SÉCnÉTITITÉ
Cet organe est situé ver
pourrait être induit en erreur «1 le prendre pour la sécrèthilé; ainsi donc il est néressairc de n'iimrtiiicrqiic ce dernier organe est placé plus haut et un peu plus en avant que le premier, el qu'au lieu de présenter la forme d'un segment <ie cercle, il s'étend longitudinal cm ont. Quand les deux organes sont trèsproéminents, li'S [■«glu us inférieures el moyennes des cftlés de la téle forment une saillie remarquable. Le lecteur peut corn paie r les crJncs représentés pages 23j et 23G. La téte rasée figurée ici est celle d'un homme connu par sa discrétion, et dom le caracierc est tracé dans le Journal fhréalogique , tome VIII, p. 200.
Gall fait ainsi qu'il suit l'histoire de la découverte de ci>( organe.
Dès s;i plu» grandi' ji'iinrsse, il fut frappa du caractère et de la forme Je la tète d'un de ses compagnons, aimable cl spirituel, mais surtout excessivement lin et rusé; sa tfite élait Irès-large vers les tempes el elle se portait naturellement en avant; quoique fidèle à ses amis, il semblait se complaire à tromper; son langage habituel dénotait un esprit rusé, t 1] ressemblait, > dit Gall, i a ces jeunes chats qui, en jouant , feignent de dormir pour s'attaquer à l'impvuiiilc. ■ Un adiré se» cmiipgnotiH semblait la eau il eu r personnifiée; personne ne se déliait de lui; sa démarche, ses manières étaient celles d'un chat qui guette une souris ; il était
faux et perfide , cl (rompait de la manière la plus indigne ses parents, ses professeurs et ses camarades; sa téle prenait la même altitude que celle du précédent; sa figure était belle, niais exeessiviTiii'iil lar^c :ui\ [empes. l!n des malades de Gall, qui mourut phlliisique, passait filera lei lient pour un honnèle homme : Gall avait été frappé de la largeur excessive de sa liHe, à la région temporale; peu de temps après sa mort, il apprit qu'il avait euotqué à plusieurs de ses camarades, et même à sa mère, d'assez finies soin mes. A Vienne, il rencon-
éluit ^éiiéral'-mciu uit'jeisé [i 1 la fausseté Je snn carne l<"re ;
sous prétexte de trafiquer d'objets d'art, il volait tous ceux qui avaient confiance en lui. Il porta si loin ses filouteries, que le gouvernement avertit le public , par la voie des journaux , de si: méfier di 1 lui ; smi adresse le faisait échapper :i [ouïes les condamnations. Il lui arriva souvent de dire à Gall qu'il ne connaissait pas de plus grand plaisir que de tromper , surtout ceux qui avaient l'air de le mépriser. Comme sa (eHe présentait la même largeur des lempes que celle des individus dont nous avons déjà parle, Gall en conçut l'idée qu'il pouvait exister dans l'esprit une tendance primitive à la ruse, dépendant d'un organe particulier du cerveau. De nombreuses observations ont confirmé celle conjecture.
La nature et le but de celle propensité paraissent être les suivants : les diverses facultés de l'esprit liumain sont susceptibles d'une activité involontaire sous l'influence de causes internes ou externes. Ainsi une amalivilé active fait naître des sentiments correspondant à la nature de celte faculté; l'acquisivité inspire un vif désir île posséder; l'amour de l'appro-
dans l'esprit, et il arrive souvent que lu raison réagit contre eux. Des pensées de tome espèce jaillissent également des
divers organes intellectuels, et desfails que nous avons intérêt
relations sociales seraient impossibles; l'homme fuirait la société de ses semblables. L'Otktlto de Shakspeare offre ce caractère dans le personnage de lago.
