn examinant la voûte du crâne du lièvre, fig. 4. Les deux petites dépressions placées derrière la ligne transversale a b , au-devant de la fosse h, h, sont occupées par une portion des hémisphères postérieurs.
Pour bien saisir ce qui se rattache au siège de l'organe du penchant à détruire chez les animaux et chez l'homme, il faut suivre avec soin , sur les planches de mon allas , les observations suivantes :
Si l'on examine la base du crâne du chat , fig. 2 , pi. III bis , on voit , à sa partie moyenne latérale , deux dépressions bien distinctes : l'une interne, où se voient trois trous placés à la suite les uns des autres , 6 ; l'autre externe, 7, un peu moins étendue que la première et répondant à la surface inierne de la portion écailleuse de l'os temporal.
On peut mieux saisir retendue de ces deux fosses , eu examinant la base de crâne terminée fig. 2 : toute la fosse interne est occupée par la masse cérébrale A A 5 fig. â , pi. LXXIX. Celte partie est l'organe de la conservation; plus en dehors se voit une autre circonvolution , B, F; celle-ci occupe toute la fosse externe : les deux tiers postérieurs de celle circonvolution sont, selon moi , l'organe du penchant à détruire , et son tiers antérieur l'organe qui préside au choix des alimens.
La partie de la circonvolution B, F, est généralement très-développée chez tous les carnassiers qui détruisent beaucoup d'animaux, tels sonl le lion, pi. XXIV; le chat , pi. XXXIII ; le tigre, pi. XLII ; la marte , pi. XXXVI, fig. 4 ; la belette , id. pi., fig. 5; le putois , id. pi., fig. 2. C'est cette partie cérébrale qui fait bomber en dehors la portion écailleuse de l'os temporal dans ses deux tiers externes. Ce serait cependant une erreur que de croire, comme le disait Gall, que la région que je viens d'indiquer doit être renfléo ou bombée, pour que l'organe ou la circonvolution soit très-développée. Dans certaines espèces à circonvolutions très alongées , tels que le renard , le chien, le loup, la partie cérébrale est très-étendue en longueur. Que l'on jelle, par exemple, les yeux sur le crâne du loup, pi. XXXI, fig. 1 , celui du renard, pi. XXXV, fig. 1 , du chien, pi. XL, fig. 1 , et l'on verra que la portion écailleuse de l'os temporal présente une surface considérable , répondant à celle de la partie cérébrale qu'elle recouvre ; elle s'étend en arrière jusqu'au delà du conduit auditif externe. Toute cette surface peut être divisée en deux régions : l'une placée en arrière de l'apophyse zygomatique, pi. XCIII, fig. 2, C; l'autre en devant, indiquée par la lettre A. La première région est le siège de l'organe du penchant à détruire ; la seconde , celle de l'organe qui préside au choix des alimens. Jai l'habitude , dans mes leçons, de faire voir cette différence à la surface interne du crâne du loup et de plusieurs es-
DF pnnÉNOLOGiE. 29o
pëces do carnassiers. Je vais indiquer le siège de ces deux parlies cérébrales sur la base du crAne du cliat. Le nombre 7, pi. HI bis, fig. 2, indique le centre de l'organe du penchant à détruire : toute la région placée un peu au devant de ce numéro jusqu'à 6 , est occupée par la portion affectée à l'organe de l'alimentation (1).
Chez riiomme , la situation de l'organe de la destruction est absolument la même que chez les animaux que je viens de citer : il occupe les deux tiers postérieurs de la portion écaillcusc de l'os temporal. Le crâne de femme représenté pi. XCV , fig. 2 , peut donner une excellente idée de la situation et de la forme de l'orgaue du penchant à détruire , réuni à un grand développement decjlui qui préside au choix desalimens (2).
Ainsi, les deux tiers de la portion écailleuse logent la circonvolution du penchant à détruire , cl son tiers antérieur celle de l'organe de l'alimentation. C'est cette dernière partie qui se trouve très-rcnllée ici, et qui est située derrière l'articulation de l'os sphénoïde avec la portion écailleuse de l'os temporal , que j'ai trouvée très-apparente sur le crâne de beaucoup d'enfaus de l'âge de six , neuf , onze et douze ans, notamment chez ceux qui se faisaient remarquer parleur gourmandise.
