SV
Organe du courage.
Je ne crois pas que personne puisse contester que le courage soit une qualité distinctive de l'homme et des animaux. Chez lui, comme chez eu::, cette faculté se manifeste à divers degrés. Certains hommes sont remarquables par leur poltronnerie , comme d'autres le sont par un courage poussé jusqu'à l'audace, et quelquefois même jusqu'à la témérité. Le courage avait été attribué jusqu'ici à l'action d'autres viscères que le cerveau. Je ne répéterai pas ce que des physiologistes ont avancé sur l'influence que le développement du système musculaire, ou celui du principal organe de la circulation (le cœur) peuvent avoir comme produisant le courage. De pareilles assertions ne méritent pas même d'être réfutées. Les observations de Gall dans l'espèce humaine , celles plus nombreuses encore que j'ai faites chez les animaux , ne laissent aucun doute non-seulement sur la question si c'est dans le cerveau que réside la faculté désignée sous le nonLde courage , mais encore sur la partie cérébrale qui en est le siège. Comme ces expériences peuvent être répétées tous les jours, je n'insisterai pas sur les preuves théoriques qui pourraient soutenir mon opinion. Je vais donc faire connaître le siège de l'organe du courage chez l'homme et les animaux.
Chez l'homme , l'organe du courage occupe la partie moyenne de l'angle postérieur inférieur de l'os pariétal, pi. LXXXVII , fig. 2, n" 3. Tous les individus qui se font remarquer par leur bravoure , ont celte région dans un degré de développement remarquable; une disposition contraire se rencontre chez les hommes très-pusillanimes et poltrons. La fig. 1 de la pi. XCIX peut donner une idée du grand développement de l'organe du courage. On trouvera le même mode d'organisation sur le crâne du général Wurmser, qui se trouve dans la collection de Gall. On voit combien le développement considérable de cet organe contribue à augmenter le diamètre transversal du crâne dans cette région.
Chez les quadrumanes, le siège du conrage est absolument le même que chez l'homme.
Chez les quadrupèdes , la circonvolution, ou la portion cérébrale affectée au courage, est indiquée sur le cerveau de la marte , par le nombre 13, pi. LXXV, fig. 7. Celte partie étant très-développcc chez les espèces renommées pour leur courage, la région du crAne qui y répond est aussi généralement très-bombée chez elles. Le n° S de la fig. 2 de la pi. XCIII , indique le siège du courage cliez les carnassiers. Que l'on examine maintenant le crâne du renard, pi. XXXV, fig. 1 , du blaireau, pi XXVIII, fig. 1 , de la marte , 1)1. XXXVI, fig. 4 , du putois, id. pi., fig. 2, et l'on verra que chez tous ces animaux la région indiquée est (rès-renflée. Le crâne représenté pi. XL , fig. 1, est celui d'un chien que son maître fit tuer à cause des désagrémens qui lui causaient ses combats acharnés avec les animaux de son espèce. Le crâne placû au-dessous appartenait au contraire à un chien très-lâche. Jamais animal ne fil preuve d'une poltronnerie égale à la sienne : le cri seul d'un petit roquet suffisait pour le faire fuir.
Gall dit avoir observé que les chevaux qui ont les oreilles rapprochées sont toujours ombrageux et craintifs; tandis que ceux, au contraire, qui ont les oreilles distantes à leur origine sont sûrs et courageux. Il est possible que ce fait soit vrai; mais je ne puis m'expliquer le rapport qui peut exister entre cosigne extérieur et le courage , dont Gall indique le siège, chez cet animal, dans un point où ne se rencontre pas de cerveau , (voir la pi. LXIV de son Allas). Spurzheim a reproduit la même erreur en copiant le dessin de Gall. Ce médecin avait si peu étudié l'anatomie du crâne des animaux , qu'il place l'organe du courage chez le chien , sur le point d'insertion des muscles postérieurs du cou. (Voir la pi. VII de sa Phrènologie , §« édition. Londres.) Chez les rougeurs elles herbivores, l'organe du courage est placé immédiatement au-dessus du conduit auditif; il répond à la partie la plus externe de la portion écailleuse de l'os temporal, et à l'angle postérieur et inférieur de l'os pariétal. Cet organe est très-prononcé chez le chevreuil , pi. XXVIÎ, le cochon cabiais, pi. XXXVII, fig. 3.
