‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 51 sur 78 · S VIII · texte numérisé non relu

S VIII

Organe de l'altachemenl à vie , ou mariage.

L'attachement pour la vie ou le mariage tient-il à une faculté spéciale? N'est-il que le résultat de l'action de plusieurs , ou la modillcation d'une seule faculté , celle de l'attachement par exemple , dont je parlerai plus loin ? Une élude approfondie de l'organisation du système nerveux cérébral des animaux et de leurs mœurs , peut seule jeter du jour sur celte question.

Si nous suivons de près la conduite des animaux sauvages , nous verrons que chez quelques espèces , les mâles , après avoir satisfait le penchant à la propagation, se séparent de leurs femelles, soit pour aller en féconder d'autres, vivre dans l'état de solitude , ou se réunir à plusieurs individus semblables et de même sexe. C'est ce que nous voyons chez les sangliers, les loups

(1) Voir la Og. 3 Uc la pi. XClll , n» 7.

(2) J'engage mes lecteurs à lire ce que M. Combe a dit sur celle faculté chez l'homme. Ses remarques m'ont paru dignes de fixer l'attention des phrénologistes. Je les aurais consignées enilèremait dms ce volume , si je ne m'tJlals pas vu forcé de me renfermer dans certaines limites.

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et les cerfs. D'autres espèces, au contraire, vivent coostaramcnt dans Telat de mariage, tels sont le renard, les maries , les chevreuils , chez les quadrupèdes; les corbeaux, les geais, les pies , les hirondelles , les moineaux , chez les oiseaux.

Gall, tout en paraissant disposé à croire que rattachement à vie dépeadait d'une organisation particulière, n'a pas éclairci ce sujet par des exemples puisés dans l'anatoraie comparée. Il n'a rien dit non plus de cette faculté chez l'homme.

Spurzheim pense que le mariage n'est qu'une modification de la faculté de l'attachement; que l'instinct de vivre en société et celui de vivre en famille ne sont que des modifications propres et particulières dans leur nature : de la même manière que le goût pour les végétaux ou la viande est une modification de l'odorat et du goût dans les animaux herbivores et carnivores.

Ces observations de Spurzheim ne sont que spécieuses, et se trouvent détruites par l'étude des mœurs de certaines espèces. Je ne pense pas que le mariage à vie ne soit qu'une modification de rattachement : il me parait avoir tous les caractères d'une faculté fondamentale. Il m'est bien démontré qu'un animal peut avoir infiniment d'attachement, et cependant ne pas vivre dans l'état de mariage. Le chien est un exemple frappant à l'appui de mon assertion. Les loups vivent souvent eu troupes et ne vivent pas dans l'état de mariage. Les cerfs sont dans le même cas. Le renard , bien qu'élevé très-jeune , ne s'attache à personne; cependant il s'unit à sa femelle pour la vie. Il n'est donc pas vrai que là où le mariage existe , ou rencontre de l'attachement; ce qui devrait cependant avoir lieu , s'il n'était, comme le soutient Spurzheim , qu'une modification de cette faculté.

Gall n'a pas, selon moi , donné une solution plus satisfaisante sur la question qui nous occupe, en disant : « Si je pouvais avoir pleine confiance dans mes connaissances en histoire naturelle , j'émettrais , de mon côté , une opinion. Il me paraît que dans toutes les espèces où le mâle et la femelle concourent l'un et l'autre à soigner les petits , il y a mariage pourvla vie; que dans les espèces , au contraire , où le mâle se contente de procréer les petits , sans concourir à leur éducation , la première femelle venue lui sert à satisfaire ses désirs , et que le but essentiel de la nature se trouve rempli sans le lien du mariage » (1).

Cette observation de Gall ne résout en aucune manière la question. D'abord il n'est pas vrai , comme il le dit , que dans les espèces où la femelle donne des soins aux petits conjointement avec le mâle , il y ait constamment mariage. Le chevreuil qui est attaché à sa femelle pour la vie , ne s'occupe en aucune manière du soin des petits. Gall dit que £et animal défend sa famille contre ses ennemis : je ne nie pas le fait ; mais je ne pense pas qu'il faille attribuer sa conduite, dans ce cas, à la faculté de l'attachement pour les petits. Eu

(.1) Lib. cit.; 4 vol. in-S" , page 185.

