DES TÉGUMENTS DU CERVEAU
Le cerveau est formé avant que les os, qui lui servent d'enveloppe, ne le soient : on le voit primitivement enviionné de fortes membranes, et c'est entre les lamesdela membrane la plus extérieure que lespoints d'ossification commencent à apparaître ; elle n'est ordinairement complète que vers la neuvième année.
Pendant la vie, le cerveau est embrassé dans toute sa périphérie par une membrane mince , transparente , appelée la pie-mère, qui s'introduit dans ses circonvolutions et sert d'enveloppe aux vaisseaux qui pénètrent dans ses parties intérieures. Immédiatement au-dessus de la pie-mère, on voit deux lames d'une membrane encore plus mince, comparable» par sa ténuité, à une toile d'araignée, et qu'on a nommée
secousse que l'encéphale pourrait éprouver pendant le saul ; mais le docteur Viniont couibal cette opinion par la remarque que plusieurs espèces d'animaux sauteurs, tels que l'écureuil et le singe, n'ont j)asceUe membrane ossifiée; tandis que d'un autre côté elle est osseuse chez certains animaux dont les mouvements sont lents et lourds , tels que le blaireau , etc. Vimont . Trnilc de phràioloqic humaine et comparée, t. I, p. 63.
arachnoïde ; d{e conwii la surface du cerveau d'une manière uniforme, sans pcnclrcr dans ses replis. Les deux lames de celle membrane sécrèlcnt un fluide séreux qui prévient leur adhésion. La dure-mère esl une membianc mince mais solide , opaque, qui tapisse la surface interne du crâne, à laquelle elle adhère fortement, et ([ui recouvre la surface extérieure du cerveau au-dessus des membranes précitées. Dans l'état normal, sa sensibilité est nulle; on peut la piquer sans causer la moindre douleur.
Le cerveau, enveloppé de ses membranes, remplit exactement la boîte du crâne ; de sorte qu'un modèle en plâtre, formé en versant la matière dans l'intérieur du crâne , rend exactement la forme du cerveau enveloppé de ses membranes.
Le crâne n'est pas une barrière renfermant le cerveau dans des limites infranchissables; il lui fournit seulement une enveloppe solide, susceptible de se modifier et de se mouler, pour ainsi dire, d'après son volume et son accroissement (i). Petit au moment de la naissance, il s'agrandit à mesure que le cerveau se développe; sa forme extérieure se modifie également d'après les modifications qu'éprouve la forme de l'encéphale : elle reste stationnaire lorsque l'accroissement est complet, pour diminuer quand la décrépitude ou les maladies viennent diminuer le volume de l'organe qu'il contient (2). Les os du crâne sont constamment soumis à un travail de nutrition et d'absorption ; de sorte que si la substance cérébrale, par son accroissement, vient presser contre ses parois, les particules nouvelles s'arrangent selon le besoin.d'extension ; de telle manière que la forme extérieure du crâne traduit toujours exactement celle du cerveau. Quand il se forme dans la têie des
(i) Pour vous faire une idée exacte de la manière admirable dont le crftne protège le cerveau, voyez the Phrenological Journal, YIII, 552.
(2) On trouvera, dans the Phrenological Journal, plusieurs observations de rétrécissement du crâne.
collections aqueuses, les parois du crâne cèdent également à la pression qu'elles exercent, et il peut ainsi acquérir un développement énorme.
Le crâne est formé de huit os ; ce sont : le frontal , formé de la réunion de deux portions d'os qui, quelquefois, restent séparées; il forme le front; les deux pariétaux, formant la plus grande partie des parois latérales et supérieures du crâne; les deux temporaux, qui rayonnent autour des oreilles; le sphénoïde, situé à la partie antérieure de la région basilaire; l'occipital, situé à la partie postérieure du crâne, immédiatement au-dessus de la nuque; et l'etlimoide, situé à sa base, au-dessus et en arrière du nez. Les lignes de jonction de ces os sont appelées sutures et formBut, pour la plupart, une sorte d'engrenage. Les principales sont : la sagittale, qui unit les deux pariétaux au sommet de la tête; la suture coronale, qui unit le frontal aux pariétaux ; la suture lambdoide, qui unit ces derniers à l'occipital et qui tire son nom de sa ressemblance avec la lettre grecque A; la suture frontale, qui unit les deux portions du coronal ; et enfin la temporale, appelée encore squammeuse, qui unit les temporaux aux pariétaux et s'étend au sphénoïde et à l'occipital.
