INTRODUCTION
La pbrénologie (du grecy/:^>', esprit et Xoyo;, discours) (i) est un système de philosophie de l'esprit humain, fondé sur la physiologie du cerveau. Oflcrt pour la première fois à l'attention publique, sur le continent de l'Europe, en 1796, il ne pénétra en Angleterre qu'en 1815. Dès sa naissance, il rencontra des sectateurs zélés et des adversaires passionnés, tandis que la grande majorité du public demeurait étrangère aux discussions qu'il soulevait.
Nous croyons utile de présenter, sous la forme d'une introduction, 1*^ une courte notice de la manière dont les découvertes de Gall furent accueillies dans leur principe; 2" une esquisse rapide des principes généraux que renferme le système phrénologique; 5° un examen des présomptions qui se sont élevées
(i) Cette dénomination est duc au docteur Thomas Forster.
pour ou contre ces principes, fondés sur la connaissance des phénomènes de la nature humaine; -4" enfin une esquisse hisloi'ique de la découvcilc des organes de rinielligencc.
Cette marche a été adoptée non dans l'espoir de convaincre le lecteur des vérités de la phrénologie (car personne ne peut arriver à cette conviction qu'ai)rès de longues éludes et de nombreuses observations personnelles) , mais dans l'espoir de faire naître le désir de cultiver cette science.
Le plus grand obstacle à l'admission de toute découverte, consiste dans la diUicnllé que tonl homme éprouve à faire le sacrifice des notions qui, dès son enfance, ont été imprimées dans son esprit , et dans cette sorte d'élonnement qu'elles font d'abord éprouver à l'entendement. La phrénologie , comme toutes les autres découvertes, a rencontré des obstacles, et les a également surmontés. Locke , en parlant de l'accueil qu'obtiennent ordinairement les vérités nouvelles, dit qu'elles doivent être appuyées des arguments les plus irrésistibles pour qu'elles puissent, tout à la fois, vaincre la force d'inertie que leur opposent les savants, qui se résignent toujours difficilement à faire le sacrifice de connaissances acquises par un travail opiniâtre et de laborieuses éludes, pour se trouver tout à coup obligés de reconstruire l'édifice de leur savoir sur de nouvelles bases. Les arguments font sur leur espritla même impressionque le coup de vent sur le voyageur quand il le porte à s'envelopper de plus en plus de son manteau.
Le professeur Playfair, dans une notice historique sur les découvertes des sciences physiques, publiée dans un supplément de l'Encyclopédie britannique, observe que : « Dans toute société il existe un instinct de résistance aux choses nouvelles en faveur des choses établies. Le monde politique et moral tend sans cesse à s'en défendre et à assurer la stabilité des institutions humaines, quel que soit d'ailleurs leur peu de valeur réelle, comme chose d'utilité générale. Mais même dans les matières purement intellectuelles et qui ne con-
cernent que les vérilés abstraites de l'arithmétique et de la géométrie, les préjugés, l'égoïsme et la vanité de ceux qui cultivent ces sciences, s'unissent trop souvent pour résister à toutes les améliorations, et on les voit dévouer toutes les forces de leur intelligence à faire rétrograder le char de la science au lieu de faciliter sa marche progressive. L'introduction de toute méthode entièrement neuve, apporte souvent de trop grandes perturbations dans la position des hommes engagés dans la poursuite des découvertes scientifiques; un trop grand nombre se voient obligés de descendre des positions élevées qu'ils occupaient précédemment pour prendre une place inférieure dans l'échelle intellectuelle. L'inimitié de ces hommes, à moins qu'ils ne soient animés d'un grand amour du bien et de la vérité, se soulèvera toujours contre toutes les découvertes qui viendront blesser leur vanité et diminuer leur importance (i). »
Chaque âge a fourni des preuves de la justesse de ces observations ;
« Les disciples des nombreuses écoles philosophiques de la Grèce se combattaient mutuellement et s'accusaient réciproquement d'impiété et de parjure.
« Les peuples à leur lour détestaient les philosophes et accusaient ceux qui recherchaient le principe des choses, de présomption et d'atteinte sacrilège aux droits de la Divinité.
« Pythagore fut chassé d'Athènes, et Anaxagore emprisonné pour avoir émis des opinions nouvelles. Démocrite fut traité d'insensé par les Abdéritains pour avoir recherché les causes de la folie dans l'anatomie pathologique. Socrate, enfin, fut condamné à boire la ciguë pour avoir prouvé l'unité de Dieu (2). »
(i) Part. II, pape 27.
(2) Spurzlieim, Principes Pliiloxoiiliiqiies de Pliréiiolngio. Londres 1823, page 96.
M. Plîiyfnir, en parlant de Galilée, dit : t Galilée fut appelé doux fois devant le tribunal de rinfjiiisition. La première fois, le conseil, composé de sept cardinaux, porta une sentence qui doit sans cesse être présente à l'esprit de ceux qui pourraient penser que la violence peut étouffer la vérité; savoir : que soutenir que le soleil est immobile au contre du monde est une proposition absurde, fausse en philosophie, hérétique en religion et contraire au témoignage de l'Écriture; qu'il est également absurde et faux en philosophie d'assurer que la terre n'est pas immobile dans le centre de l'univers, et que la proposition contraire, sous le point de vue théologique, est également erronée et hérétique. »
L'extrait qui suit des dialogues de Galilée sur le système d'astronomie de Copernic, démontre d'une manière frappante que le système de cet homme célèbre fut accueilli comme la phrénologie l'a été de nos jours.