Une tendance instinctive a renfermer dans son esprit, à cacher aux jeu\ il» monde, les émotions diverses et les idées involontaires qui y naissent, était nécessaire ù l'homme pour prévenir leur explosion ; la nature y a pourvu par l'organe de la secrétivité. C'est une tendance instinctive à dissimuler; son but légitime est de restreindre la manifestation de nos pensées et de nos émotions, jusqu'à ce que le jugement ait prononcé sur leur n -propos. <'Lcfou,> dit Salomon, (dit tout ce qu'il pense ; le sage ne divulgue sa pensée qu'à propos. >
En outre , l'homme et les animaux sont exposés à certaines agressions, qu'ils évitent par adresse quand ils ne peuvent les repousser a force ouverte. La nature , par cette propensité , a ajouté a leurs moyens la défense , la prudence, l'adresse et la rnse.
Une certaine énergie de cet organe est la condition essentielle d'un caractère prudent; il sert de frein à l'impulsion des autres facultés , et de garantie contre une indiscrète curiosité. • Quand Napoléon, » dit Walter Scott, • croyait être observé, il avait la puissance de donner à ses traits un air d'indifférence, que caractérisait un sourire vague et indéfini; sa Ggure alors ressemblait à un buste de marbre (i). . J'ai souvent observé que cette puissance résulte d'une forte secrétivité. Ceux chei lesquels cet organe est faible, ont, en général , trop de naïveté pour les rapports ordinaires de la vie; ils manquent de tact; leurs manières indiquent l'éloorderie et laissent apercevoir
(I) Vit de JVapoKon, IV, p»g. 37.
ran. - trait* oc rniiiniiJiore
les moindres émotions, les moindres pensera qni surgissent dans leur esprit, sans égard pour les personnes, les lieux, les
M. Scott, dans un excellent essai sur celle prop ensilé, publié dans les Transactions de la Société phrénoïogiqvt, remorque qu'il donne le désir de découvrir les secrets des autres , aussi bien quo de cacber les siens. L'auteur de Quentin Durward, eu peignant le cararière de l.onis XI, trace un tableau complet de celte propensité : ■ Le roi , ■ dil-il , t était calme , rusé et sans cesse occupé de ses propres intérêts; il dissimulait avec un soin extrême sa pensée, son but, ses sentiments réels a tous ceux qui l'approchaient, et avait comunie de dire : "Cclui-lù i n'est pas digne de régner, qui ne sait pas dissimuler; et, t quant a moi, je jetterais mon bonnet au feu, s'il savait ce que ■ je pense >; comme toutes les personnes astucieuses, il aimait à sonder le Tond du cosur des autres et i cacber le sien {i). • Rien de plus exact que ce trait historique ; sous ce point de tuc, un large développement de cet organe, quand il est combiné avec des sentiments moraux élevés et une intelligence éclaiiée, est un don précieux. Les personnes ainsi constituées possèdent en elles-mêmes le talent de l'intrigue et savent découvrir les secrètes machinations des antres assez tôt pour s'en défendre. Elles savent discerner avec adresse le langage de la fraude, distinguer la pensée ou le but de l'homme sous le masque dont il se couvre dans la plupart des affaires de la vie; la discrétion est indispensable pour arriver au succès; elle est justement considérée comme un des premiers devoirs de l'amitié. ■ Si tu as tiré ton épée contre ton ami , t dit le fils de Siraeh , ■ ne le désespère pas, tu peux regagner sa faveur; si tu as médit de lui, ne crains rien, ta réconciliation est encore possible; mais ne lui reproche pas un service rendu, ne blesse
(I) Vol. I, PH- 1-
pas son orgueil , ne trahis pas son ucret, ne le blesse pas e» traître, car ce soin la des choses qui brisent 6 tout jamais l'amitié (i). > La secrétivilé l'sl un < ; léuieut essentiel de la politesse, qui consiste surtout à éviter toute expression qui pourrait être désagréable. Montaigne a fort bien distingué l'usage de l'abus de cette faculté : t Un homme, • dit-il, ■ ne doit pas dire tout ce qu'il pense, ce serait folie; mais il ne doit dire que ce qu'il croil vrai, s'il ne veut être accusé d'imposture (a), i La caractère d'Adam P;irson, Je Ficlding, indique l'absence totale de cet orgaiii; ; il ne peut rien cacher et no soupçonne jamais la bonne foi des autres. lago pciut Othello de la même manière : < Le More est franc et ouvert de sa nature, il croit honnête tout homme qui veut le paraître; et se laisse mener par le iicî comme un âne.