La figure ci-dessous représente un crâne dont les parties latérales ont été sciées jusqu'à la hauteur du plancher de l'orbite, de manière à ne laisser qu'une lame éiroiie à la partie sui)éri('urc. A A est l'arcade supérieure formée par le crâne; elle est représentée ici plus épaisse que *^' dans l'état naturel, afin de faire voir le diploé.Laplns giandc partie du crâneest formée de deux lames qu'on désigne par le nom de table interne ot table externe. Elles sont séparées par une substance spongieuse, formée de cellules osseuses et qu'on appelle le diploé. La substance que l'on aperçoit dans l'arcade formée
par la lame du ctûnc qui a élé conservée, et sur laquelle on aperçoit des lignes qui indiquent le trajet des vaisseaux qui la parcourent, est la membrane qui sépare les deux hémisphères du cerveau. Elle est un repli de la dure-mère; on l'appelle la faux du cerveau, à cause de sa forme. Elle reçoit une grande quantité de vaisseaux sanguins, et donne passage à une grande partie du sang qui retourne du cerveau vers le cœur. Ces vaisseaux viennent s'ouvrir dans un canal qu'elle forme tout le long de la ligne que parcourt son attache supél'ieure au crâne. Le cours du sang dans ce canal a lieu du front en arrière et en bas. Les deux hémisphères du cerveau sont complètement séparés dans toute l'étendue que laisse entrevoir la coupe qui a été faite. En bas, on aperçoit un espace vide ; la commissure, ou la réunion des fd)res qui unissent les deux hémisphères et qu'on appelle le corps calleux, se trouve vers le bas de cet espace. Le cervelet est situé dans l'espace marqué B C, et dans la partie du crâne qui n'a pas élé ouverte. Lorsque la membrane est arrivée au point C, elle se porte à droite et à gauche et s'étend en avant, de manière à séparer le cervelet du cerveau, ce dernier reposant au-dessus de ce repli, et le cervelet se trouve au-dessous. La lettre B indique l'apophyse mastoide, saillie osseuse à laquelle vient s'attacher le muscle sterno-mastoidien ; elle se trouve immédiatement au-dessous de l'ouverture externe de l'oreille, et n'a aucune connexion avec le cerveau.
Comme le diploé, excepté dans les parties mentionnées cidessous, est d'une épaisseur presque égale partout, il s'ensuit que les deux tables du crâne sont presque parallèles l'une à l'autre. Cette disposition se voit dans la section représentée sur la figure , page 106. A la vérité, la table interne laisse apercevoir quelques légères empreintes, formées par des vaisseaux sanguins, des glandes, etc. , qui n'apparaissent pas sur la table externe ; mais ces parties sont très-petites et n'ont aucune
importance relalivenienl à la phrénologie. Quand le i)arallélisnie cesse d'êlre rigoureux, il ne s'en faut jamais que d'un dixième ou d'un luiiiième de pouce, selon l'âge et l'élat de la santé de l'individu. La dillérence dans le développement d'un organe, de sa plus grande largeur à son plus petit volume, est souvent, pour certains organes des sentiments et des propensités, d'un pouce et plus, et d'un quart de pouce pour les organes de l'intelligence, qui sont naturellement beaucoup plus petits que les autres (i).
La portion écailleuse de l'os temporal est beaucoup plus mince que les autres parties du crâne; mais, comme cette disposition existe sur toutes les têtes indistinctement, elle ne peut être une source d'erreurs pour le plirénologue. Eu outre, le crâne est toujours plus épais au centre de la base de l'os frontal et à la ligne transverse de l'occipital { fig. 5, p. 10()), et très-mince à la partie de l'os frontal qui forme les voûtes orbitaires, de même qu'au centre des fosses occipitales. Gall a remarqué que le crâne de certains individus d'un esprit lourd et stupide est quelquefois fort épais. Le D"" Vimont a observé la même disposition chez les personnes d'une constitution athlétique et chez les peuplades sauvages.
Les téguments qui couvrent les parties externes du crâne adhèrent fortement à sa surface, et leur épaisseur est si uniformément la même qu'ils n'apportent aucun obstacle à Va\>préciation de sa conformation ; les tempes et l'occiput sont les seules parties où les téguments ont plus d'épaisseur : les phrénologues doivent tenir compte de ce fait dans leurs observations. On voit qu'il n'existe nul obstacle important à ce que la forme extérieure du cerveau puisse être parfaitement appréciée sur une personne vivante.
