C.OMUF,. TUAITK DF, l'HRK.NOI.OGIE
011 verra que l'un y arrivera plus rapidement que l'autre; en d'autres termes, la faculté des nombres entre chez l'un plus facilement en action que chez l'autre. Celui qui résout lentement un problème abstrait manifeste beaucoup de puissance unie à peu d'activité; tandis que celui qui résout rapidement un [)i'oblème facile peut avoir peu de puissance et beaucoup d'activité. L'homme capable de résoudre rapidement un problème didicile fait preuve ton' à la fuis de beaucoup de puissance et d'activité de l'organe des nombres.
Dans son acception commune, le mot puissance est synonyme de force ou de grande puissance, et non pas de simple capacité agissant peu ou beaucoup; tandis que par activité on entend ordinairement la rapidité d'action, une grande disposition à agir. Néanmoins, comme il est extrêmement désirable d'éviter toute ambiguité, nous emploierons les mots puissance et actil'îVedans le sens que nous avons primitivement adopté; et, pour désigner un haut degré de puissance, nous nous servirons des termes énergie, intensité, force ou vigueur; tandis que, pour désigner une grande activité, nous nous servirons des termes vivacité, rapidité , vitesse.
En physique, la force est tout à fait différente de la vitesse : le balancier d'une montre se meut avec beaucoup de vitesse, mais le plus léger obstacle, tel qu'un cheveu , par exemple, suffit pour l'arrêter; le balancier dune machine à vapeur parcourt l'espace avec lenteur, mais son énergie est prodigieuse.
Relativement à l'action des muscles, les distinctions sont aussi faciles à saisir : Le lévrier s'élance avec agilité à travers les plaines et les montagnes, mais le plus léger obstacle arrête sa course impétueuse ; l'éléphant , dans sa marche lourde et paresseuse, franchit ou brise tout ce qui lui fait obstacle.
Dans les opérations mentales (considérées abstractivement de l'organisation) , on peut également établir une distinction
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facile entre Vactivitê et {'énergie. Au théâtre, mistriss Siddons et John KemLle sont remarquables par l'aisance et la dignité de leurs manières; et néanmoins, tous deux le sont aussi par l'extrême énergie de leur jeu ; ils captivent à la fois l'esprit et les sympathies de l'auditoire , et chacun sent ses facultés s'accroître , son esprit grandir sous le charme de ces puissantes intelligences. D'autres acteurs sont remarquables par la vivacité de leurs gestes et de leur débit, qui néanmoins sont faibles et incapables d'émouvoir les spectateurs. La vivacité est leur qualité distinctive, mais ils manquent de vigueur. Au barreau, dans la chaire, à la tribune, les mêmes observations peuvent être appliquées. Certains professeurs dans les sciences déploient une grande abondance, une grande facilité d'éloculion; la rapidité de leur conception nous étonne et nous ravit, et pourtant leur esprit n'a ni force, ni profondeur; ils ont de la facilité, une grande finesse d'esprit sans étendue ni solidité. C'est de la vivacité sans énergie. On voit d'autres orateurs qui abordent la discussion avec lourdeur : l'action de leurs facultés est lente mais énergique; leurs paroles retentissent à l'oreille comme le roulement du tonnerre, bientôt elles éveillent et fixent l'attention ; leur geste expressif indique la force et la profondeur de la phrase qui va venir. S'ils s'animent, leur éloquence brillante comme l'éclair, impétueuse comme la foudre, subjugue les faibles et courbe leur volonté sous sa puissance gigantesque.
Cowper, dans une de ses lettres, établit fort bien la différence qui existe entre la vivacité et l'énergie : « L'esprit et le corps,» dit-il, «ont, sous ce rapport, une parfaite ressemblance. Dans l'enfance, ils se montrent actifs, mais faibles; ils se meuvent et apprennent avec une merveilleuse promptitude, mais tout travail intense du corps ou de l'esprit les fatigue et les abat. L'âge mûr les rend moins actifs, mais plus vigoureux, plus capables d'une application soutenue qui , dans leur jeu-
nesse, n'eût pas tardé à épuiser leurs forces.» Le D"" Charlton, dans son Discours sur les différences de l'esprit humain, décrit admirablement deux caractères, dont l'un est le type de la force sans vivacité, l'autre, celui de la vivacité sans force; il appelle ce dernier l'homme d'(!.sprit actif, le premier l'homme d'es[)rit lent, mais solide. Les Français et les Écossais forment, sous ce rapport, un contraste parfait.
