‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 6 sur 46 · JLT IM P II AM'' !1 DT^ :R · texte numérisé non relu

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une augmentation de la puissance intellectuelle. C'est dans le système nerveux seul, que nous pouvons trouver les causes qui subordonnent un animal à un autre, et ceux-ci à l'homme, c'est en l'étudiant que nous acquérons la possibilité d'associer chacune des facultés qui leur donnent leur supériorité à une augmentation coi-respondante de la masse nerveuse , depuis les moindres rudiments des sensations et de la volonté jusqu'au degré le plus élevé de sensibilité, de jugement et d'expression. On observe que la conformation du cerveau devient de plus en plus complète, et que le volume de la moelle et des nerfs augmente graduellement jusqu'à la perfection du cerveau de l'espèce humaine, et que chaque addition est marquée par l'addition d'une faculté nouvelle, ou l'amplification de celles qu'on retrouve dans les animaux d'un ordre inférieur. L'homme seul possède des facultés dont les animaux sont totalement dépourvus, tandis qu'il possède toutes celles dont ils sont doués.

Ce sont-là, pensons-nous, d'assez fortes preuves, et des autorités assez respectables à l'appui du fait que nous avons avancé, que le cerveau ne forme pas une exception à cette loi générale de la nature organisée; que toutes choses étant égales, k volume de l'organe donne la mesure de sa puissance fonctionnelle (1).

Nous allons maintenant passer en revue les circonstances qui modifient les effets du volume , savoir : La constitution, l'état de

(i) Il est peu de chapeliers qui n'aient fait la remarque que les classes inférieures de la société, plus remarquables par leur puissance musculaire que par l'énerf^ie des facultés mentales, ont, en général, la tôle plus pclite que les personnes d'une classe dont les occupations exigent des travaux intellectuels ol dont la vigueur d'esprit surpasse celle du corps. Cependant les piirénologues ne jugent pas la puissance intellectuelle d'après le volume de la tète en général; et, en outre, la largeur du chapeau est loin d'indiquer le volume total de la télé. On trouve quelques détails curieux sur ce point dans le Phrcnological Journal, tome IV, page 559, tome V, page 213.

la santé, l'exercice habituel, l'influence tics excitants extélieurs et l'influence réciproque que les organes exercent les uns sur les autres.

Une question se présente naturellement, savoir : Possédonsnous des données qui puissent nous indiquer les qualités constitutionnelles du cerveau? Les tempéraments peuvent servir de guide jusqu'à un certain point. On en a distingué quatre, donnant lieu à divers degrés d'activité du cerveau. Ce sont : les tempéraments lymphatique, sanguin, bilieux et nerveux. Les tempéraments sont supposés traduire la constitution particulière des diftercnts systèmes du corps : si le cerveau et les nerfs sont doués d'une activité prédominante, par l'efTet de causes constitutionnelles, cet état semble produire le tempérament nerveux; si les poumons, le cœur et les vaisseaux sanguins prédominent conslitutionnellement, il en résulte le tempérament sanguin ; si ce sont les muscles et les systèmes fibreux, le tempérament est bilieux ; quand la prédominance d'action réside dans les glandes et les organes assimilateurs, c'est le tempérament lymphatique.

Les différents tempéraments sont indiqués par des signes extérieurs assez tranchés. Le premier, ou le tempérament lymphatique, se reconnaît à la rondeur des formes en général , à la mollesse du système musculaire ; le tissu cellulaire est rempli de graisse; ordinairement les cheveux sont blonds, la peau plus ou moins blafarde. Ce tempérament est marqué par la langueur des fonctions vitales, la faiblesse et la lenteur de la circulation. Le cerveau, comme tout le reste du système, n'a qu'une action lente , faible et languissante , et tous les actes intellectuels s'exécutent sous l'influence de celte faiblesse.

Le second, ou le tempérament sanguin, est caractérisé par l'élégance des formes; la taille est bien dessinée, l'embonpoint est modelé; on remarque une certaine fermeté des chairs; la couleur des cheveux est claire, tirant vers le châtain ; les yeux

sonl bleus, le teinl frais; l'expression générale de l'individii annonce la gaielé et la confiance. Ce tempérament suppose une grande activité de la circulation; les personnes qui en sont douées, sont vives et actives : le cerveau partage l'animation générale de l'individu.

