L. O r : J Lv
ginatîtm , ci peuplé selon les désirs de mon cœur. Je vis alors dans une exlase infinie , je m'abreuve des torrents des plus délicieux sentiments qui puissent enivrer le cœur de l'homme. Oubliant la race humaine, je m'environne de ces créatures parfaites, aussi célestes par leurs vertus que par leur beauté, d'amis fidèles, tendres et dévoués, comme il n'en est pas icibas. J'éprouve de telles délices lorsque je m'élève dans lescicux au milieu de ces êtres rliarniaiil», que les heures et les journées se passent sans que je m'en aperçoive, et, perdant le souvenir des choses, il peine ai-je mangé un morceau, que je brûle de m'écbapper pour retourner dans ce monde enchanté. > On ne peut corn prendre cet él.il intellectuel qu'en supposant que Rousseau exagérait la force des facultés de ses personnages imaginaires, et les repolissait jusqu'il ce qu'ils eussent atteint tin degré de porfrclLim capable de satisfaire sa large idéalité; cl alors seulement il se complaisait dans sa propre création.
De l'abus de l'idéalité, du merveilleux et de l'amour de l'approbation, lorsque les organes de la consr.ienciosilé et de la réflexion sont faiblement développés, résulte cet amour du luxe, de la parure, qui, chez quelques individus, son de toutes limites raisonnables, et ne laisse aucune place à des vertus plus sérieuses, cl, par conséquent, plus essentielles.
Gall vit dans un hôpital cet organe fortement développé chez un homme dont les facultés mentales étaient dérangées : il Gt part de son observation au médecin qui l'accompagnait ; et, en effet, ce malade était poète; car, dans ses accès de folie, il ne cessait de composer des vers, et dans le nombre il s'en trouvait parfois de fort heureux, quoiqu'il appartint à la dernière classe de la société et qu'il n'eût reçu aucune instruction. Dans la collection du D' Esquirol, Gall vil le crâne d'un aliéné qui faisait aussi continuellement des vers, et l'idéalité y était plus saillante que dans aucun des autres. Le D r Willis
parle d'un malade qui, dans ses paroxysmes de folie, éprouvait les émotions les plus délicieuses, el écrivait alors en prose ou en vers avec une égale fadliié. Los émotions et le talent disparaissaient avec la crise ; aussi, loin de la redouter, l'atlendait-il avec impatience.
Le sentiment de l'idéalité correspond il peu près à celui du goût, tel que l'a décrit M. Slevfarl; seulement il met le goût au nombre des facultés qui s'acquièrent par l'Iiabilude de l'étude on des affaires.
M. Stewart a écrit un essai sur la beauté où il arrive II celle conclusion, que le mol beau n'indique pas une émotion simple et unique, mais que les objets matériels sonl dits être Seaux, toutes les fois qu'ils excitent des sensations agréables, quand bien même les diverses émotions produites seraient toutes différentes entre elles. • Ainsi, on peut dire, • continue M. Stewart, i qu'un théorème rie mathématiques est beau, comme on dit que l'Apollon du Belvédère est beau, qu'une rose, qu'une femme est belle; cependant les qualités de ces divers objets, et l'espèce d'émotion qu'elles produisent sont si différentes, qu'elles n'ont rien de commun entre elles, si ce n'est lafacullé d'exciter toutes une émotion agréable. >
Celte observation de M. Stewart parait êlrc exacte , et elle fait heureusement apprécier tout le vague du mot beauté; mais elle ne jette aucun jour sur la théorie même de la beauté. La phrénologie nous permet de suppléer a ce qui manque , sous ce rapport, dans la définition de M. Stewart. Tome faculté se complaît dans ta vue des objets qui ont un rapport intime avec elle. Un hymne solennel émeut-il la vénération, on dit qu'il est beau. Qu'une figure plaise à la faculté de la forme, on la trouve belle. Un discours logique, apprécie par la causalité cl la comparaison, parait aussi beau. De lù vient que le mot beauté , sans égard aux sublilitésdesdistinctionsméiapbysiques.aélé inventé pour exprimer seulement celle émotion calme mais exquise
qu'excite In vue de certains objets. En ce sons, on peut apprécier la beauté, et n'être doué que d'une idéalité très-imparfai te. La fonction île celle faculté est de pi nduire, à la vue de certaines qualités, dans certains objets, une émotion exquise el intense de plaisir , qui surpasse de si loin, en force et en sublime, ta perception de la beauté communiquée par les autres facultés, que l'on peut remanier l'idéalité même, comme h Miiim' ilr- l'eue émotion ilrlirir'iisr, ci qu'on [)tmi-|-;iii l'appeler faculté de l'émotion de la beauté. Quand elle est active par des causes internes, elle désire la beauté, ta grandeur, la magiiilici'hcc, l;i perfection, et stimule les antres facultés h. produire ou a reclii irlHT îles uhjets qui se distinguent par ces qualités.
