‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · PHILOPROGÉNITURE · texte numérisé non relu

PHILOPROGÉNITURE

L'attachement que montrent les animaux pour leurs petits a été souvent un sujet d'admiration pour les naturalistes; on a dit que chez eux le sentiment était un instinct. On entend par

(i) Voyez » Essay on the characler and cérébral developmenl of (he Esquimaux , hy Robert Cox.

instinct une propensité originelle pnr l'efTet de laquelle l'animal qui en est doué, agit d'une certaine manière, sans intention ni calcul, mais par un entraînement qui tient à sa nature. , L'amour de l'homme pour ses enfants est-il la conséquence d'une faculté semblable , ou bien un acte de la raison ou d'une modification de la bienveillance et des autres sentiments? Il nous semble bien évident que la réflexion y est tou( à fait étrangère. La raison recherche les causes et les effets, et juge en comparant les faits. La mère qui sourit aux premières caresses de son enfant ne cherche pas à s'expliquer ses délicieuses émotions; l'impression est spontanée; il suffit que l'image de l'enfant se présente aux yeux ou à l'imagination des parents pour que l'amour paternel se réveille dans son irrésistible impétuosité. Il est donc vrai que ce sentiment résulte de l'action d'un organe (jui lui est propre, et qu'il n'est nullement une modification de la bienveillance ou de toute autre faculté mentale. S'il liiait sa source de la bienveillance, l'égoiste ne montrerait jamais qu'un attachement médiocre pour ses enfants; et pourtant on voit souvent le conti'aire. S'il n'était qu'une modification de l'amour de soi, comme on l'a supposé, l'amour paternel serait d'autant plus faible que l'abnégation de soi serait plus com[)lèle; mais l'expérience contredit aussi celle théorie. L'amour paternel n'est pas non plus sous l'influence des facultés intellectuelles : une femme peu inlelligente moiure un ardent amour pour ses enfants ; une autre, dans les mêmes conditions intellectuelles, se montre plus ou moins indifférente.'Quelques femmes, douées de hautes facultés morales, joignent le sentiment de l'amour maternel à leurs autres vertus, tandis que d'autres, non moins heureusement douées sous le rapport des facultés intellectuelles, considèrent leurs (infants comme un fardeau. Nous avons donc les plus fortes raisons de considérer l'amour des enfants comme une tendance primitive de l'esprit ; et toutes

COMP-E. — TRAITÉ DK PHUÉNOI.OGIE. 21

les observations phrénologiqucs appuient cette conclusion. Cet organe est situé iniinédiatoment au-dessus de la [jortion moyenne du cervelet, et répond à la protubérance de l'os occipital. Gall rapporte comme il suit l'histoire de sa découverte. Dans le cours de ses observations il avait remarciué que dans l'espèce humaine la partie supérieure de l'occiput est, en général, moins proéminente chez l'homme que chez la femme, et il en inféra que la portion correspondante du cerveau devait être l'organe de quelque sentiment plus fort chez la femme que chez l'homme ; mais il fallait encore déterminer quelle était la nature de ce sentiment. Pendant plusieurs années, il se présenta à son esprit un grand nombre de conjectures qu'il adopta et rejeta successivement, et il entretint souvent ses élèves des doutes qu'il éprouvait à cet égard. Enfin, ayant remarqué que le crâne des singes présentait, sous ce rapport, beaucoup d'analogie avec celui de l'homme, il dut en conclure que l'organe qui répond à cette protubérance est l'organe d'une propensité proéminente dans cette race d'animaux, ainsi que dans l'espèce humaine ; et cette idée fit d'autant plus d'impression sur lui, que ses études lui avaient déjà fait connaître que nul organe des facultés morales ou intellectuelles élevées n'avait son siège dans cette région; il rechercha dans ses souvenirs quelles pouvaient être les propensités qui se montrent également prépondérantes chez la femme et chez le singe, et, dans un de ces heureux moments où la pensée se déploie dans toute son étendue, il fut frappé d'un rayon de lumière en réfléchissant qu'un des instincts les plus énergiques du singe est un amour ardent pour ses petits. Les naturalistes, et en général, les personnes qui ont vécu dans les pays où ces animaux sont nombreux, ont été frappés de la force de l'attachement qu'ils leur portent ; cette tendresse s'étend jusqu'aux enfants, et spécialement aux jeunes nègres qu'ils couvrent de caresses quand ils les rencontrent dans leur chemin. Ces remarques

firent enfin jaillir un trail de lumière dans l'esprit de Gall, relativement aux fonctions de l'organe qui l'occupait. Impatient d'éclaircir ses doutes en comparant entre eux l'immense quantité de crânes de mâles et de femelles qui formaient sa collection, il suspendit pendant quelque temps ses leçons publiques; il ne tarda pas à s'assurer que les crânes des mâles et des femelles, chez les animaux, olfraicnt, en général, la même différence que celle que présentent le crâne de l'homme et celui de la femme. Ce fait le confirma dans l'idée que la faculté liée à cet organe était l'amour de la progéniture, faculté beaucoup plus énergique, en général, chez la femelle que chez le mâle. Cette conclusion lui parut beaucoup plus plausible encore par la circonstance que cet organe est placé fort près de l'organe de la propagation. Dans la suite, de nombreuses observations vinrent rendre son existence irrécusable.

Cette faculté produit doac un amour plus ou moins vif des enfants.

Ce sentiment a été dépeint d'une manière admirable par le plus grand des poètes modernes, dans sa tragédie de Caïn; nous allons essayer d'en donner une iraduclion :

« Oh! Cain! regarde-le! Vois comme il est plein de vie! î vois sa beauté, sa fraîcheur; admire comme il est fort et gai, (c combien il me ressemble! combien il te ressemble aussi « quand tu es bon ! car alors nous nous ressemblons tous, « le père, la mère, le fils, n'est-il pas vrai , Cain? Ce sont tous <t nos traits réfléchis dans les siens.

« Regarde! il sourit, il étend ses bras, il fixe sur loi ses <i grands yeux bleus; son joli petit corps s'incline avec grâce « comme pour saluer son père. Oh! ne parlons plus de nos « douleurs! les anges privés d'enfants nous porteront envie! « Bénis-le, ô Cain! il n'a pas encore de paroles pour le re- « mercier , mais son cœur et le tien se sont déjà entendus ! »

{Caïn, acl. IIÏ, scène 1''^)

J.a [)ioëmiiu;iice de cul organe peul être facilemenl conslaléc ; il est un des plus en évidence , surtout dans l'espèce humaine, et la propensité qu'il confère est aussi des plus tranchées. Chez les personnes éminemment douées de la philoproigéniture, ce sentiment se trahit dans chaque mot, cha(ju(! legai d qu'elles adressent à leurs enfants; l'auteur de Waverley, cet observateur sublime, a fait la remarque que , pai* une sorte de franc-maçonnerie , les enfants découvrent rapidement les personnes en présence desquelles ils peuvent se livrer sans contrainte à toute la pétulance capricieuse de leur ûge ; il n'est pas rare de les voir accueillir ces amis qu'ils devinent, de leurs caresses et avec des ciis de joie. 11 est, au contraire, des personnes qui ne sont susceptibles d'aucune affection pour les enfants, et qui ne peuvent cacher l'ennui que leur causent leurs jeux bruyants. Waller Scott remarque que, si des personnes, dans l'espoir de plaire aux parents, s'efforcent de faire des avances d'amitié aux enfants, la fausseté de l'affection qu'ils veulent leur témoigner est instinctivement appréciée par eux, et ils n'y répondent qu'avec défiance et froideur. Si on examine la tête de deux personnes dont les sentiments sont opposés sous ce rapport, on y remarquera de notables différences vers la région assignée à cet organe.