« Très-jeune encore, j'avais à peine fini mon cours de philosophie que j'abandonnai pour d'autres travaux, lorsqu'il arriva par hasard dans ce pays, un étranger de Roslock dont le nom, si je m'en souviens, était Christian Urslitius, disciple de Copernic, lequel donna à l'académie quelques leçons sur cette matière, qui rassemblèrent un grand nombre d'auditeurs; croyant qu'ils y étaient attirés bien plus par la nouveauté du sujet que par toute autre raison, je me dispensai d'aller l'entendre, car je m'étais imaginé que ses opinions n'étaient autre chose qu'une sérieuse folie; et en questionnant quelques-uns de ceux qui s'y étaient rendus, je m'aperçus effectivement qu'ils les tournaient en dérision, excepté l'un d'eux qui me dit que ces idées ne devaient pas trop être méprisées. Comme ce dernier m'était connu pour un homme intelligent et circonspect, je commençai à me repentir de ne pas avoir assisté aux leçons de l'étranger, je saisis dès lors toutes les occasions de converser avec les partisans du sys-
lèiiie de Copernic et de m'informer s'ils avaient toujours porté le même jugement sur ses théories. Un grand nombre d'entre eux m'avouèrent qu'ils avaient été longtemps d'une opinion contraire, mais qu'ils avaient fini par être convaincus par la force des raisonncmcnls de ses disciples. Les ayant questionnés tour à tour pour savoir s'ils possédaient bien tous les arguments en faveur de ce système , je les trouvai prêts à répondre sur tous les points, et j'en conclus que leur opinion ne résultait pas d'ignorance, ou d'un désir vaniteux de montrer la perspicacité de leur esprit, mais d'une conviction bien fondée ; je trouvai au contraire que plusieurs Péripaléticiens et partisans des Plolémées n'avaient pas pris la peine d'ouvrir les œuvres de Copernic ou bien qu'ils les avaient mal compi'ises, ou superOciellement étudiées. »
Hume, l'historien, rapporte que Harvey fut traité avec mépris lorsqu'il annonça sa découverte de la circulation du sang et qu'il ne tarda pas à perdre, à cause de cela, sa clientèle. Un éloquent écrivain a dit dans le n° 94 de la Revue d'Edimbourg, en parlant des persécutions dont Harvey fut victime, que « la découverte de la circulation du sang, découverte qui, sous le rapport des conséquences qui en sont résultées pour la physiologie et la médecine, est peut-être la plus importante qui ait été faite depuis que cette science existe, ne perd rien de son lustre pour avoir été dans son principe accueillie avec mépris par quelques-uns, impudemment revendiquée par d'autres , ou bien attribuée aux anciens physiologistes par la mauvaise foi jalouse des contemporains de son illustre auteur, quand ils se virent hors d'état de contester le mérite de celte grande découverte. Les noms de ces adversaires envieux d'un grand homme sont depuis longtemps oubliés, tandis que celui de Harvey passera à la postérité la plus reculée environné de la reconnaissance et de l'estime publique. »
De nos jours la découverte du docteur Gall a été traitée exac-
K.'ment comme celle de Uarvcy, et si la phrénologie est une vérité, la postérité ne poiirra-t-elle pas, à juste litre, flétrir ses o})posaiits desmémes reproches? Plus tard le professeur Playfaii' parlant de la découverte des rayons lumineux par Newton, dit : « Quoique cette découverte fût de tous points digne d'attention, elle subit le sort de tout ce qui est grand, neuf, extraordinaire ; quoiqu'elle ne constituât ni une théorie ni un système, mais la généralisation de faits prouvés par l'expérience, et qu'elle fût annoncée de la manière la plus simple et la moins prétentieuse, elle souleva une foule d'ennemis qui semblaient se disputer à qui porterait les premiers coups aux vérités que la voix unanime de la postérité devait sanctionner. (P. oG) Un des plus ardents, le père Pardis, publia plusieurs écrits contre les expériences et ce qu'il affectait d'appeler les hypothèses de Newton : une réponse calme et irrécusable le convainquit do son erreur qu'il se hâta de reconnaître avec la plus honorable franchise. Un de ses compatriotes, 3Iariote, fut plus difficile à convaincre, et malgré son habitude des expériences il ne put jamais réussir en répétant celles de Newton. » Le récit des hostilités auxquelles les découvertes de cet homme illustre furent en butte de la part de ses contemporains, se trouve dans sa vie écrite par Brewstei' (p.171).
Si la persécution, les condamnations et le ridicule accueillirent les trois grandes découvertes scientiQques de Galilée, de Harvey et de Newton, pouvons-nous nous étonner que tel ait été le sort de la philosophie de l'intelligence?
La plupart de ceux qui se livrent à l'enseignement de la philosophie intellectuelle semblent fortement imbus de l'idée que l'esprit et la matière forment deux entités séparées et distinctes. L'anatomie traite de la matière, la philosophie morale traite de l'esprit, comme si le corps et l'esprit pouvaient être le sujet d'investigations séparées et comme s'ils n'étaient
pas unis entre eux par des liens nombreux qui les rendent inséparables.
Sans cesse dans le monde on entend parler des dispositions et des facultés de l'esprit sans qu'on ait l'air de s'occuper de leurs rapports avec l'homme physique. Mais l'intelligence humaine, envisagée comme abstraction, ne peut j9a?' elle-même devenir l'objet de recherches philosophiques; répandue dans le monde matériel, elle ne peut entrer en action et rien ne peut agir sur elle que par l'intermédiaire des organes. Les douces émotions de l'âme qui se peignent dans les yeux de la beauté, transmettent leur irrésistible influence au cœur de l'objet aimé , au moyen des filaments du nerf optique, et le flot de paroles éloquentes qui coule des lèvres de l'orateur ému et qui vient impressionner si profondément la foule attentive, s'élabore et se transmet à travers un nombreux appareil d'organes.
Si nous suivons les progrès de l'esprit de l'homme du berceau à la tombe , cette importante vérité jaillira à chaque instant. Dans la première enfance les facultés intellectuelles partagent la faiblesse du corps; dans l'âge vii'il elles partagent sa puissance et son énergie; et lorsqu'arrive la faiblesse sénile, semblables à un flambeau qui s'éteint, elles ne jettent plus que de pâles et incertaines lueurs.
Mais ce n'est pas seulement aux époques de l'enfance, de l'âge mûr et de la décrépitude que cette alliance se manifeste; l'expérience de chaque heure du jour prouve l'intime connexion de l'esprit et de la matière. Le nuage chargé d'électricité pèse sur nos têtes, déprime nos esprits et énerve notre intelligence; après un travail plus ou moins prolongé, nos facultés afl"aiblies cherchent le repos dans le sommeil ; la famine ou la maladie peuvent abattre les plus fiers courages, et ne voyons-nous pas l'esprit lui-même, dans ses aberrations, méconnaître les lois de la nature et vouer l'homme à la destruction pour échapper au malheur?
Ces phénomènes doivent être rapportés aux organes avec lesquels l'esprit est lié dans cette vie; mais si les organes exercent une si grande influence sur les manifestations mentales, aucun système de philosophie peut-il mériter l'attention, lorsqu'il néglige l'étude de leurs rapports et traite de la pensée comme si elle pouvait être séparée du corps? Le phrénologue étudie l'homme tel que Dieu l'a créé; sou but est de découvrir les lois qui règlent les rapports de l'âme et de ses organes, sans chercher à découvrir l'essence de l'une et la nature de leur union.
