‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 20 sur 46 · CA · texte numérisé non relu

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son gonrc de vie sont modifiés selon qu'elle est dans Vancicn ou h nouvel état. L'histoire de ce cas curieux a été recueillie par le révérend docteur ïhimothée Aldin de Meadville.

J'ai souvent rencontré un ministre de l'Église d'Ecosse qui étant devenu maniaque croyait être Napoléon, et, dans cette idée, il éprouvait les plus poignants remords d'avoir commandé le massacre de Jalla, et d'avoir ainsi occasionné la mort de tant de braves soldats. Les cas que nous venons de rapporter ont fait naître, chez quelques personnes, l'idée que le sentiment de l'identité personnelle est une faculté morale primitive déjiendant d'un organe particulier, et, par conséquent, susceptible de devenir malade séparément. Cette manière de voir est d'accord avec l'idée généralement lépandue parmi les peuples; les divers langages sont tous plus ou moins empreints de ce sentiment du moi, distinct de toutes les autres facultés mentales. Nous parlons des mauvaises pensées qui s'insinuent dans notre esprit, des désirs impérieux auxquels nous craignons de céder; les mots si souvent répétés notre et iious semblent renfermer ridée de l'identité personnelle; les mauvaises pensées, les désirs, paraissent être des affections de ce principe , avant leur source en lui et indépendamment de tout autre.

L'opinion la plus généralement répandue parmi les philosophes, c'est que l'esprit est une substance simple et indivisible, et que les dilïérentes facultés ne sont que des modifications de l'état de l'esprit. C'est sous ce point de vue que Gall a envisagé la cpiestion. « Dans mon opinion , » dit-il , « il existe un principe simple qui voit, sent, goûte, entend, touche, pense et veut; mais, pour que ce principe puisse devenir capable de percevoir la lumière et les sons , pour que l'odorat , le tact, le goûter s'exercent, pour que la pensée se produise, que les proponsités s'éveillent , il faut des instruments matériels sans lesquels l'exercice de toutes ces facultés serait impossible (i). »

(1) Des foncUons du cerveau, I, p. 243.

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Cette idée a été également adoptée par le révérend docteur David Welsh, professeur d'histoire ecclésiastique à l'université d'Edimbourg, qui démontre clairement qu'elle peut s'allier avec la théorie de la pluialité des organes. « Un principe de la phrénologie, » dit-il, « c'est que les différentes parties du cerveau (les organes) sont chacune en rapport avec une faculté mentale primitive; la vérité de cette proposition est prouvée par l'observation; en l'admettant donc comme vraie, on pourrait demander si elle s'accorde avec le grand piincipe que les facultés intellectuelles et morales de l'esprit ne constituent pas des principes divers, mais seulement différents états de l'esprit considéré comme unité ? » 11 n'est pas nécessaire de réfléchir longuement pour se convaincre que le principe de la multiplicité des organes ne contredit nullement les idées du docteur Brown.Les organes cérébraux ne sont pas l'esprit : nous croyons que l'esprit est une substance simple et indivisible; et la seule dillerence qui existe entre la doctrine phrénologique et celle du docteur Brown , c'est qu'au lieu d'admettre que les facultés morales et intellectuelles émanent des rapports de la substance simple, nommée esprit, avec lui-même ou avec les coips extérieurs, nous croyons qu'elles sont le produit de /'espnV agissant par l'intermédiaire des organes cérébraux.

« En examinant un corps quelconque, la neige, par exemple, nous avons la notion d'une certaine couleur. Cette notion n'existe pas dans la neige, mais dans notre esprit, c'est-à-dire que la notion de la couleur est dans l'esprit, modifié par ses rapports avec cet objet extérieui'. Mais il est prouvé qu'il existe un corps intermédiaire entre la neige et l'esprit, c'est le nerf optitiue affecté d'une certaine manière; la notion de la couleur n'arrive donc à l'esprit que par ses rapports avec le nerf optique, et on doit nous accorder que ce fait n'altère pas la notion que l'esprit est une substance simple ; et si cette concession est juste, il devient clair alors qu'un second intermédiaire peut

être admis sans nuire à l'idée de l'existence d'un principe immatériel; seulement, au lieu de considérer le nerf optique comme la substance intermédiaire qui fournil l'idée de la couleur, ce sera une portion particulière de l'encéphale. Gomme dans cette dernière supposition , la notion de la couleur est en rapport avec l'esprit, par le moyen de l'organe du coloris, il s'ensuit que si l'organe éprouve une impression quelconque, l'esprit en est à son tour impressionné. Ainsi, si cet organe est plus volumineux, d'une structure plus fine ou plus active, la perception de la couleur sera plus délicate, plus rapide ou plus agréable. Ces remarques peuvent s'étendre à tous les organes. Lorsque l'organe de la causalité est fort, comme dans le cas du docteur Bro^Yn lui-même, l'individu jouira d'une faculté intense de raisonner, et celte faculté résulte d'un étal de l'esprit en rapport avec l'organe matériel , lequel état sera différent si l'organe diffère.

«Un grand nombre d'organes peuvent affecter l'esprit en même temps, etdans ce cas, l'individu éprouvera une grande diversité de sentiments. L'esprit n'en est pas moins une substance simple, seulement il se ti-ouve en rapport avec des organes complexes.