En règle générale, les organes les plus développés dans chaque tête ont une tendance plus forte à entrer en action et à remplir leurs fonctions avec la plus gi'ande rapidité.
Les tempéraments indiquent aussi assez exactement les sommes de; vivacité des organes. Le tempérament nerveux est le plus vif, ensuite le sanguin, puis le bilieux; le lymphatique est caractérisé par la lenteur qu'il impiime à toutes les fonctions.
Un cerveau lymphatique, quel que soit son volume, est disposé à l'inaction; mais il peut se montrer énergique sous l'influence d'une forte stimulation; si le cerveau est très-petit, aucun stimulant, soit interne, soit externe, ne le tirera de son apathie.
Certaine combinaison d'organes, comme la combativité, la destructivité, l'espéiance, la fermeté, l'acquisitivité et l'amour de l'approbation, tous fortement développés, dispose à la vivacité d'esprit; une autre combinaison, dans laquelle les organes petits s'unissent à un grand développement de la bienveillance et de la vénération, entraine ordinairement une grande indolence de caractère; mais l'activité générale du cerveau est, comme nous l'avons déjà dit, constitutionnellement plus grande chez certains individus que chez d'autres. Il peut arriver que chez le même individu un organe soit plus actif que l'autre, abstraction faite de son volume, par la même raison que le nerf optique est quelquefois plus irritable que le nerf auditif : mais ces faits sont exceptionnels. L'exercice augmente beaucoup
l'activité ainsi que la force ; de là les avantages immenses d'une bonne éducation. Spurzlieini pense que « la longueur des fibres donne l'activité et que leur épaisseur produit la force. »
Le principe que le volume est la mesure de la puissance d'un organe n'implique pas nécessairement qu'une grande puissance soit la seule et même la plus désirable qualité de l'esprit dans toutes les circonstances de la vie. Une grande énergie intellectuelle peut être la première qualité d'un homme placé au milieu de circonstances diflîciles, chargé de mener à bien des entreprises gigantesques, de diriger ou dompter les partis dans les temps de révolutions et de désordres. Pour commander aux hommes, pour frapper leurs passions et forcer leurs hommages, il faut unir à une haute intelligence un caractère ferme et énergique; tels furent Bruce, Napoléon, Luther, Rnox, Démosthène, Shakspeare, Mirabeau, Milton, Cronnvcll, tous remarquables par le volume extraordinaire de leur tète; mais, pour être doué d'un caractère sage, d'un esprit droit et convenable à l'exercice de la plupart des professions sociales, pour cultiver avec succès certaines parties de la philosophie morale, pour avoir un esprit fin, du goût, une élocution agréable et facile, pour être susceptible d'acquérir de l'érudition, pour avoir des formes polies ou agréables, un cerveau d'un vohime modéré est peut-être préférable à un cerveau d'un volume extraordinaire; car la force s'allie difiîcilement à la délicatesse, à la mesure et au bon goût. Les hommes dont le cerveau est d'un volume modéré trouvent facilement leur place et l'occasion de déployer toutes les ressources de leur intelligence; ils brillent dans les circonstances ordinaires, parce qu'elles sont mieux en rapport avec la portée de leur esprit ; au contraire, l'homme doué d'un vaste cerveau trouve difficilement la sphère qui lui convient ; les miimiies dont s'occupent si volontiers les hommes médiocres ne sauraient éveiller
son énergie; il vit, la plupart du temps, inconnu, ignoré, et meurt sans qu'on ait soupçonné, sans qu'il ait connu lui-même la portée de son inloHigcnce. Mais, si les circonstances le placent dans son élément, il ne larde pas à comprendre la valeur et la puissance de son esprit, il entrevoit la gloire qui l'attend, et son énei'gie s'accroît en raison des obstacles qu'il doit surmonter ; le génie apparaît alors dans toute sa magnificence et connnande le respect et l'admiration à ceux dont l'esprit plus faible allait succomber sous le poids des dillîcultés.
Le terme faculté sert à désigner les différentes puissances intellectuelles, morales et perceptives des organes cérébraux. Les phrénologues étudient l'hommc en lui-môme et comparativement aux animaux ; quand ceux-ci manifestent des propensités ou des actes intellectuels que l'homme possède, les facultés sont considérées comme communes à l'homme et à l'animal qui en jouit.
