‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 15 sur 46 · FIG. 4. EUSTACHE · texte numérisé non relu

FIG. 4. EUSTACHE

La figure 3 représente la tête de Gerche Marguerite Gottfried qui fut exécutée à Bremen , en 1828, pour avoir empoisonné, dans l'espace de plusieurs années, son père et sa mère, ses trois enfants, son premier et son second mari, et cinq ou six autres individus (i).

La ligne AB commence à l'organe de la causalité B, et passe au centre de l'organe de la circonspection (12) ; ces points sont, en général, faciles à distinguer sur le crâne, et une ligne qui les traverse peut facilement être tracée; les circonvolutions situées au-dessus de la ligne AB doivent avoir été étroites et superficielles, comparées à celles situées au-dessous et destinées aux propensités animales.

La figure 4 représente la tête d'un nègre nommé Eustache (2),

(i) L'histoire de cette femme se trouve dans le Phrenological journal, VII, p. 560.

(2) Phrenological journal , IX, p. I3i.

aussi distingué par la haute moralité et par la bienveillance dont il donna des preuves nombreuses, que le fut Gottfi'ied par l'absence totale de ces qualités. Durant les massacres de Saint-Domingue, l'esclave Eustache sauva, par son adresse, son courage et son dévouement, la vie de ses maîtres et d'environ quatre cents autres blancs, en risquant chaque jour sa propre vie. La ligne AB a son point de départ à la causalité B et traverse la circonspection (l!2). L'espace étendu qu'occupent les circonvolutions qui répondent aux sentiments moraux peut être apprécié en examinant la largeur qui existe entre cette ligne et le sommet de la tête G.

Les deux têtes ont été tracées d'après des bustes, et les circonvolutions ont été supposées pour en faciliter l'étude. La profondeur des circonvolutions représentées sur les figures est plus grande que d'après nature pour que le contraste puisse être mieux saisi. On ne doit pas oublier que notre intention est seulement de tracer quelques règles pour faciliter l'examen des têtes, et non pour prouver des faits particuliers; cependant les espaces compris entre les lettres A , B et le sommet de la tête sont ti'acés sur une échelle exacte. M. Abraham Cox prétend que l'étendue des circonvolutions qui forment les organes de l'estime de soi, de l'amour de l'approbation, de la concentralivité, de l'adhésivité et de la philoprogéniture, peuvent être estimés par la proéminence qu'ils forment au-dessus de la base tracée par une ligne passant au centre des deux organes de la circonspection et l'épine de l'occipital. Il a tiré cette conclusion de l'examen d'un grand nombre de crânes appartenant à la société phrénologique d'Edimbourg. Une section semblable est indiquée par les lignes G, D des figures 5 et 4.

Pour déterminer l'étendue des circonvolutions qui occupent les régions latérales de la tête, M. Gox propose de supposer deux lignes verticales passant directement en arrière, en tra-

versant les organes de la cansalité, pour venir se terminer à la nuque, à l'insertion des bords externes des muscles trapèzes. Les circonvolutions les plus latérales sont placées en dehors de ces lignes. Les organes les plus proéminents qui se trouvent dans les régions latérales de la tète paraissent être la combativité, la dcslruclivité , la sécrélivité, la circonspection, l'acquisitivité et la constructivité; les organes des tons, de l'idéalité, de l'esprit de saillie et du calcul sont aussi passablement forts.

FIG. O. CI.NGALESE.

FIG. 6 GOTTFIUED.

La flgure 5 représente une section horizontale du crâne d'un Cingalèse ; la ligne B T sépare les plans ci-dessus décrits. La figure G représente la même section sur le crâne de la femme Gottfried , l'assassin dont nous avons déjà parlé ; les régions latérales de la tête au delà des lignes B T de la figure 6 forment un contraste frappant avec celui des mêmes régions de la figure 5. Les Cingalèses sont une tribu des habitants de l'île de Ceylan dont le caractère est remarquablement doux et pacifique (i).

(i) Voyez la description de leurs mœurs dans le Jcurnal phrénologique , VII . 634.