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supposant même, ce qui cependant n'est pas démontré, que dans certaines espèces où le mariage existe, le mule et la femelle donnent allernativement des soins à leurs petits , cela ne prouve en aucune manière que ces deux facultés ne sont pas distinctes : l'une me paraît tout à fait différente de l'autre, puisque sou action a lieu longtemps après que les petits sont séparés de leurs parens. L'explication de Gall n'en est donc pas une. Spurzheim croit que c'est l'attachement et l'amitié que le mâle et la femelle ont l'un pour l'autre, qui les déterminent à ne point se quitter après que l'inslinct de la propagation est satisfait, et à rester unis , même hors du temps des amours (1). N'est-ce pas dire d'une autre manière , qu'il existe chez certaines espèces une sorte d'attachement qui les porte à rester unis pour la vie ? et d'après les observations que j'ai fait connaître précédemment, n'est on pas forcé de convenir que ce n'est pas à l'attachemeni proprement dit qu'il faut attribuer une pareille conduite?

Gall ne paraît pas disposé à considérer comme une faculté propre à l'homme, celle de l'union pour la vie ; ou du moins il paraît la considérer comme une modiflcation de l'organe de l'attachement, et non comme une faculté fondamentale particulière. Il existe, dit-il, des hommes et des femmes qui, sans cause extérieure accidentelle , ont de l'aversion pour le mariage. Si l'on pouvait lire au fond de leur cœur, on y trouverait peut-être le mot de l'énigme. De telles personnes sont-elles incapables d'attachement ou d'amitié? craignenlelles les charges qu'impose une famille? (2)

On voit que ce langage de Gall est très-vague , et qu'il est seulement présenté sous forme de doute.

Plus j'ai étudié la conduite des hommes et celle de plusieurs espèces d'animaux, et plus je suis demeuré convaincu que le penchant qui porte à s'attacher à une compagne pour la vie , était le résultat d'une faculté fondamentale. Quelques observations que j'ai faites dans l'espèce humaine, et celles plus nombreuses que j'ai recueillies chez les animaux, m'ont mis dans le cas de préciser le siège de cet organe chez l'homme et les animaux. Avant d'indiquer sur le cerveau et sur le crâne l'endroit où il se trouve, je dois entrer dans quelques détails anatomiques.

La région de l'attachement pour les petits , telle qu'elle est circonscrite dans les ouvrages ou sur les bustes que les phrènologistesont entre les mains, occupe un espace trop étendu , et contient deux parties cérébrales distinctes , l'une placée à la partie moyenne , n" 11 , pi. LXXXVIII, fig. 2, l'autre, n-'S, située plus latéralement et en dehors. La première me paraît être le siège de l'organe de l'attachement pour les petits, l'autre celle de l'attachement à vie ou du mariage. J'ai déjà trouvé cette dernière région assez développée chez deux personnes qui avaient manifesté de très-bonne heure le désir de s'unir

(lUib. cit., 3' édition.

(2) vol. 4» «dit. , in-S^page 487.

h une aufro, cl sans y être cnlraîuces par d'autres molifs que ceux qui occasionnent les quatre cinquièmes des mariages. J'ai trouvé au contraire la même région peu saillante chez des personnes qui avaient naturellement de la répugnance pour le mariage. Comme quelques observations ne suffisent pas pour établir une certitude, j'engage les phréuologistes qui sont à même de faire de nombreuses observations , à voir si de nouveaux faits bien observés viendraient confirmer mes remarques.

Les quadrumanes exceptés, ce n'est pas dans la région de l'os occipital qu'il faut chercher le siège de l'organe qui porte les animaux à s'unir pour la vie. On doit se rappeler que j'ai insisté sur ce point d'anatomie, à l'occasion de la description de l'occipital des quadrupèdes et des oiseaux : chez les premiers il est entièrement rempli par le cervelet, chez les seconds il loge le cervelet et une grande partie de l'appareil acoustique.