« Quand nous disons alors que nous avons des facultés, telles, par exemple, que celle déraisonner, nous ne supposons pas que cette faculté soit indépendante de l'esprit. Il existe un organe matériel différent de l'esprit, mais la perception des rappoi'ts est un élat entièrement mental. Un état particulier de l'organe peut donner la perception d'un rapport; un autre, le désir de le percevoir ou de le découvrir; mais la perception et le désir sont deux attributs, non de la matière, mais de l'esprit. L'effet d'un organe, petit ou grand, actif ou inactif, chez différents individus ou chez le môme individu à diÛ'érents temps, est un sujet que j'examinerai dans le chapitre de la Cause et de V Effet, que le docteur Brown n'a pas traité (i). » (1) Welsli, J'ie de Thomas Brown , p. 2o.

Le doclour Caldwell argumente aussi fortement en faveur (Je l'unité de puissance de l'esprit: ( Nous ne croyons pas, » dil-il, «à une capacité séparée ou isolée; l'esprit peut et doit posséder un nombre de facultés distinctes, mais il est simple dans sa puissance comme dans sa substance. Il est un principe agissant et actif, indis[)ensable à toutes les facultés mentales, mais il ne les possède pas ^ar lui-même; il n'est pas plus un composé de parties en rapport avec les facultés , qu'en rapport avec la substance; il est, sous tous les rapports, iin et indivisible.

« Pour soutenir la proposition contraire, il faudrait admettre que, comme le corps, l'esprit est un composé. Être unique dans son essence, et posséder des facultés multiples, impli(jne contradiction; rien de semblable n'existe dans la création, et l'on ne pourrait indiquer aucune analogie à l'appui d'une telle assertion.

« La seule chose qu'on puisse concevoir, c'est que l'esprit humain, unique dans son essence, soit tributaire d'une multiplicité de facultés. Cela résulte de ce qu'il agit par l'intermédiaire d'un système d'organes, au lieu d'un seul, et qu'il faut le considérer comme le moleui- primitif de l'ensemble de l'organisation. Dans cet état de choses, la multiplicité des organes , différant les uns des autres, quoique agissant sous un môme principe et par une même impulsion, assure la diversité nécessaire des résultats; car chaque organe doit nécessairement agir selon son organisation.

« Nous ne pouvons, en conséquence, dissimuler la pensée on nous sommes que la doctrine de l'unité parfaite de l'esprit humain, dans sa substance et dans sa puissance, forme certainement une base tellement solide à la phrénologie, que rien ne saurait l'ébranler, et le temps et la marche des connaissances humaines ne peuvent que l'affermir de plus en plus : car , s'il est vrai que l'esprit est une unité possédant l'unité de

puissance, il s'ensuit nécessairement que la puissance multiple, que manifcsienl les facultés mentales, ne peut êti'e la conséquence que d'un système d'organes cérébraux multiples agissant sous l'impulsion de l'esprit (i). »

11 n'est pas nécessaire, pour l'étude de la plirénologie, de savoir si cette opinion est l'interprétation exacte de la vérité; car les eflets des organes sur l'esprit n'en sont pas moins constants. Si l'esprit consiste dans une agrégation de puissances, alors chacune agit au moyen d'un organe particulier , et avec d'autant plus d'énergie que l'organe est plus volumineux. Considéré comme une substance simple, capable d'éprouver une variété d'états, il n'entre dans ces états qu'au moyen d'organes séparés. Quand les organes sont spontanément actifs, la fonction s'exécute activement; sans leur influence, elle ne peut s'exercer : si l'organe est très-fort, l'esprit est fortement influencé par lui; s'il est très-petit, son action est faible: le lecteur peut donc adopter, sous ce rapport, la théorie qui lui païaîtra mériter la préférence. Sans vouloir nier que cette dernière manière d'envisager la question ne me paraisse la plus plausible, je traiterai, dans les pages suivantes, des facultés comme puissances mentales distinctes, dépendantes d'organes séparés, parce que, dans cette hypothèse, je pourrai présenter la doctrine d'une manière plus simple et plus claire (jue si je la considérais comme résultant de modifications particulières de la puissance générale nommée esprit; et ce langage est d'autant plus rationnel , d'après ce qui paraît être la véritable hypothèse , qu'en vertu de ce principe, l'individu ayant l'organe de la causalité, par exemple, fortement développé, raisonne avec logique et avec profondeur : ce dont il

(1) Proliininary discoiu'sc in aiiswer lo lonl JenVcy's orilicism on plirenologj'in the 88''' n", oftlie Edimbourg Rn'inc, prcfixed lo Dr Caldweirs Etem. ofphren., %\ vAW., p. 16.

est incapnblc quand cet organe est chez lui très-faible. Le mot faculté ou pouvoir est donc destiné à exprimer une qualité possédée à un fort degré et non à un faible degré.

« Je sais bien, » continue le docteur Welsh, « qu'une autre difficulté métaphysique peut être élevée, relativement à la doctrine plirénologique. On demandera : Qu'est-ce que l'âme, privée des organes cérébraux? Mais le système de Brown ne nous éclaire pas plus sur ce point que le système de Gall. L'avenir seul peut apprendre à l'homme ce qui est au-dessus de ses facultés terrestres. C'est le cas de dire, avec le poëte :

4 En attendant la mort, qui dissipera nos doutes, adorons » Dieu (i). T>

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