‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · EXPLICATION DE LA PLANCHE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE

'•"' ^fj^^\

Fantasia.

Cogiiativa.

Ver mis.

Sensus communis

Imagina.

.Estimativa.

^Momoraiiva.

^ij,;,

Olfaclus.

Guslus.

Il existe , au Musée britannique , une carte de l'univers et des éléments des sciences, sur laquelle est dessinée une tête. Elle fut publiée à Rome en 1652 (2).

Si donc tant de physiologistes et d'écrivains ont élé amenés à penser que les organes intellectuels étaient multiples, en trouvant qu'il serait absurde d'attribuer des phénomènes si variés à l'action d'un seul et même organe, nous ne risquerons pas de tomber dans une trop grande erreur, en disant que cette dernière notion , loin d'être évidente , parait si improbable , que , pour la soutenir, des faits plus concluants encore que ceux qui

(i)Gall, Sur les Fondions du Cerveau, in-S". Paris, 1822-1823, tom. II, p. 3o4-ôo5.

(2) Elliotson's Blumenbacb, page 20a,

prouvent la proposition contraire, seraient nécessaires, et que toutes les présomptions sont en faveur de la théorie qui admet que les facultés mentales s'exécutent au moyen d'organes multiples.

Nous avons tâché de démontrer, i° que l'opposition aveugle et passionnée que la phrénologie a rencontrée dès sa naissance, l'obstination que mettent encore à la combattre des hommes d'une haute réputation scientifique , ne prouvent pas que cette science soit erronée , car la plupart des grandes découvertes ont eu à subir le même sort; 2° qu'il est impossible à l'intelligence de comprendre l'esprit comme entité distincte de la matière, et que c'est parce qu'ils ne peuvent par la conscience seule arriver à connaître l'action des organes, que les métaphysiciens ont supposé que leurs sensations et leurs perceptions intellectuelles étaient des émanations d'un esprit pur, tandis qu'elles sont le résultat de l'esprit agissant par l'intermédiaire des organes; o° que les anatomistes et les physiologistes les plus éminenls ont de tout temps considéré le cerveau comme l'organe de l'intelligence, et que l'opinion vulgaire a toujours placé son siège dans la tête, quoiqu'elle ne possédât aucune donnée sur la substance qui occupe l'intérieur du crâne ; qu'il résulte de l'idée même que l'esprit agit par l'intermédiaire d'un organe , que chacun des actes intellectuels est nécessairement accompagné d'une modification du cerveau, et vice versa, de sorte que la vraie philosophie de l'esprit ne peut être découverte si on ne prend pas en considération l'influence des organes; 4° que l'analogie des nerfs du sentiment et du mouvement des cinq sens et des autres parties du corps, servant tous à l'exécution de fonctions distinctes au moyen d'organes séparés, l'apparition et l'accroissement successif des facultés chez l'enfant, les phénomènes du génie partiel, des rêves, de la monomanie, les blessures du cerveau, fournissent des preuves évidentes que l'esprit manifeste une pluralité de fa-

cultes au moyen d'organes variés et exclut la supposition d'une puissance unique, opérant au moyen d'un organe commun.

11 reste , en conséquence, à étudier l'elTet que produit l'état matériel de ces organes sur les actes intellectuels, s'il est indifférent qu'ils soient volumineux ou petits, bien ou mal conformés , sains ou malades.

Les faits que nous allons examiner prouveront que dans les autres appareils de la nature vivante le volume d'un organe, toutes choses égales d'ailleurs, donne la mesure de la puissance de ses fonctions, c'est-à-dire, que plus il est petit, moins il montre d'énergie dans l'exercice de sa fonction; que plus il est grand, plus la fonction qui lui correspond s'exerce avec puissance (i).