J'ai dit, en commençant l'histoire du penchant à détruire, que ma manière d'envisager celte faculté différait entièrement de celle de Gall et Spurzheim, puisque je l'admettais chez tous les animaux sans exception. Je dois maintenant faire part à mes lecteurs de mes observations et de mes rèfiexions sur ce sujet. Après les avoir méditées et comparées avec celles du fondateur de la science , ils verront si elles sont plus exactes que les siennes , plus conformes à ce que la nature nous présente.
La faculté de détruire me paraît avoir été donnée aux animaux vertébrés , ainsi qu'à l'homme , comme une espèce d'auxiliaire propre à servir d'instrument à plusieurs facultés. Le castor , l'écureuil coupent et mettent en pièces des écorces, des feuilles, des branches d'arbres, pour se construire une cabane ou un nid. La marmotte ronge une grande quantité d'herbe pour en fabriquer un lit très-chaud pendant la saison rigoureuse. Beaucoup d'oiseaux, par exemple, ne pourraient se construire un nid, s'ils ne mettaient en pièces diverses substances végétales.
La vie entière des herbivores est employée à couper, diviser, détruire enfin une quantité innombrable de matières végétales. Lorsque Gall et Spurzheim citent, à l'appui de leurs observations , les oiseaux carnivores et les gra-
(1) Si , apr65 avoir scié verlicalcment le crâne d'un loup , on examine la surface interne de la portion écailleuse de l'os temporal, on verra non-seulement que toute la surface qui répond à ta surface Interne du rocher est Irès-cxcavi'e , et qu'au point où l'os temporal s'articule avec l'angle externe antérieur du pariétal et la grande aile du sphénoïde , se voit une profonde dépression dirigée obliquement de haut en bas et darriére en avant ; c'est elle qui loge l'organe de l'alimcnUtion, très-déveioppé et très-actif chez le loup.
(2) Celte femme est morte à la suite d'excès de boissons splritueuses.
nivores , pour doiiner un exemple de la présence du penchant â détruire dans un cas , et de sa privation dans l'autre , ils commettent une double erreur. Beaucoup de granivores sont Irès-avides de substances animales (1). Il est bien certain qu'il existe entre les oiseaux qui vivent exclusivement de substances animales, et ceux dont la principale nourriture se compose de végétaux, une différence remarquable de conformation quant à leurs cerveaux , différence que Gall , comme je vais le démontrer, a' mal signalée ; mais on ne doit l'attribuer, selon moi, qu'à la différence d'activité du penchant à détruire , et non à celle de sa privation totale. Développons un peu nos idées sur ce point.
La faculté de destruction me parait avoir pour but, ai-je dit, d'aider l'action de plusieurs facultés. Il en est une surtout, dont elle est le puissant auxiliaire , je veux dire celle qui préside au choix des alimens. Chez beaucoup d'animaux, tels que les carnivores, il ne suffisait pas que le besoin de se nourrir de telle ou telle substance se fît sentir, il fallait préalablement que celle-ci fût mise à mort et divisée , deux actes qui ne sont que divers degrés de la faculté de destruction. Plus , pour en venir à ce but , les animaux seront obligés d'avoir recours à une action destructive énergique , et plus l'organe qui les porte à cet acte sera développé. Voyons si l'anatomie et la physiologie viennent appuyer mon opinion.
Chez beaucoup de poissons, où le penchant à détruire n'est pas accompagné de grands mouvemens du corps, et surtout de ceux des parties qui servent à la mastication , dont l'action annonce une grande activité de l'organe destructeur, celui-ci présente peu de développement ; il n'en est pas de même de ceux qui lacèrent ou déchirent leur proie. C'est ce dont j'ai pu me convaincre en examinant le cerveau d'un requin , que je fis remettre à M. Cuvier en 18^9, et qui se trouve maintenant dans la collection du Muséum. J'ai trouvé cette partie assez développée sur le cerveau d'une énorme raie que je disséquai enl82Ô.
Chez les amphibies carnassiers, tels que les phoques, l'organe de la destruction présente le même caractère que chez les chats.