Par suite d'une loi remarquable de la nature, ce sentiment est excité, bien plus par l'état de faiblesse et de dépendance de ceux qui en sont l'objet, que par leurs qualités physiques et morales. C'est surtout pendant les premiers mois de son existence, lorsque l'enfant n'a aucun attirait pour d'autres, que la mère lui montre le plus d'affection et d'amour ; plus il est faible et misérable, plus sou dévouement est actif et passionné. C'est ainsi que le plus jeune de la famille est ordinairement le favori, à moins que quelque maladie ne vienne atteindre un plus âgé, et n'attire ainsi sur lui toutes les sympathies maternelles. L'impulsion primitive de cette faculté semble être d'exciter un

vif inlérêt pour la faiblesse de l'enfance : néanmoins elle communique en même temps une grande aménité envers ceux qui sont faibles et souffrants, quoique dans un âge plus avancé. Les personnes ciiez lesquelles cet organe est très-fort, et qui sont en même temps douées d'une grande bienveillance, sont, en général, plus portées à prodiguer leurs soins à ceux qui soulfrent que celles qui ont l'organe de la philoprogénilure peu actif. Le langage de ceux qui ont cette faculté proéminente est doux, tendre et caressant. Elle est indispensable aux personnes chargées des soins qu'exige l'éducation des enfants; celles chez qui elle est peu active ne peuvent que difiicilement sympathiser avec eux. S'ils sont chargés de quelque partie de l'enseignement, leur ton et leurs manières repoussent la confiance des élèves, au lieu de la leur attirer. C'est ainsi que certaines personnes, dont les manières sont convenables dans les rapports ordinaires delà vie, sont en horreur aux enfants confiés à leurs soins, et il est bien rare que les antipathies de ces derniers ne soient pas fondées, alors que leurs parents, jugeant selon les inspii'ations de leur âge, les accnsenl de caprice.

Walter Scott pensait que l'extrême attachement que la plupart des vieilles fdles portent à certains animaux , en général des espèces les plus faibles et qui exigent les soins les plus minutieux, pourrait bien tirer sa source de l'influence de cet organe. « Elles cèdent, » dit-il, « à la force irrésistible d'un sentiment qui, dans des circonstances plus heureuses, en eût fait d'excellentes mères de famille (i). »

C'est cette propensité qui inspire aux mères ces chants et ces douces cajolciies, au moyen desquels elles endorment le jeune enfant, unique objet de toutes leurs pensées, de tous leurs soins. Grand nombie de poètes et d'auteurs dramatiques ont écrit d'admirables pages sous son inspiration.

(i) Phrcnological JournaL vol. Il, p. 499-500.

Le senliment qui naît de cette faculté est si puissant et si doux qu'il entraîne plus fréquemment qu'aucun autre vers de fâcheuses exagérations. Quand il est trop énergique et que le jugement est trop faible pour y mettre de justes bornes, il entretient dos inquiétudes exagérées, ou bien il entraîne à céder à tous les caprices de l'enfance, et présente ses défauts comme des qualités précieuses. Cette aveugle exagération est, pour l'enfanl, la source de vices qui, dans un âge plus avancé, feront le malheur et souvent la honte de sa vie.

Sur vingt-neuf infanticides que Gail et S[)urzheim eurent l'occasion d'examiner, vingt-cinq présentaient l'organe de la philoprogénilure très-faiblement développé; cependant, GalI a observé que ce n'est pas la faiblesse de cet organe seule qui détermine une mère à tuer son enfant; mais celles qui sont dans ce cas cèdent plus facilement que les autres aux circonstances qui les poussent au crime, car elles ne sont pas retenues par ce sentiment, si puissant chez une bonne mère, qu'il est dilïicile qu'il ne triomphe pas de toutes les tentations.

Dans le choix d'une nourrice ou d'une bonne, on devrait tenir compte du développement de cet organe. Ceux qui sont étrangers à la phrénologie souriront à l'idée d'une semblable investigation ; mais le phrénologue, sûr de ses principes qu'il a pu vérifier mille fois, ne manquera pas de mettre son expérience en pratique , et il s'en trouvera bien.

La tête des individus du sexe masculin présente, en général, une forme plus large et plus ronde; celle des individus du sexe féminin est manifestement plus longue et plus étroite. Cela a lieu par suite du développement plus grand de l'organe de la philoprogéniture chez ces derniers. La partie du cerveau qui répond à l'occiput, étant plus développée dans la femme que dans l'homme , cause cette dilférence, quoique la somme totale de la masse encéphalique soit moins volumineuse chez la première. Cette différence peut être observée même sur le

crâne des fœtus des deux sexes; elle est très-remarquable chez les jeunes filles et les jeunes garçons. Le sentiment qui en naît se montre aussi d'une manière fort tranchée à cette période peu avancée de la vie; l'attachement que montrent les petites filles pour les enfants et tout ce qui leur en fournit la représentation forme un trait de leur caractère qui les dislingue complètement des garçons, généralement portés vers les jeux bruyants et les exercices gymnastiques. Un exemple curieux de cette différence de caractère entre les filles et les garçons a été observé par Morier, pendant son voyage en Perse : « Le médecin de l'ambassade, » dit-il, « voulut introduire l'usage de la vaccine parmi les Perses, ses efforts furent couronnés de succès; mais bientôt il se vit arrêté par le gouvernement luimême; des gardes furent placés aux portes de l'hôtel de l'ambassade, sous prétexte de rendre honneur à Son Excellence; mais dans le but réel d'empêcher les femmes d'arriver jusqu'au médecin. On prétendit que si les enfants devaient être vaccinés, c'était aux pères et non aux mères à les conduire près du docteur; il en résulta que la vaccination fut arrêtée; car les hommes se montrèrent, en général, fort insouciants de mettre leurs enfants à l'abri du terrible fléau dont préserve la vaccine.» 11 est néanmoins des exceptions à cette règle générale : quelquefois la portion occipitale du cerveau acquieit un trèsgrand développement dans l'homme, et, dans ce cas, le sentiment de l'amour des enfants y répond. Gall pensait que l'homme doit avoir alors une forte ressemblance avec sa mère, à moins qu'une telle conformation ne soit héréditaire dans la famille. Il est des hommes ainsi organisés qui sont remarquables par leur amour pour les enfants, et chez lesquels, cependant, les organes de Vamalivilé et de l'adhésivilé sont exli'êmement faibles : ils perdent une femme qui leur était chère sans trop de regrets, tandis que la mort d'un enfant les plonge dans la plus amère douleur. Pour ces hommes, le manque d'enfants est

une source continuelle de chagrins, et souvent celle circonstance les dispose à traiter avec dureté une femme estimable.

Gall a observé que cet organe est plus développé chez certaines nations que chez d'autres; il se montre, en général, trèsproéminent chez les nègres; aussi l'infanlicide est un crime inconnu parmi celle variélé de l'esi^èce humaine. Des personnes ayant une connaissance pai'faite de leur caractère, nous ont assuré que jamais elles n'avaient entendu parler d'un infanticide commis par un nègre. Cet organe est également Irès-développé chez les noirs du sexe masculin; aussi ils montrent un grand penchant à se charger de la garde des enfants.