Le tempérament bilieux se reconnaît à la teinte sombre do la peau; les cheveux sont noiis, les muscles sont forts et fermes, l'expression générale de l'individu annonce une certaine rudesse de caractère; toutes les fonctions s'exécutent avec une grande énergie, énergie qui est partagée par le cerveau. Tout ^ chez ces individus, annonce la force et la résolution.

L'homme doué d'un tempérament nerveux, a les cheveux fins et clairs ; sa peau est fine ; ses muscles ont peu de volume , mais ils jouissent d'une gi-anch; activité; sa figure est pâle, et souvent sa sanié est délicate : tout le système nerveux, y compris le cerveau, est doué d'une grande énergie, et les fonctions intellectuelles s'exécutent avec une vivacité proportionnée.

11 est clairement démontré que la constitution ou la qualité de la substance cérébrale modifie à un haut degré l'influence que le volume exerce dans l'accomplissement des actes intellectuels. Mais arrivons aux conséquences ;

Comme, en règle générale, les différentes parties d'un cerveau jouissent d'une même constitution , si leur volume est la mesure de leur puissance, il en résulte que, dans chaque tête en particulier, les organes proéminents auront plus de puissance que ceux qui le sonl moins. Cette règle nous permet déjuger de la force et de la faiblesse des dillérents organes de la tête. Mais si nous comparons deux cerveaux distincts, nous ne devons pas oublier que, le volume des deux étant égal, il se peut néanmoins que l'un, par l'effet de la finesse de son tissu et par sa constitution plus vigoureuse, soit extrêmement actif, tandis que l'autre, d'une qualité inférieure, sera plus ou moins inerte. La conséquence

COMBE. — TR.UTÉ DE PHRÉNOLOOIK. 5

de ce fait est qu'un cerveau plus petit, mais mieux constitué, agira avec plus de vigueur qu'un autre plus grand, mais d'une texture moins heureuse. Néanmoins, il sera toujours facile de prouver que le volume est la mesure de la puissance, en examinant simultanément les actes intellectuels qui émanent d'un petit et d'un large cerveau; tous deux possédant la même configuration et étant également bien constitués; la puissance ou l'énergie du dernier restera évidente. Comme les tempéraments se distinguent par les apparences extérieures du corps et de l'expression de la figure, etquelecerveau partage toujours la constitution générale de l'individu, nous possédons un moyen puissant, sinon tout à fait certain, d'arriver à une appréciation juste des qualités de son tissu. Je répète que ces remarques ne s'appliquent qu'au cas où il s'agit de comparer un cerveau à un autre; car tous les organes, dont l'ensemble forme un même cerveau , jouissent d'une constitution tout à fait semblable; le volume de chacun d'eux est donc la mesure exacte de sa puissance, et ceux qui l'emportent sous ce rapport sont donc nécessairement les plus vigoureux. Si le tempérament est lymphatique, l'action de tous les organes sera lente; mais, cependant, les plus volumineux jouiront d'une puissance et d'une activité qui seront en raison directe de leur volume. Si le tempérament est actif de sa nature , tous les organes partageront cette activité ; mais les plus volumineux n'en posséderont pas moins, comparativement, un plus grand degré d'énergie. C'est pour ces raisons que ceux qui se livrent à l'étude de la phrénologie ne doivent pas, pour arriver à se convaincre de sa vérité, comparer le même organe dans dilTérents cerveaux, sans tenir compte, avec le plus grand soin, des différences des tempéraments.

On a cherché par diverses théories à expliquer la cause des tempéraments; mais aucune, jusqu'à présent, ne nous paraît complètement satisfaisante. Cependant, comme l'a fort bien