Tout le monde connaît la fable du vieillard et ses enfants , et du faisceau si solide dans son ensemble, si facile à briser par la séparation de chacun des dards qui le formaient. La morale de cette fable s'applique parfaitement à l'organisation matérielle de l'homme; par exemple : chaque muscle est composé d'un nombre plus ou moins considérable de fibres, et sa force est en proportion de la quantité de fibres qui le composent. En admettant que les nerfs soient aussi formés d'un certain nombre de fibres nerveuses , leur action doit également être d'autant plus forte que ces fibres sont plus nombreuses; cependant, tout en reconnaissant la vérité de ce principe, une observation doit être faite , savoir : que toutes les parties doivent être de même qualité, soit entre elles , soit en totalité ; par exemple : si le vieillard de la fable avait présenté dix baguettes de bois réunies en faisceau et fait observer à ses enfants qu'il était plus difficile d'en briser dix réunies que de les briser l'une après l'autre, et si ses fils, pour réfuter son assertion, lui eussent présenté une lige de fer du volume de l'une des ba-

(i) Voyez Andrew Combe, Essay on the influence of organic size on energy of function particularly as applied to llie organs of the exlernal sensé and hrain.

gnettes en lui objectant qu'il serait plus difficile de rompre cette tige de fer, quoique seule, que son faisceau tout entier, la seule réponse à faire eût été que ces choses, diff'érant dans leur nature et leur qualité, ne pouvaient être comparées, mais que si les dix tiges de fer étaient réunies, la difficulté de les rompre serait la même , comparativement à la tige de fer isolée. De la même manière les nerfs, les muscles, le cerveau et toutes les autres parties du corps peuvent être saines ou malades. La nature de leur tissu peut être plus ou moins fine, plus ou moins grossière ; elles peuvent appartenir à un être jeune ou vieux , énervé par la chaleur brûlante du soleil des tropiques ou engourdi par le froid des régions arctiques; et il serait peu rationnel d'attendre la même énergie, le volume étant égal, de deux individus soumis à des circonstances si diverses. Le fer même est soumis à l'influence de la température, car il peut être liquéfié par la chaleur et même réduit en gaz lorsqu'elle est portée à son plus haut degré. Or donc, pour que notre principe soit rigoureusement vrai, il faut que la constitution et la santé des sujets soient dans des conditions égales, et que les circonstances au milieu desquelles ils vivent, soient les mêmes. Un muscle ou un nerf volumineux, composé de fibres nombreuses, agira avec plus de force qu'un muscle ou un nerf plus petit et formé d'un nombre de fibres moins considérable. Cependant, en étudiant l'influence de celte loi des êtres animés, nous ne pouvons ralionnollement comparer une espèce avec l'autre; car, dans une semblable comparaison, les autres conditions ne seraient pas les mêmes. L'homme, le castor et l'abeille, par exemple, sont portés à construire : toutefois, dans l'abeille, l'organe de la constructivité est très-petit; et si nous le comparions avec le même organe chez l'homme et chez le castor, on pourrait nous objecter que ces derniers n'excellent pas dans leur construction en proportion de l'excès de volume de leur organe de constructivité. Mais cette méthode de rai-

sonner serait tout à fait défectueuse; l'organisation des difTérentes espèces d'animaux est modiûée en raison de certaines conditions de leur existence. Le bœuf a quatre estomacs, tandis que le cheval n'en a qu'un, et pourtant l'un et l'autre digèrent la même espèce de nourriture. La seule méthode rationnelle consiste à comparer dans des individus de la même espèce le volume de chacun des organes avec l'énergie de leurs fonctions respectives, en tenant compte de l'état de leur santé, de leur constitution élémentaire, de l'âge et de l'exercice de l'organe. Toutes ces choses étant égales , on pourra assurer que leur puissance est en raison directe de leur volume. Plus les espèces ont d'analogie entre elles, mieux on peut comparer leur organisation et leurs fonctions ; ainsi le flambeau de l'analogie peut éclairer les lois de l'économie de l'homme, en étudiant celles qui régissent l'organisation des espèces d'animaux qui se rapprochent le plus delui. Néanmoins nous ne pouvons encore tirer de cette source que des présomptions. Ce n'est qu'en observant l'homme lui-même, qu'on peut obtenir des preuves directes et positives. Cette dernière méthode seule est admise par les phrénologues comme suffisante, et c'est elle seule qui fait la base de leur science.