Une faculté est primitive :
1" Quand elle existe chez certaines espèces d'animaux, et non chez d'autres ;
2^* Quand elle n'est propre qu'au mâle ou à la femelle d'une même espèce ;
5" Quand elle est hors de proportion avec les autres facultés du même individu ;
4° Quand elle ne se manifeste pas simultanément avec les autres facultés, c'est-à-dire, quand elle apparaît ou disparaît plus tôt ou plus tard que les autres facultés ;
5*^ Quand elle agit ou sommeille seule;
6** Quand elle est transmise positivement par une voie originelle ;
7" Quand elle peut être séparément saine ou malade.
Les observations phrénologiques établissant la pluralité des facultés mentales , chacune dépendant d'un organe particulier du cerveau , il s'agit de savoir si l'esprit est simple ou s'il
est un composé de diverses puissances séparées (i). Cette question est très-difficile à résoudre. En considérant les faits tels que nous les présente l'observation , on est porté à conclure que l'esprit est formé de plusieurs facultés réunies, dont l'une est chargée de donner le sentiment de l'identité personnelle ou la conscience du hioï, faculté à laquelle toutes les autres semblent être soumises. Cette idée de la conscience du moi semble ressortir de quelques-uns des phénomènes de la folie ; car il arrive parfois que les malades éprouvent un trouble notable de ce sentiment, tandis que les autres facultés de leur esprit restent saines; ils perdent la conscience de leur passé et de leur propre personne ; ils s'imaginent qu'ils ne sont plus eux-mêmes, alors que, sauf cette idée erronée, ils pensent et agissent sainement. En traitant de la 3/moire dans une autre partie de cet ouvrage, nous donnerons une observation d'un cas de double individualité par suite de maladie, communiquée par le D"" Dyce d'Aberdeen au D"" Henry Dewar, et publiée par ce dernier dans les Transactions de la Société royale d'Edimbourg. Un cas semblable, inséré dans le Recueil médical, est raconté par le D''Milchell au révérend D"" Nott, en janvier 1816. «Étant occupé, » dit-il , « avec différentes autres personnes , en décembre 1845, à visiter l'Académie militaire des États-Unis, un des professeurs me rappoita un cas fort extraordinaire de double conscience du moi chez une femme. Le major Ellicolt, qui occupait dignement la chaire de mathématiques dans cette école, nous confirma la vérité du fait , dont le sujet était une de ses parentes, habitant l'ouest de la Pensylvanie. M""^ R*'*, douée par la nature d'une très-bonne constitution, était arrivée à l'âge adulte sans avoir éprouvé de maladie; son esprit était distingué, et elle avait reçu une excellente éducation. Outre les arts qu'elle cultivait, son intelligence s'était éclairée par
(1) Voyez Phrcn. journ., vol. I, p. 203.
la lecture et la conversation ; son écriture était remarquablement belle ; enfin, sa mémoire était étendue et ornée. Tout à coup, et sans symptômes précurseurs, elle tomba dans un sommeil profond qui se prolongea de plusieurs heures au delà du terme ordinaire. En s'éveillant, elle s'apeiçut que toutes les connaissances qu'elle avait précédemment acquises avaient disparu. Sa mémoire avait fait table rase; il ne lui restait nul souvenir ni des mots, ni des choses. Elle se trouva dans la nécessité de recommencer toute son éducation, et parvint, en faisant de nouveaux efforts, à épeler, lii'e, écrire, calculer; à établir avec les personnes et les choses qui l'entouraient de nouveaux l'apports, comme à sa première apparition dans le monde. Elle fit des progrès remarquables dans ses nouvelles éludes, mais, au bout de quelques mois, elle fut prise d'un nouvel accès de sommeil; en s'éveillant, elle se retrouva dans l'état qui avait précédé son premier paroxysme; mais ayant oublié tout ce qui s'était passé dans l'intervalle, elle désignait les deux périodes de son existence par l'ancien élat et le nouvel élal ; et elle n'avait pas plus d'idée de sa double existence que deux personnes différentes ne peuvent en avoir l'une relativement à l'autre : par exemple, dans son état primitif, elle jouissait de ses connaissances primitives; dans le nouveau, elle ne savait plus que ce qu'elle avait appris depuis. Si quelque personne lui avait été présentée dans l'un de ces états (et il en était ainsi pour toutes choses) , elle ne la reconnaissait pas dans l'autre. Dans son état primitif, elle possédait, comme nous l'avons dit, une très-belle écriture; tandis que, dans l'état secondaire, elle écrivait fort mal, n'ayant pas eu le temps de se perfectionner. Pendant l'espace de quatre années et plus , elle passa périodiquement d'un état à l'autre ; la transition était toujours la conséquence d'un sommeil lourd et prolongé. Cette dame et sa famille sont maintenant parfaitement habituées à cette singulière affection; ses rapports et