Pour bien apprécier le siège de l'organe du courage chez les oiseaux , il faut avoir fait une étude particulière du crâne de ces animaux appartenant à différentes classes. Je vais indiquer succinctement le résultat de mes observa-^ lions , renvoyant à l'étude de la nature les personnes qui voudraient faire des recherches sur un très-grand nombre d'oiseaux.
Chez lous les oiseaux du genre corvus, et les oiseaux de proie proprement dits, l'os pariétal présente un grand développement: sa partie qui représente l'angle postérieur et inférieur du pariétal de l'homme , recouvre la portion cérébrale affectée au courage ; une portion de l'os temporal, celle qui se trouve appartenir à la partie la plus externe de la portion écailleuse, y répond aussi. Le n" S de la fig. A de la pi. XCIII , indique le siège de cet organe , qui est le même dans les deux classes d'oiseaux que je viens de citer. Sa position est encore la même chez la mésange tricolore , pi. XVI. fig. 1 , l'étourneau id. pi. , fig. 4 , le roitelet, pi. LXVII, fig. 4 , trois espèces d'oiseaux remar
soi TRAITÉ
qoables par leur courage. Dans la cresserelle, pi. LIV, fig. 5, oiseau de proie très-hardi et courageux , celte région est Irès-développèe.
Il existe certaines espèces de granivores qui sont doués d'un courage assez remarquable pour que les hommes en aient fait un objet de spectacle : les combats de coqs, si communs de nos jours, ont été connus dès la plus haute antiquité ; les Ilhodiens les célébraient avec pompe : il en était de même chez les Athéniens. Buffon assure que ceux-ci employaient les cailles au même usage.
Gall dit qu'à la première entrevue qu'il eut, pendant ses voyages , avec un amateur passionné de combats de coqs, celui-ci crut lui confier un secret en lui disant qu'il savait distinguer, à la seule vue, les braves champions d'avec les mauvais combaltans, et il lui désigna comme caractère, la largeur de la tête un peu en avant des oreilles. Gall donne ensuite la figure du crâne du coq de combat et celle du coq ordinaire. (Voir la pi. LXIV, de son atlas.)
Je n'ai aucune confiance dans ce que l'amateur de combats de coqs a pu dire à Gall , car les plumes qui recouvrent la tête du coq peuvent être un obstacle à saisir le vrai développement du crâne. Les deux dessins donnés par Gall ne servent en rien à faire reconnaître le développement de l'organe du courage, car ils ne sont qu'au trait. D'ailleurs il existe entre le crâne des oiseaux de la famille des gallinacés une différence d'organisation que Gall n'a pas indiquée, et qu'il faut cependant connaître , si on veut apprécier le développement de l'organe du courage chez diverses espèces. J'ajouterai que dans cette classe d'animaux, et passé un certain âge , le crâne peut augmenter d'épaisseur au point d'empêcher de saisir le développement de la partie cérébrale affectée au courage : on ne peut alors en avoir une juste idée qu'en examinant le cerveau. '^
Il existe, ai-je dit, entre le crâne des gallinacés et ceux des oiseaux dont j'ai parlé précédemment , une différence d'organisation assez remarquable , et sans la connaissance de laquelle on ne peut préciser parfaitement le siège de l'organe du courage chez les oiseaux de celte classe. Je vais indiquer par deux exemples, pris chez deux oiseaux appartenant à deux classes différentes, comment on peut arriver à reconnaître extérieurement son vrai siège chez les gallinacés. Si l'on jetle les yeux sur les deux bases de crâne représentées fig. B et flg. S, de la pi. 1 bis, on verra que dans la première qui appartient à un oiseau de proie , la buse , la cavité générale de la base du crâne présente plus d'étendue d'avant en arrière , que la même cavité de la base du crâne de la flg. S , qui est celle d'un granivore , la poule : à quoi tient celle différence ? à ce que chez l'oiseau de proie , le penchant à détruire étant plus considérable que chez le premier , l'organe du courage se trouve placé nécessairement plus en arrière. La lettre f , de la fig. 7 , pi. LVI , indique la partie du crâne où répond l'organe du courage chez les granivores. Il en résulte que, lorsqu'on examine d'arrière en avant deux crânes de cette famille, l'un d'un individu très-brave, et l'autre d'un poltron, chez le premier le diamètre du
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crûne d'un f à l'aulrc est plus considerable. Je ferai remarquer que, malj^rè l'aplalisseraenl qui se voit en f, chez ces oiseaux, on est surpris de voir quo la partie cérébrale qui y répond se trouve souvent très-renflée , notamment chez les vieux granivores où l'épaisseur des parois du crâne fait disparaître le parallélisme des deux tables. Sur le crJ\ne d'une dinde dont j'ai étudié les mœurs, et qui se trouve représenté pi. LVII, fig. 2, la région du courage est Irès-développée. Lorsqu'elle conduisait ses petits , ou les poulets dont elle avait couvé les œufs , elle entrait en fureur et se battait contre tous les animaux de la basse-cour qui en approchaient de trop près. On retrouve la même région très-saillante sur le crâne de la pintade, id. pi. , fig. 7 et 8.