Ce point de doctrine a été souvent combattu par les adver-
(i) « Jamais je irai prétendu distinguer des modifications peu prononcées dos formes du crSnc ou de légères nuances do caractère. » Gall, toni. 5, p. 41 .
saii'cs de la phrcnologie , mais il est appuyé par tous les analomistes. Magendic, dans son Journal de Physiologie, dit que «; la seule manière d'estimer le volume du cerveau, chez une; ])crsonne vivante, csl de mesurer les dimensions du crâne. Tous les autres moyens, même celui proposé par Camper, sont incertains. »
Sir Charles Bell observe aussi que les os de la tète sont moulés sur le cerveau, et que les diverses formes qu'ils alTeclent répondent aux développements de cet organe (i). Le docteur Gordon dit également, dans le n" 49 de la Revue d'Edimbourg : « Nous acquiesçons implicitement, pour le moment, à la proposition (admise par les physiologistes longtemps avant Gall et Spurzheim) qu'il existe, dans le plus grand nombre des cas, un rapport général entre la dimension du crâne et le volume du cerveau; qu'une tête volumineuse contient un cerveau très-fort, et qu'une petite tête ne peut en contenir qu'un petit (page 246). »
Il est cependant des circonstances dans lesquelles il n'est pas possible de découvrir la forme du cerveau en examinant le crâne; c'est dans les cas de maladie et dans la vieillesse, Pendant une maladie, le crâne peut s'étendre ou diminuer de volume par des causes autres que des changements du cerveau; dans l'âge avancé, la table interne du crâne peut s'alfaisser, tandis que la table externe conserve sa forme primitive. Dans ce cas, l'état réel du cerveau ne peut être apprécié d'après les apparences que présente le crâne (2),
{\)Beirs Analomy. Sir Charles Dell ajoute ensuite: « Le crâne est certainement adapté à la forme du cerveau ; mais il est une question plus importante que les crânologistes ont oubliée: « La forme du cerveau est elle adap- « tée à la forme que la tète devra avoir? b II est difficile de comprendre rimporlance de celle question. Le crâne, dans toutes les périodes de la vie, subit les modiflcalions que le cerveau éprouve et s'accroît avec lui ou s'affaisse quand la décrépitude diminue son volume. »
(2) Selon Gall , le crâne des vieillards est en général plus épais , plus léger
11 existe quelques parties de la base du crâne , dans les régions moyenne et postérieure, dont le développement ne peut être apprécié durant la vie, et dont les fonctions dans les parties correspondantes du cerveau ne sont pas encore connues. Par analogie, et d'après quelques faits pathologiques, on a supposé qu'elles étaient le siège des organes des sensations de la faim, de la soif, du chaud, du froid, et de quelques autres affections mentales pour lesquelles aucun organe n'a été découvert jusqu'à présent; mais leur existence n'ayant pas été démontrée à l'évidence, on ne peut que former des conjectures et se livrer à de nouvelles recherches.
Les sutures interrompent le parallélisme absolu des tables du crâne, mais leur position est connue, et une seule, la suture lamh Joule , qui passe sur l'organe de la concentrativité, présente quelques difficultés pour les commençants ; chez quelques sujets, elle donne lieu à une saillie osseuse dans cette partie, qui peut être prise pour une proéminence de l'organe de la concentrativité; mais, dans ce cas, la saillie purement osseuse est, en général, saillante et irrégulière, tandis que la protubérance est large, régulière et arrondie. Les sutures sagittale et frontale, qui s'étendent longiludinalenienl de la partie postérieure et du sommet de la tête jusqu'à la racine du nez, forment quelquefois une ligne saillante, qu'on pourrait prendre pour un
et plus spongieux que celui des jeunes gens et" des adultes ; mais le D"^ Vimnnt pense que si le fait peut être admis comme règle générale, il est néanmoins nécessaire de faire, relativement à ce point, des recherches ultérieures. (Gall, III, 50. Vimont, I, 288.) Quelquefois, dans l'extrême vieillesse, des portions de la table externe et du diploé sont absorbées et non renouvelées, de sorte que, dans plusieurs de ses parties, le crîine devient trèsmince et transparent. Il existe un crâne de celte espèce dans la collection de la Société phrénologique, et Gall en pos.sédait plusieurs. (Gall, III, 53; et Journ. phrénoi., VII, 28.) Le fait se trouve encore consigné dans un ouvrage intitule' Analomia scnilis publié en 17!>0. Selon Tennn, le crâne perd deux cinquièmes de son poidschez le vieillard. (Mémoires de riiisdlKl de France , G""' année.)