Les notions populaires qui séparent l'esprit de la matière sont donc illusoires; nous ne pouvons dans cette vie étudier l'esprit et le corps comme deux entités séparées. Nous ne pouvons connaître que l'existence composée, qui est réellement. Quelques remarques feront envisager cette doctrine sous son véritable point de vue. D'abord, nous n'avons pas la conscience de l'existence et des fonctions des organes au moyen desquels l'esprit se manifeste dans cette vie : c'est pour cela que la plupart de ses actes nous paraissent purement intellectuels, tandis que l'expérience et l'observation prouvent incontestablement qu'ils dépendent de l'action d'organes corporels. Par exemple, en avançant ou en retirant le bras, nous avons la conscience que nous exécutons un acte de la volonté dont le mouvement du bras est une conséquence, mais nullement de l'existence de l'appareil par le moyen duquel la volonté en a amené l'exécution. Cependant l'expérience et l'observation démontrent dans le bras l'existence de plusieurs os admirablement disposés et articulés pour le mouvement, de muscles doués de la faculté de se contracter et de trois sortes de fibres nerveuses renfermées dans une seule gaine, l'une destinée à transmettre la sensation, la seconde destinée aux mouvements et la troisième chargée de transmettre à l'intelligence une notion exacte de l'état des muscles pendant l'action; tous ces organes, excepté les nerfs
du sentiment, doivent combiner leur action pour que le bras puisse être mû et son mouvement réglé par la volonté. Tout ce qu'une personne étrangère à l'anatomie sait, c'est que le mouvement s'exécute selon sa volonté; l'ensemble de l'action lui apparaît comme purement mental, et l'action de la matière est pour lui bornée au bras seulement. Cependant les recherches anatomiques et physiologiques ont positivement établi que cette conclusion serait erronée, que l'acte n'est pas purement mental, mais qu'il s'accomplit par l'intermédiaire des nombreux organes que nous venons d'énumérer. L'acte de la vision exige également un certain état du nerf optique : l'audition n'a lieu que par le jeu d'organes très-compliqués que renferme le tympan, et pourtant nous n'avons aucune conscience de la part que prennent ces différents organes à l'exercice de cette fonction. En faisant un pas de plus dans la route que nous parcourons, nous constaterons que chacun des actes de la volonté, que chaque éclair de l'imagination, que toute impression, que tout travail de l'intelligence dans cette vie ne s'accomplit que par le moyen d'organes cérébraux dont nous n'avons pas la conscience, mais dont l'existence peut être démontrée par l'expérience et par l'observation ; en un mot que le cerveau est l'organe de T esprit, la condition matérielle sans laquelle aucun acte mental n'est possible dans l'oidre actuel du monde. Les plus grands physiologistes ont tous admis cette proposition sans hésiter. Cullen dit que : « La portion du corps humain qui a « les rappoits les plus immédiats avec l'esprit et que con- € cernent par conséquent le plus spécialement les diverses « aberrations des fonctions de l'intelligence, est le centre coni- « mun des nerfs qu'on appelle le cerveau. »
Ailleurs il dit encore : « Nous ne pouvons douter que les « opérations de l'inielligence ne soient fowyowrs le résultat d'une « certaine action du cerveau. » Le docteur Grégory en parlant de la mémoire, de l'imagination et du jugement, observe que :
— dO —
« Quoiqu'au premier abord ces facultés paraissent eire purement mentales et indcpendanles de la matière, toutefois certaines maladies qui les troublent, prouvent que la santé du cerveau est nécessaire à leur exercice et qu'il est l'organe primitif de la puissance intérieure. »
Un des plus grands physiologistes de l'Allemagne, Blumenbacli, dit: « L'esprit est lié intimement au cerveau qui est la condition matérielle des faits intellectuels : cela est démontré par le trouble des facultés mentales qui accompagnent les afleclions du cerveau. »
Selon M. Magendie, le cerveau est l'instrument matériel de la pensée : cela est prouvé par une multitude d'expériences et de faits.
« Je suis prêt à convenir, dit M. Abernethy, de la proposition que le cerveau des animaux doit être considéré comme l'organe au moyen duquel le principe percevant est diversement affecté: l" parce que dans les sens de la vue, de l'ouie, etc., je vois des organes distincts pour la production de chaque perception; 2" parce que le cerveau est plus volumineux et plus compliqué en raison du nombre des affections dont le principe percevant est susceptible ; 5° parce que les maladies et les blessures troublent ou annulent certaines facultés et sensations particulières, sans nuire à l'intégrité des autres; 4° enfin parce qu'il me semble plus rationnel de supposer que chaque faculté perceptive peut être diversement affectée par le moyen de l'action vitale transmise à travers une grande diversité d'organes, que de supposer que cette variété dépend d'une différence propre à la nature particulière du principe percevant. »
« Si le cerveau n'est pas formé pour l'accomplissement des actes intellectuels, dit M, Lawrence, quelles sont donc ses fonctions? chez les animaux qui possèdent seulement une petite portion de l'organisation du cerveau humain , les sen-
salions existent, souvent même elles sont plus actives que chez l'homme. Quelle fonction assignera-t-on alors à ce surplus que l'homme possède sur les animaux, à quoi serviront CCS hémisphères si volumineux et d'un si prodigieux développement? Croirons-nous qu'ils ne sont là que pour l'élégance de ses formes ou pour remplir la boîte du crâne (i)?i> Ailleurs il dit : « En conformité des vues déjà expliquées relativement à la partie intellectuelle de notre être, je rapporte la diversité des sentiments moraux, des facultés perceptives et réflectives aux diversités de l'organisation du cerveau indiquées par les différentes protubérances qu'on remarque sur le crâne (2) et correspondant avec elles. » Le docteur Mason Good en parlant de l'intelligence, des sensations et du mouvement musculaire, dit: « Il est bien reconnu que toutes ces modifications de l'énergie vitale dépendent du cerveau, qu'il est l'instrument de la puissance intellectuelle et la source des sensations et du mouvement, quoique par l'effet de la connexion intime et de la sympathie qui existent entre les autres organes et le cerveau spécialement les viscères thoraciques et abdominaux, ces diversités aient été dans les premiers âges rapportées à plusieurs d'entre eux avant que les recherches anatomiques aient prouvé à l'évidence que le cerveau est leur véritable point de départ. Ces hypothèses erronées remontent à une si haute antiquité, que non-seulement elles se sont répandues dans tous les pays, mais qu'elles ont envahi toutes les langues: ainsi le cœur, le foie, la rate, les reins et les entrailles sont cités figurément par toutes les nations, comme le siège des facultés mentales ou des sentiments moraux.
L'étude de l'analomie est venue enfin dissiper celte confusion
(i) Cours de physiologie , .leçon 4.
(i) Idem.
des idées et prouver que les organes designés par l'opinion populaire comme le siège des sensations, ne l'étaienl qu'à cause de leur connexion syu)palhique avec le cerveau par l'intermédiaiie des nerfs (i). "
Le docteur ÎN'eil Arnolt, dans ses Éléments de médecine, s'exprime ainsi: «■ Les lois de l'esprit qui peuvent être comprises par la raison ne sont pas les lois de son essence indépendante, mais de l'esprit en connexion avec le corps et sous l'influence de l'organisation vitale. Quelques j)liilosoplies ont pensé que l'esprit séparé de la matière constitue un être universel et intelligent; mais l'esprit lié à la matière peut seul, lentement et au moyen des organes des sens, acquérir des connaissances qui seront plus ou moins parfaites selon que les organes des sens et le cerveau, organe central de l'intelligence, seront plus ou moins parfaits. Un homme né aveugle et sourd, et par conséquent demeuré muet, comme le jeune Mitchell en a fourni l'observation, croit, sans rapports avec le monde extérieur, et ne jouit que d'une existence automatique; un enfant, né avec un cerveau incomplet ou trop rétréci, reste nécessairement dans un état d'idiotisme : l'enfance, l'âge mûr, la décrépitude, si différents entre eux par la puissance corporelle, diffèrent également sous le rapport des facultés mentales et elles sont également toujours d'accord dans leurs manifestations externes.
« La fièvre, un coup reçu à la tête, changent l'homme le plus heureusement organisé sous le rapport de l'intelligence, en un maniaque furieux ; ils rendent une vierge innocente et pure, capable des plus révoltantes obscénités; ils placent le blasphème dans la bouche de l'homme religieux, et le plus grand nombre de cas de folie peut être attribué à un état maladif du cerveau.» (Introduction, p. xsiii.) Est-il né-
(1) Study of medicine, édit. 2, chap. 3.
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cessaire de faire observer que la plupart de ces auteurs sont disposés à soutenir les principes de la plirénologie?
Le fait que les phénomènes intellectuels dont nous avons la conscience sont le résultat de l'action combinée de l'esprit et du cerveau, est complètement prouvé par l'observation des phénomènes qui ont lieu pendant la syncope, le sommeil, ou lorsque cet organe est comprimé.