{Othello, act. I, se 11.) Quand cette faculté est trop énergique ou mal dirigée, elle engendre de grands abus; elle donne naissance à l'esprit de déception, d'intrigue et de servilité, et même à ta plus profonde dissimulation ; la ruse est considérée comme de l'habileté, tromper n'est plus que du savoir-faire; rlle présente le mensonge, l'hypocrisie, l'intrigue et la dis.iiriiiilatiini, eimimc des moyens d'arriver au but. Ceux chez qui la secrétivité prédomine, jugeant l'espèce humaine par eux-mêmes, voient, eu général , les affaires de ce monde sous un faux point de vue ; ils ne croient pas il la bonne fui des autres , la vie leur semble un continuel stratagème, pendant lequel chacun cherche à tromper son voisin; ils s'imaginent que l'on est sans cesse occupé à interpréter leurs plus secrètes pensées, el ils mettent tous leurs soins à les dissimuler ; un homme ainsi organisé no répond jamais que d'une manière évasive.
L'homme abusant de cette propensité se complaît a faire mystère dos choses li\s plus insi L;ni (Innlcs ; il cache ses moindres mouvements, ses moindres m'Lions , infime quand leur communication importe a» bonheur de ses proches. Le D r Johnson dit, en parlant de Pope, qu'il mit si nrtilii riens, qu'il essayait toujours d'arriver a son but par des moyens détournés ou cachés : a peine demandait-il m-il ilié miviTieuienl. Son amour de kl dissimululioii «tait tel, que lailv ISulin^ln-'ikc avilit l'habitude de dire qu'il aurait fait de la politique sur des choux et des carottes.
Le D r Kiug rapporte, dans ses Antcdotesde son siècle (p. 257), un cas fort curieux de secrélivité d'une personne de sa connaissance, nommée Howe. Un malin, M.Howc se lève de bonne heure et dit à sa femme qu'il est oblige do se rendre à la Tour pour terminer une affaire; cl le même jour, à midi, elle reçoit de lui un billet qui lui annonce qu'il est oblige de se rendre en Hollande, et qu'il Sit;i [imlublcmi'in nbsi.'iil dr (mis semaine.!! à un mois. Son aliénée dura dix-sept ans, pendant lesquels clic n'entendit plus parler de lui. Néanmoins, au lieu de se rendre en Hollande, il s'établit dans une rue voisine de la sienne, y loua une chambre et y resta caché durant sa longue absence. Pendant la seconde ou la troisième année qui suivit son prétendu départ, sa femme fut obligée de solliciter un acte du parlement pot»' ('-ire aeiurisée à gérer ses affaires et à prélever une pension sur ses biens. Il laissa solliciter et passer cet acte en se donnant le plaisir de l'entendre discuter et voler. Environ dix ans après sa disparution, il Gt la connaissance d'une personne qui occupait la maison située en face de celte de sa femme, et y dina fort souvent, en sorte qu'il pouvait fréquemment l'apercevoir à sa fenêlre; il se rendait aussi à l'église qu'elle fréquentait, cl se plaçait toujours de manière à la voir sans pouvoir en être aperçu. « De retdur chei lui, i dit le D' King , • il ne voulut jamais confier, même a ses amis
les plus intimes, la cause réelle de celle singulière conduite ; il r,.(, lui | f..|..[.|. m m jij-.U'k», >u .1 = n | >il jniî<>r. par son embarras, combien il était mécontent de lui-même. ■ Nul doule qu'une forte et prédominante secrélivild n'ait été le principal mobile de sa conduite.