remarqué un des rédacteurs du Journal Phrénologique, il nous importe beaucoup plus de connaître les effets des tempéraments que leurs causes, et heureusement les uns sont beaucoup moins obscurs que les autres. Quand un individu est remarquable par la mollesse de ses chairs , la fraîcheur de sa peau, que ses cheveux sont flasques et tombants, sa fîguie pleine, son pouls lent, et que ses traits indiquent peu d'intelligence et d'animation, les physiologistes s'accordent à reconnaître dans l'ensemble de ces traits le tempérament lymphatique; et quelles que soient les causes de cet état, l'expérience nous apprend qu'il indique une langueur des fonctions corporelles et intellectuelles. Cœteris paribus, le tempérament semble an"ecter , d'une manière égale, toutes les parties de l'économie; ainsi donc, si des muscles sont naturellement actifs et énergiques , le cerveau partagera cette activité et cette énergie; de même que si un faisceau musculaire est actif, la même vivacité d'action peut être attendue de tous les autres. Ce principe pratique est admis par William Cobbett qui, quelles que puissent être d'ailleurs ses exagérations politiques, est certainement un moraliste distingué et un grand observateur. Dans ses Lettres à un amant, il examine la question suivante : « Quels sont les moyens d'apprécier dans une jeune fdle les qualités qui la rendront une bonne ménagère?» — «L'amant, sous le charme, » dit-il, « n'est guère capable de juger celle dont le sourire, la grâce et les douces paroles ont fasciné ses sens; néanmoins, s'il veut savoir si celle qu'il aime sera une femme laborieuse ou indolente : « îl est certains signes extérieurs qui, « observés avec soin, pourront être des guides sûrs; si sa ï manière de parler est lente, et si sa conversation est traî- « nante, vous pouvez être à peu près sûr que ses pieds et ses « mains partageront l'indolence de son langage. Par paresse de « la langue, je n'entends pas le silence, ni une certaine réserve « de paroles; car ceci, dans la plupart des cas, est un très-

t bon signe; je venK parlci" d'une manière traînante et pleine 1 de mollesse, d'une sorte de chant monotone, pendant le- 1 quel les paroles ont l'air de tomber de la bouche, comme si « celle qui parle avait mal au cœur. La prononciation d'une < personne active et laborieuse est en général brève et dislîncle; <i sa voix est ferme, sinon forte. Sans être masculine, mais en <t demeurant aussi féminine que possible, la parolene doit être c ni rude, ni criarde, mais accentuée, rapide et claire. Un » autre signe d'activité du corps, est la rapidité du pas, quel- « que chose d'assuré dans la démarche qui annonce que les « pieds sont portés en avant avec résolution. » Je n'ai jamais aimé la marche saccadée et traînante de certaines fdles qui se meuvent, comme si elles étaient parfaitement indifférentes à l'action qu'elles exécutent (i). i>

Je pense que les conseils de Gobbett recevront leur application dans tous les cas où les systèmes nerveux et musculaire sont égalennmt développés, également sains et également accoutumés à l'exercice : mais si la tète est forte et les muscles petits, la personne ainsi organisée sera beaucoup plus disposée à l'activité intellectuelle que physique; d'un autre côté, si une personne, ayant des muscles très-forts, a un petit cerveau , l'activité qui résultera d'un tempérament sanguin ou bilieux la portera aux exercices corporels. La raison en est que les organes les plus forts ont, tontes choses égales d'ailleurs, une tendance à l'action, et que leur activité est pour l'individu la source des plus grands plaisirs. Ainsi donc, les organes les plus forts entreront plus fréquemment en exercice, que ceux qui sont plus petits; leur énergie et leur activité deviendront de plus en plus prédominantes. Ces observations, relatives aux fonctions des systèmes musculaires et cérébraux, sont également applicables aux différents organes entre eux. Si deux

(0 Cobbetl's Advice toyoung men, Ifcoture 111, S"" 102— S.

organes partagent les mêmes conditions de développement et d'éducation, ils seront également actifs chez un sujet d'un tempérament sanguin ou nerveux; mais, si l'un est plus fortement développé que l'autre, il l'emportera en puissance et en activité. Chez un sujet d'un tempérament lymphatique, dont le cerveau sera égal pour le volume et la forme, la même prédominance d'action et d'activité des organes entre eux aura lieu; mais la puissance et l'activité seront moindres que des organes de mêmes volumes et dimensions, appartenant à un sujet nerveux ou sanguin. Ainsi donc, le tempérament exerce Ji la fois son influence sur l'activité et la puissance des organes, et cela d'une manière beaucoup plus marquée que la plupart des phrénologues ne semblent le croire (i).

(i) Phrenological journal, vol. IX, pages 116-H8; voyez aussi pages 54 ut 267, On trouvera , dans l'ouvrage de Spnrzheim sur le rapport de la phrénologie avec l'étude de la physiognomonie, une planche indiquant les difle renls tempéraments.

Comme c'est encore une erreur Irès-connnune parmi les phrénologues de considérer la puissance d'un organe comme dépendant de son volume, je joins à celle note quelques extraits d'ouvrages phrénologiques qui ont rapport à ce sujet.