Le courage est une des facultés de conservation des espèces la plus fréquemment mise en jeu chez les animaux ; elle est l'auxiliaire puissant d'une multitude de facultés. Les combats des hommes et des animaux pour la conservation de leurs pro))riétés , de leurs petits , etc., etc.; ceux que se livrent avec tant d'acharnement deux animaux dont l'un doit devenir la proie de l'autre , sont autant de preuves de l'existence et de l'emploi de cette faculté.
Selon Gall , le défaut de développement du courage produirait la poltronnerie ou la peur ; c'est ce qu'il appelle faculté ou qualité négative. Spurzheim croit , au contraire , que la peur est une affection toute positive , résultant de l'extrême développement de la circonspection. Je ne crois pas avec Gall que la peur tienne au défaut de l'organe du courage : je la considère comme une affection de l'organe de la conservation , et non de la circonspection , comme le pense Spurzheim, car j'ai rencontré des gens très-braves et très-circonspecls : il en est de même chez les oiseaux. Le corbeau et la cresserelle sont trèscirconspects, et cependant très-courageux (1).
§ VL
organe du choix des lieux.
L'impulsion intérieure qui porte les animaux à choisir, de préférence, telle ou telle place , a été assez bien connue des anciens naturalistes : elle a môme servi à Pline comme base de classification , puisqu'il divise les animaux en terrestres, aquatiques et aériens ; mais , loin de rattacher la prédilection des animaux pour certains lieux , aux facultés du système nerveux cérébral , il l'explique seulement par l'expression vague d'instinct.
Si nous étudions avec soin les habitudes de plusieurs animaux , nous verrons que de très-bonne heure et sans qu'aucune cause ait pu leur donner connaissance de l'avantage qui peut résulter pour eux de leur direction vers tel ou tel lieu , une force inlérieure les y entraîne. La jeune chèvre aime à gravir sur les endroits montueux ; le chamois , le bouquetin , l'isard autre espèce de
(t) Je ne rapporterai pas ici le passage dans lequel Gall cherclie â prouver son opinion, car plusieurs dé ses raisonnemens ne m'ont paru que spécieux.
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Chamois , se plaisent sut les sommets escarpés des Alpes et des Pyrénées. A peine éclos, le jeune canard se dirige vers l'eau , nonobstant les cris et les transes de la poule sa mère adoptive. Le corbeau de la grosse espèce ne vil que dans les endroits solitaires ; le choucas Iiabite ordinairement les clochers; le hibou et presque tous les oiseaux de proie nocturnes se logent préfèrablement dans les vieilles ruiues ou les greniers. Sans la faculté du choix des lieux, beaucoup d'espèces, telles que les palmipèdes, et plusieurs autres appartenant aux oiseaux de rivage , auraient péri.
La faculté du choix des lieux a fixé l'attentiùr) de Gall et de Spurzheim, bien que ces deux auteurs ne l'aient pasenvisagèe de lamême manière. Comme je ne pourrais pas être bien entendu de mes lecteurs , quand il sera question de rectifier les erreurs que Gall a commises en cherchant à déterminer chez les animaux le siège de l'organe dont je fais maintenant l'histoire , je vais rapporter ici textuellement comment il dit avoir été conduit à la découverte de celte faculté et au siège de son'organe. Mes remarques ne s'adresseront pas à Spurzheim, qui n'a publié sur ce sujet aucunes recherches anatomiques ou physiologiques chez les animaux.