* CYsl |>;ir ci'lii: fiiuilié, 1 d'il Gall, t qu'un général d'armée iisii ilii slnitjsjsèittrs pnur tninquT IVmwnii, qu'il w.lie sus forces cl dissimule ses entreprises par de fausses attaques et des conlre-ma relies. 1 Cicéron avait déjà remarqué combien les généraux diffèrent enlrc eux sous ce rapport, ■ Annibal , ctiei les Carthaginois, > dil-il , ■ et, parmi nous, Quinlus Maximus, sont ci lés comme (Ira lumimes prudents, discrets, silencieux, dissimulés, réussissant par stratagème , Taisant sans cesse espionner l'ennemi, et trompant leurs conseils. D'autres, loin d'être artificieux, se montrent simples et ouverts au point de rie souffrir aucun moyen détourné, de repousser lout ce qui ressemble à une trahison; ces hommes aiment la vérité et détestent la fraude. > Cicéron observe encore, « qu'il n'est pas de plus grands fléaux dans la société, que ces adroits fripons qui savent cacher leur perversité sous le masque de la bonhomie etdn la simplicité (1). >
Les marchands chez lesquels cet organe prédomine cachent
fants qui, sauvent, sont surpris par ta banqueroute de leur père, an moment 0» ils avaient le muins d'inquiétude Sur l'état de sa fortune. Ces personnes s'excusent ordinaire ment en disant qu'elles voulaient ménager la sensibilité de leur famille ; mais la défiance qu'annonce une telle conduite blesse bien plus profondément les esprits bien faits, que ne le feraient les malheurs qu'ils veulent cacher. Les sources véritables d'une telle conduite sont une puissante csit'nw de soi qui ne peut se ré-
(l)Dc Officiit. Lib. I — -III-
soudrei l'aven de l'mconduttc ou do l'infortune, et nno secrélivité exagérée qui leur donne une aversion instinctive pour tout aveu candide et complet. La maxime favorite de ces individus est que le secret est Tante desaflaircs. Celte maxime ncconvienl, en réalité, qu'aux esprits élniils dmii'inés par celle pl'Opensité.
Ceux clieî qui cl Organe est d>rl, et qui croient pouvnir cacher leur carafiërf , se pootreot tourmenté! de l'idée que la pbrénologie diurne les moyens duppriVin les plus secrètes dispiisiinins di- ('rs|iri[; ils pm«-m, du irsie.ipid est fort difficile d'apprécier les sentiments naturels d'après le développement des différentes parties du cerveau, parce qu'ils s'imaginent que jamais les actions ne. décèlent leurs moiifs et leurs sentiments véritables. Ils se trompent dans l'estime qu'ils fout de leur puissance de dissimulation; car la secrétivilé ne ilrlriiil pas no- prapi-iisiiiî-i, în.iis s-'iilciitfiil m nliiie les moyens de les satisfaire; et, s'ils parviennent mémo à les cacher, le phrcnologuii a encore sur eux l'avantage, car il découvre que, chez eux, l'organe de la secrclivité est proéminent, et leur extrême réserve manifeste suffisamment la faculté dont l'organe est le plus développé.
La société présente , à chaque instant, sous mille formes diverses, les abus de cette propensilé : combien ne rencontret-on pas do personnes dont les manières polios , bienveillantes et agréables, cachent un esprit de haine et de médisance? Leur conduite résulte de l'impulsion de la secrétivilé et de l'amour de l'approbation, et peut-être du concours de la vénération «'adressant 6 l'amour de l'approbation des autres et cherchant à leur plaire par des marques de respect. La conscienciosilé manque infailliblement clicï ces individus. Il est des personnes qui, pour rien au monde, ne voudraient dire mu; véiïu! (lé,:ijçiéulilii à uni' l'oiiunis^ince. ; ceci résulte
aussi de l'impulsion combinée de la secrélivité et de l'amour de l'approbation.