GalJ, dans le I" volume de son Traité sur les fondions du cerveau dit : « L'énergie des fonctions des organes ne dépend pas seulement de leur développement, mais aussi de leur excitabililé (page 196). Les fonctions des sens dont les organes sont plus considérables, plus sains et plus développés, et qui ont reçu une irritation plus forte sont pour cela même plus vives. Le même phénomène se reproduit avec la même activité : les organes de ces facultés agissent avec plus d'énergie s'ils sont plus irrites ou plus développés (page 508). »

Spnrzheim, dans son ouvrage sur la physiognomonie dontnous avons parié, dit que : a il est imi»orlant, sous le point de vue physiologique, de prendre en considération la conslilulion particaUère au lempéramcnlilcs individus, non comme pouvant donner des facultés particulières, mais comme capables d'in/lufncer l'énergie des fonctions des divers organes du cerveau (p. V6). «

« L'énergie et la supériorité du cerveau , dit Caldwell, dépendent de son volume, de sa conformation, et de la tonicité , extensité et inlensilé de la fibre neryewac. (Elemenls ofphrénologj/, Lexinglon, 182i, p. 38.^ Voyez aussi le Journal phrénologique, art. Tcmpéramenl.

En outre l'organisation propre du cerveau doit être saine, et il doit jouir du degré d'activité qui accompagne ordinairement la santé. Le cerveau, comme les autres organes du corps, peut être alTecté de maladies qui ne donnent lieu ni à une augmentation ni à une diminution de son volume, et qui néanmoins troublent ses fondions. Le phrénologue doit s'assurer, par une observation attentive , de l'état normal du cerveau. Dans les cas de maladie , son volume peut ne pas être diminué quoique ses fonctions soient troublées; or, cet organe peut . être affecté soit d'inflammation, soit de toute autre maladie dont la nature est moins connue et qui donne lieu à ce que les nosologistes ont désigné sous le nom de manie. Dans ces cas ses fonctions peuvent éprouver une grande exaltation, et alors les actes intellectuels s'exécutent quelquefois avec beaucoup d'énergie, quoique le cerveau soit peu volumineux: mais il n'en est pas moins vrai que, quand un cerveau plus développé est excité au môme degré par des causes semblables , les actes s'exécutent avec une énergie proportionnée à la supériorité de son volume. Ces cas ne peuvent donc pas fournir d'objection contre la phrénologie; car, avant tout, le phrénologue doit s'assurer que le cerveau esta l'état normal; et s'il n'en est pas ainsi, les conclusions qu'il tirera de ses observations devront être modifiées; de plus, chacun sait qu'un exercice régulier des organes de l'inlelligence ajoute notablement à leur puissance ; cette vérité ne doit jamais être oubliée par le phrénologue. « Le cerveau étant un appareil d'organes, il est soumis, en ce qui a rapport à l'exercice de ses fonctions, aux lois qui régissent les autres appareils de l'économie; s'il reste inactif, sa vigueur décroît et les actes intellectuels et moraux s'eiiécutent conséquemment avec faiblesse et lenteur. S'il est convenablement exercé après des intervalles de repos réguliers, l'esprit acquiert de la force et de la promptitude; enfin, s'il est surexcité par des travaux excessifs, ses fonc-

lions se troublent, une irritabilité maladive s'en empare, il perd sa santé et sa vigueur (i). » L''s autres causes capables de modifier le volume du cerveau seront examinées plus tard.

Passons maintenant à l'examen d'un autre argument.

Nous avons vu que le cerveau est l'organe de l'esprit, qu'il ne forme pas un tout unique, mais que l'analogie de tous les autres organes, le développement successif des facultés, le génie partiel, la monomanie, les rêves, ainsi que les phénomènes qui accompagnent les blessures du cerveau, indiquent qu'il est formé d'une réunion d'organes destinés à manifester des facultés différentes ; que si, en ce qui concerne les os, les muscles, les nerfs du mouvement, ceux du sentiment et des sens externes, le volume exerce une influence directe sur la puissance des différentes fonctions : et que l'analogie de ces organes, les faits directs et l'opinion des hommes qui font autorité en physiologie, nous permettent de conclure que, pour ce qui concerne les organes cérébraux, l'énergie des fonctions, toutes choses égales d'ailleurs, est en raison directe de leur volume. De ces prémisses, il résuite nécessairement que, relativement à l'exercice des facultés intellectuelles, il n'est pas indifférent que le cerveau soit plus ou moins développé dans telle ou telle direction; par exemple : si différentes fonctions sont assignées aux diverses parties du cerveau, et si l'énergie de chaque fonction est en proportion du volume de chacun des organes en particulier, la vigueur des facultés qui dérivent des organes situés vers le front, sera d'autant plus grande que la région frontale prédominera davantage par son volume sur les régions postérieures, et les proportions seront aussi différentes si les organes des parties supérieures prédominent sur ceux des régions inférieures.