Dans la grenouille , qui vit d'insectes , de petits vers ou de très-petits mollusques , comme le penchant à détruire ne demande pas une grande action , puisque l'animal ne fait , en quelque sorte , que saisir et avaler sa proie , le cerveau se trouve peu renflé dans la région affectée au penchant à la destruction.
Chez les oiseaux qui vivent principalement de graines , bien qu'avalant parfois des substances animales , la partie du cerveau, siège du penchant à détruire , est peu saillante. L'animal offre-t-il une action de destruction plus
(1) J'ai vu des poules se jeter avec avidilé sur «le la viande, même celle d'un jeune poule! que l'on avait coupé par morceaux. J'aî vu les mômes oiseaux quitter le grain pour manger des moules qu'on leur avait jetées.
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énergique? celto partie auginenle en volume, d'une mauière sensible , et élargit le cr;\ue dans la région où elle est située ; c'est ce que nous voyons dans les oiseaux de rivage, tels que les cormorans , les mouettes, les stercoraires, les hérons , les cigognes, etc. Le penchant à détruire devieul-il encore plus énergique, c'est-à-dire l'oiseau est-il obligé de tuer sa proie, de la dépecer, de la mettre en lambeaux? cette partie cérébrale se prononce encore davantage.
Il résulte de mes nombreuses recherches chez les oiseaux, que la partie du crâne , placée derrière et au-dessus de l'apophyse de l'os temporal , pi. XCIII, flg. 4 , n» 3, est le siège de l'organe du penchant à détruire ; sa position est la même chez tous les oiseaux sans exception. Plus ce penchant est prononcé , et plus la région du crâne qui y répond présente de surface ou devient plus renflée. Voici quels sont les oiseaux qui m'ont offert cette région du crâne dans le plus haut degré de développement : l'aigle pêcheur, pi. LIV, fig. â ; la petite chouette, id. pi., fig. -4; la cresserelle, id. pi., fig. S; le grand-duc, pi. LXIjfig. 1 ;la grande chouette des bois, id. pi., fig. 2; la buse, pl.LXXI, fig. 2 ; une très-petite chouette assez commune dans le nord de la France; id. pi. , fig. 4 ; la sous-buse , id. pi. , fig. 6. C'est le développement considérable du penchant à détruire qui augmente d'une manière sensible la circonférence de la voûte du crâne des oiseaux destructeurs. On peut comparer , à cet égard , la voûte du crâne de la buse , pi. 1 bis, fig. 4, avec celle de la poule, id. pi. , fig. 9. Tout ce que Gall a dit sur le siège de l'organe de destruction chez les oiseaux, est extrêmement vague ou inexact ; il confond avec cet organe celui qui préside au choix desalimens; de laces différences de place suivant les espèces.
Sur la fig. 11 de la pi. LXIV (1) , il indique la région de l'organe qu'il appelle instinct carnassier, exactement sur la partie qui se trouve correspondre à celui de la circonspection ; il prend l'organe de l'alimentation , chez le cormoran, pour celui du penchant à détruire. Comme je perdrais beaucoup de temps s'il me fallait relever toutes les erreurs qui se trouvent dans son ouvrage je renvoie mes lecteurs à la comparaison de son travail et du mien , mis en regard avec la nature.
Il ne faut pas confondre , en comparant le crâne d'espèces différentes , la région 2 avec celle indiquée par le n» 2 : la première est celle de l'organe de l'alimentation , et la seconde celle du penchant à détruire. La première est très-développée chez le cormoran, pi. LV, fig. S; le corbeau, pi. XLIV , flg. S; le canard, pi. LI, fig. S; le goéland, pi. LIX, fig. 6; le stercoraire, id. pi., fig. 2, tous oiseaux qui se font remarquer par leur voracité.