Le D"" Patterson assure que les Indous sont également remarquables par un grand développement de cet organe : « Il se manifeste, » dit-il, « dans leur prédilection pour les jouissances d'un bonheur domestique tranquille, et qu'ils semblent surtout apprécier quand ils se voient entourés d'une nombreuse famille; l'esprit de la plupart de leurs chanls, les caresses incessantes qu'ils prodiguent à leurs petits, annoncent l'influence de leur ardent amour des enfants. Sur douze crânes d'Indous que possède la Société phrénologique d'Edimbourg, onze présenlent une proéminence remarquable au siège de cet organe; sur un seul, il est modéré. Les crânes des habitants de l'Ile de Ceylan sont aussi remarquables par le développement de la philoprogéniture. Dans quelques anciennes descriptions de cette île , on trouve que les habitants ont coutume d'exposer leurs enfants, mais les rapports des voyageurs modernes sont tout à fait contraires à cette assertion.

Ce sentiment, si nécessaire à la propagation et à la conservalion de l'espèce , est puissant chez un grand nombre de tribus sauvages; les crânes des Caraibes, qui, sans aucune comparai-

Caraïbe.

son, sont les plus malbenreusement organisés sous tous les

autres rapports, paraissent jouir d'un assez fort développement

de cet organe. Sur six crânes

de Caraïbes que possède la

Société phrénologique d'Edimbourg, deux ont une forte

proéminence au siège de cet

organe; trois présentent une

saillie large; les autres sont

un peu moins saillants. Celte

tribu, par sa conformation

cérébrale et d'après le rapport unanime des voyageurs, est

remarquable par la férocité indomptable de son caractère et par l'absence complète de toute bi(înveillancc; et, néanmoins, la nature l'a douée de ce sentiment conservateur de l'espèce, la philoprogéniture. Cet exemple prouve, comme certaines personnes le prétendent, que la bienveillance n'est pas l'organe direct qui fait naître le sentiment qui porte si impérieusement les parents à prodiguer leurs soins à leurs enfants, mais qu'il existe un organe uniquement destiné à éveiller cette propension, et que cet organe, c'est la philoprogéniture. Les Esquimaux fournissent une nouvelle preuve à l'appui de ce que nous venons d'avancer. Sur la plupart des crânes que possède

Esquimaux.

coMitr:. — TUAiTr de riiur.N(ii.O(;ii:.

la Société phrénologique d'Edimbourg, cet organe est trèsproéminent, et Blumenbacli avait déjà remarqué cette proéminence de l'occiput sur des crânes d'Esquimaux du Labrador, au point d'en faire graver un dans sa troisième Décade , pi. 24. On observe aussi que ces peuples, d'ailleurs insouciants et très-égoisles , soignent leurs enfants avec beaucoup de sollicitude. Le capitaine Parry a également remarqué celte particularité.

Cet organe, comme tous ceux qui concourent à former la masse encéphalique, est susceptible de maladie, et, par suite, de troubles dans ses fondions. On voit quelquefois l'esprit d'une mère plein d'anxiété sur le sort de ses enfants, sans que la moindre chose, dans l'état de leur santé, puisse expliquer cette inquiétude. C'est là bien certainement l'effet d'une surexcitation morbide de cet organe.

Le D"" André Combe donnait des soins à une dame affectée d'une aliénation mentale, dont le principal symptôme, pendant les trois jours que dura l'accès, fut une vive inquiétude sur l'état do ses enfants. Elle croyait, tantôt qu'on les avait assassinés, tantôt qu'on les lui avait ravis ; à son retour à la raison, elle se plaignit d'éprouver de la douleur à l'endroit où siège l'organe de la philoprogéniture; elle n'avait, du reste, aucun souvenir de ce qui s'était passé, et n'avait aucune idée de la phrénologie.

Gall a rapporté le cas d'une femme se trouvant au grand hôpital de Vienne, qui, dans son état d'aliénation, soutenait qu'elle était sur le point d'accoucher de six enfants; on apprit, par des rapports sur les faits antérieurs, que cette hallucination dépendait d'un grand développement, joint à une surexcitation de la philoprogéniture. La malade mourut, et on reconnut que cet organe avait un développement extraordinaire; les lobes postérieurs du cerveau dépassaient de beaucoup le cervelet; ils étaient arrondis, et d'un volume tout à

fait exlrnordinaire. Gnll rapporte qu'élant à Paris, il fut appelé chez une jeune dame d'une modestie parfaite qui, depuis quelque temps, était en proie à une aliénation mentale: élevée dans la meilleure société, elle était récemment arrivée de Vienne, accompagnée de personnes fort respectables; à peine à Paris, elle leur déclara, avec beaucoup de joie, et sans le moindre embarras, qu'elle était enceinte. Les circonstances de cette déclaration, et le caractère connu de cette jeune personne, firent penser à ses amis que sa raison était égarée. Bientôt sa joie fit place à une grande anxiété d'esprit; elle devint sombre et taciturne. Peu après, elle mourut dans un état de consomption. Chez elle aussi, l'organe de la philopi'ogéniture avait un volume extraordinaire, et pendant toute sa vie elle avait constamment montré un grand amour des enfants. A l'hôpital des fous d'Amsterdam, Gall et Spurzheim virent une femme qui se croyait entourée d'enfants dont elle s'occupait sans cesse. Sa tête était petite, l'organe de la philoprogéniture seul était fortement développé. Dans une autre maison d'aliénés, ils virent un homme qui croyait avoir auprès de lui deux enfants jumeaux; Gall annonça qu'il devait avoir l'organe de la philoprogéniture très-développé, et l'examen de la tête du malade prouva qu'il ne s'était pas trompé. Des cas d'excitation maladive de cet organe viennent encore ajouter à la force des preuves que nous avons données. Gall rapporte, qu'ayant examiné avec toute l'attention dont il était capable , les crânes des différentes espèces d'oiseaux, depuis les plus petits jusqu'aux plus grands, de même que ceux des quadrupèdes, depuis la souris jusqu'à l'éléphant, il a constamment trouvé la partie du cerveau qui répond à l'organe de la philoprogéniture dans l'espèce humaine, plus proéminente dans les femelles que dans les mâles. 11 ajoute que si on lui avait présenté la cervelle de deux animaux de même espèce, mâle et femelle, il ne lui aurait pas été difficile de les distinguer l'une de l'autre. En général, le cerveau du

màlc est plus gros, mais les lobes postérieurs sont plus petits que ceux de la femelle. Il est donc possible, dans la plupart des cas, de distinguer le mâle de la femelle, à la seule inspection des crânes. Dans les espèces oîi les proportions du midc et de la femelle dilfèrent beaucoup en ce qui a rapport aux petits, leurs crânes dillèrent quelquefois d'une manière si notable par leui' forme, qu'ils ont été placés dans un cabinet d'histoire naturelle, comme api)artenant à des variétés de l'espèce, quoiqu'ils appartinssent bien manifestement à la même variété , et qu'ils ne différassent que par le sexe.

Gall a rassemblé une immense série de faits à l'appui de cette proposition. On ne peut s'en faire une juste idée qu'en compulsant les planches qui se trouvent dans le grand ouvrage de cet homme célèbre et dans le livre publié par le D"" Viraont, ou bien en parcourant les collections phrénologiques. Ces recherches exigent, du reste, une grande attention, un coup d'œil vigilant et exercé. On trouvera aussi de notables différences entre les femelles de la même espèce. Il n'est pas d'habitant de la campagne, qui ne sache distinguer, au milieu de sa basse-cour, les femelles qui couvent leurs œufs avec le plus de soin et de constance, et qui savent le mieux mener leur couvée à bien; il en est qui détruisent leurs nids ou abandonnent leur couvée à peine éclose. Si on compare la tête de ceux de ces animaux qui montrent des dispositions si différentes, on ne manquera pas d'y trouver des différences également marquées. En conséquence, ceux qui forment des collections phrénologiques, doivent avoir soin de prendre les renseignements les plus précis sur les dispositions particulières qui distinguaient les individus dont ils possèdent les crânes.