(i) Tlieprinciplesof plivKiologA- applied (o ihe préservation ofhealth, etc., by Andrew Combe, 5' édit. , page 277.

Il est donc démonué que deux cerveaux pouvcni être couformés de manière à présenter un volume égal dans leur niasse, et toutefois exécuter des actes intellectuels totalement dilfélents, selon que les organes d'un ordre de fonctions prédomine sur ceux d'un ordre dillérent ; c'est donc la forme de la tête qui doit surtout attirer l'attention des plirénologues, car elle est tout aussi importante que le volume. De c(,'s faits ressort clairement l'absurdité des prétentions de ceux qui veulent préjuger les actes de l'esprit par le plus ou moins de largeur du chapeau. Car le crâne peut être volumineux aussi bien dans sa longueur que dans sa lai'geur, tout en manquant de hauteur : dans ce cas le cerveau peut fort bien n'êtie (\u(i d'un volume ordinaire.

Crâne de Spurzhcini.

Crâne d'un nalurel de la Noiivpllo-Hnllnndo

Nous représentons ici la figure du crâne de Spurzheim et de celui d'un naturel de la Nouvelle-Hollande, tous deux appartenant à la société phrénologique d'Edimbourg. La différence du front est énorme , si la portion du cerveau qui occupe cette région est directement en rapport avec les actes intellec-

tiiels, et si son volume est la mesure de leur puissance, ces deux hommes devaient former un contraste manifeste de puissance et de faiblesse intellectuelles. C'est effeclivement ce qui a eu lieu. Le docteur Spurzheim a laissé d'immortels ouvrages de phrénologie, attestant de hautes facultés intellectuelles et morales; et l'on sait que les habitants de la Nouvelle-Hollande sont, sous le rapport intellectuel, si malheureusement organisés qu'ils ont été l'objet de l'étonnement de tous ceux qui ont pu les étudier. Sir Wallcr Scott s'exprime ainsi en parlant de cette race déshéritée : « Les naturels de la Nouvelle-llolhmde sont encore, de nos jours, placés au dernier degré de l'échelle sociale ; ignorant les arts qui ajoutent au bonheur de l'homme , étrangers à toute idée de décence , ces infoilunés sauvages ne savent ni se vêtir ni se construire des cabanes; leur stupidité va si loin que, ne sachant ni chasser ni pêcher, ils sont la plupart du temps réduits à vivre de débris d'animaux qu'ils trouvent morts dans le creux des rochers, de poissons putréfiés que la mer rejette sur la plage, ou de quelques reptiles dégoûtants qu'ils ramassent au hasard. Ils savent allumer du feu, et c'est là la seule conquête qu'ils aient faite au delà de l'instinct animal ; car ils ignorent la manière de faire bouillir l'eau, et quand les Européens le font en leur présence, ils se sauvent effrayés. »

Par une série d'inductions claires et appuyées sur des faits, nous ci'oyons avoir prouvé, presque à l'évidence, les principes fondamentaux de la phrénologie, savoir : que le cerveau est l'organe de l'esprit, qu'il est foimé de portions distinctes chargées d'exécuter les différentes fonctions intellectuelles et que le volume de ces portions exerce une influence sur la puissance des facultés qui en dérivent. Nous avons maintenant à examiner (pielles sont ces facultés et quelles sont les parties du cerveau chargées de les produire; c'est la solution de celte grande question qui seule peut donner quelque précision et

rdMDE. — TRAITÉ DE PHRÉNOLOGIE. 6

une utilité pratique aux connaissances que nous possédons relativement aux fonctions du cerveau ou des organes intellectuels. Examinons donc ce que les travaux des métaphysiciens et des anatoniistes ont produit pour éclairer ce point de doctrine. Ce n'est qu'en étudiant les travaux des différentes sectes philosophiques, que nous pourrons arriver à apprécier sainement ce qui reste à faire sur ce sujet, et combien la phrénologie fournit de lumières et de force pour arriver à son accomplissement.