COMBE. — TRAJTr DF. Pimi':N0I.0CIK. 1 i
df'voloppoinent des organes de la bienveillance, de la vénéralion, de la fermelé et de l'c-stimede soi. On peut cepondanl facilement distinguer la suture, à cause de son étroitesse, des protubérances, qui sont plus largos, plus saillantes et arrondies. Les anatomistes nomment apophyses certaines saillies osseuses ; les apophyses mastoides des os temporaux (B, figure de la page 117) sont dou\ saillies de cette espèce que l'on voit immédiatement derrière les oreilles; elles servent à l'attache de didoronls nmscles; elles peuvent être prises quelquefois pour la saillie que forme l'organe de la combativité, quand il est proéminent. Elles ne sont cependant que deux éminences purement osseuses que l'on rencontre sur toutes les tètes et qui n'indiquent nul développement du cerveau. Une autre apophyse, appelée par les anatomistes apophyse épineuse de l'occi' pilai, doit aussi être connue ; sa position est indiquée par la lettre C , sur la figure de la page 117.
Il existe une portion du crâne dont la configuration extérieure n'indique pas toujours exactement l'état du cerveau sous-jacent, et qui a donné lieu à quelques objections. A la partie inférieure de l'os frontal , immédiatement au-dessus de la racine du nez, le parallélisme des deux tables osseuses est quelquefois dérangé par l'existence d'une petite cavité nommée sinus frontal. Le sinus frontal est indiqué par la portion fortement ombrée qu'on voit sur la figure ci-contre.
Quelquefois cette cavité est plus large, quelquefois elle est plus étroite que celle qui est figurée ici; elle est formée par l'écartement des deux tables osseuses; le plus souvent c'est l'externe qui alors forme une saillie, tandis que la table interne reste en place : de manière que la surface extérieure du crâne n'indiquant pas, dans ces cas, l'état de développement de la portion sous-jacente du cerveau, quelques personnes en
ont couclu que les sinus frontaux formaient une objection insurmontable contre la phrénologic en général, en jetant une telle incertitude sur nos moyens d'observation qu'elle en détruit complètement la valeur. D'autres opposants moins exagérés bornent leurs objections aux organes qui se trouvent sous les ëcartoments des lames osseuses.
La première de ces objections est évidemment insoutenable; car même si l'existence des sinus était un obstacle insurmontable à l'appréciation du plus ou moins de développement des organes qui sont situés au-dessous d'eux, il est évident que, dans les cas ordinaires, il n'en masquerait qu'un petit nombre; savoir : ceux de la forme, de l'étendue, de la pesanteur, de l'individualité et de la localité, et que toutes les indications externes des autres, au nombre de trente à trente et une, resteraient appréciables.
Pour donner une juste idée de la valeur de cette objection, en ce qui a rapport aux organes qu'elle concerne spécialement, nous ferons ici quelques observations : 1° Au-dessous de douze à quatorze ans, les sinus, quand ils existent, s'étendent rarement jusqu'à la hauteur du lobe antérieur du cerveau; S"* dans l'adulte ils atteignent fréquemment la hauteur que nous avons indiquée ci-dessus (i) , et 3° chez le vieillard et dans les maladies telles que l'idiotie chronique et la manie, ils acquièrent
(i) Ce fait n'est pas d'accord avec ce que nous avons dit dans la première édition de notre ouvrage, d'après des ol)servatioiî8 qui nous avaient été communiquées par un de nos amis de I*aris, qui, dans le cours de plusieurs mois enlièrementemployés à des recherches anatomiques, n'avait jamais rencontré les sinus frontaux , excepté chez des sujets avancés en âge et dans les cas de maladie; mais en ouvrant le crâne pour l'étude de l'anatomie, la suture se fait presque toujours horizontalement vers le milieu du front et au-dessus des organes des tons , des temps , et de l'éventualité. Dans tous les cas cités par notre ami, cette méthode avait été employée; et comme les sinus frontaux s'étendent rarement aussi haut, il ne les avait pas rencontrés et ne pouvait pas les rencontrer. En faisant des sections verticales, dans le but d'étudier les sinus, il les a depuis rencontrés beaucoup plus souvent.
souvfnt une très-grande extension duc à la diminution du volume du cerveau que la table interne suit en s'affaissant , tandis que la table externe reste dans sa position primitive. Le premier cas ne présente aucune objection, car alors le sinus n'est pas assez élevé pour empêcher l'observateur d'apprécier le degré de développement des organes; le troisième cas a rapport à des maladies qui sont, en général, en dehors des observations plirénologiques, ainsi notre attention ne peut s'exercer que dans ceux de la deuxième classe. En ce qui les concerne, l'objection se tire de ce qu'un grand développement de ces portions du cerveau ou celui des sinus frontaux présentent des apparences tellement identiques, que nous ne pouvons les distinguer assez bien les unes des autres pour présenter des observations concluantes.