Les observations qui suivent, relatives à l'influence du volume des organes sur la puissance des fonctions dans les différents ordres d'animaux, ne peuvent donc servir qu'à rendre plus clairs et mettre à la portée de tous les esprits quelques points abstraits de la doctrine, et non à fournir des preuves d'une évidence incontestable; car, pourarriver à cette évidence, il faut nécessairement s'appuyer d'observations faites sur l'espèce humaine seule.

Personne ne conteste, je pense, que la force des os, toutes choses égales d'ailleurs, ne soit toujours proportionnée à leur volume. Ce principe est si vrai, que, quand la nature d'un oiseau exige que ses os soient doués d'une grande force, tout en con-

servant la légèreté nécessaire aux fonctions de l'espèce, on observe qu'ils ont un grand diamètre, mais que le centre en est creux : c'est un principe de mécanique connu : que l'augmentation du volume d'un corps ajoute à sa force. Cette loi du volume ressort encore de l'examen du cœur et des vaisseaux sanguins, car chacun sait qu'un tube de trois pouces de diamètre doit transmettre un volume d'eau plus considérable que celui qui n'en aurait qu'un. Ce principe s'applique encore aux poumons, au foie, aux reins et aux différents organes; car si un foie, dont la surface est de dix pouces carrés, peut sécréter quatre onces de bile, il est évident que celui qui en aura vingt devra, toutes choses égales d'ailleurs, en sécréter une quantité proportionnée à son volume. Et si celte loi n'élait pas exactement vraie, pourquoi serait-il donc plus avantageux d'avoir un organe pulmonaire volumineux et contenu dans un large thorax que d'en avoir un d'un petit volume et comprimé dans une poitrine étroite?

Généralement parlant, il existe deux espèces de nerfs distribués dans toute l'économie, savoir : les nerfs du mouvement et ceux destinés aux sensations ou nerfs de la sensibilité. Les muscles constituent l'appareil principal et indispensable du mouvement; les nerfs ne servent qu'à leur communiquer l'impulsion de la volonté. Le contraire a lieu pour les sensations : le nerf alors est l'instrument principal; et les parties dans lesquelles il vient se ramifier, ne servent que de médium pour le mettre en rapport avec les corps spécifiques qu'il est destiné à connaître. Pour prouver, d'une manière générale, l'influence qu'exerce le volume des nerfs sur la puissance de leur action , on peut citer les faits suivants constatés par M. Desmoulins, célèbre physiologiste français. Les membres du cheval et du bœuf ont un pouvoir musculaire beaucoup plus grand, mais des sensations beaucoup moins intenses, que les membres de l'homme ; aussi , en conformité du principe que nous soutenons.

les nerfs du mouvement qui se distribuent aux quatre membres du cheval et du bœuf sont au moins un tiers plus nombreux que les nerfs du scnlimont ([ue reçoivent ces parties; tandis que, dans l'homme, les nerfs du mouvement des membres sont d'un cinquième ou d'un sixième moins nombreux que les nerfs de la sensibilité qui se distribuent dans les mêmes paities. Les oiseaux et les reptiles, dont la peau écailleuse n'a qu'une sensibilité très-limilée, mais qui ont une grande puissance de mouvement, ne présentent que des nerfs de la sensibilité trèspetils et très-peu noml)reux, tandis que ceux du mouvement sont en grand nombre et volumineux. Enfin, chaque fois que la nature a voulu conférer un plus haut degré de sensibilité à quelques parties du corps d'un animal, on observe que les nerfs du sentiment y existent toujours en plus grand nombre; par exemple, le seul nerf du sentiment qui vient se ramifier à l'extrémité de la trompe de l'éléphant, qui, comme chacun le sait, est le siège du tact chez cet animal, est d'un volume plus considérable que celui de tous les nerfs du mouvement de cet organe. La queue de quelques espèces de singes, les ailes de certaines chauves-souris sont douées d'une grande sensibilité, et on observe que les nerfs du sentiment de ces parties ont un volume correspondant au degré d'augmentation de cette puissance fonctionnelle. Pour que les oiseaux puissent voler et se soutenir dans un milieu beaucoup plus léger que leur corps, il eût été nécessaire qu'ils fussent doués de muscles volumineux; mais, comme leur poids aurait pu les gêner pour s'élever, la nature a évité cette difficulté en les douant de nerfs du mouvement très-forls, qui , en portant un puissant stimulant aux muscles, augmentent leur force, sans qu'un accroissement de volume soit nécessaire.

