‹ Traité de phrénologieChapitre 32 sur 35 · HO · texte numérisé non relu

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L'idéalité n'est pas le Irait proéminent du buste de lord Jeffrey; aussi les émotions du sublime et du beau ne semblent exercer sur lui qu'un pouvoir secondaire. En revanche , il a les organes de l'éventualité, de la comparaison et de la causalité trèslarges. Il n'est donc pas étonnant que tout lui suggère des incidents et des rapports.

Pour mettre en pratique celte théorie, j'accompagnai un Français au Trosachs, ei je suivis ses émotions tant qu'il demeura dans la gorge qui conduit à Loch -Catherine.^ était

Mais par la littérature anglaise, il avait sur les habitants des montagnes des idées qu'il aurait pu associer aux rochers qui s'élevaient devant lui. Il possédait une forte idéalité et une intelligence cultivée. Quand le paysage se déroula devant ses yeux dans toute sa magnificence , il demeura dans une extase muette. Enfin, je lui demandai quelles idées traversaient son esprit. « Mou Dieu! je sens et je ne pense pas,i me répondit-il. Je lui expliquai le motif de ma question. Il me dit do nouveau qu'il éprouvait seulement des sentiments d'une nature forte et élevée, que tous ses nerfs frémissaient de plaisir, qu'il ne pensait à rien et so laissait aller à ses émotions délicieuses. Puis il les analysa , et me dit alors que son esprit était frappé de la richesse et de l'élégance csqiiiso des bnis qui couvraient les montagnes; que son 3mc était fascinée à l'aspect de ces rochers , dont la cime se perdait dans les nuages , et que le frisson de la peur passait sur tous ses nerfs, quand il regardait ces masses qui menaçaient de l'écraser vivant sous leurs ruines. Il dit encore qu'il ne pensait a ceux qui habitaient ces sites sauvages, que quand la force des premières et des plus exquises émotions était amortie, et qu'à mesure que ses idées se reporiai«iil sur ilifs objets analogue* , cl qu'il réfléchissait, l'émotion diminuait rapidement, jusqu'à ce qu'enfin elle disparût tout a fait.

Dans une autre occasion , j'accompagnai aussi a cet endroit un homme dont l'éducation et l'intelligence étaient cultivées, mais dont l'idéalité était faible. I) regarda avec calme amour de lui ; puis s'écria : i Voilà de beau* arbres , do bien hautes montagnes! Les éléments se déchaînent ici. C'est un pas difficile pour les montagnards , etc. > Mais il ne trahit pas , comme lu [irrci'-ijiîiit, Due ('motion prul'uiidu.

Ces deui exemples prouvent contre la doctrine de lord Jeffrey.

Cette faculté imprime à toute composition un caractère grandiose. Elle se manifeste dans la prose aussi bien que dans la poésie; elle imprime son cachet au style. Le style de lord Bacon décèle une forte idéalité, tandis que celui de Locke en dénote l'absence ; aussi remarque-t-on dans leurs portraits une grande différence au siège de l'idéalité. La tùtc de Hazlitt indique aussi un fort développement de l'idéalité, et celte faculté brille dans ses compositions. Ce fut celle faculté qui fit tous les frais de sus productions; car on ne pouvait le citer ni pour ses principes , ni pour la justesse de ses observations, ni pour l'étendue de ses conuaissunces. Il semble avoir fondé toutes ses espérances de succès sur son style et sur la richesse de son imagination ; aussi ses ouvrages tombent déjà dans l'oubli. Dans la léte de lord Jeffrey , son buste est là pour le prouver, l'idéalité n'est pas dominante. Le bruit a couru que l'article sur les tragédies de Byron, qui parut dans le n° LXXII de laRevue tTËdimbourg ( février 1822), était de ces deux auteurs célèbres, etenne perdant pas de vue que l'idéalité de M. ilazlitt est beaucoup plus forte que celle de lord Jeffrey, il ne serait pas difficile , eu analysant cet article, d'assigner à chacun sa part dans l'écrit. Les organes intellectuels dominants de lord Jeffrey sont l'éventualité, qui recueille les simples incidents ou événements; la comparaison, qui saisit leur analogie et leurs rapports, et la causalité, qui donne de la profondeur et

une consistance logique a l'oeuvre entière, Ilazlilt a pour lui une forte comparaison, une assez bonne causalité et une idéaliie (1rs jitus larges, qui élévt! et illumine .ses conceptions intellectuelles. Je crois, d'après cela, ne pas me tromper en attribuant le passage suivant h la plume de lord Jeffrey. Discutant le mérite des tragédies de Shakspeare, il dit: t Quoique le temps ail consacré plusieurs clioscs qui d'abord furent jugées communes, et que des associations d'idées aient communiqué leur charme à des créations indifférentes en elles-mêmes, nous ne pouvons non; empêcher de croire qu'il y a dans Shakspenre une sainteté urigiitdh! que le temps n'a fuit qno mûrir et que propager, un rharmn inhérent à ses écrits dont dérive te charme même des associations d'idées qu'ils ont inspirées. Aussi , en lisant Je san^-froid et sans prévention les œuvres de nos premiers auteurs dramatiques, il est impossible, croyons-nous, même après avoir épuisé sur eux les traits acerbes de la critique, après avoir l'ait justice de toutes les intrigues impossibles, de tous les caractères fantastiques, de l'étrangeté des discours, des bizarreries , des grossièretés, des horreurs, il est impossible, disons-nous' de leur contester une facilité, une richesse de pensée et de fiction, une force d'invention, une sagacité, une profondeur, une originalité do conception, nn jeu d'imagination, une nudité, une énergie des passions qui décèlent les grands maîtres; et, par-dessus tout , une abondanco d'images, une douceur et une flexibilité dans le vers à laquelle rien ne peut encore être comparé, et qui les place, à notre avis, au premier rang des poètes anciens ou modernes. > Dans ce passage, l'énumération minutiense des défauts et des qualités est due h l'éventualité, le discernement qui y préside, i la comparaison et à la causalité; maissi l'on y trouve le bon goût que donne un développement modéré de l'idéalité, la force, la grandeur, la poésie d'une large idéalité ne se décèle nulle part.

Voici quelques phrases détachées du mime, article : < Byrou a quelques vers charmants et un grand nombre pleins de force el d'énergie; mais, en général , son vers est roide et peu harmonieux; l'arme qu'il donne à ses personnages n'est point une lame polie, à la fois forte et h^in. 1 ; muia ti il bâton grossier qu'ils manient lourdement dans un combat inutile. • — ill a trop peu de sympathie pour les sentiments ordinaires, pour les faiblesses de l'humanité, pour réussir à les mettre en scène. t — i Son ame est une étoile qui s'isole... elle ne voit pas par le miroir de la nature, et ne prend pas non plus les couleurs des objets qui l'entourent; semblable à une immense fournaise , elle jette sa lumière ardente et sa sombre grandeur snr l'étroit espace qu'éclairent 6es rayons. • Dans ces phrases, l'idéalité brille avec éclat, la simplicité du style de notre première citation a disparu; une diction ornée, figuréo, élevée, l'a remplacée. J'ignore complètement ce qui, dans cet article, est de lord Jeffrey ou de Hazliti; mais les extraits que nous venons d'en faire peuvent servir a faire comprendre la différence du style d'un auteur dont l'iiléalili! est lliible, avi;<: celui d'un auteur qu'inonde l'idéalité. D'après toutes les probabilités, nous avons assigné à chacun sa part réelle dans le tribut commun de tous deux.

L'existence de cet organe est prouvée.

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