ISous répondrons à cela : 1° Que nous devons distinguer entre la possibilité de découvrir la fonction d'un organe et celle d'appliquer d'une manière pratique cette découverte à tous les cas de manière à pouvoir toujours prédire exactement le degré de puissance de chacune des facultés mentales chez tous les individus. En général, le sinus ne s'étend pas à une assez grande hauteur pour atteindre la base du cerveau, avant l'iîge de 12 ou 14 ans, et, avant celte époque, l'individualité est un des organes les plus actifs du cerveau. Si donc dans les enfants chez lesquels le sinus n'existe pas, cette faculté est remarquablement forte, quand celle région de la tête est proéminente , et faible quand elle est aplatie, nous pourrons prouver l'existence de la fonction, quoique, dans la suite, elle devienne plus difficile à établir. Les sinus se développent et apportent, jusqu'à un certain point, des difficultés à l'application pratique de nos connaissances. Aussi, les phrénologues reconnaissent qu'il est difficile de déterminer alors le degré exact de développement des organes qui se trouvent immédiatement au-dessus de la racine du nez, excepté dans les cas
extrêmes, alors que le sinus lui-même ne pourrait former qu'une fi'action dans la différence entre un très-grand développement et l'absence absolue. L'objection qui suit ne peut s'appliquer qu'à une séiie de cas, s'il existe une cavité ou dépression dans une partie de la surface externe du crâne correspondant à la position des organes en question, et que le sinus n'existe pas ; alors l'organe doit nécessairement être d'autant moins développé que la dépression est plus marquée. Si, en môme temps qu'une semblable conformation externe se remarque, le sinus existe, circonstance qui a rarement lieu, mais que nous admettrons pour faire une large part aux opposants, elle doit, dans ce cas, résulter de ce que la table interne s'est affaissée sans que la table externe ait suivi son mouvement, et alors le défaut de développement de l'organe est plus grand encore que ne l'indique la conformation extérieure; la fonction intellectuelle s'exercera avec une faiblesse qui devra être au moins égale à celle indiquée par la conformation extérieure du crâne. En conséquence, dans les cas de cette espèce, la saillie du sinus ne peut pas induii-e en erreur. Le seul cas dans lequel elle puisse embarrasser l'observateur est celui où la table extéi'ieure du crâne forme une saillie indépendante d'un développement de la partie correspondante du cerveau. Si cliez les jeunes sujets, lorsque le sinus n'existe pas encore, et chez les adultes lorsque la dépression existe, il est possible de reconnaître le degré de développement de l'organe, quels arguments pourra-t-on tirer, en bonne logique, de ce que, dans certains cas, chez l'adulte, la proéminence du crâne n'indiquera pas exaclomcnt la forme de la portion cérébrale sous-jacente? Pourra-t-on en conclure que ses fonctions ne sont pas connues? Non, sans doute; car elles ont été observées dans des circonstances qui n'admettent point d'objection; on aura seulement reconnu une vérité, c'est (pie, chez l'adulte, lorsque le développement extérieur de celle région de la tête
lie sera pas accompagné d'une énergie correspondante des fonctions des organes sous-jacents, la saillie du crâne doit être ullribuée au développement des sinus frontaux.
En outre, riiabiuidc d'observer rendra possible de distinguer, dans le i)Ius grand nondji-e de cas, la saillie formée par les sinus frontaux de celle indiquant le développement des organes : dans le premier cas, l'élévation est plus brusque et plus saillante; dans le second, elle est arrondie et suit mieux la position des organes, telle qu'elle est indiquée sur les bustes plirénologiques.
Si donc les hommes, en général, manifestent leurs capacités naturelles par leurs actions, et si, chez les personnes saines qui n'ont pas dépassé la période moyenne de leur existence, la forme du cerveau peut être appréciée par l'observation de la conformation extérieure du crâne, il s'ensuit que les facultés et le degré de développement du cerveau qui leur correspond peuvent être étudiés sur l'homme vivant.