‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 40 sur 46 · Merveilleux · texte numérisé non relu

Merveilleux

Cet organe est situé immédiatement au-dessus de l'idéalité , dans les parties latérales de la région antérieure du vertex.

L'attention de Gall fut appelée sur l'organe de ce sentiment par quelques faits qui lui avaient été communiqués par le D"" Thomas Forster : il observa que quelques individus s'imaginent être visités par des apparitions de personnes mortes ou absentes; et les questions suivantes se présentèrent à son esprit. Comment se fait-il que des hommes doués d'une grande intelligence croient à la réalité des fantômes et des visions-? Sonl-ce des sots ou des imposteurs? Y aurait-il, par hasard, une organisation particulière qui impose , sous cette forme , à l'intelligence humaine? Comment peut-on expliquer de semblables illusions? Il fait alors l'esquisse historique des cas de visions les plus remarquables. Socrate parlait souvent à ses disciples d'un esprit ou démon qui lui servait de guide. Gall, à ce propos, remarque qu'il n'ignore pas qu'on a expliqué ce fait , en disant que Socrate faisait allusion à la force et à la justesse de sa propre intelligence; «mais, » ajoute Gall, « s'il n'avait pas lui-même cru communiquer avec un génie, l'opinion qu'il en avait un se serait perdue pendant les vingt-trois ann(*es qu'Aristophane en fit un sujet de ridicule; et ses accusateurs n'en auraient pas réveillé le souvenir, pour en faire un grief contre lui, Jeanne d'Arc disait aussi que saint Michel lui avait apparu pour lui dire que Dieu prenait pitié de la France , et qu'il la chargeait de lever le siège d'Orléans, et de faire sacrer

l'entend dans le mugissement de la tempête. L'orgueilleuse science n'a jamais égaré son esprit dans la route du soleil ou dans la Voie lactée; mais la sim])le nature lui fait espérer que derrière la montagne il est un bumble ciol, ([uclque monde paisible, quebiue ile bienbeureuse , où les esclaves revoient leur terre natale, cl où ils n'ont plus à redouter ni ennemi qui les persécute , ni clirétien dévoré par la soif de l'or. »

Charles VII à Rheims. Le Tasse alTirmait avoir été giidri par la Vierge Marie et sainte Seliolasliquc, qui lui élaienl apparues pendant un violent accès de fièvre. Dans les notes historiques qui accompagnent la Vie du Tasse , se trouve l'anecdote suivante, extraite des Mémoires de Manso , marquis de Villa, publiés après la mort du poète, son ami :

« Le Tasse, dans son délire, croyait converser avec des esprits familiers. Un jour que le marquis s'efforçait de le désabuser, le Tasse lui dit : « Puisque je ne puis vous persuader € autrement, je ferai paraître devant vous l'esprit auquel vous a refusez de croire. » J'acceptai l'offre, dit le marquis, et le lendemain, pendant que nous étions à causer près du feu, il se retourna du côté de la fenêtre, et se mit à regarder fixement : il paraissait si absorbé que, quand je lui parlai, il ne me répondit point. « Voyez, voyez! » dit-il enfin, « mon esprit (S. familier vient causer avec moi. » Je regardai avec la plus grande attention, et ne pus rien voir entrer dans l'appartement. Cependant le Tasse se mit à causer avec cet être mystérieux. Je le voyais et l'entendais seul. Quelquefois il questionnait, et quelquefois il répondait, et, par ses réponses, je devinais le sens de ce qu'il avait entendu. Le sujet de sa conversation était si élevé, et les expressions si sublimes, que je tombai moimême dans une espèce d'extase. Je n'osai ni l'interrompre, ni l'importuner de questions , et sa vision dura longtemps. Je fus averti que l'esprit avait disparu, lorsque le Tasse, en se retournant vers moi, me dit: « A l'avenir vous ne douterez « plus. » — « Dites plutôt, » répondis-je , « que je serai plus « incrédule que jamais ; car quoique j'aie entendu des mots « étonnants , je n'ai rien vu. » 11 répondit en souriant : « Vous « avez peut-être vu plus, et entendu plus que... ^> 11 s'interrompit, et craignant de l'importuner par mes questions, je laissai tomber la conversation (i). »

(1) Black, fie du Tasse, vol. II, page 240.

Swedenborg se croyait miraculeusement appelé à révéler au monde les mystères les plus cachés. «En 1743,» dit-il, « il plut au Seigneur de se montrer à moi, de m'apparaîlre en personne, pour me donner la connaissance du monde spirituel, pour me mettre en communication avec les anges et les esprits, et ce pouvoir m'a été continué jnsqu'à ce jour. » Swedenborg, disent ses biogiaphes, était d'une sincérité qui n'admet pas de doute. Mais jamais il n'exista d'enthousiaste plus extravagant.