J'ai dit plus haut , que l'action des organes cérébraux était souvent accompagnée de certains mouvemens, que l'on pourrait appeler l'expression
(l) Voir son Allas.
d'aclion des facultés. Ceux qui acconipaguenl celle de destruction ont un caraclère qui leur est propre. Que l'on donne, par exemple, ainsi que je l'ai fait, un morceau de viande à une poule , on verra qu'après l'avoir saisi, elle l'attirera d'avant en arrière , en le traînant à la surface du sol , où elle le becquetera à plusieurs reprises. En faisant la même expérience sur un goëland » j'ai vu cet animal se jeter sur la viande avec une avidité incroyable : pour peu que le corps fù* volumineux, il le serrait fortement entre son bec , et l'agitait, par un mouvement de tète, de droite à gauche. Si, au contraire, jo donnais un morceau de chair à une cresserelle , animal essentiellement destructeur , il le plaçait sous ses pattes, le maintenait à l'aide de ses serres, et en saisissant une portion avec son bec , il portait la tète alternativement à droite et à gauche, afin d'en mieux opérer le déchirement; pendant tout ce manège, ses yeux brillaient du plus vif éclat.
Après avoir indiqué le siège de l'orgaue du penchant à détruire chez les oiseaux , je vais préciser sa place chez les autres animaux.
Chez les rongeurs et les herbivores , cet organe occupe la région écaillcuse de l'os temporal ; mais son étendue est bien moins considérable que chez les animaux carnassiers. La différence qui existe à cet égard , peut être bien saisie sur les bases du crâne de deux animaux de l'une et l'autre classe. (Voir la fig. 1 et 2 de la pi. Ill his , représentant les bases du crâne d'un lièvre et d'un chat.) Le no S, sur la base du lièvre, me parait être le centre de l'organe du penchant à détruire (1). Chez le chat, le même organe occupe toute la dépression placée devant la ligne transversale A B, fig. 2, et à peu près les deux tiers de celle qui est placée derrière. Je dis à peu près, car son plus ou moins grand développement peut faire qu'il se porte plus ou moins en arrière.
Chez les quadrupèdes omnivores, tels que le blaireau, pi. XVIII, fig. 1 , le hérisson, pi. XXXVII, fig. -4 , l'organe du penchant à détruire occupe la région du crâne placée au-dessus du conduit auditif. Sou étendue , de haut en bas et d'avant en arrière, varie un peu suivant les espèces. Chez les quadrumanes, les deux tiers postérieurs de la portion écailleuse de l'os temporal se trouvent être le siège de l'organe du penchant à détruire : sa situation est absolument la môme que chez l'homme. Chez celui-ci , le volume de l'organe peut varier à l'infini , depuis le plus faible degré caractérisé à l'extérieur par un aplatissement de la portion écailleuse de l'os temporal , comme dans le crâne d'une momie d'Egypte représenté pi. C , fig. 2, jusqu'au summum de développement , comme sur les deux crânes représentés pi. CXI , fig. 1 , et
pi. cm, fig. 1.
Il résulte des faits et observations que je viens de faire connaître : 1° que.
(1) C'est cet organe qui ausmente la largeur du cerveau du lièvre dans cette région. Dans mes eçoiis , j'ai rhabitudcde faire voir , sur un cerveau de lièvre coulé sur nature, et sur les dessins ■Je mon atlas , la région de l'cncepliale où siège l'organe en question.
L penchant à dèlruire est évideramcnl une facullô fondamentale ; 2» qu'elle a i'tè donnée à tous les vcriébrés pour seconder l'action de diverses facultés, mais plus particulièrement celle qui préside au choix des aliraens : 3> qu'elle est développée en raison du degré d'acliou de ce penchant , ce qui rend compte de sou plus grand développement chez les animaux éminemment destructeurs.
S IV
Celte faculté est une de celles qui contribuent le plus à la conservation des espèces : sans elle une raullitude d'animaux deviendraient facilement la proie de leurs ennemis; souvent elle est l'arme du faible contre le fort, qu'elle parvient à fuir ou à dompter. Quelques espèces la présentent dans un haut degré de développement : rusé comme un renard , fin comme la marte, sont des expressions passées en proverbe. Il n'est pas rare de rencontrer dans l'espèce humaine , des hommes doués de cette faculté dans un degré tel , qu'il constitue le trait le plus saillant de leur caractère: leurs actes, leur langage, leurs habitudes sont toujours empreints d'une manière d'être caractéristique. Personne ne sait mieux qu'eux s'accommoder aux temps, aux lieux et aux circonstances; personne n'entend mieux comment il faut cacher leurs vues, leurs projets , leurs intentions , en s'enveloppant de la plus profonde dissimulation. Leur conduite paraît souvent inexplicable pour qui ne tient pas le fil de leurs actions que l'on ne découvre souvent que lorsque leur but est atteint.