Les poissons qui vivent dans un milieu dont la pesanteur spécifique est presque égale à celle de leur corps , sont doués de muscles volumineux qui leur donnent une grande puissance

— sodé locomotion, mais les nerfs du mouvement sont beaucoup moins gros que chez les oiseaux. Dans ces circonstances, on voit que la nature a admirablement conféré la puissance des mouvements en augmentant le volume de la partie de l'appareil locomotif qui peut être volumineux sans inconvénient pour l'animal; ainsi donc, pour que la puissance locomotive soit énergique, il faut nécessairement que les muscles ou les nerfs du mouvement soient d'un volume assez fort.

Relativement aux sens externes, il faut remarquer que chacun d'eux est composé 1° d'un instrument ou médium sur lequel l'impression se fait (l'œil par exemple) ; 2° d'un nerf chargé de transmettre l'impression au cerveau. La même loi du volume s'applique aux organes des sens. Un œil volumineux réunira une plus grande somme de rayons lumineux ; une grande oreille rassemblera plus de rayons sonores; de larges narines admettront une plus grande quantité de particules odorantes. Ces faits sont d'une telle évidence qu'à peine est-il nécessaire de les appuyer par des preuves; toutefois, comme lord Jeffrey a été jusqu'à tourner celte idée en ridicule, nous dirons que Monro , Blumenbach, Sœmmering , Cuvier, Magcndie, Georget, tous les physiologistes enfin, l'ont soutenue.

Blumenbach, en traitant de l'odorat, dit : Les animaux qui sont le plus favorisés sous le rapport de la finesse de l'odorat, ont aussi les organes de l'olfaction plus développés. La même chose s'observe chez les peuples barbares. Par exemple sur la tête de l'Indien du nord de l'Amérique (représenté sur une des planches de cet ouvrage), on remarque que les narines sont d'une ampleur extraordinaire. Ceux qui se rapprochent le plus de celte conformation des narines sont les Éthiopiens. Je possède huit crânes d'individus de cette race, tous Irès-dilférenls les uns des autres, mais remarquables par des fosses nasales beaucoup plus étendues quecellesdécrites par Sœmmering. Ces

observations analomiques sont d'accord avec ce que rapportent les voyageurs les plus digues de foi, concernant la merveilleuse finesse d'odorat de ces sauvages. De même le docteur Monro, en parlant, dans son Analomie comparée, du volume de l'organe de l'odorat du chien, dit : « Sa finesse (de l'odorat) semble augmenter en raison de l'étendue de la surface de l'organe, et celte observation est également fondée i)our tous les autres sens. » Le même auteur ajoute que : « L'oreille externe a une conformation dilïérente chez les divers quadiupèdes, toujours adaptée auxbesoinsde conservation de l'animal; ainsi les lièvres et les autres animaux qui sont sans cesse exposés aux attaques des bêtes de proie ont de larges oreilles dirigées en arrière; leurs yeux les avertissent du danger qui est devant eux. »