Lorsque le sommeil est profond, la connaissance est entièrement suspendue; ce fait ne peut s'expliquer qu'en admettant le principe que l'organe de l'intelligence est dans un état de repos complet : mais il serait tout à fait incompatible avec l'idée d'un principe immatéiiel , capable d'agir indépendamment du cerveau, et en effet, s'il en était ainsi, pourquoi la pensée serait-elle suspendue pendant le repos de la matière? Pendant la syncope, le sang n'arrivant plus librement au cerveau, la conscience du moi est momentanément suspendue. Si quelque portion du cerveau est mise à découvert par suite d'une fracture du crâne, on peut, en le comprimant légèrement avec les doigts, suspendre momentanément le sentiment de l'existence et le voir se ranimer aussitôt que la pression cesse. Nous citerons quelques faits à l'appui de ce que nous venons d'avancer.
M. Richerand traitait une malade dont le cerveau était à découvert sur une assez grande étendue, par suite d'une affection des os du crâne. Un jour qu'il était occupé à la panser, il lui arriva, par hasard, de comprimer le cerveau un peu plus que de coutume; au même instant la malade qui, peu de secondes auparavant, répondait à ses questions avec une présence d'esprit parfaite, s'arrêta au milieu de sa réponse et devint complètement insensible. Comme cette pression ne lui avait pas causé la plus légère douleur, elle fut répétée jusqu'à trois fois et toujours avec le même lésuliat. La malade recouvrait toujours ses facultés au moment même où l'on cessait la compression, M. Richerand rapporte encore l'observation d'un
individu qui fut trépané pour une fracture du crâne, et dont les facultés inlcllecliielles et la conscience du moi s'affaiblissaient en raison de la quantité de pus qui, s'accunuilantsous l'appareil, comprimait le cerveau (i). Un homme, à la bataille de Waterloo, reçut une blessure à la tête: une portion du crâne fracassé comprimait le cerveau; le blessé était tout à fait sans connaissance et paraissait presque entièrement privé de vie; M. Cooper ayant relevé la portion d'os déprimée, le malade se leva immédiatement, s'habilla, recouvra sa raison tout entière et guérit rapidement (2). Le professeur Scliapman de Philadelphie, cite, dans son cours, l'histoire d'un individu chez lequel une lésion du crcàne avait mis le cerveau à découvert : soumis par le professeur Weslar à la même expérience que la malade de M. Richerand, ses facultés intellectuelles et morales se suspendaient pendant la pression pour récupérer leur activité pleine et entière aussitôt qu'elle cessait (3). Un fait encore plus remarquable rapporté par sir Aslhley Cooper, a été observé sur un individu nommé Johns. Cet homme fut privé de connaissance par suite d'un coup qu'il reçut à la tête à bord d'un vaisseau dans la Méditerranée. Il vécut pendant plusieurs mois à Gibraltar dans un état d'insensibilité complète, après quoi il fut transporté à Depiford et ensuite à l'hôpital Saint- Thomas de Londres. M. Cline, chirurgien, remarquant qu'une portion du crâne était déprimée, le trépana et enleva la pièce osseuse qui comprimait le cerveau: trois heures après cette opération, le malade s'assit sur son lit, il avait récupéré le sentiment et la volonté, et quatre jours après il pouvait soutenir une conversation. Les dernières circonstances qu'il se rappelait étaient la prise d'un bâtiment à laquelle il avait coopéré dans la Méditerranée , treize mois auparavant. Un jeune
(1) Nouveaux éléments de physiologie, 1' édit., t. 2, p. 195 à 198.
(2) Hennen's principlesof military surgery.
(3) Principles of medicine hy Samuel Jackson M. D.
homme de Harlford, aux États-Unis d'Amérique, immédiatement après une chute , perdit connaissance au point qu'on le crut mort. Le docteur Brigham enleva phis d'un demisetier [gill] de sang caillé épanché sous le crâne : immédiatement après le malade parla, recouvra toute son intelligence, et six semaines après l'accident il était complètement rétabli (i).
Pinel rapporte une observation bien propre à prouver l'intime connexion qui lie le cerveau et l'esprit. «Un homme, dil-il, habitué à des travaux mécaniques, fut renfermé à Bicêtre; il éprouvait, à des intervalles irréguliers, des accès de folie caractérisés par les symptômes suivants : c'était d'abord une sensation de chaleur brûlante dans les viscères abdominaux, accompagnée d'une soif intense et d'une forte constipation; la chaleur s'étendait graduellement à la poitrine, au col et à la face avec turgescence de ces parties, remarquable surtout aux tempes où l'on voyait de fortes et fréquentes pulsations des artères temporales qui semblaient comme prêtes à se rompre; enOn l'affection nerveuse arrivait au cerveau et le malade se sentait une propension irrésistible à verser le sang; s'il avait pu se saisir d'une arme quelconque, il aurait sacrifié, dans sa fureur, la première personne qu'il aui'ait pu atteindre (2). » Le même auteur parle d'un autre insensé dont le caractère était d'une douceur et d'une réserve remarquables pendant les intervalles de lucidité, mais qui changeait totalement lorsque le cerveau était excité par l'accès. <i Au retour du paroxysme, dit Pinel, particulièrement quand il était marqué par une rougeur de la face, une chaleur excessive de la tête et une soif violente, il marchait d'un pas précipité, ses regards étaient pleins d'audace, il éprouvait une grande propension à provoquer
(i) Remnrks on thc influences of mental cultivation, etc. upon health, by Amariah IJrigliani. FSoston 1853.
(2) Pinel, De rAliénation mentale, p. lo7, § 160.
et h combattre ceux qui s'approchaient do lui (i). Le docteur Richy rapporte le cas d'un nègre de Madagascar qui fut pris de délire avec forte tendance 5 détruire, par suite d'une blessure qu'il avait reçue à la tête vers la partie inférieure de l'os pariétal gauche : en guérissant il devint plus calme et moins sanguinaire, mais à la moindre pression exercée sur la blessure par le bandage, les paroxysmes de fureur recommençaient (2). î La supposition que le cerveau est l'organe de l'esprit est pleinement confirmée par les phénomènes que l'on observe quand il est exposé à l'air par suite de l'enlèvement d'une portion du crâne : sir Asthley Cooper mentionne le cas d'un jeune homme qui lui fut présenté ayant une portion du crâne en\e\ée justemeni au-dessus du sourcil. «En examinant la tête, dit sir Asthley, je vis distinctement les pulsations du cerveau; elles étaient lentes et régulières; mais de temps en temps à la moindre opposition à la volonté du malade , elles devenaient plus rapides , le sang paraissait arriver au cerveau avec plus de force et les pulsations devenaient fréquentes et violentes. En conséquence, ajoute-t-il, si vous omettez de soustraire le malade à toute agitation morale dans les cas de cette nature, vous risquerez de voir échouer tous les autres moyens de guérison (3).
Dans un cas semblable observé par Blumenbach , ce physiologiste remarqua que le cerveau s'affaissait pendant le sommeil du malade pour se relever sous l'impulsion du sang au moment du réveil (4). »
Un troisième cas est rapporté par le docteur Pierquin, observé par lui dans un des hôpitaux de Montpellier pendant l'année 1821. Le sujet de l'observation est une femme qui avait
(i) Pinel, ouvrage cité, p. 101 , § 116.
(2) Journal de la société Fhrénologique de Paris, n'S, p. 171.
(3) S. A. Cooper's Lectures on Surgery by Tirrel, 1. 1, p, 283.
