ESQUIMAU
Les crânes figurés ici sont ceux de Tardy et d'un Cingalèse.
TARDY. CINGALÈSE.
Un homme chez qui cet organe est proéminent devient intraitable s'il est surexcité par l'ivresse, et éprouve le besoin de briser les glaces, les tables, les meubles qui sont à sa portée; un tel individu, habituellement paisible, s'amusera à
casser les lanternes qu'il trouvera sur son chemin, s'il se trouve, par hasard, dans un état d'ivresse. Un homme bien élevé m'a assuré que, se trouvant un jour ivre dans les rues, il lui semblait que les lanternes ne jetaient sur son passage qu'un jour faible et douteux, et que déjà il levait sa canne pour les briser, quand un éclair de raison le retint; l'organe de la dcslruclivilé est fort proéminent sur sa tête; cependant il n'existe pas d'homme plus doux que lui quand il est à jeun.
Cet organe est plus développé chez l'homme que chez la femme; aussi la tête de l'homme est, en général, plus large; cette propensité est, en conséquence, beaucoup moins active chez la femme.
Un certain développement de cet organe est indispensable à l'accomplissement des soins et des allaires de la vie. Rien n'arrêterait le despotisme de certains hommes orgueilleux, s'ils n'avaient la conviction qu'un joug trop pesant fait naître le ressentiment même chez les êtres faibles. Le ressentiment est le résultat de la destructivité excitée par une atteinte à Vestime de soi. Comment les chefs obtiendraient-ils l'obéissance des soldats au milieu des entreprises les plus dangereuses , si ceux-ci ne savaient pas que le châtiment suivrait de près la désobéissance? La punition émane de la destructivité mise en action par la justice. Le glaive de la loi est l'emblème de la destruction prête à tomber sur ceux qui la transgressent.
Ces idées ne sont pas purement théoriques, elles sont fondées sur une observation constante. La tête de l'Indou est plus petite que celle de l'Européen, et la combativité, ainsi que la destructivité , sont surtout encore moins développées que les autres organes. Aussi voit-on des millions d'Indous subjugués par quelques milliers de soldats européens. On rencontre des personnes si timides qu'elles semblent résignées à souffrir toutes les insultes, s'effrayent et s'émeuvent à la moindre menace. Ces individus ne possèdent qu'à un faible degré les
organes de la combativité et de la destruciivité; ils semblent ne pouvoir allVonter les vicissitudes de cette vie qu'appuyés sur un èlre fort, capable de combattre pour eux les obstacles qui se présentent à chaque pas. Les hommes doués d'un bon développement de ces organes, et qui ont, en même temps, des sentiments moraux élevés, leur doivent une partie de leurs succès. Dans l'élat actuel de hi civilisation, les collisions sont moins fréquentes, parce que ces organes, sentinelles avancées, veillent et rendent toute attaque dangereuse. Tout homme connu pour manquer de l'énergie que confèrent ces organes, est sans cesse exposé à l'agression.
Quehpies phréiiologues pensent que la destructivité exerce une influence sur l'esprit en général, et accroît son activité; pour expliquer les causes de ce phénomène, ils supposent que la destructivité donne un besoin d'action, un désir de bruit et d'émotion, qui fait que l'homme ainsi organisé se complaît bien i)lus dans le trouble et l'agitation, que dans le calme et le silence du repos. Un large développement de la combativité est donc incompatible avec cet état d'engourdissement intellectuel qui fait que la vie se passe comme un rêve au milieu de l'indolence et de l'inactivité, que l'on accepte l'absence de souffiance comme le bonheur, et que l'on préfère supporter une position pénible, que (ïcn sortir au moyen de quelques efforts. Envisagé sous ce point de vue, il semble donc conférer aux facultés intellecluelles un élan salutaire. Les Indous, chez lesquels cet organe est petit, sont remarquables par leur timidité et par le peu d'énergie de leur cai-actère. ÎSéanmoins, le cerveau doit être fort et actif, pour qu'une grande puissance intellectuelle puisse se manifester ; les effets réels de la destructivité me paraissent être de communiquer au cerveau un degré d'activité qui le rend capable de déployer, dans certaines occasions, une énergie d'action supérieure à ses forces réelles. Sous ce point de vue, cet organe peut augmenter l'ac-
tivité de la bienveillance même, à laquelle il semble être direclement opposé, non pas en augmentant posiiivementla somme de bienveillance, mais en mettant riiomnie à môme d'exercer des actes de bonté, lorsqu'ils exigent une certaine sévérité de caractère.