Presque tous les métaphysiciens ont admis l'amour des enfants comme une propensité instinctive de l'esprit humain. Un grand observateur est parvenu à découvrir que cette pro-

pensilé était le résultat de l'action d'un organe, et qu'elle était d'autant plus énergique que l'organe a plus d'étendue, ou qu'une surexcitation maladive vient lui donner une activité anormale.

IlOBERT BURNS. PÉRCVIEN.

En examinant ces deux crânes, on pourra se faire une idée des diflerences qu'ils peuvent présenter dans leur plus grand contraste.

L'existence de cet organe est prouvée.

CONCENTRATIVITÉ.

Cet organe est situé immédiatement au-dessus de celui de la philoprogéniture et au-dessous de celui de l'estime de soi. Une excroissance osseuse de la suture existe quelquefois à l'endroit du crâne correspondant, et pourrait induire en erreur un observateur superficiel; mais elle est beaucoup plus circonscrite et forme une saillie aiguë, ce qui n'a pas lieu quand la protubérance est le résultat d'un grand développement de l'organe. Pour chacun des hémisphères, une circonvolution cérébrale part des organes de la conccnlralivité et de Vesthne de soi, s'étend le long du sonuuet du cor[)S calleux , et vient aboutir à la région frontale, siège des organes des facultés

intellectuelles. Il est encore en rapport avec plusieurs auli'es organes des gropensilés et des seniimenls. Dans tous les cas, il nous semble évident que les organes de la concenlralivUé et de l'estime de soi peuvent être considérés comme formant l'extrémité posiéi-ieure de celle circonvolution, dont lesorganes intellectuels siégeant au front, forment l'extrémité antérieure. L'observation prouve que cette faculté a un organe distinct, car on le trouve quelquefois très-proéminent lorsque les organes de la philoprugéniture et de l'estime de soi, qui l'avoisinent imn)édialement, sont petits, et vice versa, Gall n'avait pas découvert ses fonctions. Ce fut Spnrzheim qui observa que cette portion de l'encéphale était fort large chez les personnes et les animaux remarquables par leur attachement à certaines places particulières. « Je considère,» dit-il, «la portion du cerveau qui git immédiatement au-dessus de la philoprogéniture, comme donnant aux animaux l'instinct qui les porte à choisir une habitation particulière, et je propose de l'appeler organe de Vhahilalivilé. Tout le monde sait que les chats sont plus attachés aux lieux qu'aux personnes, et qu'en cela ils diffèrent complètement des chiens. Mon attention se porta bientôt sur des individus de l'espèce humaine, et j'en trouvai qui montraient un attachement remarquable pour les lieux auxquels ils étaient habitués Un membre du clergé anglais, habitant Manchester, était connu par son attachement à son habitation ; c'était à tel point qu'il se considérait comme très-malheureux lorsqu'il était obligé de passer une seule nuit dehors. J'examinai sa tête en présence de plusieurs personnes opposées à la phrénologie; mais toutes furent obligées de convenir que le point du crâne correspondant au n" 3 était plus proéminent et plus chaud que toutes les autres régions. Certaines nations sont remarquables par leur attachement à leur pays natal , tandis qu'il en est d'autres qui émigrent sans cesse. Certaines tribus de l'Amérique, et les Arabes, n'ont

pas d'habitations et semblent affectionner une vie nomade, tandis que d'autres tribus, également sauvages, montrent le plus invincible attachement pour les lieux qui les ont vus naître. Chacun connaît l'attachement des montagnards à la terre natale; ceux d'entre eux qui parcourent les capitales étrangères, ne semblent animés que du désir de faire promptement une petite fortune, et retourner vivre paisiblement sur la terre chérie. J'ai plus d'une fois invité les phrénologues qui ont eu l'occasion de visiter ces contrées, à constater l'état de développement de l'organe n" 5, situé immédiatement au-dessus de la philoprogéniture. Quelques personnes pensent que cet organe donne le désir de voir les pays étrangers et l'amour de voyager; c'est tout à fait le contraire, l'amour des voyages dépend de l'organe de la localité. Ceux qui ont l'organe de l'habitativité largement développé et la localité faible, éprouvent de la répugnance à quitter leur demeure : ceux qui ont ces deux organes très-larges, aiment les voyages, mais ils rêvent le retour à la maison, et un avenir de repos. Parmi les nations civilisées, on voit des individus dont le désir le plus puissant est de demeurer chez eux. Si les besoins de leurs affaires les obligent à quitter les lieux qu'ils habitent, on les voit tout occupés à amasser, le plus rapidement possible, une certaine fortune pour pouvoir satisfaire au désir qui les domine de revenii- au lieu de leur naissance. Nous avons examiné les têtes de })lusieurs individus de ce caractèi'e, et nous avons toujours trouvé l'organe dont nous nous occupons fortement développé (i). » Néanmoins, Spurzheim considérait encore les fonctions de cet organe comme n'étant pas suffisamment établies. De nombreuses observations me font penser que la sphère d'action de cet organe est beaucoup plus étendue que celle que lui assignait Spurzheim.

(1) Phrénohgir, dernièro rdiiion. Boston, 1832.

Chez certains individus, les sentiments et les idées prennent de si profondes racines dans l'esprit, qu'ils y restent empreints jusqu'à la mort. Chez d'autres, ils no font que glisser : leur esprit peut être comparé à la surface d'un miroir , sur laquelle les sentiments et les pensées se réfléchissent comme une ombre mouvante dont l'impression passagère doit s'effacer en peu d'instants; ils éprouvent la plus grande difficulté à conserver leurs sentiments et les idées qui ont frappé leur esprit, rarement ils peuvent les examiner, les comparer : ils sont, par consé(|ncnt, tout à fait incapables de concentrer leur allenlion pendant quelque tenqjs sur un même sujet. J'ai toujours constaté que la,concentrativité est très-peu développée chez les derniers, et qu'elle est, au contraire, très-volumineuse chez ceux dont j'ai parlé au commencement de ce paragraphe.

Il est difficile de donner une idée exacte des variétés de l'esprit humain; mais le développement ou la faiblesse de cet organe imprime au caractère une disposition si tranchée, qu'on reconnaîtra toujours leur influence si une fois on l'a comprise. En causant avec certaines personnes, on trouve que leur esprit est naturellement porté à suivre une certaine série d'idées : soit que la conversation tombe sur un sujet qui les intéresse ou non, on s'aperçoit que les idées se présentent à leur esprit dans un ordre clair et précis; en général, toutes ces personnes sont douées d'un large développement de l'organe de la concentrativité. Il est une autre espèce de personnes qui, dans des circonstances identiques, ne peuvent parvenir à poursuivre une idée pendant quelques minutes; ils passent d'une matière à l'autre sans égard aux rapports qu'elles peuvent avoir ensemble; leur conversation à bâtons rompus ne laisse aucune impression sur l'esprit de ceux qui les écoutent : cette versatilité d'esprit s'observe même chez des personnes qui sont douées d'assez de force de réflexion. Chez ces individus, l'organe