« Après avoir donné mon attention à l'orgueil, comme qualité particulière, el à son organe chez Ihomme , je voulus voir si mes obervalions se confirmeraient chez les animaux dont on a coutume de dire qu'ils sont fiers ; par exemple, des chevaux de race, du coq , du paon , etc. Je ne trouvai chez aucun d'eux un développement remarquable des parties cérébrales correspondantes à l'organe de l'orgueil chez l'homme; mais je trouvai bien un développement considérable de ces parties chez les animaux chez lesquels je n'aurais jamais songé à les chercher, c'est-à-dire chez ceux qui séjournent sur les hauteurs , sur les montagnes , et qui se tiennent volontiers dans le haut des airs , chez le chevreuil, le chamois, le bouquetin, chez certaines espèces d'aigles et de faucons ; et ce qui me frappa le plus, la partie cérébrale en question était d'autant plus développée , et la proéminence alongée d'autant plus saillante, que ces animaux ont leur demeure habituelle sur des lieux plus élevés. »
Je pense avec Spurzheim , que Gall a eu tort de confondre l'orgueil dans l'espèce humaine , avec la faculté qui porte les quadrupèdes à gravir sur les montagnes , ou les oiseaux à s'élever à une grande hauteur dans l'air. Si Gall avait étudié avec plus de soin l'analomie du cerveau des animaux, il n'eût certainement pas confondu des organes aussi distincts.
D'un autre côté, si Spurzheim s'était livré à l'élude de l'analomie et de la physiologie comparées, il n'eût pas répété avec Gall que les animaux qui s'élèvent très-haut dans l'air, ou qui habitent les montagnes, ont la région en question plus développée que ceux qui habitent les contrées basses ; ce qui n'est pas généralement vrai , comme je vais le démontrer. J'admels bien que la faculté du choix des lieux est fondamentale, et se trouve consèquemment affectée à une partie du système nerveux cérébral; mais je ne crois pas qu'elle ait été donnéo aux animaux dans le seul but de faire de ces lieux leur habita-
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lion, ainsi que le donnerait à penser l'expression (habl(alivilé) employée par Spurzheini. Je crois que les animaux l'ont reçue pour salisfaire au besoin de plusieurs facullé's, telle que la reciierclie de leur nourriture, de leur demeure, de l'endroit le plus convenable pour placer leur nid , etc. , etc.
Comme tout ce qui se raltacbe au siège de cet organe chez les animaux a été traité par Gall d'une manière tout à fait inexacte, soit cliez l'homme, soit chez les animaux , je ne rapporterai pas ici ce qu'il en a dit , du moins chez les animaux. Je ferai seulement remarquer que la région considérée par Spurzheim comme le siège de l'habilativité , est celle qui se trouve indiquée par le n» 6 de la fig. 2 de la pi. LXXXIX. Celle partie cérébrale est en blanc dans les planches de Gall : c'est à la partie cérébrale placée au-dessus , n" 3S , organe de l'orgueil, qu'il attribuait chez l'homme la facuKé d'habiter préférablement les lieux élevés. Tout ce que Gall a dit pour soutenir son opinion sur ce point , ne m'a paru que spécieux. Je crois donc que Spurzheim a réellement raison d'attribuer les actes qui résultent de l'orgueil et ceux qui portent les hommes à choisir de préférence des lieux élevés , à deux facultés tout à tait distinctes.