Un caractère hargneux est aussi nécessaire que l'esprit pour engendrer les écrits satiriques. C'est la destructivilé qui inspire le sarcasme et l'invective; elle porte également l'imagination à enfanter des scènes de terreur, qui deviennent sublimes ou horribles, selon qu'elles sont rendues poétiques par l'idéalité, ou qu'elles sont décrites dans toute leur nudité. Les poésies de Byron en fournissent à chaque instant des preuves : son amour du danger se montre dans les scènes de carnage et d'horreur qu'il se plaît à décrire ; l'énergie de la destructivité se trahit encore dans la véhémence qu'il apportait dans ses quei-elles littéraires. Cet organe porte, en général, les poètes à peindre des scènes de carnage et de dévastation; ils semblent se complaire dans les peintures qu'ils en font. Le poëme des Ténèbres de Byron en est un exemple frappant.
Chaque jour, dans le monde, on est frappé de l'abus de cette faculté; on rencontre des personnes dont la colère s'éveille à la moindre contrariété, et qui épuisent leur rage sur des malheureux soumis à leur autorité. C'est là une manifestation vulgaire et grossière de la destructivité; il enest qui, plus réservés, épuisent néanmoins leur fiel en faisant des remarques pleines d'aigreur, et des observations blessantes. S'ils commandent, c'est en termes durs et d'une voix âpre; leuis ordres sont ordinairement accompagnés de gestes ou de propos menaçants. D'autres montrent une excessive sévérité au moindre oïdjli des devoirs, et s'inquiètent peu du bonheur de ceux qui vivent sous leur joug; ce sont là autant d'abus de la destructivité.
Quand celte propensité est très-active chez un individu , sa démarche est rapide, il porte fièrement la tète haute et en
arrière; de Icmps en temps, il lui imprime un mouvement singulier qu'exécutent également le chien ou le taureau furieux; sa voix est âpre et criarde, l'expression générale de toute sa personne est sombre et menaçante. Dans une conversation même amicale avec une personne chez laquelle cet organe est fort et la sécrélivité faible, s'il arrive qu'on aborde une matière irritante, à l'instant la douceur que confère la bienveillance et la courtoisie qui vient de l'amour de l'approbation s'évanouissent, et des paroles dictées par la destruciiviié annoncent que l'orage va éclater, à moins que la raison ne parvienne à le conjurer.
Les jurements et les imprécations sont un abus de cette faculté; si vous observez les classes inférieures, vous verrez des enfants qui, par esprit d'imitation, jurent à chaque parole. Mais jamais ceux dont la destruclivité a peu d'énergie, ne parviennent à prendre le ton de violence et de dureté si naturel aux autres.
J'ai dit que cette faculté imprime au commandement un ton de menace qui force à l'obéissance. La Bible abonde en motifs pour détourner l'homme du péché. J'ai souvent remarqué que les personnes chez lesquelles la destructivité prédomine, ont une tendance naturelle à insister sur les menaces que contient le livre saint; tandis que celles dont la bienveillance, l'espérance et la vénération forment le caractère, et dont la destructivité est faible, s'arrêtent avec complaisance aux tableaux de félicité qu'elle promet. Si elles sont obligées de parler des peines qui attendent l'impie , l'aménité de leur esprit tempère à tel point leurs paroles, qu'elles en paraissent beaucoup moins terribles. Certains prédicateurs prennent souvent les inspirations d'une destruclivité énergique pour les élans d'une éloquence vigoureuse; mais si l'àpreté de leurs discours plaît aux hommes d'un naturel énergique, ils portent le trouble et le découragement dans l'âme des faibles. L'amour est un motif plus élevé que la crainte, et ce mobile doit être préféré, quand
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on peut arriver au but par lui. Mais la terreur exerce sur la plupart des hommes une influence que ni l'espérance ni la vénération ne peuvent exercer; il faut donc quelquefois recourir à ce moyen : nous ne blâmons que son emploi exclusif. Plus les hommes sont éclairés, moins il est nécessaire de recourir à la crainte pour produire sur eux l'impression qu'on désire. La crainte résulte de l'aversion que l'homme éprouve pour la douleur: elle constitue un mobile puissant, mais entièrement différent de celui qui naît de Yamour du bien.