(4) Elliotson's Blumenbach, ¥ édit., p. 283.
perdu une grande porlion des téguments, du crâne et de la dure-mère, de sorte que le cerveau était à nu sur une large étendue. Quand son sommeil était calme, le cerveau était sans mouvement et au-dessous du niveau de l'ouverture osseuse; si son sommeil était imparfait ou agité par des rêves, le cerveau entrait en mouvement et s'élevait à travers l'ouverture en formant une sorte de hernie cérébi'ale. Lorsque les rêves étaient très-animés, selon les rapports de la malade, le soulèvement était considérable; mais il était encore plus marqué lorsqu'elle était éveillée, surtout si l'action de sa pensée était très-active, ou si elle était engagée dans une conversation animée (i). Un des auteurs de la Revue Médico-Chirurgicale rapporte, à l'appui de ce cas, que quelques années auparavant il avait eu l'occasion d'être témoin de faits semblables chez un jeune homme d'une constitution très-robuste, qui avait perdu une porlion considérable du crâne, par suite d'un accident qui avait failli être mortel. Quand on lui causait de la douleur, qu'on excitait ses craintes ou sa colère, le cerveau se tuméfiait d'une manière remarquable, au point même de déranger le bandage qu'on avait soin d'appliquer légèrement, et il battait tumultueusement d'une manière isochrone aux pulsations artérielles (2).
Ces phénomènes prouvent évidemment que le cerveau, comme les muscles et les autres organes du corps, reçoit une plus grande quantité de sang quand il est dans un état d'activité, que quand il est dans un état de repos, et que, lorsque les vaisseaux cérébraux sont remplis, le volume de cet organe augmente et le force à s'élever à travers les ouvertures accidentelles^ comme nous venons de le voir (0).
(1) Annals of Plirenology , n° i , Poston U. S. Oot. 1855, pag. 37.
(2) On trouvera dans l'Appendice d'aulres preuves encore que le cerveau est l'organe de rinlolligcnce.
(3) L'augmentation de volume du cerveau n'est-elle due qu'à la turgescence des vaisseaux sanguins? Nous ne le pensons pas. {!Vo(e du trad.)
La Revue d' Edimbourg , dont la tendance au scepticisme est assez connue, admet la doclrine phrénologiquc dans toute son étendue. « Dès les premiers temps des études anatomicpies, dit un des rédacteurs, n°94, le cerveau fut considéré comme un organe de la plus haute importance, surtout dans l'espèce humaine; comme le siège de la pensée et du sentiment, le centre de toutes les sensations, le messager de l'intelligence, l'organe régulateur de toutes les fonctions du corps.
«Toute sa supériorité (de l'homme sur les animaux) les facultés qui l'élèvcnt et constituent sa dignité, la puissance de sa raison, ses sens moraux, ses jouissances les plus douces, les hautes destinées auxquelles il aspire, il les sent, en jouit et les manifeste au moyen de la supériorité de son système nerveux. Ses blessures alïaiblissent ces sensations, ses imperfections les liraiteul, sa destruction (humainement parlant) les anéantit. »
Eu outre, on peut remarquer que nous avons la conscience que c'est dans la tête que s'exécutent les opérations de l'intelligence, sans néanmoins que rien nous révèle quelle est la substance qui est contenue dans l'intérieur du crâne. C'est seulement en ouvrant la tèle que l'on peut découvrir que le crâne renferme le cerveau, et alors, par un acte de l'entendement, nous en inférons que l'esprit doit avoir des rapports avec cet organe dans ses opérations.
Il est également digne de remarque, que les notions populaires qui placent l'esprit en dehors de la matière, appartiennent aux temps modernes et sont nées des théories philosophiques, imaginées depuis les temps de Locke. Shakspeare et nos vieux écrivains confondent fréquemment le cerveau et les fonctions intellectuelles; et même de nos jours, le langage vulgaire, moins influencé par les théories philosophiques que la langue scolastique , est sous ce point moins en désaccord avec la nature. Un individu stupide est vulgairement appelé
lourde tête, crâne épais, etc., tandis qu'une personne intelligente est désignée par les mots forte tête, tête pleine. La folie est appelée coup' de marteau, etc.
Quand un catarrhe affecte les fosses nasales, nous nous plaignons de stupidité parce que nous avons pris uu froid à la tête (i).
Le principe sur lequel j'ai tant insisté, savoir : que nous n'avons nulle conscience de l'existence et des fonctions des organes au moyen desquels s'accomplissent les actes de l'intelligence, explique la source de l'idée métaphysique dont les langues modernes sont empreintes, que l'esprit est une entité isolée. Les actes qui résultent réellement de l'action combinée de l'esprit et de ses organes paraissent, pour quiconque ne s'est point livré aux études anatomiqucs et pathologiques, produites par l'esprit exclusivement. De là le peu de compte que l'on a tenu de ces organes et le ridicule c[u'on a lente de jeter sur ceux qui ont voulu faire ressortir leur importance dans l'étude de la philosophie de l'esprit. Par suite des explications que nous avons données, le lecteur pourra apprécier la valeur réelle des raisonnements avancés par lord Jeffrey dans sa critique de la 2® édition de cet ouvrage qui se trouve d'Uîs le n" 88 de la Revue d'Edimbourg. « Nous osons alîirmer qu'il n'existe pas la plus petite raison de croire que l'esprit ait besoin, pour ses opérations, d'aucun organe matériel, si ce n'est pour arriver â percevoir les objets matériels, ou bien pour l'exécution des mouvements du corps qu'il, habite. » Et plus loin : « Il n'existe pas la moindre raison de nature à IVùre supposer qu'aucune de nos facultés, si ce n'est celles qui nous mettent en rapport avec le monde extérieur ou dirigent les mouvements du corps, agissent par l'intermédiaire des organes matériels. » C'est-à-dire que le sentiment.
(1) Elliotson's Blumenbacli, page G6.
l'imagination et la réflexion sont des actes purement mentaux sans aucune connexion avec l'organisation.
Cependant, longtemps avant que lord Jeiïrey n'écrivît ces sentences, le docteur Thomas Brown s'exprimait ainsi dans la même Bévue: «La mémoire, l'imagination et le jugement peuvent être plongés dans le sommeil au moyen de quelques grains d'une drogue fort commune et fort simple. » Les docteurs Cullen, Blumenbacli, Grégory et Magendie, tous physiologistes également distingués, avaient formellement avancé que les facultés mentales dépendent du cerveau.
Lord Brongham, dans son Discours de théologie naturelle, argumente également en faveur de l'indépendance de l'esprit et de la matière vivante; il donne comme preuve de cette proposition le phénomène des rêves, et il ajoute que: « à moins que quelque accident violent et inattendu ne survienne, tel qu'une maladie grave, une forte contusion, le cours ordinaire de la vie présente l'esprit et le corps agissant d'une manière tout à fait indépendante et môme souvent dans un sens tout à fait contraire. » (Page 120.) Diigald Slewart a réfuté cette assertion. « Chez les vieillards, dit-il, on remarque généralement que le déclin des facultés intellectuelles suit le déclin de la santé et de la vigueur corporelle. Les rares exceptions que l'on remarque dans l'universalité de ce fait prouvent seulement qu'il existe des maladies mortelles qui n'intéressent point cette partie du corps avec laquelle les opérations de l'intelligence ont les rapports les plus immédiats (i). » Lord Brougham est évidemment en conti'adiction avec lui-même; car il commence par soutenir que l'esprit est entièrement indépendant du corps, et ensuite il admet qu'une maladie grave peut enrayer sa puissance. Comment, dans son hypothèse, peut-il expliquer que l'esprit peut être plus affecté
(i) Oullincs of moral philosophy , p. 233.
par une maladie grave que par lu plus légère indisposition?