M. Cox suppose de plus que l'étendue des circonvolutions qui se trouvent à la base du cerveau peuvent être estimées d'après la projection qu'elles forment au-dessus d'une ligne passant sur les arcades sourcilières et sur l'épine de l'occipital (D E, fig. 5, et D, fig-. 4 ) ; et en observant la distance à laquelle se trouvent les ouvertures des oreilles, les apophyses mastoides et les autres points saillants de la base du crâne, au-dessous de cette ligne.

J'ai eu tant de fois l'occasion de vérifier l'exactitude des conclusions que l'on peut tirer de la saillie que forme le cerveau au delà de ces lignes , que je recommande ce mode d'observation dans la pratique. Dans mes cours , j'ai fréquemment indiqué la différence qu'on remarque chez les individus dans la position des ouvertures auriculaires relativement au niveau des yeux, comme indiquant le développement de l'organe de la destruclivité et des circonvolutions basilaires situées à la partie interne de cet organe vers la ligne médiane ; plus l'ouverture de l'oreille est située bas , plus les circonvolutions inférieures du lobe moyen qui occupent la fosse moyenne inférieure du crâne, sont largement développées. Les individus chez lesquels l'ouverture de l'oreille est placée presque au niveau des yeux sont, en général, peu portés à la violence et à la destruction. Le D"" Paterson fait mention incidemment, dans ses écrits sur la phrénologie des Hindous, que « ces peuples ont, en général, les oreilles placées trèshaut, tandis que leurs crânes, vers la région de l'organe de la destruclivité , sont tout à fait plats et même parfois présentent une sorte de concavité. »

Je possède une immense quantité de faits à l'appui des avantages qu'on retire de la méthode d'observation que j'indique pour arriver à bien apprécier l'étendue des lobes antérieurs et de la région coronale du cerveau ; je crois donc ne trop pouvoir en recommander l'adoption. Les observations faites au

moyen des lignes, conseillées par M. Cox, sont néanmoins encore trop peu nombreuses pour qu'on puisse les admettre dans tous les cas; chaque observateur pourra les répéter. Je recommande particulièrement à ceux qui commencent à étudier la plirénologio, et qui ont l'occasion de disséquer des cerveaux d'individus d'un caractère bien connu, de tirer des lignes sur le cerveau dans la direction de celles tracées sur les planches, avant de l'extraire de la boite osseuse, de faire ensuite des sections dans la direction des lignes tracées et d'observer la dimension des circonvolutions qui se trouveront placées en dehors de ces coupes.

En observant les proportions des diftercntes régions entre elles, on verra que, dans quelques cas, les lobes antérieurs sont tantôt plus larges, tantôt plus étroits, relativement aux autres parties du cerveau. On trouvera aussi de grandes différences relativement aux portions qui se trouvent au delà des lignes tracées au traversde la causalité jusqu'au trapèze. Les bustes de M.Pallet, Sleventon, et de sir Edward Parry peuvent être comparés à celui que représente la planche ci-contre : elle figure une tête extrêmement large proportionnellement à sa hauteur et indiquant une organisation dans laquelle lespropensités animales devaient l'emporter et diriger toutes les actions de la vie. Le buste de l'empereur romain Vitellius, monstre de vices, présente les proportions de cette tête (1).

(i) Les bustes et les planches tracés dans les pages subséquentes et servant à indiquer des organes en particulier, sont tirés de la collection de la société phrénologique d'Edimbourg.

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Quand on s'est familiarisé avec le volume général et la configuration des têtes, on peut commencer à tacher de reconnaître les or^fanes mpar/jcw/îV?', et, en les étudiant, il faut tenir compte non-seulement de leur proéminence, mais encore de leurs dimensions exactes en hauteur, en largeur et en épaisseur.

La longueur d'un organe , renfermant son appareil supposé de communication , se juge par la dislance qui sépare la moelle allongée de la périphérie de sa surface. Une ligne, passant d'une ouverture auriculaire à l'autre, en tiaversant la tête, doit à pou près toucher la moelle allongée, de sorte que l'ouverture externe de l'oreille peut servir à estimer sa hauteur. On juge de la largeur d'un organe en mesurant l'étendue de sa

périphérie ; car c'est une loi générale de physiologie, que la largeur de la superficie d'un organe est en rapport avec sa largeur totale ; les nerfs optiques et olfactifs peuvent être cités comme exemple.