Ces observations peuvent s'appliquer non-seulement aux parties externes des organes des sens, mais aussi à leurs parties internes, dont les nerfs ne sont pas moins soumis à cette loi du volume. Georget, en traitant des nerfs, affirme que : « Le volume de ces organes est toujours en rapport, dans les différents animaux, avec l'étendue et la force des sensations et des mouvements auxquels ils président : Ainsi le nerf de l'odorat, dans le chien, est plus volumineux que les cinq nerfs des sens externes dans l'homme. » Le nerf de l'odorat est petit dans l'homme et dans la famille des singes, il est à peine perceptible dans le dauphin ; fort dans le chien et le cheval , énorme dans la baleine, chez laquelle il égale presque le diamètre de la moelle épinière. Dans la taupe son volume est extraordinaire, tandis que le nerf optique est remarquablement petit. Le contraire a lieu pour l'aigle, le nerf optique étant volumineux et le nerf olfactif insignifiant. La plupart des quadrupèdes l'emportent sur l'homme pour la finesse de l'ouïe ; aussi remarquet-on que le nerf auditif de la brebis, de la vache et du cheval excède de beaucoup en volume ce même nerf chez l'homme.

toutes choses égales d'ailleurs. Chez quelques autres oiseaux de proie cités pour la grande sensibilité de leur organe du goût, le palais reçoit une masse de filaments nerveux.

L'organe de la vue fournit une preuve plus intéressante encore de l'influence que le volume exerce sur l'énergie des fonctions organiques. Le globe de l'œil est destiné à rassembler les rayons lumineux ; en conséquence, un œil volumineux réunira une plus grande quantiléderayons,ou, en d'autres termes, agira sur une plus giande sphère de vision qu'un petit. Mais le nerf optique concourt aussi à la puissance de la vision et augmente son énergie en raison du volume. Le bœuf, par sa construction lourde et pesante, est mal organisé pour le mouvement : la nature l'a, en conséquence, pourvu d'un globe oculaire volumineux , au moyen duquel il peut embrasser un large champ de vision sans se déplacer; toutefois, comme il n'est pas nécessaire que sa vue soit fine pour trouver sa nourriture, son nerf optique est loin d'être proportionné au volume du globe de l'œil. L'aigle, au contraire, planant dans les régions les plus élevées de l'air, parvient à distinguer sa proie à une immense distance, lors même que sa couleur la confond, pour ainsi dire, avec le sol. Embrassant un horizon immense par le fait seul de son élévation, ses yeux n'ont pas besoin d'être volumineux, mais le nerf optique est énorme et rend raison de la finesse et de l'étendue presque incroyable de sa vue. Au lieu de former une membrane unie tapissant la surface interne de la chambre postérieure de l'œil, comme cela a lieu chez l'homme et les animaux, qui ne jouissent pas d'une vue si extraordinaire, la rétine ou l'expansion du nerf visuel, chez ces oiseaux à longue vue, forme un grand nombre de replis qui flottent dans l'œil et augmentent ainsi d'une manière admirable non -seulement l'étendue de la surHicc nerveuse, mais la masse totale du nerf. Celle disposition estcomnume à l'aigle, au faucon, à l'éperviciet aux autres oiseaux de proie. PSous voyons donc que pour ce

OOMRr. — TRAITK DK PHKI'X. i

qui a rapport aux sens externes, il est de toute évidence que quand la nature a voulu augmenter la puissance de leur action, elle y est arrivée en augmonlaut le volume des organes.

Passons maintenant à l'examen du cerveau lui-même. Si j'aftirmais que la différence de volume du cerveau ne produit aucun effet sur la vigueur de ses fonctions ou bien qu'un cer- ■'eau petit parfaitement sain et appartenant à un individu doué d'une bonne constitution, égale, par l'activité et la puissance de ses fonctions, celles d'un cerveau de forte dimension appartenant à un individu placé dans des conditions également favorables de santé, le lecteur pourrait-il, après l'évidence des faits qui lui auraient été fournis et qui prouvent que la puissance des fonctions d'un organe est en raison directe de son volume, pourrait-il croire, dis-je, à cette assertion ? 11 faudrait alors que le cerveau fit exception à la loi générale qui régit la nature organisée, et pourtant les phrénologues se sont vus exposés à la haine et au mépris pour avoir avancé cette vérité, que de môme que pour les autres organes l'énergie de ses fonctions est en raison directe de son volume, toutes choses égales d'ailleurs. Je vais fournir les preuves directes de l'évidence de ces faits, mais le lecteur voudra bien remarquer que je n'entends exposer ici que quelques principes généraux, tels que le comporte un discours préliminaire. Les conditions et les modifications indispensables pour que ces principes puissent être appliqués à la pratique seront exposées dans un chapitre subséquent.