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M. Scott fait admirablement ressortir l'influence qu'exerce la secrélivité sur le caractère romiqnc ; la faculté do conter les clioses les plus plaisantes d'un air sérieux dépend de cel organe; l'air grave de ccrlains hommes dont les idées sont b annuellement bouffonnes vient de la infime source. Un acteur qui possède celle puissance Mimique ngil sur la secrèliïiié des masses ; les speclaleurs, qui voieul l'absurdité rai liée sous une apparence extérieure de gravité, éprouvent une jouissance de celle faculté, qui se plaît amant à lire sous le masque des autres , qu'il rendre le su 1 il hiijiéiii'liablc. l'ru- mure source il il comique consiste a découvrir les petits projets cachés de dos amis; de les montrer dans toute leur iusigniliiince, alors qu'ils alfeclent de les tenir secrets comme matières de grande importance. > Le plaisant, ■ dit M. Scott, < aime ù découvrir les petits projets de déception, et le comique qui en ressort dépend du contraste qu'il établit entre le caractère réel de l'individu ci celui dont il voudrait se donner l'apparence (i). > On voit que la sccrélivité donne seulement le savoir-faire el la faeullé de découvrir les petites faiblesses des autres; l'esprit est nécessaire pour en tirer des elieis comiques. Ainsi une personne douée de beaucoup d'esprit et d'une faible sccrélivité ne sera jamais un jim fail comique, nnleré loin le brillant de sa conversai itm. Uni- personne duiiee , an ci mirai te , d'une furie secrétivité, mais d'un esprit médiocre, aura des idées trèsbou ffon ucs et se monlrcra l'un ordinaire dans une conversation
11 est curieux d'observer que les Italiens el les Anglais, chez lesquels cet organe est li ès-forl, aiment beaucoup l'esprit bouffon (humour), tandis que les Français, chez lesquels il est modéré, le connaissent à peine. En raison de cette confor-
(I) PfcroioJ. Iran... p. 174. Phrenol. Jean., II, 31»; IV, iSOÎ; Vltl , 2!fl-ïil.
ma lion nationale, les Anglais et les Italiens se montrent fort réservés dans leurs rapports avec les étrangers, tandis que les Français ont le caractère tellement ouvert, qu'ils confient leurs affaires à tout le monde, l.e l-'raneais semble fiii pour vivre et mourir en public; l'Anglais se renferme elieilui, sa demeure est comme une forteresse où personne ne peut surveiller sesaclious. D'autres facultés contribuent aussi à celle variété dans les goûts des deux nations, mais la sccréiiviiû en est le mobile principal.
J'ai toujours trouvé un Fort développement de la secrélivité sur la tète des acteurs et de la plupart des artistes, et j'ai eu l'occasion d'en examiner beaucoup. Le buste de Clara Fisher offre une forte proéminence de la secrélivité. La théorie des effets qu'elle produit , relativement au talent dramatique , est celle-ci : L'arteur doit souvent dissimuler son caractère réel pour prendre l'allure et le langage d'un caractère tont opposé. La secrélivité lui donna la puissance de Taire taire toutes celles de ses facultés qui ne doivent pas concourir à la représentation du personnage qu'il joue , et de feindre des passions qu'il n'éprouve pas et qu'il doit néanmoins exprimer avec une grande énergie. Si vous supposez qu'un acteur, dont la bienveillance cl la conscicaciosité sont fortes, soit appelé a jouer le rôle de lago , caractère dans lequel t'égoîsme et In méchanceté prédominent, il Faut que la secrélivité lui donne les moyens de dissimuler le langage naturel de ses sentiments élevés, pour prendre le ton, le geste, le regard qu'inspirent la combativité, la destruciivitc es l'estime de soi réunies, pour prendre , enfin , le naturel de Li^u. Le prialre, le sculpteur en ont également besoin; la plupart, pour étudier l'expression des passions humaines qu'ils veulent peindre.se placent devant une glace et cherchent a les reproduire sur leur propre figure pour les rendre sur le marbre ou la toile. Le travail intellectuel est le même que celui de l'acteur, et dépend également de la secrélivité.