Cette faculté peut présenter mille nuances, selon l'état de développement des autres organes. Dans un degré modéré , et avec un très-faible développement d'une faculté dont je parlerai plus loin (la circonspection) , elle constitue un des caractères les plus singuliers que l'on puisse rencontrer ; ce sont de ces hommes dont la finesse est, si je puis m'exprimer ainsi, percée à jour : après avoir tenu une conduite annonçant une certaine finesse, leur manque de circonspection vous fait tout de suite découvrir leurs vues et leurs projets. Dans un degré moyen de développement, réuni à la circonspection et à une faculté précieuse , l'esprit d'induction , la ruse contribue à donner du tact et constitue ce qu'on appelle un caractère prudent.
Toutes les fois que cette faculté ne se trouve pas réunie à des facultés intellectuelles et à des sentimens élevés , il en résulte ces êtres ignobles, à vues aussi basses que la faculté qui les domine. Les maisons de réclusion, les bagnes sont peuplés de cette sorte de gens : si on pouvait les suivre dans leurs actions , lire dans leur esprit , on n'y verrait que bassesse , fourberie et intrigue. Je reviendrai encore sur ce sujet qui ne peut être bien compris qu'après que j'aurai traité de la combinaison des facultés.
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Il est impossible pour les personnes versées dans l'histoire des actes de l'esprit humain , de confondre la faculté que je désigne sous le nom de ruse, avec celles qui me restent à traiter. Les personnes étrangères à la vraie connaissance psychologique des actes cérébraux , confondent cette faculté avec l'intelligence ou la pénétration , bien qu'elle en diffère complètement ; mais quel est le caractère distinctif de cette faculté ? Les expressions ruse , finesse , sa- Toir-faire , employées par Gall pour la désigner , n'en sont-elles au contraire que des modifications?
Selon Spurzheim , son caractère distinctif serait le penchant à cacher. Si j'examine, dit-il, les manières des animaux rusés et considère l'essence de leur ruse, et plus spécialement si je considère les actes des hommes et des animaux quand ils exercent cette fonction , il me parait que la faculté spéciale est le penchant à être clandestin en général , être secret en pensée , mots , choses ou projets. Le renard prend soin de ne pas être observé. Un chat guettant une souris, ne remue aucun membre. Les animaux rusés lorsqu'ils sont poursuivis, se cachent adroitement ; un chien cache son os, et les personnes rusées cachent leurs intentions , et quelquefois professent des opinions opposées à celles qu'elles ont réellement.
Je crois avec Spurzheim , que la ruse , la finesse , le savoir-faire indiquent plutôt des modifications de la même faculté ; mais le penchant à cacher est-il bien le vrai caractère de la faculté en question? ne serait-il pas aussi une modification de cette faculté ? Le renard qui est en garde , le chat qui guette une souris sans remuer un membre , ne mettent pas seulement en jeu la ruse , mais encore la circonspection. En disant que le chien cache son os , Spurzheim abuse évidemment ici du mot cacher. Je ne crois pas non plus que la faculté d'être secret appartienne à la ruse.
Plus j'étudie les actes des animaux et des hommes rusés, et plus cette faculté me paraît avoir une sphère d'action étendue et difficile à rendre par une expression ; c'est une manière d'agir tout à fait à part , et qui n'a point d'analogue dans les autres facultés. Dans les animaux des classes inférieures, cette faculté aide puissamment celles qui sont indispensables à la conservation des espèces, telles que la destruction, le penchant à faire des provisions, etc.
Les actions de l'homme rusé ne se bornent pas à cacher ses projets , comme le dit Spurzheim; c'est cette faculté qui porte à deviner ceux des autres : je crois qu'elle contribue beaucoup à rendre très-défians les hommes qui la possèdent dans un haut degré.
La partie du cerveau qui est le siège de l'organe de la ruse, occupe la région moyenne du bord inférieur de l'os pariétal chez l'homme, pi. LXXXVII. Le siège de cet organe est généralement mal indiqué sur toutes les figures qui accompagnent les livres publiés jusqu'à ce jour sur la phrénologie. Quand l'organe est très-développé , toute la région du crûne répondant à la région du pariétal , dont la surface interne est taillée en biseau pour s'articuler avec le temporal, est très-saillante, et la surface placée un peu au-dessus >
DB POBBNOIOGIB.
très-bombée. Qa peu I avoir une idée d'un grand dÔYoloppcracnt de cet organe sur le crâne représenté fig. 2 , pi. CXI.