dont nous nous occupons, est toujours faiblement développé. J'ai connu un ollicier chez qui les organes de la localité et de la concentraliviié étaient également larges; il disait qu'il aimait la vie errante et aventureuse du soldat, tant qu'il était engagé dans des opérations actives : mais s'il arrivait que l'armée fit une halte, cela lui était fort agréable, et il pouvait à l'instant même concentrer son esprit sur une lecture attachante ou sur une correspondance avec ses amis; que jamais il n'éprouvait l'ennui, par défaut d'occupation, dont la plupart de ses camarades se plaignaient. D'un autre côté, un homme élevé pour la profession de légiste, et chez qui cet organe était presque nul, avouait que tout effort pour concentrer sa pensée lui était douloureux, quoique ses organes de la comparaison, de la causalité et du langage fussent follement développés. Il s'agit de décider quel est le sentiment primitif qui donne lieu à ces phénomènes. La première idée qui me porta à penser qu'un sentiment primitif donne à l'esprit la puissance de se concentrer sur lui-môme pour arriver à coordonner une certaine série d'idées, me fut suggérée par une dame qui avait remarqué que cette qualité était le propre de ceux chez qui cet organe est très-développé. Le docteur Welsh et le docteur Hope, de Copenhague, ayant été informés de cette découverte, l'adoptèrent. Je considère donc cette faculté comme donnant la puissance de conserver et de concentrer ses facultés réflectives pendant longtemps sur les sentiments et les idées que nous avons une fois perçues. La puissance de rester longtemps sous l'influence de la même émotion, est un des traits les plus marqués du talent de John Kemble et de misircss Siddons : pendant les pauses longues et solennelles de leur déclamation théâtrale, on reste saisi et ému en voyant le sentiment qu'ils expriment empreint dans tous leurs traits, et cette émotion continue ajoute à la puissance de l'effet qu'ils veulent produire. La concentrativité me semble un

COMlli:. TRAITÉ DF. I'linr.N01,0(;il- . -^>

élément indispensable au caractère moral ; il nous serait dilTlcile de donner une définition plus claire de la Hicullé conférée par cet organe; nous compi-enons toute la difficulté d'être assez clair poui' être facilement compris. Une excellente lettre sur ce sujet a paru dans le Journal phrénologique d'Edimbourg, vol. III, p. 193, sans désignation d'auteur: elle contient un grand nombre de remarques intéressantes sur le véiitable principe de cette faculté. Nous allons en donner quelques extraits.

« Si nous considérons l'esprit humain, dit M. Hume, dans sa dissertation sur les passions, nous observons que, en ce qui concerne les passions, il ne faut pas les considérer comme des instruments à vent, qui, après avoir fourni une certaine série de notes, ne rendent plus aucun son, dès que le souffle du musicien a cessé de les animer : comparons-les aux instruments à cordes, qui continuent à vibrei' pendant un certain temps après que la main ou l'arcliet a cessé de leur imprimer le mouvement.» De là il infèi'c que quand un objet, destiné à produire un certain nombre d'émotions, se présente à l'esprit, chaque impulsion ne fait que faire vibrer une passion d'une manière claire et distincte; mais toutes celles qui sont éveillées se confondent plus ou moins entre elles. Dans ses observations sur les lois du principe d'action, le D'' Thomas Brown remarque le même fait de permanence ou coexistence de nos conceptions mentales en général, dérivant d'une émotion mentale particulière. «Je vois un livre sur ma table,» dit-il, «il me rappelle un ami de qui je l'ai reçu. Ce souvenir en éveille d'autres sur sa famille ; ma mémoire se reporte à une soirée passée au milieu d'elle, et aux divers sujets de conversation qui l'ont remplie. Cependant, le souvenir de mon ami s'est mêlé à toutes ces pensées qui se sont présentées successivement sans eJfacer la première impression (t). »

(1) Leclures, vol. XI, p. 303.

Le docteur Brown continue, avec cette naivetë de style qui distingue ses e-i^rits, à expliquer comment cette coexistence d'idées nous donne les moyens de poursuivre, avec persévérance, une série d'impressions ou d'émotions moiales. Mais laissons-le parler: «Quand nous commençons, » dit-il, « l'élude d'un sujet spécial, nous pouvons déjà en avoir une idée confuse; en l'éiudiant, cette idée se complique, diverses conceptions viennent successivement se rattacher à l'objet dont nous nous occupons , etc. »

(1 Je pense, » dit l'auteur de l'article, «que cette manière d'envisager la métaphysique est la véritable. Si nous concevons que l'unique fonction de cette faculté est de donner de la durée ou de la fixité aux idées et aux impiessions morales, les diverses fonctions attiibuées à la concentralivité découlent de celle fonction comme d'un principe élémentaire. » Dans le dernier ouvrage de M. Combe (i), le sentiment primitif qui résulte du phénomène de la concentrativité est considéré comme devant donner à l'esprit une tendance à se concentrer sni' lui-même et à faire converger toute sa I)uissance vers un point quelconque. Ces paroles peuvent être considérées, plutôt comme une description de la manière d'agir de cette faculté, que comme une appréciation de rélément primitif dont ce phénomène dérive. Si nous tenons compte de ce qui se passe dans notre esprit, quand nous nous efforçons de concentrer notre pensée sur un sujet quelconque, nous trouvons que nous n'exerçons aucune action directe sur nos différentes facultés , mais que nous lâchons simplement de comprendre le sujet dont nous voulons nous occuper , et de concentrer toute notre pensée sur lui seul. Nous avons quelquefois la conscience de l'inefficacité de nos efforts d'attention ; si nous examinons ce qui se passe alors en nous , nous reconnaîtrons

(1) System of Phrenology, 1825.

que nous faisons de vains efforts pour nous occuper d'un objet qui a moins d'attrait pour notre esprit que d'autres qui, malgré nous , captivent notre pensée et nous donnent des distractions. On n'arrive à la possibililé de concentrer toutes les forces de son intelligence sur un sujet que quand les premières impressions qu'il produit sont profondes et durables; et la concentration des idées est, dans ce cas, d'autant plus intense qu'elle exige moins d'efforts. Cet état peut être douloureux ou agréable. Quand un sujet capable de produire une forte émotion s'est emparé de notre esprit; et quand nous ne pouvons arriver à le bannir de notre pensée, quelque désir que nous en ayons, la série d'idées qui a occupé exclusivement notre attention continue à la tenir éveillée et engendre une surexcitation douloureuse et fatigante. On dit que l'esprit commande aux idées : ce dicton n'est pas exact ; car, philosophiquement parlant, ce sont nos idées qui maîtrisent notre esprit (i). Dans les cas mêmes qui paraissent faire exception à ce principe, on reconnaît, par un examen attentif, qu'une série d'idées a simplement pris assez d'empire sur l'esprit pour en écarter toutes les autres. Quand nous passons volontairement d'une pensée à l'autre, et que nous nous efforçons de concentrer notre esprit sur un sujet quelconque, c'est que nous sentons la nécessité d'arriver à la connaissance parfaite de tel ou tel sujet; nous cherchons à écarter toute autre idée, pour ne nous occuper que du point qu'il nous importe d'approfondir. Il y a peu de personnes qui ne soient capables de faire cet effort et d'y revenir à plusieurs reprises ; mais cette attention soutenue et prolongée, qui naît d'une concentrativité énergique, est une

(1) Les hommes fortement organisés, ceux chez qui la concentrativité a une grande énergie, sont, jusqu'à un certain point, maîtres de diriger leur attention sur tel ou tel sujet, et même de la suspendre : Napoléon comparait sa tète à un secrétaire dont il ouvrait les tiroirs à volonté et qu'il fermait quand il voulait dormir. {Mém. de Sle-Hélène.)

qualité tout à fait différente de ces efforts momentanés d'attention ; sous son influence , l'esprit se concentre sans le moindre effort, et c'est même là une de ses qualités distinctives. Celte faculté paraît avoir sur l'esprit différents degrés d'action.