Le plaisir qu'éprouvent les hommes en général, ceux mêmes dont l'esprit a été cultivé, en assistant à une exécution, n'est explicable qu'en admettant l'organe de la destructivité, joint à l'amour des émotions qu'éveillent quelques autres organes, parmi lesquels on peut mettre en première ligne l'organe du merveilleux. «Nous avons, » dit M, Scott dans un admirable essai sur cette propensité, « trop d'humanité pour tuer un homme par nous-même ; mais si un de nos semblables doit être mis à mort , nous désirons en être témoin , ou , si je puis m'exprimer ainsi, nous voulons jouir du plaisir de voir une exécution. Un individu doué d'une grande bienveillance et chez lequel la destructivité manquerait, aurait horreur d'un semblable spectacle. y> Un aveugle, à Edimbourg, assistait à toutes les exécutions; l'instinct de la destructivité était sans doute satisfait chez lui par les paroles que l'émotion arrachait aux autres spectateurs.
Les enfants et môme quelques adultes décèlent leur instinct de destructivité en brisant des objets inanimés; les gens du peuple se plaisent à dégrader les arbres, les ponts, les statues, les monuments publics auxquels ils peuvent atteindre. ï Aucun objet d'art, ni même d'utilité, » dit un écrivain moderne, « n'est à l'abri de leur besoin de détruire; » il attribue cette tendance «à l'esprit du mal,» désignation applicable à la destructivité, quand elle agit aveuglément. Le troisième statut
r.OMRK. TRAITF, DE PHRÉNOLOGIE. 29
de George IV, portant que loiile personne qui, mal à propos et par pure cruauté, battra ou niallrailera des animaux, payera une amende , est évidemment dirigé contre les abus de cette propensilé, et, par conséquent, suppose son existence. Les adjectifs sévère, dur, colère, cruel, farouche, féroce, sauvage, brutal, barbare, atroce, désignent des dispositions de l'esprit qui dérivent de cet organe.
Les métapliysiciens, en général , ne traitent d'aucune faculté qui se rattache à cette propensité, considérée comme une puissance capable d'agir spontanément; habitués à réfléchir dans le silence du cabinet, beaucoup plus qu'à observer les actions de l'homme, ils ne peuvent guère faire de semblables découvertes. Néanmoins, il est surprenant que l'étude approfondie de l'histoire n'ait pas attiré leur attention sur celte tendance générale de l'esprit humain. Caligula coupant la langue de ses victimes, les faisant jeter aux bêtes féroces, forçant les enfants à assister au supplice de leur père, torturant enfin de mille manières des malheureux pour la seule satisfaction de sa cruauté, exprimant le désir que le peuple romain n'eût qu'une tête, pour le plaisir de la couper; Néron empoisonnant Britannicus, ordonnant la mort de sa propre mère, incendiant Rome et montant sur une tour pour jouir de ce spectacle; enfin, dans des temps plus rapprochés de nous, les horreurs de la Saint-Barthélemi, les Vêpres siciliennes, les cruautés commises par les Espagnols en Amérique, les bûchers dressés pour des dissidents en matière de religion, les massacres de la révolution française, sont des actes qui ne peuvent être expliqués qu'en admettant une propensité telle que la destructivilé. Si les métaphysiciens faisaient l'application de leurs systèmes aux actions humaines, ils verraient qu'aucun de leurs principes n'est applicable à des atrocités semblables à celles que nous venons de rappeler. La conformation de la tête de JSéron, telle que la représentent les médailles et les bustes anti-
ques, indique que l'organe de la destructivité était chez lui très-proéminent.