Je passe maintenant au siège de l'organe du choix des lieux chez les animaux. Je commencerai par les oiseaux. En jetant les yeux sur la fig. 5 de la pi. LVI, qui représente le crâne de la sarcelle vu en arrière, on remarque sur la ligne médiane deux eminences oblongues, ayant à peu près la forme d'un pépin de prune , dont l'extrémité la plus large se trouve dirigée en arrière d, d, k, k ; cette partie du crâne répond , selon moi , à l'organe qui porte les animaux à choisir tel ou tel lieu, soit que ces animaux vivent dans l'air, à la surface du globe , sur les montagnes, ou dans l'eau. La forme extérieure du crâne , dans l'espèce que je viens de citer, est absolument conforme^ celle de l'organe ; ce qui s'explique très-bien par le peu d'épaisseur des parois du crâne de cet oiseau. Plus il devient nécessaire pour l'animal d'être poussé par une force intérieure vers telle ou telle place, et plus cet organe se trouve apparent; voilà sans doute pourquoi il est énorme chez les macreuses, oiseaux qui quittent rarement la mer. Voir la pi. LII , fig. 2 et 3 (1). Il en est de même chez tous les palmipèdes, notamment dans les canards , les oies , les cygnes. Voir la pi. LXXII, représentant les cerveaux de plusieurs canards sauvages. On voit par les faits que je viens de citer , combien est peu fondée l'opinion de Gall et de Spurzheim qui prétendaient que plus les oiseaux avaient de tendance à s'élever dans l'air , et plus cet organe était prononcé. S'il en était ainsi, les macreuses, qui vivent toujours dans l'eau , devraient l'avoir moins développé que l'aigle ou le faucon ; et c'est cependant le contraire qui a lieu.
Chez les quadrupèdes, la forme de la portion cérébrale que je viens d'indiquer , n'est pas constante. Il existe cependant une espèce chez qui j'ai trouvé.
^^ 1 ) Dans les premières planches publiOes , le graveur a ouI)Iic une L , ilc manière qif clic est seulement marqudc II.
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quant à la forme, le même aspect que chez les canards ; c'est le chevreuil. Comme il existe ici une plus grande épaisseur du crâne que chez les oiseaux, on ne pourra avoir une juste idée de l'organe et de sa vraie forme , qu'après avoir scié horizontalement le crâne de cet animal. Une fois celle opération faite, si l'on examine la voûte à l'intérieur, on trouvera deux dépressions ressemblant assez, pour la forme, aux deux saillies qu'on vient de remarquer à la surface du crâne de la sarcelle : elles vont se terminer en pointe à la partie supérieure de la suture frontale.
Le nombre 12 de la fig. 1 représentant le cerveau du chat , pi. LXXV , est précisément placé sur la portion cérébrale affectée au choix des lieux. Lorsque cette partie est trés-développée , elle soulève la partie postérieure et moyenne du bord interne des pariétaux. Quelquefois , ainsi que cela a lieu dans le chevreuil, la portion la plus large et la plus renllèe se trouve séparée de l'autre, mais seulement à l'extérieur du crâne, par une légère dépression.
S vu.
Organe forçant une faculté à continuer son action.
Après avoir comparé un assez grand nombre de crânes de personnes ayant un caractère orgueilleux bien prononcé, j'ai pu me convaincre que Gall et Spurzheim ont placé l'organe de celte faculté trop en arrière, ou du moins qu'une grande portion de la circonvolution qui le constitue, c'est-à-dire envi" ron les deux tiers postérieurs, appartiendrait à un autre organe. Il résulte de mes remarques, que l'intervalle placé entre l'orgueil et l'attachement pour la progéniture, présente plus d'espace que Gall ne lui en attribuait, et qu'il existe là deux organes distincts, l'un supérieur, n" 6, et l'autre inférieur, n° 7 , pi. LXXXIX , fig. 2. La première région occupe, comme on le voit, l'angle postérieur et supérieur des pariétaux, et l'autre l'angle supérieur de l'os occipital. Quand ce dernier est trcs-développé , il soulève un peu la parlie la plus reculée de l'angle postérieur et supérieur des pariétaux. La remarque anatomique que je viens de faire connaître, et dont personne avant moi n'avait parlé , pourra jeter, ce me semble, quelque jour sur une espèce de polémique qui s'est élevée entre le docteur Spurzheim et M. Georges Combe, et dans laquelle ce dernier a fait preuve de beaucoup de talent. Il s'agirait d'une nouvelle faculté , qui , selon M. Combe , aurait pour usage de concentrer notre esprit sur tel ou tel sujet : cependant il croit que sa sphère d'action pourrait s'étendre plus loin, et que le choix des lieux ou de rhabitation de Spurzheim apparliendrait à la même faculté. Après avoir lu les observations de M. Combe et les objections qui lui ont été adressées par Spurzheim , il m'a été démontré que les raisounemens de Spurzheim ne détruisaient en rien les observations de M. Combe. Seulement je ne pense pas, avec ce dernier, que la fa-