C'est une loi de l'entendement admise dans tous les systèmes de philosophie morale , quoiqu'elle ait été expliquée de différentes manières, qu'une idée ou un sentiment, quand ils se présentent à l'esprit, l'appellent naturellement d'autres idées, d'autres sentiments de nature analogue. Une idée de causalité éveille d'autres idées de même nature; une émotion bienveillante ou de destruction est nécessairement suivie d'une émotion semblable ; si alors une idée ou un sentiment prédominant vient frapper l'esprit d'une personne douée d'une concentrativité énergique, l'action mentale éveillée agira avec vigueur et constance, les idées secondairement éveillées réagiront sur Vidée mère et concourront à lui donner un nouveau degré de force, en excitant l'entendement; de cette manière, une série plus étendue d'idées, plus ou moins liées entre elles, se présentent à l'esprit; alors l'intelligence, apercevant dans un point éloigné le but qu'elle doit atteindre, trace le meilleur plan pour arriver au but; et la force de l'attention est en raison de la vivacité de l'impression reçue ; l'influence de la concentrativité, quand elle s'exerce avec énergie, donne naturellement une grande puissance à la pensée, toutes les facultés intellectuelles se concenti'ant sur un point.

Conformément à ces idées, nous trouvons que toute circonstance de nature à inspirer une émotion permanente, produit le même effet indépendamment de la concentrativité. [j'influence continue d'une cause de provocation excite la destruclivité au point d'en faire une passion indomptable. Si l'organe de la circonspection est fortement développé , et que celui de l'espérance soit très-faible, il en résultera une modification permanente dans le caractère; si, en outre, il éprouve une surexcitation

maladive, la propensité qui en résulte agira sur toutes les facultés mentales, et l'esprit, alïaissé sous les sombres pensées qu'il suggère, sera inaccessible à toute impression capable de le relever. Tout sentiment, quelle que soit sa nature, imprime au caractère la teinte qui lui est propre, et les objets ne semblent pénétrer dans l'esprit qu'après avoir été modiûés par son inllnence, soit qu'il porte l'esprit aux idées gaies et riantes, soit qu'il a[)particnne aux propensilés de destruction et de la défense» personnelle, on aux propensités tristes et décourageantes.

Nous pensons que la somme de ces puissances concourant à la formation du caractère mental , a été parfaitement comprise par la plirénologie.

Sans le secours de la phrénologie, ces différences du caractère moral ne peuvent, selon nous, être expliquées d'une manière satisfaisante; car comment les comprendre si on ignore que la concentrativité est un élément originaire de l'esprit, variant en force chez les différents individus.

Pour prouver que cette propensité résulte d'un des organes qui constituent le cerveau, les phrénologues ont pris l'expérience pour guide; et nos propres observations, quelque limitées qu'elles soient, nous ont fait reconnaître les coïncidences remarquables qui existent entre les faits et le point de la science phrénologique. Les remarques qui suivent, résultant de nos observations, ne sont pas purement spéculatives; nous les soumettons au jugement des phrénologues qui, par leur longue expérience et leurs nombreuses observations, sont plus capables de juger la matière.

.Te n'ai pas eu l'occasion de constater par moi-même les résultats d'une extrême faiblesse de cet organe (i). Un degré

(i) Je connais un enfant idiot complètement inattentif. Il erre sans cesse sans paraître prendre le moindre intérêt aux choses qui lenvironnent ; il n'aperçoit ni les fruits qu'il aime, ni les choses qui peuvent lui nuire.

{Noie du traducteur.)

moindie de faiblesse se décèle de difîéientes manières, selon qu'elle se combine avec d'autres facultés. Certains individus sont incapables de se former un plan de vie régulier; d'autres, mieux élevés ou modifiés par d'auli'es organes, ne montrent qu'un esf)rit peu intelligent et un besoin incessant de changer d'occupation et d'habitudes. On s'aperçoit que leur pensée n'a ' aucune direction précise vers un but particulier; les circonstances les plus futiles renversent leurs plans; si d'autres facultés viennent ajouter à cette disposition, il en résulte une sorte d'insouciance de caractère et de vivacité insolite. Une grande circonspeciion, jointe à une fermeté énergique, modifie nolablenieni les effets d'une concentrativilé faible; si, en même temps, les facultés intellectuelles jouissent d'un bon développement, le caractère se présente sous un asjject entièrement différent. Le raisonnement et la possibilité de se livrer à des idées spéculatives peuvent exister chez nu individu montrant, dans la controverse, un esprit épais et lourd, résultat évident de l'incapacité où il se trouve de maintenir son attention fixée sur le sujet dont il veut s'occuper.

Certaines personnes, jouissant d'un large développement des facultés rédeclives, étonnent par le peu d'aptitude qu'elles montrent à suivre une dissertation philosophique; ces personnes, douées d'une causalité et d'un esprit de saillie puissants, manquent complètement de concenlrativité; chez d'autres, les perceptions intellectuelles sont fortes et rapides, et leur esprit joint à tout le brillant que confère Vtdéalité l'énergie qui résulte d'un fort développement de la combativité; mais le travail intellecluel ne se soutient pas, l'énergie cesse quand l'émotion, (jui a éveillé l'action de la combativité, est éteinte; ils airivcnt à conclure et poiienl un jugement non laisomié; leurs j)erceptions sont rapides, ils sont doués de beaucoup d'originalité et de perspicacité; mais ils sont in)|)uissanls à tirer une déduction abstraite dont la solution exige un long raisonne-

ment; ils font, avec la plus admirable vivacité, une foule de remarques fines et spirituelles, mais ils échouent s'il faut, par un examen approfondi, arriver à la solution d'arguments nombreux et obscurs; ils sont orateurs plus qu'écrivains, mais c'est surtout dans la conversation que leur esprit brille dans tout son éclat. 11 peut arriver qu'ils soutiennent une controverse avec avantage , mais cela n'a lieu que parce que la chaleur de la conversation excite leurs facultés raisonnantes, et qu'elle leur fournit sans cesse de nouvelles occasions de porter un jugement. Toutes ces modifications dépendent, croyons-nous, du défaut d'action de la conccntrativilé. Nous devons faire observer cependant que, si chez les personnes organisées de cette manière, les facultés sont foi'tement excitées, elles déploient une unité et une intensité d'action que la légèreté de leur esprit ne permettait pas de soupçonner. Ces faits ne prouvent rien contre ce que nous avons dit des phénomènes qui résultent du défaut d'action de la concentrativité. Néanmoins, quelque faible que puisse être un organe, il n'est jamais complètement sans action, et, dans certains cas, une vive excitation peut considérablement augmenter sa puissance. 3Iais si vous supposez, dans les mêmes circonstances, une concentrativité énergique, alors sa puissance sera immense. Tel était, sans doute, le cas d'Archimède, si profondément absorbé par ses calculs, que des soldats furieux, à la suite d'un combat acharné, pénétrèrent jusqu'à lui sans que son attention pût en être distraite.