Daoa celle analyse, je diffère sur un point avec M. Scoii. 11 pense que la secrétivité donne non-seulement la puissance négative de dissimuler son caractère véritable, mais encore la puissance positive de se donner à volonté le langage des sentiments qne l'on veut feindre; ainsi certaines personnes sont capables d'environner de témoignages d'estime et d'amitié des individus qu'elles haïssent au fond de l'âme : M. Scotl croit qup la secréiiviié est la faculté qui leur dorme les moyens de cacher leur haine et de prendre en même temps le langage de l'adliésivilé, de la bienveillance, de la vénération et de l'amour de l'approbation ; ces derniers effets me paraissent plulût dépendre de l'imitation et de la secréiiviié combi-
Quand la secrétivité et la circonspection sont également énergiques, elles inspirent une extrême réserve, et même chez les individus qui onl peu d'nsage du monde, elles éveillent des soupçons, de vagues terreurs, font rflver des comp loi s formés contre le bonheur et l'existence des malheureux ainsi organisés: ces terreurs n'ont, en général , d'autre fondement qu'une déplorable organisation.
Une forte secréiiviié, jointe a une faible conscienciosité, prédispose au mensonge et au vol si l'acquis! vitd vient s'y joindre. Il est remarquable que cet organe se montre plus généralement fort chez les voleurs que l'acquismté ; il porte à commettre le délit, probablement par l'amour de la dissimulation qu'il fait nallre dans l'esprit. Il donne la confiance que tout restera caché, qu'aucune intelligence ne pourra découvrir la fraude; il donne aussi l'astuce, si nécessaire aux voleurs; le 1" vol. du Journal phrénologique contient, p. 611, quelques aperçus ingénieux du D r André Combe sur l'influence de la secrétivité comme élément nécessaire du caractère des voleurs. Cet organe était irès-fort chez David Haggari el chez grand nombre de voleurs exécutés et dont nous possédons les crânes. Il l'était
également cbez Linn (F. la planche p. Ï70), qui, quoique avec l'apparence d'une extrême simplicité, parvint à s'échapper de la prison, sans avoir éveillé le moindre soupçon, et agit avec tant d'adresse que sa trace ne put être retrouvée. Cet organe était encore très-développé chei Gotlfried et Tardy (p. 130ei236),qui, tous deux, étaient extrêmement rusés. La destrucliïilé étant aussi très-forte, ils empoisonnèrent : genre de crime que préfèrent, en général, les assassins chei lesquels la secrétivilé prédomine. Le 3 décembre 1823, je vis. dans la prison d'Édimbourg, John Reîd, garçon de seize ans, condamné à mort ( mais dont la peine fut commuée) pour vol avec effraction. Sa tétc était d'une largeur extraordinaire pour son 6ge, et la secrétivilé était énormément développée ; l'acquisivilé était aussi très-forte et la conscienciosité nulle. Le révérend M. Poi'teous, chapelain de la prison, disait que la faculté que possédait Reid de caclier ses pensées et ses sentiments était des plus extraordinaires, et que son crime annonçait une audace et une prudence presque inconcevables. Il avait grimpé sur les épaules de son complice à l'étage d'une maison habitée, était entré par une fenêtre, et, quoique quelqu'un fût couché dans une des chambres correspondant au même palier, et qu'une lampe fût allumde dans l'antichambre, il avait descendu l'escalier, était entré dans la salle à manger, avait dépouillé le buffet, et s'était échappé sans avoir été en- Un autre effet d'une forte secrétivilé, surtout quand elle est aidée par une grande fermeté, est de donner la force do toute expression extérieure de la douleur, même quand elle est extrême. Ann. Ross (dont l'histoire a été rapportée par par M. Richard Carmichael, de Dublin (i)), pour exciter la compassion de quelques dames charitables, s'était enfoncé dans
11* Pkrnuitesical Journal. Il, 45.