1° Le cerveau d'un enfant est petit et son intelligence est faible, comparée au cerveau et aux facultés mentales de l'adulte ;

2° Le volume trop petit du cerveau est une cause invariable d'idiotisme. Les phrénologues ont en vain sommé leurs contradicteurs de fournir un seul exemple d'un esprit vigoureux manifesté par un très-petit cerveau. Le docteur Gall a établi comme un fait sans exception, que quand le cerveau est assez

petit pour que la circonférence de la tête n'excède pas treize ou quatorze pouces, l'idiotie en est la conséquence invariable.. «Une intelligence complète, dit-il, est absolument impossible avec un aussi petit cerveau ; il existe toujours dans ces cas une idiotie plus ou moins profonde. Celte règle est sans exception (i), » En parlant sur ce sujet dans son ouvrage sur la folie, le docteur Spurzheim s'exprime ainsi : « IN'ous savon^ parfaitement qu'un grand nombre de faits répétés dans diverses circonstances sont nécessaires pour qu'on puisse en tirer une conclusion générale; mais, relativement à l'idiotisme de naissance, nous avons rassemblé un si grand nombre d'observations faites dans divers pays, que nous n'hésitons pas à aflîrmer qu'un cerveau trop petit est incapable de manifester des actes intellectuels complets. Je prie le lecteur de remarquer que je ne prétends pas que l'idiotisme soit l'attribut d'un trop petit cerveau seulement; l'idiotisme peut résulter de causes différentes, mais l'une d'elles est la petitesse du cerveau. L'observation nous a convaincu que les lois de la nature sont constantes, et si nous observons continuellement que le même phénomène a lieu dans les mêmes circonstances, nous pouvons considérer les conséquences que nous en tirons comme rigoureusement vraies jusqu'à ce que l'expérience ait démontré le contraire. Personne n'a le droit de dire qu'une conséquence a été trop promptement établie, s'il n'a pas fait lui-même un nombre suilisant d'observations pour appuyer sa négation. Il est de son devoir de la prouver par des faits. Dans le journal de la Société phrénologique de Paris, du mois d'août 1833, le docteur Voisin rapporte une série d'observations faites sur des idiots confiés à ses soins à l'hôpital des Incurables, qui viennent à l'appui des assertions de Gall que nous avons citées plus haut. M. Voisin assure qu'il les a trouvées fondées dans tous

(i) Gall sur les Fonctions du Cerveau, tonie II, page 550.

les cas. Dans le dernier degré d'idiotisme, quand les actes intellectuels étaient nuls, la circonférence horizontale, prise un peu au-dessus de l'orbite, varia de onze à treize pouces; tandis que la distance de la racine du nez à la protubérance occipitale, en passant par le sommet de la tête, n'était que de huit à neuf pouces. Quand l'élondue varie de quatorze à dix-sept pouces horizontalement et qu'elle est de onze à douze pouces, dans l'autre direction, quelques éclairs d'intelligence et d'activité des facultés perceptives peuvent avoir lieu, mais l'individu est sans puissance d'attention ou de fixité dans les idées. Enfin, quand la première mesure rend dix-huit ou dix-neuf pouces, quoique la tète soit encore très-petite, les fonctions intellectuelles s'exécutent assez régulièrement ; seulement elles manquent de vigueur. Une tête peut être considérée comme ayant acquis le plus grand développement possible, quand sa mesure horizontale atteint à vingt-deux pouces et la seconde à quatorze. La télé de Spurzheim était si volumineuse que même sur le crâne, dépouillé des téguments, ces deux mesures montaient l'une à vingt-deux pouces i/4 et l'autre à 15 pouces e/io; que ceux qui nient l'influence du volume du cerveau sur les opérations de l'intelligence, mettent leur opinion d'accord avec les faits avant d'accuser la phrénologie de contredire la nature, et de soutenir que la vigueur de l'esprit est indépendante du volume de la tête.