On a objecté que la largeur des organes ne peut être estimée parce que leurs limites ne sont pas suffisamment tracées ; en réponse à cette objection, je ferai observer que, quoique les limites de chaque organe ne puissent être tracées avec la même précision mathématique que celles d'un triangle ou d'un carré, toutefois, dans les cas j)arliculiers, un observateur attentif arrivera très-près de la vérité; et, dans le plus grand nombre, la doctrine des chances et de la compensation des erreurs doit convaincre tout le monde qu'on peut toujours tracer leurs limites avec une précision suffisante aux applications pratiques. Même dans les sciences exactes, il n'est le plus souvent possible que d'arriver à des résultats approximatifs, et si nos contradicteurs voulaient porter un moment leur attention vers les théorèmes des binômes ou des séries infinies, ils cesseraient de prétendre qu'il faut abandonner un élément important de calculs parce qu'on ne peut espérer atteindre à une précision telle que l'erreur la plus minime soit impossible. L'absurdité des raisons avancées par eux sera rendue encore plus palpable par l'exemple du prisme solaire, que je crois exactement identique. Quels sont les phénomènes qu'il déploie? Les sept couleurs primitives, arrangées dans un ordre particulier et brillant avec une intensité presque égale. Chacune de ces couleurs occupe un espace en rapport avec les autres, mais l'œil ou la main pourrait-il trouver une ligne de séparation géométrique entre eux? En conséquence , selon les principes suivis par certains adversaires de la phrénologie, la largeur de chacun des rayons solaires ne devrait pas être tenue en ligne de compte, parce que leurs limites sont purement idéales; comme si la ligne mathématique n'était pas purement

idéale elle-même, ou la plus complète abslraclion que l'esprit humain ait pu former. Cette idéalité, ou abstraction, n'est donc pas plus nécessaire à la détermination des approximations auxquelles on peut arriver par des essais répétés, que la ligne mathématique n'est nécessaire à l'ouvrier pour construire une verge métallique.

La totalité des organes d'une tête peuvent être examinés, et lenrs proportions relatives notées (i). On peut, au premier abord, commettre des erreurs; mais, sans la pratique, personne ne peut se flatter de pouvoir tracer exactement l'étendue des organes de la forme, de l'étendue, de l'individualité et de la localité. Les individus dont la tête présente beaucoup d'étroitesse entre les yeux, et peu de développement à la racine du nez, endroit où CCS organes sont situés, éprouve de grandes difficultés à distinguer la position et la dimension exactes des proportions des différents organes. Si un organe est très-déve-

(i)« Il existe plusieurs circonvolutions, dit Spurzheim, sur la ligne médiane qui sépare les deux hémisphères du cerveau , d'autres encore à sa base, et entre les lobes moyens et antérieurs, qui ne sont pas apparentes à sa surface ; mais il me semble qu'une grande partie au moins de chaque organe doit s'y présenter, et de plus, (|ue toutes les parties de chaque organe sont également développées, de sorte que pour juger de leur volume total il suiBt d'en apercevoir une partie. La totalité du cervelet n'avoisine pas le crâne; toutefois ses fonctions peuvent être déterminées d'après les parties qui l'atteignent. Les portions du cerveau sitr.ées sur la ligne médiane entre les deux hémisphères semblent proportionnées au développement des circonvolutions supérieures ; au moins ai-je toujours observé une proportion dans leur direction verticale. » {Phrcnology, p. H6.)

« Les portions du cerveau situées autour et derrière l'orbite exigent au.ssi de la part du phrénologue qui veut les apprécier exactement, beaucoup de soin dans leur examen et une certaine expérience. Leur développement est a|)précial)le d'après la position du globe de l'œil et la conformation de l'arcade sourcilière. Selon que le globe de l'œil est proéminent ou caché dans l'orbite, déprimé ou poussé en avant, en dedans ou en dehors, on peut juger du développement des organes qui l'environnent, o (Ibidem.)