Le 1)' Thomas Brovrn traite du sentiment de la beauté comme d'une émotion primitive de l'esprit, et tout ce qu'il en dit s'accorde avec les idées phrénologiques sur l'idéalité. Selon nous, les facultés du savoir perçoivent les objets tels qu'ils existent, et nous donnons le nom de beauté aux facultés qui excitent le vif sentiment de plaisir que perçoit l'idéalité. Donc, quoique les facultés perceptives apprécient d'abord ta beauté, elle n'excite une forte émotion, que quand ces facultés agissent de concert avec l'idéalité. Quand l'intelligence agit seule, le sentiment de la beauté est moins vivace, et celui dont l'idéalité est très-faible, quoique tous les objets de la création lui apparaissent décorés de leurs brillants attributs de forme, de couleur, d'ordre, d'étendue, m; l'cssimiira jamais celte émotion sublime, celte joie extatique qui fait qu'on s'écrie : Que c'est beau ! Le D' Thomas Brown , d'accord avec ce que nous venons d'avancer, dit : • Vous ne tomberez donc plus dans l'erreur qui fait regarder ta beauté comme une émotion dépendant de l'existence préalable de certaines perceptions ou conceptions qui , si elles la provoquent, peuvent aussi, en vertu des lois ordinaires de la suggestion, provoquer en d'autres moments
et de la même manière, d'autres étals de l'esprit qui excluent celle émolion; mais vous verrez, dans la beauté, l'objet d'un sens interne particulier qu'il est permis de supposer aussi uniforme dans les intimations qui fui sont propres, que le sont nos autres sens en présence des objets propres à les exciter. Nous n'avons pas, je le sais, un uns de la beauté, comme nous avons un sens de la vue, un sens de l'ouïe; mais il ne s'ensuit pas que nous n'avons pas non plus en nous nne susceptibilité primitive d'une émolion simple, qui n'est pas, comme la sensation, l'effet direct cl uniforme de la présence des objets faits pour l'exciter, mais, de mémo que nos autres émotions, l'amour, par exemple, la haine ou l'admiration, l'effet de mille circonstances diverses. ■
Si le D r Brown avait ajouté à celte théorie ce fait, que quelques individus sont beaucoup plus susceptibles que d'autres d'éprouver l'émotion de la beauté, de même que certaines personnes sont plus susceptibles d'amour, de haine ou d'admiration, et que cette différence constitutionnelle est une des grandes causes de la différence qui existe dans les perceptions de la beauté formées par diverses personnes , son explication de ce phénomène eût été presque complète.
Qu'est-ce qui constitue la poésie ? On a beaucoup agité cette question. Voici la réponse que donne la phrénologie : Les éléments de toute poésie sont les sentiments et les perceptions des facultés humaines snus l'influence de l'idéalité. L'idéalité elle-même est une émotion primitive que l'on peut décrire, mais que l'on ne peut définir. Comme elle s'harmonise avec toute émolion, et toute conception, dont les traits caractéristiques ne sont pas directement opposés a sa propre nature , elle peut se confondre avec elle. Si elle est le sentiment du beau, elle se combine naturellement avec les plus hautes et les meilleures manifestations des autres facultés, et, par conséquent, s'oppose à toute imperfection.
En communiquai] l le désir de lu perfection, l'idéalité imprime dans l'esprit des principes rlevi-s qui itoivent servir de règle dans la comparaison des qualités. Envisagée de celle manière, elle parait Cire un élément indispensable II la constitution mentale de l'homme, comme <kre progressif. Le désir d'atteindre à un état de perfection eût été une source de douleur pour les animaux; car ils sont condamnés a ne jamais sortir de leur condition primitive. Mais, pour l'homme qui a devant lui une voie illimitée de progrès, ce sentiment ne pouvait élre qu'utile cl délicieux. L'idéalité, réglée par la raison, ne vise pas à la perfectibilité de Dieu ni des anges, mais à •■Aie. rpie peut atteindre l'homme, lorsqu'il fait usage de lotîtes ses facultés.
L'article du lord JollVoy sur la beauté, inséré dans le supplément de Y Encyclopédie britannique, prouve qu'il n'a pas compris la théorie du D r Brown. Ses idées sont en contradiction avei: l;i nalnre I) aine. Il jieu^e que. t Imites les émotions
du beau et du sublime doivent avoir pour motif les souffrances
absurde et incroyable, la supposition que les objets matériels qui ne font ni mal ni bien au corps, exciteraient cependant, par leurs seules qualités physiques, les puissantes émotions que soulève quelquefois le spectacle de la beanlé. Il dit donc que le plaisir que nous trouvons à contempler de hautes montagnes vient de ce que nous associons aux sites sauvages qui arrêtent nos regards le souvenir des rudes Gis du brouillard qui les habitent, de ce que notre mémoire nous retrace leurs amours, leurs liaincs, leurs combats, leurs cris de victoire, leurs lamentations sur les morts, et de ce que nous attribuons les jouissances provenant de ces émotions aux objets externes mêmes, et que nous concevons ces objets comme possédant la qualité de la beaulé, tandis qu'en réalité ils ne sont que les occasions qui excitent res autres émotions dans noire esprit. rjiniiE. — TMtt* be piminoiootE. Si