le bras des aiguilles, qui occasionnèrent des uccidenis tels
qu'on en vint ;i l';i[ii|)iiL;i[ioiL sans qu'elle voulût avouer la cause de son mal (i). On les trouva en disséquant le membre, et elle se montra plus affligée de voir son artifice découvert que de la. perte de son bras. Elle manifesta l'énergie de celte faculté par une foule d'autres mensonges. J'examinai sa têle, et M. Carmichael la fit mouler pour l'offrir à la Société de phrénologie. On y remarque une forte proéminence de la seerctivilé et de la fermeté. Les Indiens de l'Amérique du Nord sont connus par leur stoïcisme dans la douleur; la même combinaison d'organes se remarque sur les crânes de deux individus de ces tribus, que possède la collection de la Sociéié. La seeiélivilé n'est pas, en général , irès-proémineule riiez les nègres; aussi cette race a le caractère beaucoup plus ouvert que les autres races humaines. Elle est très-forte cbei les Péruviens, et la dissimulation est un trait distinctif de leur caractère (i); elle est aussi très-forte chei les Lapons (s).
Le D r John Murray Paterson rapporte que les Indous montrent beaucoup de dissimulation, qu'ils sont rusés et faux.; cet organe est très-proéminent chez eux.
Quand cette propensité est très-active, elle donne au regard un caractère d'astuce particulier; les yeux roulent à droite et à gauche, la voix est douce, les épaules s'élèvent vers les oreilles, la démarche est furtive et incertaine, et le corps s'avance de cûlé. Sir Walter Scott a admirablement décrit l'expression que donne à l'ensemble de l'individu celte
(t) [] me semble que des chirurgien» îtlenlifi Juraient pu la découïrir. fJVote du traducteur.)
(2) Robinwn, HitloWc d'Amérique, H. IV , elli Revue d'Edimbourg ■ H.431.
(3) Journal Phrénotogique, IX , 5». - Blumenbich , Dam Quinte .
faculté Jointe à la circonspection, lorsque, parlant de Cormac Doil.il dit:
" For eïil sceni«! thaï old coan'i eyo ,
Une forte secrétiviié produit sur son stylo dos effets remarquables; ses périodes sont embarrassées, entrecoupées de parenthèses, souvent ohscures, comme si l'auteur craignait la portée de ses pbrases et hésitait entre ce qu'il doit écrire et ce qu'il veut faire entendre. En général, il montre une politesse méticuleuse. Le slyle de Pope est fortement empreint de cet esprit; aussi celte facollé était chci lui uÈs-énergique ; les écrits de Thomas Brown décèlent également la proémiuence de cette faculté, ainsi que ceui du poêle Croly; ceux de Goldsmilli, au contraire, annoncent une secrétiviié modérée. Cet organe, en donnant au romancier la faculté d'amener à propos la succession des événements , et de rendre le dénoument incertain jusqu'à la Qn, contribue beaucoup à l'effet qu'il veut produire. Cet organe était très-fort chei Walter Scott, Swift ctBurns (s).
Il est également développé chez certains animaux, et
(1| ■ Les jeui de ce vieillard semblent animés par l'esprit malin; 1 11 fois sombre et harili , K-rncs et (((■fijTii. jamais son regard ne se Sie deTant lut; mail m contrait* il le promi'iir ni» :ivo,: Icmi'iir et circonspection lur toutes qui l'environne; on j lit 11 défiance et l'astuce, et l'éclair qui brille sous ses sourcils épais , bleue comme li pointe d'unilylel. i
(ï) PhTrnologùal Journal, IX, 04.