11 existe une opinion populaire que la consomption pulmonaire et les autres maladies de langueur, accompagnées d'émaciation du corps, n'ont aucune action sur les actes de l'esprit qui conserve sa vigueur jusqu'à l'heure de la dissolution. Ce fait, s'il était fondé, militei">it sans doute contre la doctrine qui établit que l'esprit se ressent de l'état des organes; mais il n'est rien de moins fondé en réalité. Il existe une énorme différence entre le dérangement d'un organe et une simple faiblesse dans l'exercice de ses fonctions. Dans la consomption pulmonaire, en général, le poumon seul est désorganisé: le cerveau et les autres organes restent souvent sains, quoique affaiblis dans leurs fonctions : l'intelligence de ces malades nesoulfre, en conséquence, nulle altération marquée; seulement elle perd de sa vigueur (i). Dans ces cas, le malade ne continue-t-il pas à marcher malgré raifaiblissement des membres? Mais tel qui, dans l'état de santé, eût pu faire plusieurs milles sans fatigue, peut à peine, lorsque la maladie est arrivée à son apogée, traverser son appartement. On peut donc dire, à la rigueur, que ces malades marchent jusqu'à leur dernier jour; mais serait-il sensé de soutenir que leur puissance de locomotion est égale jusqu'à la mort? 11 en est de même des fonctions du cerveau et de l'esprit.
Que devient alors la proposition que le cerveau est l'organe de l'esprit implicitement? Cherchons une analogie dans les fonctions de l'œil. Si l'œil est l'organe de la vision, on doit convenir : i° que la vision ne pourrait avoir lieu sans cet instrument; S^'que chaque acte de la vision doit être accompagné d'un état correspondant d(î l'organe et vice versa, que toute modilication dans la condition de l'organe doit inllucncer la
(1) Et quand mémo, dans quelques cas, il serait vrai que les fondions intellccluellcs s'exercent avec plus de vigueur, rnanquerait-on de raisons physiologiques p our expliquer ce phénomène ? {Note du Iraduclcur.)
vision; 3" que la perfection tic la vision est en raison de la perfection de l'organe. De la même manière, si le cerveau est l'organe de l'esprit, il s'ensuivra que l'esprit ne peut accomplir aucun acte pendant la vie indépendamment de cet organe: i° que toute émotion, tout jugement dont nous avons la conscience, résulte de l'action simultanée et dépendante de l'esprit et de son organe; 2° que toute aiïeclion mentale doit être accompagnée d'un étal correspondant de l'organe, et, vice versât chaque état de l'organe doit donner lieu à certain état de l'esprit; et 5" que la perfection des manifestations de l'esprit dépend de la perfection de ses oi'ganes. Ces propositions pai-aisscnt incontestables, et il suit, comme conséquence nécessaire de ce simple fait, que l'esprit agit i>ar l'intermédiaire des organes. Et, si cette conséquence est bien fondée, de quelle importance ne devient point l'étude de l'organe de l'esprit? N'est-ce pas là l'étude de l'esprit lui-même sous le seul point de vue où nous puissions l'envisager? Et le fait même, que pendant les siècles écoulés l'esprit a été étudié indépendamment de l'organisation, prouve, malheureusement, qu'indépendamment de la phrénologie, la philosophie morale ne peut atteindre à aucun but pratique de quelque utilité.
Admettant donc comme une vérité établie par le témoignage des physiologistes les plus estimés et par l'observation, que le cerveau est l'organe de l'esprit, et que de son état dépendent les puissances intellectuelles, la question suivante se présente d'elle-même, savoir: Si chaque acte de l'esprit exige l'action du cerveau tout entier agissant comme un seul organe, ou bien si les différentes facultés mentales sont en rapport avec des portions distinctes du cerveau formant leurs organes respectifs? Les considérations suivantes nous permettront de résoudre cette question.
1° Ce que nous connaissons relativement aux autres fonctions nous apprend que jamais un organe n'est destiné à l'accomplis-
sèment de plusieurs fonctions, mais d'une seule: c'est-à-dire que chaque fonction a son organe particulier, par exemple: l'estomac digère l'aliment, le foie sécrète la bile, le cœur donne au sang sa principale impulsion, l'œil voit, l'oreille entend, la langue goûte, le nez sent, et si on analyse ces exemples, on trouve que toutes les fois que la fonction est composée, chaque élément de fonction s'exécute au moyen d'un organe distinct : et pour celle de la langue, par exemple, on y voit un nerf dont l'usage est de présider à ses mouvements, un autre nerf est destiné à communiquer les sensations ordinaires du tact, et un troisième exclusivement destiné au sens du goût. Une semblable combinaison de nerfs s'observe aux mains, aux bras et à toutes les parties du corps où il existe des muscles soumis à l'empire de la volonté: un nerf donne le mouvement, un autre sert au sentiment, tandis qu'un troisième est destiné à portera l'esprit la connaissance de l'état actuel des muscles, et, excepté pour la langue, tous ces nerfs sont renfermés dans une gaine commune.
L'économie humaine n'a offert, jusqu'à ce jour, aucun exemple d'un nerf servant à deux fonctions, telles, par exemple, que de comnmniquer à la fois la sensibilité et le mouvement, la vue et l'ouic, le goût et l'odorat. La moelle épinière est formée de trois colonnes doubles : la colonne anlérieure de chacune des divisions latéi'ales est chargée du mouvement; la postérieure, de la sensibilité; celle du milieu sert à la respiration. L'analogie, pour ce qui concerne le cerveau, ne doit-elle pas nous conduire à penser que si le raisonnement est un acte essentiellement dillerent de l'amour ou de la haine, il doit exister un organe pour le raisonnement, un autre pour l'amour, un autre pour la haine ?
2° (i) Il est une vérité incontestable, c'est que les diverses
(i)La plupart des raisonnements qui suivent sont extraits des observations
puissances intellectuelles de l'homme apparaissent successivement, et qu'en règle générale les facultés rénoclives et raisonnantes sont colles (jui arrivent le plus taid à Icnr état de pcifeclion. Clie/ l'enfant les émotions de la crainte et de l'amour apparaissent avant celles de la vénéralion; et la faculté d'observer l'existence et les qnalités des objets extérieurs, arrive beaucoup plus tôt à sa matuiité que celle des raisonnements abstraits. Chaque jour l'observation démontre que le cerveau éprouve des changements correspondants, tandis que rien ne pi'ouve que le principe immatériel vaiie en puissance, d'année en année. Si chacune des facultés de l'esprit était liée au cerveau tout entier, ce développement successif des puissances intellectuelles serait tout à fait dilférent de ce que nous devrions attendre à priori, car si l'organe en masse était capable d'exécuter complètement une des facultés mentales, il devrait être également en état de les exécnler toutes. L'observation, au contraire, démontre que les dillerentes parties du cerveau sont réellement développées à des périodes différentes de la vie, périodes auxquelles correspondent les manifestations successives des facultés. Dans l'enfance, selon Chaussier, le cervelet ne forme que la quinzième partie de la masse encéphalique; dans l'adulte, il en forme la sixième ou huitième partie, son volume étant ainsi en rapport direct avec l'énergie de la propension vers le sexe, faculté dont il est l'organe. Dans l'enfance, la partie moyenne du front prédomine généralement; à une époque plus avancée de la vie, les parties supérieures et latérales deviennent plus proéminentes. Ces faits sont aussi strictement d'accord avec l'énergie plus grande des facultés de l'observation et du raisonnement.
o° Le génie est presque toujours partieL En serait-il ainsi si
du D'' André Combes en réponse aux objections contre la phrénologie du D' Barclay publiées dans les Transactions de la société phrénologique. s (Edimbourg, 18:24, page 415.)
l'organe de l'esprit était unique? Tel est poëte ou mécanicien, peintre, musicien, malliématicien, cjui n'est, relativement aux autres facultés intellectuelles, qu'un homme tiès-ordiiiaire. Quelquefois ces facultés se manifestent dès l'àge le plus tendre.