L'esprit humain a été étudié par une secte de philosophes qui, donnant trop peu d'attention aux lois de l'économie et de la pensée, l'ont décrit, abstraction faite de l'organisation, comme s'il était déjà échappé de son enveloppe mortelle; par suite de cette erreur de plusieurs écrivains distingués tels que Locke, Hume, Reid, Stewart et Brown, des préjugés se sont élevés contre la physiologie de l'homme comme si l'esprit était dégradé par son alliance avec la matière. Mais l'homme n'est-il pas, corps et âme, l'œuvre du Créateur de l'univers, et existe-t-il une seule partie de son organisation qui ne soit digne d'étude et d'admiration? L'ensemble des phénomènes de la vie est le résultat de l'union du corps et de l'àme, se modifiant l'un par l'autre; et comment pourrions-nous arriver à expliquer les résultats de cette alliance, si nous n'examinions pas toutes les causes qui concourent à la production des phénomènes complexes de la vie? Le docteur John Gregory a dit : « L'écueil de la plupart de ceux qui se sont livrés à l'étude de la philosophie de l'esprit humain est l'ignorance où ils sont de l'anatomie du corps humain et des lois de l'économie animale. L'esprit et le corps sont si intimement unis et exercent une telle influence l'un sur l'autre, qu'ils ne peuvent jamais être compiis si on les examine séparément. De leur côté, les médecins qui ont négligé l'étude des lois de l'esprit et leur influence sur le corps, n'ont jamais pu arriver à une appréciation par-

faile des lois de l'économie en général (i). y M. DugaldSlewari admet que î parmi les différentes parties qui ont rapport à l'histoire naturelle de l'espèce humaine, les lois qui unissent l'esprit et le corps, et l'influence qu'ils exercent l'un sur l'autre sont le sujet des méditations les plus importantes qui aient jamais occupé l'esprit humain; elle est également nécessaire au moraliste et au médecin, s

Une autre secte philosophique, en évitant cet écueil, est tombée dans un autre , en enseignant que l'esprit n'est qu'une combinaison de la matière et en tachant d'expliquer ses fonctions par un mouvement mécanique imaginaire de ses différentes parties. Mais comme nous le démontrerons plus tard , cette manière de voir est tout aussi erronée que l'autre.

En étudiant les phénomènes de l'esprit nous sommes frappés de la variété des facultés dont il est doué. Les philosophes et le vulgaire admettent également qu'il peut avoir plus ou moins de puissance : ainsi ils supposent une faculté pour le raisonnement, une autre pour la crainte, une troisième qui nous permet de discerner le bien du mal.

Et pourtant, si nous recherchons quels sont les progrès que ia métaphysique a faits jusqu'à présent dans la connaissance des puissances mentales définitives, et pour rendre l'étude de la philosophie de l'homme intéressante et à la portée de l'entendement des personnes douées d'une intelligence ordinaire, nous trouverons que celte science est encore dans un état déplorable. Depuis Arislote, les esprits les plus éminents se sont efforcés d'établir des systèmes de morale, et successivement, ces différents systèmes, après avoir pendant quelque temps compté de nombreux sectateurs, sont tombés dans l'oidjJi. Dans ces temps modernes, le docteur Reid a combattu la philosophie de Locke et de Hume; M. Slewart, disciple de

(i) Comparative view of Ihe state of man with those of the animal world 3' édit. Lond., 1766, page 5.