Cet organe peut être surexcité maladivement; sa propensité manifeste alors une véhémence irrésistible. L'auteur des Esquisses de Bedlam rapporte l'observation de Pal Walsh , maniaque féroce, dont la folie datait de douze années, et qui « sans interruption, montrait un esprit de vengeance et de cruauté à peine concevable, même chez un insensé. Malgré toutes les précautions qu'on avait prises, il avait tué trois personnes depuis sa réclusion.' Sa méchanceté et son esprit de destruction étaient aussi remarquables que sa soif de meurtre et de sang; bien qu'il eût les pieds et les mains entravés, il avait cassé, dans l'espace des deux dernières années, environ soixante et dix carreaux des croisées de la salle à manger, quoiqu'elles fussent protégées par un fort treillis en fer; il se plaçait sur un escabeau , à quelque distance de la croisée, et, tenant à la bouche sa cuiller de bois, il passait le manche au travers du treillis et unissait par atteindre les carreaux. » Comme on dit que cet homme porte une forte ceinture de fer, garnie d'anneaux, je suppose que c'est lui que j'ai eu l'occasion d'examiner àBedlam, en 1 824: sa tête présentai t une proéminence extrême des organes de la combativité et de la destructivité.
Quand ces deux organes sont fort développés, et que ceux des facultés morales sont faibles, l'homme éprouve une tendance irrésistible à faire le mal et à se livrer à des actes de violence qui le rendent dangereux pour la société. Lorsque je visitai la maison des aliénés de Richmond à Dublin, en 18!23, le D"" Crawford me présenta un maniaque , sur lequel je fis les observations suivantes :
« C'est le plus méchant caractère que j'aie jamais vu; son organisation est pire que celle de Hare (i) ; la combativité et
(1) Hare a étouffé 70 malheureux pour vendre leurs cadavres aux auatoniisles.
la dcstructivilé sont, chez lui, cxlrêmement proéminentes, et les organes des senlimenls moraux sont presque nuls : la bienveillance est néanmoins un peu plus développée que les autres, mais bien faible en comparaison de la combalivilé et de la dcstructivilé; je suis sur{)ris que cet homme n'ait pas péri sur l'échafaud avant de devenir fou. » Voici les observations qu'a faites sur lui le D"" Grawford : « Ce malade est âgé de 34 ans. Il y a dix ans qu'il a été admis pour la première fois. Manque total de sentiments moraux et de principes; caractère entièrement dépravé, enclin à tous les vices et même au crime; son intelligence est remarquable; il est adroit, astucieux; il a été un fléau pour sa famille qui fut obligée de le faire soldat; il a attenté à la vie d'un de ses camarades; il subit plus d'une fois le châtiment du fouet; plus tard, il essaya d'empoisonner son père. »
Lorsque je fis imprimer une notice sur ce cas et sur quelques autres destinée à la Société phrénologique d'Edimbourg (vol. YI, p. 80), j'envoyai une des épreuves au D"" Grawford, en lepriant de la revoir; il me répondit ce qui suit : « Je n'ai que peu de remarques à faire relativement au maniaque désigné par les lettres E. S. Vous dites dans vos notes : « Je suis surpris qu'il n'ait pas péri sur l'échafaud avant de devenir fou; » cela ferait supposer qu'il a donné des signes d'aliénation; il n'en est rien. A part la dépravation de son caractère, il a toujours été ce qu'il est à présent; jamais il n'a manifesté la moindre incohérence d'idées sur aucun point, ni aucune hallucination. C'est un de ces cas dans lesquels il est extrêmement difficile de tracer la ligne de démarcation entre l'extrême dépravation des sentiments moraux et la folie, et de décider si l'individu doit être considéré comme maniaque, ou bien comme encore en état de répondre de ses actes et sujet à la loi commune. Les directeurs et les médecins de l'asile ont souvent douté s'ils pouvaient considérer E. S. comme maniaque,
ou s'il ne devait pas plutôt être envoyé dans une maison de correction. Néanmoins, il paraît si complètement étranger à toute idée de moralité et de justice, il sait si peu discerner le bien du mal , il est si peu capable de honte et de remords quand on lui reproche ses actions vicieuses ou criminelles, il s'en montre toujours si complètement incorrigible, qu'il est presque certain que tout jury, devant lequel il comparaîtrait, resterait dans le doute et le déclarerait insensé ; il sortit plusieurs fois de l'asile, et y fut renvoyé la dernière fois, après avoir tenté d'empoisonner son père; il est probable qu'il y restera enfermé le reste de sa vie, comme atteint de folie; néanmoins, il n'a jamais montré le moindre symptôme bien manifeste d'un état réellement maladif du cerveau. » Ces réflexions peuvent fort bien servir de base à une division des maladies mentales en deux classes : celles qui résultent de l'organisation primitive et celles qui éclatent à une période donnée de la vie, par l'effet d'une maladie du cerveau permanente ou intermittente.