Une concentrativité forte, ou modérément forte, donne lieu encore à quelques autres modifications dans le caractère. Nous avons de temps en temps l'occasion d'observer des personnes qui, ayant des organes intellectuels assez faibles, sont néanmoins très-portées à l'argumentation. On pourrait les comparer à des gladiateurs lilliputiens; ils sont continuellement disposés à combattre ceux qui ont le malheur de ne pas partager des

opinions qui souvent ne sont comprises que par eux. Ce sont là des caractères rares et exceptionnels; mais une nuance moins tranchée se rencontre fréquemment. Il est probable que chez ces individus, l'organe de la concentrativité est assez fort : son influence perce dans leur langage, dans leurs regards, dans leurs gestes; on trouvera en même temps que \i\ causalité est de tous leurs organes cérébraux, si faibles d'ailleurs, le plus développé. Si on le considère d'une manière absolue, leurs raisonnements décèlent la faiblesse et le peu de portée de leurs conceptions; leurs discours sont semblables aux lignes que tracent les navigateurs sur les cartes, ils n'indiquent rien et ne sont remarquables que par leur continuité. Le second, c'est que jamais ils ne partent du principe général qui domine la question; ils ont la faculté de voir et de disséquer ce que renferme l'horizon borné que leur vue peut saisir; leurs discours sont obscurs et incohérents, ils passent alternativement du vrai au faux ; mais, en général, une absurdité patente vient bientôt les mettre en contradiction avec les principes généraux qu'ils n'ont pus la force de comprendre dans leur ensemble.

Si on compare ces individus avec ceux dont nous avons parlé en premici' lieu, chez lesquels la causalité est proéminente, et qui néanmoins manquent de raison, une contradiction apparente semble en résulter. Les phrénologues ont avancé que les effets d'une forte causalité sont de disposer aux travaux métaphysiques, « et qu'elle confère en môme temps une tendance vers la logique. » La contradiction disparaît si on réfléchit que nous admettons la nécessité de la réunion de deux facultés pour pouvoir raisonner avec suite. Dans tout esprit sain, la causalité peut percevoir les rapports qui existent entre la cause et l'effet, ou entre les prémisses et la conclusion. Si la concentrativité vient, par son influence, conférer la puissance de fixer longtemps sa pensée sur le point qu'on veut connaître, on jouira de la faculté de poursuivre et de comprendre les rai-

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sonnemenls les plus abstraits. Les calculs mathématiques, dont chaque terme a un sens précis et arrêté, seront facilement compris par tout espi'it ainsi organisé; mais l'élude des sciences morales exige la faculté de comprendre les divers rapports de chaque terme employé pour arriver à former une déduction : ici une puissante causalité est nécessaire, en môme temps qu'un heureux développement des organes perceptifs. La causalité donne la faculté de se souvenir des rapports antérieurement découverts, et les facultés perceptives fournissent les matériaux sur lesquels se fondent les décisions de la causalité.

Quand à une conccntralivité énergique se joignent une causalité et une individualité proéminentes, la puissance de faire des raisonnements philosophiques est à son apogée. L'espi'it possède de vastes ressources intelleclueiles, et il peut en tirer tous les avantages possibles en combinant S(;s idées aussi longtemps et d'une manière aussi abstraite qu'il le juge nécessaire.

Les écrits de Tacite et de Grattan nous paraissent empreints, à un haut degré, de l'influence d'une concentrativité puissante. Cette qualité est beaucoup plus marquée dans la poésie de Thomas Campbell et de Crabbe que dans celle de Walter Scott.

On a dit qu'un style serré est, dans beaucoup de cas, le résultat d'un travail opiniâtre : je conviens de ce fait, mais pour qu'un auteur prenne la peine de travailler assez ses ouvrages pour les amener à ce point de perfection, il doit s'en sentir la force; et cette force ne peut lui venir que par l'effet d'une concentrativité énergique.

On a supposé que l'individualité et l'éventualité, quand elles sont fortement développées, peuvent produire les elfets attribués à la concentrativité ; il n'en est rien. Je connais un littérateur chez qui les deux premiers organes sont larges, mais dont la concentrativité est extrêmement faible; il montre une vaste connaissance des faits et des détails, mais il manque de

l'aptitude de fixer la puissance de son esprit sur un seul fait et, par conséquent, d'en approfondir aucun. D'un autre côté, j'ai eu l'occasion d'observer l'auteur de plusieurs ouvrages de philosophie chez qui la concentrativité est très-forte , mais dont l'éventualité est faible; il se plaignait d'éprouver une grande diOicullé à se rappeler les détails; il était obligé d'écrire à l'instant le résultat de ses lectures et de ses observations; mais de ces faits qui emplissaient son portefeuille , pas un seul n'était resté dans son cerveau. Quand la comparaison et la causalité sont très-fortes, ainsi que la concentrativité, la tendance de l'esprit vers les études systématiques est extrême. Quand cette dernière est faible, le contraire a lieu. Nous considérons comme la première condition d'un esprit systématique, la puissance de conserver longtemps l'impression d'un sentiment ou d'une idée, puissance qui donne à l'intelligence la faculté de les étudier sous toutes leurs faces.

D'après cette manière d'envisager la faculté dont nous nous occupons, un individu peut montrer un goût, une aptitude spéciale pour l'étude d'une science, la botanique, par exemple, la phrénologie, etc.; s'il possède la combinaison des facultés qui portent à ces études , il les poursuivra avec ardeur, quoique la concentrativité soit faible. Nous connaissons des personnes organisées de cette manière, mais toutes, malgré leurs efforts pour acquérir des connaissances, n'arrivent jamais à se faire une idée générale, à comprendre, d'une manière large et étendue, l'ensemble du système qui fait le sujet de leurs éludes.

Spurzhcim combat cette manière de voir et prétend que son expérience lui en a prouvé la fausseté; mais les faits seuls doivent faire autorité. L'examen le pins attentif ne nous a d'ailleurs rien fait découvrir dans les ouvrages de Spurzheim, relativement à rhabitativité,qui soit directement contraire aux idées que nous avons émises sur la nature de cette faculté.

Le même auteur ajoute que « l'habitativilé ne peut être une faculté primitive; car clic ne peut agir seule, ni être malade seule; et son existence ne devient apparente que par le concours d'autres facultés agissant sur un point. » Mais il existe un grand nombre de facnliés qui ne peuvent agir seules; ainsi la fermeté agit presque toujours de concert avec d'autres facultés; nous aimons, nous haïssons, nous sommes ambitieux ou studieux avec passion et d'une manière durable; mais cette persévérance n'est pas une puissance abstraite. La circonspection éveille nos craintes, mais la connaissance de ce que nous devons redouter nous vient de raoïion d'autres facultés; car rarement on éprouve une crainte sans objet. On voit que la nécessité du concours d'autres facultés n'est pas un phénomène exclusivement propre à la concentiativité. Je ne doute pas néanmoins qu'elle n'agisse parfois isolément, mais ce fait est fort rare, et l'obscurité qui environne les dernières limites de sa puissance ne permet guère d'en étudier les effets.