C'est donc dans la région pariétale postérieure que nous devons chercher, dans ces deux classes , l'organe en question et son siège. J'ai comparé avec soin le crâne et le cerveau des espèces d'oiseaux bien connues pour vivre dans l'état de mariage , et ceux des espèces qui vivent séparées de leur femelle après la fécondation. Voici la différence remarquable que j'ai cru observer entre eux. La partie du crâne répondant à la partie moyenne du bord postérieur de l'hémisphère cérébral n" 8 , pi, XCIII , fig. 3 ,est très-saillante chez tous les oiseaux qui vivent dans l'état de mariage. Voici quels sont les crânes et les cerveaux qui m'ont présenté ce mode d'organisation bien apparent : la buse, pi. LXIX , fig. 2 ; le grand corbeau, pi. LIX , fig. 1 ; la grande chouette, pi. LXI , fig. 2; la corneille raantelèe, pi. XLIV, fig. 3; la pie, ic?. pi. , fig. -4: la corneille des clochers, i(/. pi., fig. S. Les cerveaux de la corneille mantelée, de la grande chouette et de la buse , se trouvent représentés, pi. LXXIII , fig. 1 , id. pi. , fig. S , et pi. LXX , fig. 4. On doit remarquer que chez ces trois espèces, qui vivent dans l'état de mariage , l'hémisphère cérébral est non-seulement très-renflé et très-arrondi vers son bord postérieur, mais qu'il se prolonge encore sur le tubercule bijumeau d'une manière sensible. Un autre fait que je dois signaler , c'est que si l'on remarque l'étendue du bord postérieur de l'hémisphère cérébral , à partir du point où il touche l'autre jusqu'au bord externe , ce bord est bien plus développé ici que chez les espèces qui ne sont pas mariées pour la vie. On peut comparer à cet égard le cerveau de l'oie domestique, pi. LXX, fig. 2, avec celui de la buse, id. pi. , fig. 4 ; on peut encore comparer la région (8) , chez le corbeau , pi. XCIII, fig. 3, avec la même région chez la dinde , pi. LVII , fig. 4 , et chez la poule , id. pi. , fig. 1 . Avec un peu d'attention oa trouvera que la différence est bien saillante. J'engage les personnes qui possèdent une collection de crânes d'animaux , à placer l'un près de l'autre le crâne d'une dinde et celui d'une corneille raantelèe ; elles seront aussitôt frappées de la différence que je viens d'indiquer : chez la dinde, toute cette partie est déprimée ; cliez la corneille mantelée, au contraire, elle est pleine et arrondie.

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La panic cérébrale affeclèo à l'aKacheracnt à vie chez les quadrupèdes , est celle qui se trouvesiluée derrière et en dehors dun» 11, lig. 7, pi. LXXV. Que l'on compare deux cerveaux ayant à peu près le même volume et de la même classe, celui que je viens d'indiquer, par exemple, et qui est celui d'uu animal qui vit dans l'état de mariage , la marte , avec celui du chat, qui vit dans un état opposé , id. pi. , fig. 2 , et l'on verra que chez le premier la circonvolution 10 ne se prolonge pas autant en arrière et couvre bien moins le cervelet. La circonvolution 10 , chez le chat , est celle qui est affectée à l'attachement pour les petits. Chez tous les animaux qui vivent dans l'état do mariage , cette circonvolution s'étend davantage en arrière. J'ai trouvé cette disposition bien exprimée sur le cerveau du blaireau , du renard, du putois, de la marte et de la belette , tous animaux qui vivent dans l'état de mariage. Ou peut comparer sous ce rapport le cerveau du blaireau avec celui du chien, pi. LXXX. La même partie m'a paru peu développée chez les lapins, les lièvres , les cabiais. On peut encore comparer pour la différence de développement de l'organe en question , le cerveau de la belette qui vit dans l'étal de mariage , avec celui du cabiais qui n'a aucun attachement durable pour sa femelle , pi. LXXIV, fig. 15 et fig. 1.

Avant de terminer l'histoire de la faculté qui porte l'homme et les animaux à s'unir pour la vie, je ne puis passer sous silence quelques remarques qui sembleraient en apparence combattre l'opinion que je viens d'émettre. On assure , et Gall lui-même raconte le fait , que des chats sauvages et des loups avaient vécu ensemble dans l'état de mariage. En supposant que cette observation soit vraie, je ne crois pas qu'elle puisse détruire l'opinion que l'attachement à vie soit seulement le caractère de quelques espèces , et couséquemment une faculté fondamentale. De ce que l'on aura vu un ioup ou un chat, qui ne vivent point habituellement dans l'èlat de mariage, être toujours ensemble, il ne faut pas , ce me semble , en conclure que ce soit-là l'état ordinaire de ces animaux. 11 n'est pas surprenant que vivant isolés, deux animaux de même espèce s'attachent au point de rester ensemble : mais pour que cette observation eût été concluante , il eût fallu que le loup et le chat sauvage eussent vécu dans l'état de mariage, bien qu'enlouj-ès de plusieurs animaux de la même espèce.

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