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culte de choisir les lieux , et celle de concentrer son esprit sur tel ou tel sujet, dépendent du mémo organe ; mais que toutes deux ont des organes distincts, le premier répondant au n" 6 , et le second beaucoup plus bas , n» 7. Celui-ci serait , selon moi , l'organe auquel M. Combe donne le nom de concenlralivité. 11 assure avoir trouvé cet organe très-prononcé chez toutes les personnes capables d'arrêter longtemps leur esprit sur un sujet. Je copie ici textuellement ce qu'il dit à ce sujet (1). « Quelques personnes possèdent naturellement la conscience de chaque chose qui se passe dans leur esprit, tandis que d'autres paraissent manquer de cette faculté. Les premières peuvent fixer leurs sentimens , et examiner facilement leur caractère et leur liaison. Les autres no le peuvent faire. Leur esprit est comme la surface d'un miroir sur lequel chaque sensation, chaque pensée parait comme l'ombre d'un objet en mouvement, produisant une légère impression et disparaissant ensuite. Elles éprouvent une grand difficulté à fixer leurs émotions et leurs idées , de manière à pouvoir les examiner et les comparer , et sont peu capables en conséquence d'avoir une vue systématique d'un sujet, et de concentrer leurs pouvoirs vers un point. J'ai observé cet organe , large chez les premières , et petit chez les dernières (2).
Je suis d'autant plus disposé à admettre les idées de M. Combe sur la faculté en question , mais en la renfermant dans une autre limite que celle qu'il lui accorde, que mes recherches en anatomie comparée viennent lui donner une nouvelle évidence. Bien longtemps avant M. Combe, j'avais fixé, comme on va le voir, mon attention sur cette faculté ; seulement je croyais qu'elle ne se rencontrait que chez les animaux , tandis que je suis maintenant disposé à croire qu'elle se trouve aussi chez l'homme.
Un jour que je m'entretenais avec un chasseur sur les facultés les plus saillantes des chiens employés à la chasse , il me demanda à quelle faculté il fallait rapporter celle qui dislingue le chien d'arrêt, et par là, il entendait, ainsi que moi , la faculté que possède cet animal de s'arrêter court lorsqu'il a découvert le gibier. Ma réponse fut que cette conduite du chien tenait à l'éducation qu'il avait reçue. Cependant, sur la remarque que beaucoup de chiens se mettaient naturellement en arrêt sans aucune éducation préalable, et qu'il existait certaines espèces qui ne pouvaient être dressées à ce genre d'exercice , je pensai que celle disposition tenait à une organisation particulière que l'éducation pouvait développer. En étudiant la conduite de plusieurs animaux , je trouvai que cette faculté èlait en quelque sorte commune à toutes les espèces, bien que plusieurs la possédassent dans un degré plus remarquable. Ainsi , j'avais vu des chats, des renards, présenter, en allant à la recherche de leur proie , tous les caractères du cliien d'arrêt. J'aperçus un jour
(1) Je ne rapporte pas ici les observations Je M. Coml)c et les objections de spurzlielm. On peut consulter à cet égard l'ouvrage de M. CoiubCj 3*^ (édition.
(2) Lib. cit. , pag. 163.
dans un jardin placé au-dessous de ma fenêtre, un chai qui guettait un moi. neau : son corps était alongé , la tôle portée en haut et en avant , et sans les mouvemens de sa queue , je l'aurais pris pour un chat empaillé.
L'examen du crâne de deux chiens d'arrêt que je possédais dans ma collection , celui des crânes de la marte, du chat et du renard, chez qui j'avais cru rencontrer des dispositions semblahles , ne me furent , pour le moment , d'aucune utilité : ce fut par les habitudes de quelques oiseaux et l'examen de leurs crânes , que je parvins à découvrir cette faculté et à préciser son siège.