Relativement à l'influence qu'une surexcitation maladive peut exercer sur la faculté dont nous nous occupons , nous citerons la manie caractérisée par une impression fixe. On voit, dans ces cas, l'attention des malades concentrée dans une méditation profonde et silencieuse qui les rend insensibles à tout ce qui se passe autour d'eux et à l'action des corps externes. Ils diffèrent des autres maniaques, en ce que ces derniers, malgré les erreurs de perception dans lesquelles ils tombent, et les inductions erronées qu'ils en tirent, conservent le pouvoir de diriger leur attention sur les choses qui les intéressent, et parfois même d'en tirer de justes déductions. Les phénomènes que nous supposons devoir résulter d'une surexcitation de l'organe de la concentraiivité doivent être distingués aussi d'une espèce de démence avec laquelle on l'a quelquefois confondue; le regard fixe du malade, son silence et son calme apparent, ne résultent pas, dans ce dernier cas,

d'une préoccupation mentale, mais d'un état d'insensibilité morale plus ou moins complète. Lorsque la concentrativilé est surexcitée, les malades conservent la conscience d'eux-mêmes, et souvent, après leur guérison, ils se souviennent des idées qui ont occupé leur esprit pendant la maladie; la démence est, si je puis ra'exprimer ainsi, une page blanche dans la vie; et, dans les cas très-rares où les malades reviennent à eux, ils ne se souviennent de rien. Le D"" A, Combe , à qui nous sommes redevables de ces observations, a entendu M. Esquirol, dans ses leçons à la Salpôtrière, citer des cas semblables à ceux dont nous venons de parler; lui-même en avait vu des exemples, mais comme c'était avant que la faculté attribuée à la concentrativilé fût découverte, il ne fit aucune attention au développement plus ou moins considérable de cette portion du cerveau. Nous connaissons une personne , douée d'un très-fort développement de cet organe, et qui, sous l'empire d'une maladie nerveuse, dans laquelle la ciiconspection et la conscienciosité étaient surexcitées, se croyait sur le point de perdre resj)rit et faisait tout au monde pour le conserver; elle s'efforçait de concentrer son attention sur un point, le plus souvent sur un monument ou sur l'extrémité d'une longue rue, et maintenait avec force sa pensée fixée sur cet objet pendant un temps considérable, à l'exclusion de toute autre idée. Il en arriva (pie l'organe, déjà affaibli, s'irrita maladivement, et une fixité d'esprit anormale en fut la suite; tout sentiment, toute idée qui atteignait son esprit éveillait une telle intensité d'examen, qu'elle devenait insensible à tout le reste. A cette époque, elle n'avait aucune idée de la plirénologie, mais depuis, ayant eu l'occasion de s'instruire, elle s'est convaincue que les phénomènes que nous venons de l'apporter furent le résultat d'un état maladif de l'organe dont nous nous occupons.

Spurzheini a encore objecté que , quand une personne cherchait à concentrer fortement son attention sur un sujet quel-

conque, rien, dans ses gestes ni dans l'expression de sa physionomie, n'indiquait qu'un organe situé à la partie postérieure du cerveau (Vit en action; que tout, au contraire, indiquait que le travail s'exerçait dans les légions frontales. Quelle que soit notre déférence poui- l'expérience , les profondes connaissances et la haute intelligence de Spurzhcim, nous dirons que de nombreuses observations nous ont démontré que les personnes qui possèdent réellement la faculté de concentrer fortement leur esprit, portent, lorsqu'elles se préparent à un travail prolongé, la tèle et le corps en arriére, dans la ligne de cet organe. L'auteur de Waverley parle de cette attitude comme caractérisant les penseurs profonds. Les prédicateurs et les orateurs, chez lesquels la conccntrativité est forte, portent, lorsqu'ils sont animés, la tête en arrière, dans la ligne de cet organe et de l'individualité, c'est-à-dire alternativement en avant et en arrière. Quand la combativité prédomine sur la conccntrativité chez un orateur, if porte la tête en arrière et de côté, dans la ligne de la combativité. « Cet organe,» dit Spurzlieim, « est en général plus large chez la femme que chez l'homme, et je laisse à chacun à décider si les femmes l'emportent sur les hommes par la fixité de leur attention. » L'observation nous a prouvé, au contraire, que cet organe est en général plus développé chez l'homme que chez la femme. «De plus,» dit-il, « on observe qu'il est plus proéminent chez la race nègre et les tribus celtiques, que dans les races leuloniques; qu'il est plus large chez les Français que chez les Allemands. Et pourtant , le caractère national de ces peuples ne confirme pas l'opinion de M. Combe, il est même en con'radiction manifeste avec elle. » De ces observations de Spurzhcim et de quelques autres que je passe sous silence, il résulte pour nous, à l'évidence, que Spurzhcim s'est complètement trompé sur la nature de la faculté qui résulte d'un bon développement de la concentra-

tivilé. Cela provient, sans aucun doute, de ce que nous ne nous serons pas assez clairement expliqué. Quant à ce qui concerne les Français, nous dirons que ce que nous connaissons de leur litléralure, n'annonce pas que chez eux celte faculié soit sans énergie. L'intelligence de cette nation a ses limites, mais aucune autre n'a atteint à la hauteur où ses savants et ses littérateurs se sont élevés dans les matières adaptées à la nature de leurs facultés; aucun peuple de l'Europe ne possède, pour les sciences, des livres élémentaires comparables aux siens, et la concentrativité est indispensable à quiconque veut tenter d'écrire des ouvrages de cette nature. Les Allemands possèdent des facultés réflectives plus puissantes que les Français, et une persévérance plus grande; mais, à en juger par leur littérature, l'organe que nous étudions est chez eux moins énergique. Ils se livrent fréquemment à des digressions étrangères aux sujets qu'ils traitent; leurs compositions sont, en général, moins claires et moins complètes. La concentrativité est trèsdéveloppée chez les nègres et les Écossais, moins chez les Allemands, les Chinois et les Indous, moins encore chez les Grecs et surtout chez les Péruviens.

Pielalivemcnt à la tendance à Vliabitalivité, on conçoit que la concentration de l'esprit favorise cette disposition chez l'homme et les animaux, qui en reçoivent une forte inclination à s'attacher aux lieux qu'ils habitent. En outre, les animaux qui paissent sur les montagnes, ceux qui se nichent dans les lieux élevés et presque inaccessibles, ceux qui habitent les bordsdes grands (Icuves, y ont été placés [)ar la sagesse divine qui a répandu autour d'eux tout ce qui est nécessaire au bienêtre, à la sûreté et à la conservation de leur espèce. L'aigle, doué d'une vue perçante, s'élance des pics inaccessibles, et, planant dans l'immensité de l'air, découvre sa proie à des distances infinies; la nature l'a doué, en outre, de la faculté de concentrer toute son attention sur l'animal qui doit servir à sa

pâture, et, selon sa force ou sa faim , il choisit entre l'agneau et la colombe que nienac(! sa sen-e puissante. Les crânes des animaux carnivores inclitjiicnl un large développement de cet organe, tandis qu'il est à peine marqué sur celui des herbivoies. Aussi, les habiludes des premiers décèlent une puissance d'attention tout à fait étrangère aux derniers.

Une puissance extrême de celle faculté est surloul nécessaire aux individus qui se destinent aux exercices acrobates et à la danse sur la corde; tonte leur habitude extérieure décèle une forte contenlion d'esprit; ils sont sans cesse occupés à veiller et à diriger les moindres mouvements de leur corps. Le crâne du célèbre écnyer Ducrow , qui fait partie de la collection de la Société phrénologique d'Edimbourg, indique un développement extraordinaire de la concenlralivité.

Dans une dernière réponse à nos observations sur l'influence de cet organe, publiée par Spurzhcim, à Boston, en 1852, vol. I, p. '1C9, que nous avons examinée avec toute l'altenlion et tout le respect dus à un mailre que nous estimons et que nous chérissons, nous n'avons pu trouver aucun argument capable de nous convaincre que nous sommes dans l'erreur. Néanmoins, nous n'avons pas cru devoir répondreàdes objections qui ne sont pas appuyées par des faits; car c'est la seule autorité dans une controverse de cette nature.

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas considérer les fonctions attribuées à cet organe comme postivement établies; de nouvelles observations sont encore nécessaires.

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