Pinel, très-peu partisan de la phrénologie, s'exprime cependant ainsi : «. 11 paraît que l'idiotie de naissance est toujours accompagnée d'un vice de conformation originel du cerveau; il en résulte qu'elle n'est pas susceptible de modification, et qu'elle doit durer autant que la cause physique dont elle dérive (i). » Un cas remarquable d'idiotie, jointe à une petitesse remarquable du cerveau, se trouve rapporté dans le u° 42 du Journal

(i) Dictionnaire des Sciences Médicales , tome I", page 513, art. Ali^~ nation.

phrénologique (i). Nous donnons ici une figure gravée de cette tête, contrastant avec celle du célèbre réformateur hindou, Ranimo-IIiin Koy.

Idiot , ûyo de 20 ans.

Tèlc de Rammo-Huii.

Le docteur Elliotson possède le crâne d'un idiot âgé de dix.liuit ans, qu'il tient du docteur Forml)y de Livcrpool , et qu'il a présente à la Société phrénologique de Londres. Sa circonférence n'est que de seize pouces, et la dislance d'une oreille à l'autre, en passant au-dessus du vertex , n'est que de sept pouces 3/4. Le cerveau pesait seulement une livre sept onces 1/2 et le cervelet cpialre onces (2).

Le défaut de volume du cerveau n'est pas cependant la seule cause qui produise l'idiotie : un cerveau volumineux peut être malade et l'imbécillité résulter de cette maladie; mais comme nous l'avons démontré ci-dessus, chaque fois qu'il sera Irès-

(i) Volume IX, page 126.

{%) Elliotson's Blumcnbach, page 199.

petit, fût-il sain d'ailleurs, ridiolic en sera la conséquence inévilable.

Tous les hommes rcmarqnablos, soit par leur intelligence, soit par h force de leur caractère, tels que Napoléon, Franklin, Burns, Frédéric II, etc., avaient la tête remarquablement forte. Il est prouvé que les nations, chez lesquelles le cerveau est volumineux, possèdent une grande supériorité intellectuelle sur celles qui ont cet organe plus petit, et qui, de tout temps, ont été subjuguées par les premières. Le cerveau des Indous est beaucoup plus petit que celui des Européens; et plusieurs millions d'Indiens ne furent-ils pas soumis par quelques milliers de nos soldats? Le cerveau des peuplades originaires de l'Amérique est aussi moins volumineux que celui des races européennes ; et l'on sait qu'une poignée de ces derniers asservit plus d'un quart du nouveau monde.

L'influence du volume est maintenant reconnue par les physiologistes les plus distingués :« Le volume du cerveau,» dit Magendie, « est généralement en raison directe de la force de l'intelligence. On n'en peut néanmoins rigoureusement conclure que tout homme, ayant une grosse tête, a nécessairement une intelligence supérieure; plusieurs causes indépendantes du cerveau peuvent concourir à augmenter le volume de la tête, ou diminuer le volume du cerveau. Mais il est rare qu'un homme, distingué par ses facultés intellectuelles, n'ait pas une tête volumineuse. Le seul moyen d'estimer le plus ou moins d'ampleur du cerveau, chez une personne vivante, est de mesurer les dimensions du crâne; tout autre procédé, même celui de Camper, c'est-à-dire la mesure de l'angle facial, est incertain. » Le passage suivant, imprimé dans le n° 94 de lu Revue d'Edimbourg , prouve aussi, non-seulement, que les différentes parties du système nerveux, y compris le cerveau, remplissent des fonctions différentes , mais que l'augmentation du volume du cerveau est toujours luarquée, dans l'échelle animale, par

Page 1