3'ai toujours eu l'habitude d'ouvrir l'estomac de tous les oiseaux que je recevais : en agisant ainsi, j'avais surtout en vue de connaître quelles étaient les substances qui composaient leur nourriture. Un jour je trouvai dans le pharynx et l'estomac du grèbe cornu [colymbus cristatus) (1) , plusieurs petits poissons, connus en Normandie sous le nom de dards. (Voir son crâne représenté pi. LU, ûg. 1.) Comment se fait-il , me disais-je , que cet oiseau puisse saisir un poisson dans uu milieu tel que l'eau, où le plus léger mouvement suffit pour le soustraire à son avidité? Il faut pour arriver là une ruse et une circonspection incroyables. Comme c'était le premier crâne de grèbe que je voyais , sa conformation singulière me frappa : car, bien qu'il présentât, sous beaucoup de rapports, quelque analogie avec ceux des autres espèces que je possédais alors (1819) , il en différait assez sous d'autres. Ce qui fixait particulièrement mon attention , c'était non-seulement le développement remarquable de la partie antérieure du frontal, mais encore celui des régions situées sur les parties latérales du cervelet. En 1821 , je me procurai un petit cormoran : en ouvrant son estomac , j'y trouvai, comme dans le grèbe, une multitude de poissons ; mais une disposition particulière du crâne me frappa : c'était le rapport de conformation entre le crâne de ces deux oiseaux. Ici , comme on le voit pi. LV, fig. 1 , les parties situées sur les côtés du cervelet se trouvaient aussi très-renflées ; ses parties latérales l'étaient surtout d'une manière remarquable. Comme je possédais alors plus de sept cents crânes d'oiseaux, je réunis et comparai ensemble tous ceux qui me présentaient un caractère semblable à celui que j'avais d'abord observé chez le grèbe. Je vis avec satisfaction que tous ceux qui appartenaient aux oiseaux qui ont l'habitude de fixer leur proie longtemps ou avec infiniment d'attention, étaient précisément ceux qui me présentaient ce mode de conformation , quelle que fût la classe à laquelle ils appartinssent : voici les noms et les dessins des crânes des oiseaux chez qui je rencontrai celte organisation : l» le grèbe , pi. LU , fig , 1 ; 2' le grand et le petit cormoran , pi. LV , fig. 1 et 5 ; 3" le héron bleu, le héron étoile, et l'aigrette , id. pi. , fig. 2, 3 et 4. Je retrouvai la même conformation chez le guillemot, pi. LIX, fig. 7; chez les hirondelles de mer , pi. LIV , fig. 2 , 4 et 5 ; chez le martin pêcheur, id. pi. , fig. 1 . Si j'exa-
(1) Le grèbe est un trts-bel oiseau aquatique : on emploie les plumes Je son venire , qui oirf lYclat do l'argent , pour faire des palatines et des manchons.
DK PnRÉNOLOGIE. Sll
miuais tous ces cranes après les avoir placés sur une (able, et do manière à «>tre vus en arrière, j'étais surpris de leur ressemblance dans un point (1) , bien qu'ils différassent assez sur tous les autres. Je fus donc conduit à considérer comme fondamentale la faculté parliculière de pouvoir arrèlcr longtemps leur allentiou sur un objet, que possédaient certains animaux, tels quo le cbien d'arrêt, le renard, le cliat chez les quadrupèdes; le grèbe, les cormorans, le marliu pêcheur chez les oiseaux. La circonvolution marquée sur le cerveau de la marie , pi. LXXV, fig 7 , et toute la portion de circonvolution placée après le n° 12, sur le cerveau du chat, id. pi. , fig. 2 , est celle que je considère comme affectée à la faculté en question. J'ai Irouvé cette région bien saillante à l'extérieur du crâne du renard ; elle l'est beaucoup moins sur le blaireau ; elle est très-prononcée sur le crâne d'un chien de chasse qui m'a été donné par le docteur Gaubert , et sur quatre crânes d'excellens chiens d'arrêt qui font partie de ma collection.
S'il existe, comme je suis très-disposé à le croire, un organe semblable chez l'homme, il doit, selon moi , occuper la portion de l'angle supérieur de l'occipital n" 7 , pi. LXXXIX, fig. 2 ; et la région placée au-dessus (6) serait l'organe qui préside au choix des places.
C'est maintenant à des expériences répétées un grand nombre de fois sur des personnes dont les habitudes seront bien connues à venir confirmer, dans l'espèce humaine, la démonstration de la coïncidence constante du développement de la partie cérébrale avec les qualités que M. Georges Combe lui attribue. Quant aux animaux, je la considère comme à peu près démontrée (2).