Chez les quadrumanes , le siège de l'organe de la ruse est absolument le luême que chez l'homme.
Chez les carnassiers, tels que le chien, pi. XXIII, fig. 1 et 2,1e loup, pl. XXXVI , Og. 1 , le renard , pi. XXXV, fig. 1 , la marte , pi. XXXI, fig. 4, le putois , id. pi, , fig. 2 , l'organe de la ruse est placé exactement au-dessus de la ligne que décrit Tarliculatiou écailleuse de l'os temporal : il occupe la partie moyenne du bord inférieur pariétal , qu'il renfle d'une manière variable suivant les espèces. Cette saillie est bien exprimée sur le crâne du renard, représenté pi. XXXV. Comme le crâne de cet animal offre peu d'épaisseur, il en résulte que la circonvolution cérébrale, siège de l'organe de'la ruse , se dessine à merveille à l'extérieur. Une ligne perpendiculaire tirée du milieu du conduit auditif externe des carnassiers , après avoir traversé la région du penchant à détruire , tombe exactement sur celle que l'organe de la ruse occupe , pi. XCII, fig. 1 ,et pi. XCIII , fig. 1.
Gall , en parlant du siège de l'organe de la ruse chez les oiseaux , s'exprime ainsi : « En général , et sans excepter les frugivores et les oiseaux qui se distinguent par leurcaractère rusé, la région ci-dessusindiquée est très-saillante (1) . » Commeon le voit, c'est une manière très-aisée et très-simple d'indiquer lesiége d'un organe. Cependant la différence d'organisation du crâne chez les oiseaux, ne permet en aucune manière de se prononcer ainsi; et si on voulait, comme Gall, assimiler les crânes des oiseaux à ceux des quadrupèdes, on commettrait de graves erreurs. Je suppose, par exemple, comme le dit Gall, que l'on cherchât le siège de l'organe de la ruse chez les oiseaux dans la même région que chez les quadrupèdes, c'est-à-dire sur l'os pariétal, et que l'on choisît pour exemple un crâne de coq pour faire l'application , on tombera juste sur une partie du crâne où l'on ne voit aucune trace de cerveau, c'est-à-dire sur le cervelet.
Chez les oiseaux du genre corvus, la partie cérébrale affectée à la ruse est celle qui se trouve située dans la région 4, fig. 4 , pi. XCIII , à quelques lignes au-dessus de la petite apophyse osseuse placée à la partie la plus reculée du conduit auditif externe, et elle se prolonge en avant dans l'étendue de plusieurs lignes, chez le corbeau. Chez les granivores l'organe est placé derrière et audessus de l'apophyse orbitaire externe.
Chez les quadrupèdes herbivores et les rongeurs, il est placé plus en devant et plus haut que chez les carnassiers. C'est lui qui forme cette masse bombée que l'on voit chez le chevreuil , pi. XXVI, l'isard, pi. XXXVIII ; c'est lui qui contribue à élargir la voûte du crâne du lièvre , pi. III bis, fig. 4 , du lapin , de l'écureuil, pi. XXXIII et XXXVII.
J'ai trouvé cette partie du crâne très-apparente chez des lièvres de quelques jours. J'engage les personnes qui auront occasion de s'en procurer , à les ob-
(I) Uv. cit. , page lOl , in-S".
server avec attention, et elles y trouveront quatre organes très-apparens : 1» uu situ6a la partie interne de l'arcade orbitaiie, qui donne à ces animaux la possibilité de reconnaître les lieux ; S» un autre très-apparent occupant la région pariétale moyenne, circonspection; un troisième rennant d'une manière sensible le bord inférieur de l'os pariétal ; enfin, comme je l'ai vu sur le cerveau, l'organe de la conservation et celui qui préside au choix des alimens. En réfléchissant sur la prédominance de ces facultés à cet âge , on ne peut s'empêcher d'admirer leur coïncidence avec les premiers besoins de l'animal.