Dark and detignbig, tierce yclsny, mi ke aeoi&ei fornard look, Bvl ihw and cireunupecdj) (oofe
■VVlti'-ti slivl n uii-vlik-f-lwiling nj ,
From under ejre-bram ibagned and grej." (1)
Lord aflhe Canto iv. p. 3*.
Gall remarque qu'il exige une étude particulière sur chaque espèce. Dans l'espèce commune des singes, par exemple. In proéminence qui l'indique commence au-dessus de l'origine de l'apophyse zygo ma tique, et s'étend en avant jusque ver» la partie moyenne de cel os. Sa position est la même dans le tigre, le chat et le renard; celle région est irèslargc chez les animaux et les oiseaux de proie remarquables par leur esprit rusé.
Les auteurs qui ont écrit sur i'alicinlion mentale, ont ilrk'iit le genre de folie qui résulte de la surexcitation maladive de cel organe (i). L'adresse que mettent la plupart de ces malades à cacher leur état, a souvent excité l'élonnement. Fodéré rapporte l'observation de deux malades, longtemps renfermés dans l'hôpital des fous de Marseille : après un assez long espace de temps d'une guérison apparente, leurs familles demandèrent leur sortie; mais craignant de se tromper, il voulut auparavant avoir line longue conversation avec eux. Pendant une heure et demie, qu'il évita de loucher le point de leur délire, ils répondirent fouvenalilemnit i : i tn:ntin; l'auraient pu faire des personnes de bon sens; mais ayant abordé le sujet de leur manie, il vit leurs regards s'animer; les muscles de la face se eont raclèrent, l'agitation survint malgré les efforts inouïs que les malades faisaient pour la dissimuler; il fut obligé de maintenir leur réclusion. Pinel donne l'histoire d'un grand nombre de maniaques dont l'astuce et la réserve étaient vraiment cxlra ordinaires. Le D r Marshal rapporte l'observation d'un homme qui se trouvait renfermé à l'hospice de Belhlem, en 1789, et qui se montrait si rusé, si adroilet si flatteur, que le gardien le nommait moniteur k fin; c'était surtout quand il avait besoin d'indulgence qu'il déployait
(I) Vojei Obtematwmi sur ta maladies mentales , par A. Combe, pagei I8S.2S0,
toule sa ruse; mais quand, par ses flâneries et ses soumissions il n'obtenait pas ce qu'il voulait, alors il cherchait a se venger, inventait quelque histoire vin i semblable contre ses gardiens, et les dénonçait adroitement au directeur. Quand il arrivait de nouveaux malades, il s'empressait de les introduire, se montrait poli avec eux, cl lorsqu'il avait gagné leur confiance, ii essayait de leur soutirer quelque argf nt; s'il ne pouvait pas les amener à lui en donner, il les volait adroitement.
Les métaphysicien! systématiques n'a dm et te ut au eu ne Faculté correspondante à celte propensilé, et je ne sache pas qu'ils donnent une théorie de la ruse, quoiqu'elle fasse bien manifeste ment partie du caractère humain. Cette propensilé a été néanmoins observée par un grand nombre d'écrivains. Bacon, dans son lissai sur la ruse (Kssay on cunning), signale nn grand nombre d'abus de la secrétivité. < Nous envisageons la ruse, > dit-il, • comme une sagacité mal employée, et certai* nemcntil y a une grande différence entre un liomme sage et un homme rusé, non-seulement sous le point de vue de l'honnêteté , mais encore de l'habileté. Tel sait arranger les cartes qui cependant joue mal. On trouve dans Peveril du Pic le dialogue suivant : i Votre Grâce estime très-haut sa sagesse. • — < Son adresse, au moins, • réplique Buckingham, i dans les affaires de ce monde elle lient souvent la sagesse en échec. • L'existence de cet organe est prouvée.