Gall cite un grand nombre d'observations d'excitation maladive de cette propensité, qu'il a eu l'occasion d'observer par lui-même, et diverses autres observées par Pinel;j'en choisis une dans laquelle l'organe de ladestructivité semble avoir été le seul affecté. Le malade, pendant la durée de ses accès, qui revenaient à époques fixes, était furieux, indomptable, et sentait un besoin irrésistible de se saisir de tout ce qui se trouvait sous sa main, pour en frapper à la tète la première personne qui se présentait à lui. 11 éprouvait une sorte de combat intérieur entre cette impulsion féroce à détruire et l'horreur qu'il ressentait à la seule idée d'un tel crime. Rien n'indiquait un trouble de la mémoire, de l'imagination ou du jugement. 11 disait que cette propensité à commettre un meurtre était instinctive et involontaire, et que sa femme, qu'il aimait tendrement, avait failli être sa victime, ayant à peine eu le temps
de l'avenir de se soustraire à sa furie ; dans ses intervalles lucides, ii déplorait son état et ressentait les plus cuisants remords. Il finit par éprouver un si grand dégoût de la vie , qu'il tenta plusieurs fois de se suicider (ce qui, du reste, résulte également d'un excès de la destruclivilé). a Quelle raison puis-je avoir,» disait-il, «de couper la gorge au directeur de l'hôpital qui nous traite avec tant de bonté? Et pourtant dans mes accès de fureur, je suis tenté de me jeter sur lui, comme sur tout autre, et de lui déchirer le sein; c'est cette malheureuse et irrésistible propension qui me met au désespoir et me porte à attenter à ma propre vie (i). »
Les individus qui commettent un meurtre sans préméditation, ou qui incendient sans motif raisonnable, attribuent quelquefois leurs crimes aux suggestions du démon; d'autres entendent sa voix qui leur crie incessamment à l'oreille : Tue-le! tue-le! jusqu'à ce qu'ils aient obéi. La surexcitation maladive de l'organe de la destructivité inspirant sans cesse le désir de détruire, donne probablement lieu à ces hallucinations. Aux époques où la croyance aux sorciers était généralement répandue, les impulsions qui naissaient de ces propensités étaient attribuées aux suggestions des mauvais esprits.
La surexcitation maladive de cet organe se manifeste quelquefois d'une manière qu'il importe de connaître : c'est lorsqu'elle porte certaines femmes qui, jusque-là, avaient joui d'une bonne réputation, à tuer un enfant. L'observation suivante a été publiée par les journaux en 1822. Un dimanche matin, vers les dix heures et demie, une jolie petite fille d'environ huit mois, Sarah Mountford, a été assassinée par sa mère. Son mari, de la secte des méthodistes, était allé à la chapelle, laissant à sa femme le soin de laver et d'habiller sa
(1) De l' Aliénation mentale , 2™« édition, p. 102-103, sect. 117; Sur les /b7M;f/onsrfMCcrvea«, 1,399-417-423-447-407: II, i'O; III, 17-i; IV, 99-110-170.