Gall remarqua, dans le premier fanatique qu'il put observer, un grand développement de cette partie du cerveau qui se trouve entre les organes de l'idéalité et de l'imitation; et il fît ensuite la même observation sur la tête de plusieurs fanatiques. Le D"" Jung Stilling, qu'il voyait souvent chez le grand-duc de Bade, fut tailleur dans sa jeunesse, puis instituteur, ensuite docteur en médecine , moraliste, théologien, journaliste, illuminé et visionnaire ; et cette partie du cerveau était, chez lui, largement développée. Il croyait fermement aux apparitions , et il écrivit un livre sur ce sujet. Dans la maison de détention de Berne, Gall vit un fanatique qui croyait que Jésus-Christ, resplendissant de lumières, semblables à un million de soleils qui auraient combiné leurs rayons, lui avait apparu pour lui révéler la véritable religion. Un homme, qui fréquentait la meilleure société de Paris, demanda un jour à Gall d'examiner sa tête : « Vous avez quelquefois des visions, et vous croyez aux apparitions. »I1 se leva brusquement tout étonné, et avoua qu'il avait eu de fréquentes visions; mais que jamais, jusqu'à ce jour, il n'en avait parlé à personne, dans la crainte d'être traité d'absurde. Dans un autre occasion, Gall dit au docteur W. , dont il examinait la tête, qu'il devait avoir un goûtprononcépourle merveilleux etlesurnatnrel. «Pour la première fois » lui dit celui-ci » vous vous trompez complètement; car j'ai pour principe de ne croire qu'à ce qui peut se démontrer mathématiquement. » Après avoir parlé de plusieurs

objets scientifiques, Gall, afin do mettre à l'épreuve son incrédulité, fit tomber la conversation sur le magnétisme animal. Aussitôt n s'anima, et, après avoir répété solennellement qu'il ne croyait qu'à ce qui pouvait se démontrer matliémati([uement, il ajouta qu'il était cependant convaincu qu'un être immatériel, agissant dans le magnétisme, opérait à de grandes distances ; qu'aucune distance n'opposait d'obstacle à son action; et, qu'en conséquence, il pouvait se mettre en rapport avec une personne, quel quo fût le lieu qu'elle habitât. « C'est la même cause » continua-t-il « qui produit les apparitions. Les apparitions et les visions sont rares, sans doute; mais on ne peut nier qu'elles n'aient lieu quelquefois, et je connais les lois qui règlent leur production.» « A cette occasion» dit Gall, «je pensais, en moi-même, que ce que j'avais inféré du développement de cette partie de son crâne, n'était pas aussi erroné que le digne docteur voulait me le faire croire. »

Un homme, nommé Haleran , à Vienne, croyait être continuellement accompagné par un esprit familier; il le voyait et conversait avec lui. Quand il atteignit sa soixantième année, son génie parut vouloir le quitter, et ne le favorisait plus de sa présence qu'une fois par mois. A Gersbach, près de Durlach, dans le grand-duché de Baden , Gall vit un curé qu'on avait renfermé parce qu'il croyait avoir un esprit familier. A Manheim, il vit un homme qui croyait être sans cesse accompagné par des esprits : quelquefois ils marchaient à ses côtés sous des formes visibles; quelquefois ils se tenaient sous terre. Toutes ces personnes, dit Gall, avaient la partie du cerveau , dont nous nous occupons, fortement développée. Il pose en question « si ces circonvolutions ne font point partie de l'organe de l'imitation , et si un développement excessif de ce dernier n'exalte pas le talent de mimer au point que les idées se personnifient et deviennent, ainsi métamorphosées, un spectre en dehors de l'individu; ou bien, si elles ne constituent pas une partie de

l'idéalité et de l'imitation ; ou enfin , si elles constituent un organe particulier (i). Ces questions ne peuvent être résolues que par des recherches ultérieures.

Walter Scott observe, que <( jamais un homme n'est parvenu à en imposer aux autres, s'il n'a été lui-même, jusqu'à un certain point, dupe de son imposture (2). »

Gall dit que cet organe est très-proéminent sur les bustes de Socrate, de Jeanne d'Arc, de Cromwell, de Swedenborg et de tous les individus qui manifestent , et ont manifesté une tendance à croire au merveilleux. Dans les portraits du Tasse, cet organe et l'idéalité sont également saillants.

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