4° Le phénomène des rêves est aussi tout à fait contraire à la supposition de l'unité de l'organe cérébral, tandis qu'il s'expli(pic paifaitement par l'hypothèse de la pluralité. En rêvant, l'esprit éprouve de nombreuses et vives émotions, telles que la crainte, la colère, l'aireclion. Ces émotions se succèdent l'une à l'autre et s'elîacent sans le contrôle des puissances intellectuelles. L'esprit est plein de mille conceptions diverses, quelquefois liées et rationnelles, mais plus souvent absurdes et incohérentes, et toutes dilférant évidemment des opérations de l'intelligence pendant la veille par leur défaut de consistance et de sens. Ces phénomènes s'harmonisent d'une manière remarquable avec la théorie de la multiplicité des organes cérébraux, dont quelques-uns, en agissant pendant le sommeil des autres, donnent lieu aux idées et aux sensations désordonnées qui constituent les rêves.
Il est clair que si l'organe de l'esprit était unique, toutes les facultés seraient à la fois éveillées ou endormies et que rien de semblable aux rêves ne pourrait avoir lieu.
5° Tout le monde admet l'idiotie et la manie partielle; et encore ici ce phénomène est en contradiction flagrante avec l'idée d'un organe unique, à tel point que Pinel lui-môme, qui était loin d'être partisan de la phiénologie, se demandait comment on pourrait expliquer ce phénomène sans elle?
L'idiotie partielle est cet état dans lequel un individu possède une ou plusieurs facultés intelleciuelles à un degré d'énergie ordinaire, tandis qu'il est plus ou moins piivé de la faculté de manifester toutes les autres. Pinel, ILislam, Ilusli, Esquirol , et enfui tous ceux qui ont écrit sur la folie, parlent du développement partiel de certaines facultés de l'intelligence chez les
iiliols; et Rush, en particulier, fait allusion non-seulemeiU aux facultés intellectuelles, mais aussi à la possession de quelques facnllés morales. Certains idiots, dit-il, sont remarquables par la force do leurs sentinuMils moraux, tandis que quelques hommes de génie se font remarquer dans le sens contraire. Fodéré, dans son Traité du Gotlre et du Crélinismc, s'exprime ainsi : « Il est remarquable que, par une inexplicable singularité, quelques-uns de ces individus (crétins), dont l'intelligence est si faible, naissent pourtant avec un talent particulier pour le dessin, la musique, la rime. J'en ai connu plusieurs qui d'euxmêmes avaient appris à jouer passablement de l'orgue et du clavecin; d'autres, qui, sans l'avoir jamais appris, savaient raccommoder une montre et même construire qncl((ues pièces mécaniques. » 11 ajoute que cette puissance ne pouvait pas être attribuée à l'intelligence, « car ces individus étaient non-seulement incapables de lire les ouvrages qui traitent des principes de la mécanique, mais ils étaient tout à fait déroutés lorsqu'on en parlait, et ne se perfectionnaient jamais. » On doit remarquer aussi que ces infortunés diffèrent beaucoup entre eux par l'espèce, ainsi que par la force de la faculté mentale qu'ils possèdent. Tel, par exemple, est plein de bienveillance et du meilleur caractère; tel autre se montre querelleur et méchant; celui-ci aime la musique avec passion ; un autre y est tout à fait insensible. Pinel a rapporté l'observation d'une fille idiote qui possédait au plus haut point la faculté d'imiter toutes les personnes qu'elle voyait ou entendait, et qui pourtant paraissait complètement dénuée d'intelligence au point de n'attacher aucune idée aux mots qu'elle répétait. Le docteur Rush parle d'un homme qui était remarquable par la force de ses sentiments religieux quoiqu'il ftit tout à fait privé des autres sentiments moraux et de tout entendement. On voit des crétins C[ui ne manifestent aucune faculté de l'esprit, si ce n'est une forte amalivilé.
11 faut remarquer, en oulrc, que ces traits caractéristiques de chaque cas en particulier sont invariables. L'idiot qui manifeste aujourd'hui la faculté des tons, les sentiments de bienveillance, de vénération ou de l'estime de soi, ne présentera pas le lendemain ou dans un an la prédominance d'une faculté différente. Si le manque de volume du cerveau, considéré comme organe unique, était la cause de l'idiotie, ces phénomènes ne pourraient pas avoir lieu; car, par cela seul qu'il aurait la puissance de manifester une seule faculté, il devrait, en raison des circonstances au milieu desquelles l'idiot serait placé, être également en état de manifester toutes les autres lorsque leur activité serait sollicitée, etc. Ainsi le caractère de l'idiot, au lieu d'être permanent, se modifierait à chaque événemenl, ce qu'on n'a jamais observé. Fodéré appelle ces faits d'inexplicables singularités, et sans aucun doute, selon sa théorie, cela doit être ainsi. Pour le phrénologue, leur explication est en parfaite harmonie avec ses idées. La différence des facultés intellectuelles que manifestent quelques idiots est aussi grande que cellequi existe entre les sensations quefontnaitre,parexemple, un son,uneodeur. En conséquence, inférer qu'un organe unique sert à la manifestation de toutes ces facultés, serait aussi peu logiqueque de supposer que tous les sens externes n'ont qu'un seul appareil organique, en dépit des faits qui prouvent qu'un individu peut être aveugle sans être sourd, ou sourd sans être aveugle.
La manie partielle est un état dans lequel une ou plusieurs facultés de l'esprit sont déi'angées, tandis que les auli'cs restent saines : elle est connue sous le nom de monomanie; ainsi que l'idiotie, elle exclut la possibilité d'un organe uni([ue pour toutes les facultés intellectuelles ; car on rencontre toujours cette objection, que si l'organe est en état de manifester une faculté dans sa perfection, il doit être également capable de les manifester toutes, ce qui cependant est connu pour être eu opposition directe avec les faits.
Relativement à la folie raisonnanle y Pinel s'exprime ainsi : «; L'Iiôpilal des insensés n'est jamais sans quelques exen)ples de manie caractérisée par des actes d'extravagance ou même de fureur et accompagnée d'une certaine intégrité de jugement. Ces malades font les réponses les |)lns justes et les |)his précises aux questions qu'on leur adresse : il est impossible de distinguer aucune incohérence dans leurs idées: ils lisent et écrivent des lettres comme si leur intelligence était parfaitement saine, et pourtant, par un singulier contraste, ils mettent en pièces leurs vêlements et leurs couvertures, et trouvent toujours quelque raison [)lausible pour justifier ces actes d'une fuienr insensée. C(;lie sorte de manie est si commune, que le nom vulgaire de folie raisonnanle lui a été donné. » (Page 93.) Ici encore il serait impossible de concilier ces faits avec l'idée qu'un seul organe exécute à lui seul tous les actes intellectuels.