Nous donnerons certaines règles pour l'examen de ces parties quand nous arriverons à la description de ces organes.

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loppé , et que celui qui l'avoisine le soit très-peu, l'organe proéminent donnera lien à une élévation ou protubérance; mais si l'organe qui l'avoisine est développé dans la même proportion, aucune protubérance ne pourra être aperçue; la surface sera uniformément élevée. Les commençants devront étudier attentivement, dans les livres les figures, et les bustes, ou recevoir une instruction personnelle (ce qui, dans tous les cas, est beaucoup plus avantageux), avant de pouvoir distinguer la forme de chaque organe et les apparences qu'ils présentent, quand ils sont développés dans des proportions différentes les unes des autres; il existe aussi de légères modifications de position dans les différentes têtes.

Les bustes phrénologiques indiquent la situation des organes et leurs proportions seulement sur une tête, et leur examen ne peut donner qu'une idée générale de la nature (i). Les différentes apparences, dans toutes les variétés du volume relatif, ne peuvent être reconnues qu'en examinant un certain nombre de têtes , et spécialement en faisant contraster les exemples

(i) Les adversaires de la phrénologie ont tenté de faire ressortir certains changements dans le nombre et la position des organes sur les bustes récemment publiés, comme une révolution dans la science phrénologique; une courte explication placera ce fait sous sa vraie lumière. Les bustes phrénologiques qui se trouvent dans le commerce figurent une tète artificielle; l'utilité est donc en raison du degré d'exactitude avec laquelle les traits quiindiquentles organes expriment leur position telle qu'elle existe le pltts fjcnéraicmcnt. Le premier buste qui fut exécuté à Edimbourg indiquait les organes d'après une tête d'une organisation assez rare en Ecosse; ce buste fut exporté sur le continent avant d'avoir été modifié comme il le fut plus lard, d'après une tète d'un caractère plus national. Le 1" octobre 1824, un nouveau buste fut publié à Edimbourg d'après de nouvelles observations qui amenèrent à tracer avec plus d'exactitude encore les protubérances, et les proportions des tètes anglaises; mais, dans toutes les modifications successives, la forme essentielle et la situation relative des organes ont été conservées et on ne pourrait citer aucun exemple de changement important, tel qu'une substitution de l'organe de la bienveillance à celui de la vénéralion onde l'espérance, ou autres, etc., etc.

d'un extrême développement avec des exemples d'une extrême petitesse. On ne peut, à moins de s'être livré à ces expériences, avoir aucune idée exacte des fondements de la science. Dans les cas où un seul organe est fortement développé, on remarquera que sa forme {en faisant abstraction des angles) est rendue exactement sur le buste.

On demandera peut-être, si les proportions relatives des organes diffèrent dans chaque individu , et si les bustes plirénologiques représentent seulement les proportions les plus communes, comment on peut arriver à distinguer leurs limites sur le vivant. Nous répondrons que c'est à leur forme et aux apparences qu'ils présentent. Chaque organe a une forme et une situation qu'il est possible, par la pratique, de distinguer sur la tête d'une personne vivante ; autrement la phrénologie n'aurait aucune base solide.

Quand un organe est très-développé, il empiète sur l'espace ordinairement occupé par les organes voisins, et altère en conséquence la régularité de leur situation. On reconnaît que cela a lieu à la proéminence qu'on remarque au centre de l'organe qui prédomine, et l'élévation qu'elle forme s'étend seulement sur une partie des autres. Dans ces cas, l'étendue peut être aisément déterminée, car la forme de l'organe se reconnaît facilement et cela seul est une indication certaine qu'il est fortement développé. Tout observateur devra d'abord étudier soigneusement le crâne pour se faire une juste idée des apophyses mastoides , des rcnflomenls osseux qu'occasionnent quelquefois les sutures, et de quelques autres proéiuinences qu'on remarque sur la tête et qui sont indépendantes du développement des organes.

Pour se faire une juste idée de l'aspect que présentent les organes individuels, il faut d'abord les observer dans les cas extrêmes. Le masque de M. Joseph Hume peut être mis en contraste avec celui du docteur Chalmers pour l'idéalité ; cet

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