jeune famille, qui devait se rendre à l'école du dimanche. Ayant accompli cette tache, il paraît qu'elle était en train de s'habiller elle-même, quand, entraînée par une horrible aberration de l'intelligence, elle coupa la tête de sa jeune enfant avec un rasoir; et, toute couverte de sang, elle raconta son crime aux gens de la maison, disant qu'elle avait mérité la mort, et qu'il fallait la conduire en prison. La conduite de cette malheureuse femme après son crime ne permet pas de douter qu'elle ne fût aliénée. La femme Mountford subit un court interrogatoire le lundi, et fut envoyée devant les assises. Le coroner ayant fait son enquête, rendit un verdict qui déclarait celte infortunée coupable d'assassinat. Le désespoir de sa famille fut extrême; on vit le mari, avec ses deux fdles aînées, parcourir les rues voisines de la prison comme des insensés ; l'une d'elles est restée privée de la parole. « Cette femme, » dit le journaliste, « a été entraînée par une aberration extraordinaire de l'intelligence. » Celte manière de s'exprimer peut être pardonnée à un feuilletoniste, mais sous le point de vue philosophique, elle est absurde. Les puissances intellecluelles notées par les métaphysiciens, telles que la perception, la conception, la mémoire, l'imagination et le jugement, ne peuvent donner naissance à aucune propensité qui, même dans l'élat maladif, puisse entraîner à commettre une action aussi barbare. Un dérangement des facultés intellectuelles fait que le malade forme des raisonnements absurdes, et parle avec incohérence; mais si ses propensùés sont à l'état normal, il n'accomplit aucun acte répréhensible. Et cependant cette malheureuse femme semble avoir élé entraînée à tuer par une aveugle et irrésistible impulsion causée par une surexcitation maladive de la destruclivité.
De semblables récils sont affreux, et on peut mettre en doute s'il ne conviendrait pas mieux de s'abstenir de les publier; mais le public en général est plein de- préjugés sur
ce point; les archives des cours criminelles abondent en exemples de condamnations de malheureux que les juges et les jurys se contenteraient d'envoyer dans les maisons de fous s'ils avaient quelques notions de la phrénologie.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, cet organe est commun aux hommes et aux animaux (i). Gail, cependant, remarque ([ue « cet organe n'est pas, chez tous les carnivores , rigoureusement situé au-dessus du conduit externe de l'oreille. Dans quelques espèces d'oiseaux, tels que la cigogne , le cormoran, le héron, la mouette, etc., le conduit externe de l'oreille est situé beaucoup plus en arrière , et l'organe de la propensilé au meurtre se trouve placé immédiatement derrière l'orbite, où il forme une forte proéminence de chaque côté, proéminence dont le développement est en raison directe de l'intensité de la propensité à tuer que montre l'animal. En comparant les crânes des oiseaux de proie avec ceux des oiseaux qui peuvent indistinctement se repaître de chair et de graminées, on voit que la proéminence est moins marquée chez ces derniers : dans le duc, par exemple, et dans les différentes espèces de grives. Il continue à devenir de moins en moins proéminent à mesure que l'oiseau montre une préférence plus marquée pour les végétaux : tels sont les oies, les cygnes; les planches de l'ouvrage de Gall indiquent ces différences. Si on compare les cerveaux de la brebis et du chien, on verra que cet organe est beaucoup moins saillant chez la première.
En 1827, le D"" Vimont présenta à l'Académie des sciences de France un mémoire sur la phrénologie comparée, dans lequel il avait réuni un grand nombre de faits intéressants relativement à la disposition et à la forme du cerveau chez les
(i) M. Robert Cox soutient que les herbivores ne sont pas entièrement privés de l'organe de la destructivité ( Voyez Journ.fhrén. IX, 406), on ne peut nier que le taureau et le cerf ne déploient parfois cette faculté à un haut degré.
animaux. « En ce qui regarde la deslructivilé, » dit-il, < tous les animaux qui vivent de chair ou qui ont une propensité à détruire ont une région particulière du crâne dont le développement correspond au développement de cette faculté. Ainsi, tout le genre férine a, sans exception, une proéminence remarquable de la portion écailleuse du temporal. Nous citerons comme exemple, le tigre, le chat, le renard, le furet, l'hermine, etc.
Les oiseaux de proie ont cette saillie derrière l'orbite, siège de l'organe de l'inslinct carnassier; elle présente un développement remarquable. Chez les oiseaux carnivores cette saillie est un peu plus en arrière. »
Cet organe est établi.