G" Outre les phénomènes qu'on observe dans l'idiotie et dans la folie, il est une autre classe de faits (auxquels je me contenterai de faire ici allusion) également en désaccord avec la supposition d'un organe unique de l'esprit, savoir : les blessures partielles du cerveau qu'on dit avoir existé sans aucun trouble des facultés mentales. Je ferai observer seulement que si toutes les parties du cerveau étaient intéressées dans l'exécution de chacun des actes intellectuels, il serait étrange que les actes s'accomplissent également quand une grande partie du cerveau est lésée ou détruite, de la même manière que lorsque son tissu est intact dans toutes ses parties; si le fait était réel, comme on prétend l'avoir constaté, le cerveau ferait une exception aux lois générales qui régissent les autres organes; car, quoiqu'une portion des poumons puisse suffire au maintien de la respiration, qu'une portion de l'estomac suffise à la digestion à un degré suffisant pour soutenir la vie, il n'est pas un seul exemple dans lequel ces fonctions aient été exécutées par les organes malades comme elles le sont quand les poumons ou
l'estomac sont à l'état normal et jouissent de toute leur activité naturelle. Les phrénologues n'ont besoin de recourir à aucun subterfuge pour concilier l'observation de ces faits avec leur système, car, la plui alité des organes du cerveau étant admise, l'explication est facile et satisfaisante.
7° L'expéiicnce de chaque jour foiu'nit la preuve que l'esprit manifeste une pluralité de facultés exécutée par une pluralité d'organes. Qu'un individu reçoive un alïront au milieu d'une assemblée respeciaLle, les émotions morales qui suivent peuvent s'éveiller simultanément : sa colère s'allume, mais bientôt, par un sentiment de respect pour les personnes présentes, la réflexion arrête la vengeance. Un tel état d'esprit peut durer pendant plusieurs heures. Un organe unique pouirait-il en même temps éprouver l'indignation, le respect et commander la modération? On sent que cela ne peut se faire que par plusieurs organes. Pourrions-nous, tout à la fois, ressentir des émotions aussi opposées si nous n'employions pas divers instruments pour y arriver. Tel homme donne un coup de poignard tout en souriant à son adversaire et en lui adressant des paroles de paix. Le peintre chante tout en travaillant, et si le même homme ne peut à la fois faire de la poésie et calculer des logarithmes, c'est parce qu'une partie des organes dont l'aclion est nécessaire à l'une de ces opérations, l'est aussi pour l'autre, et que le même organe ne peut accomplir deux phénomènes à la fois.
11 résulte des considérations précédentes, qu'une théorie fondée sur l'idée que le cerveau est un organe unique serait de tous points en désaccord avec les fails qui résultent de l'élude de l'esprit; tandis que, d'un autre côté, le principe de la pluralité des organes permet d'en expliquer un grand nombre et s'accorde avec tous. Ainsi donc celte vérité est démontrée non par des faits rares et supposés, que peu de personnes peuvent vérifier, mais par les faits nombreux qui chaque jour se pré-
sentent d'eux-mêmes à noire ol^servalion et tombent pour ainsi dire sons nos sens. Ce principe a un tel degré do probabilité, qn'il avait déjà depuis longtemps frappé l'esprit d'un grand nombre d'observateurs. « Le cerveau est un organe trèscompliqué, dit Bonnet, ou plutôt un assemblage d'organes divei's (i). » Tissot soutenait qu'à cliacune des perceptions était afleciécune fibre diflerenle (2).II;illi.'r et Van Swielen pensaient que les sens internes avaient dans le cerveau des organes distincts de la même manière que les nerfs des sens externes (r,). Cabanis a émis une opinion semblable (i). Telle était encore l'opinion de Procliaska. Cuvier dit que « certaines parties du cerveau dans les dilférentes espèces d'animaux sont petites ou volumineuses selon certaines qualités dont ces animaux sont doués (b). » Le mémo auteur admet que la doctrine de Gall sur les fondions du cerveau n'est nullement opposée aux principes généraux de la physiologie (6). Sœnnucring assurait que l'on trouverait un jour le siège particulier des dilférenls ordres d'idées. « Que les esprits timorés prennent donc courage, dit le docteur Georget, et qu'appuyés sur de si hautes autorités, ils ne craignent pas d'être accusés du crime impardonnable d'innovation et de passer pour cranioscopistes en admeitant la pluralité des organes et des facultés intellectuelles dans le cerveau, ou au moins en osant examiner cette théorie (-). »
Fodéré lui-môme, adversaire ardent de la phrénologie, après avoir récapitulé une nombreuse série d'arguments semblabhïs à ceux que nous avons donnés ci-dessus et qu'employaient les philosophes qui ont précédé Gall et Spurzheim pour supposer
(i) I^alingénésie, toni. I, page 35i.
(2) OEuvres, tom. III, p. 55.
(3) Van Swielen, tom. I, p. AM.
(4) Rapportdu physique etdu moral de i'homme, 2' édit., tom. I, p. 255-23i. (s) Anatomie comparée , lom. II.
(6) Kapporl historique sur les progrès des sciences naturelles, page 193. (n) Physiologie du système nerveux, lom. I, page 126.
l'existence de la pluralité des organes, est forcé d'admettre que « celle sorlc de raisonnement a été cm|)Ioyée par le plus grand nondjre des anatomistes depuis Galien jusqu'à nos jours, et même par le grand Ilaller qui sentait le besoin d'assigner une fonction à chacune des parties du cerveau. » Pinel aussi ((Jans l'article Manie de V Encyclopédie méthodique), après avoir rapporté quelques cas de folie partielle, demande si toute celle série de faits peut s'accorder avec l'opinion d'une faculté unique et d'un seul organe de renlendcmenl; et même dans la Revue d'Edimhourg (n° XCIII), on loue sir Charles Bell d'avoir attaqué l'opinion commune « que la sensation et la voliiion puissent être conunnniquées par le même nerf,» et pour avoir prouvé « les diil'érentes fonctions des din'ércntes parties du cerveau et du cervelet. »
Il est donc peu surprenant que les hommes réfléchis aient été de bonne heure amenés à penser que les diverses facultés moniales devaient être en rapport avec diverses portions du cerveau. Aussi, avant le xviii° siècle, époque où la philosophie nouvelle fut professée à Paris, nous trouvons des traces de celle opinion commune, non-seulement chez les anatomistes et les physiologistes célèbres, mais aussi dans tous les auteurs qui ont écrit sur la nature humaine.Burton, dans son ^«afomî'e de la Mélancolie (publiée en iG21), dit : « Il existe trois sens inleines, ainsi appelés parce qu'ils viennent de l'intérieur du crâne, savoir : le sens commun, la fantaisie et la mémoire. » Il dit du sens commun, que « la pailie anléi'ieure du cerveau est son organe ou son siège; » de la fantaisie ou imagination, que quelques-uns désignent par le nom d'estimative ou cogitative, que « son organe est dans le ventricule moyen du cerveau ; » et de la mémoire, que « son siège ou son organe est à la partie postérieure. » Telle était l'idée qu'Arislole s'était formée des facultés, id<'e qui fut adoptée avec peu de modifications par les écrivains du moyen âge. Dans le xiii*" siècle, une tête
divisée en régions, selon celte opinion, fut construite par Albert le Grand, évèqne de Ralisbonne, et une autre fut publiée par Pierre Montiignana en 1491 (i).
Enfin, nne autre fut publiée à Venise, en 1562, par Ludovico Dolci, dans un traité sur les Moyens d' étendre et de conserver la mémoire.
Nous en donnons ici une copie.