UeitJjiréiailpasci'accord avec lui sur plusieurs points importants, él en dernier lieu , le docteur Thomas Brown a combattu avec une éloquence puissante le système de Stewarl. L'existence des facultés de l'esprit les plus évidentes, a été niée par ces philosophes. M. Stevvart soutient que l'attention est une faculté, ce que nie le docteur Brown. D'autres, enfin, pensent que l'imagination est une des facultés primitives de l'esprit, et M. Stewart nous dit encore que « ce que l'on appelle l'imagination n'est pas un don de la nature, mais le résultat d'une habitude acquise par le concours de circonstances favorables (i). » L'observation vulgaire nous apprend que le goût de la musique, le génie de la poésie et de la peinture sont des dons que la nature accorde seulement à quelques individus privilégiés ; M. Stewnrt, par ses études philosophiques, a découvert que ces facultés, ainsi que le génie du calcul, « s'acquiè- « rent graduellement par l'elfort et le travail (2).» D'un autre côté, il envisage la perception, la conception et la mémoire comme des facultés primitives, tandis que le docteur Thomas Brown leur conteste cette qualification. Reid, Stewart et Brown admettent l'existence de sentiments moraux, tandis que Ilobbes, Mandeville, Palay et beaucoup d'autres font dépendre le sentiment du bien et du mal de l'instinct du bien-être personnel , de même que l'idée de la nécessité d'obéir aux lois divines. Ainsi, après deux siècles et plus de travaux, les philosophes ne sont pas encore arrivés à s'accorder entre eux relativement à l'existence de plusieurs des plus importants principes d'action de la puissance intellectuelle de l'homme. Tant que la philosophie de l'esprit se renfermera dans ce cercle vicieux, il sera impossible d'élever les sciences morales et religieuses sur des fondements solides capables de leur donner la stabilité et la précision des autres sciences naturelles; et l'éducation,

(i) Eléments, chap. VII , S'" 1.

(a) OuUines, pago 16.

l'économie politique et la législation resteront défectueuses dans leurs principes et dans leur application.

Si la phrénologie parvient à établir dans l'étude de la philosophie de l'esprit un peu de cette précision et de ce degré de certitude qui accompagnent les recherches physiques, elle rendra un immense service à cette science importante, et nous pensons qu'un examen attentif des points que nous avons déjà passés en revue , prouvera qu'elle est compétente pour atteindre ce but. r]n supposant le nombre et la nature des facultés pi'imiiives bien établies, il reste à i)rouver que , pendant la vie, leur développement est successif. L'enfant est susceptible de colère, de crainte et d'attachement avant de pouvoir apprécieile sublime ou le beau ; il observe les faits longtemps avant de les juger; une théorie complète de l'esprit doit renfermer des principes auxquels ces faits peuvent être rattachés.

C'est lorsque l'homme est arrivé à l'Age mùr que ses facultés mentales prennent un caractère d'individualité bien tranché. En admettant que chaque individu possède toutes les facultés qui constituent l'esprit humain, quelle différence n'observe-t-on pas dans leur force relative chez les différents individus! Chez l'un c'est l'amour de la gloire qui domine toutes les autres facultés; un autre est sourd à la voix de la censure ; un troisième méprise les applaudissements publics. L'âme de l'un est touchée de pitié à la vue du malheur, tandis que jamais l'œil de l'autre ne s'est humecté d'une larme de compassion. Tel emploie sa vie à accumuler des richesses dont il ne sait pas jouir, tandis que tel autre dissipe, avec la plus aveugle prodigalité, le patrimoine de ses aieux. Newton, dans sa vaste intelligence, embrasse l'immensité de la science, tandis que l'esprit de tel antre sudit à peine aux soins les plus vulgaires de la vie commune. L'imagination puissante de Shakspeare et de Milton s'élève au delà des bornes de ce monde sublunaire , tandis que l'esprit stérile de tant d'êtres humains reste insen-

bible aux gloires du ciel et aux sublimes beautés de la terre !

Or donc, pour qu'un système de philosophie morale puisse s'établir solidement, il ne doit pas être seulement fondé sur l'élude des simples éléments de la pensée et du sentiment, mais il faut encore qu'il indique dans quelles proportions ils se combinent chez les différents individus. En chimie, certaine combinaison des corps élémenlaii-es produit un médicament propre à combattre telle ou telle maladie, tandis qu'une autre combinaison des mêmes substances produit un poison mortel : de même dans l'espèce humaine, telle combinaison des facultés peut produire le meurtrier et le brigand, tandis que telle autre produit l'intelligence d'un Franklin, d'un Howard, d'un saint Vincent de Paule.

C'est en vain que nous chercherions, dans les ouvrages des philosophes sur l'esprit humain, des règles qui puissent nous mener à la connaissance des effets que produisent, sur le caractère et la conduite des individus, les différentes combinaisons des facultés morales; au lieu d'y trouver des lumières sur cet intéressant sujet, nous n'y voyons que des disputes oiseuses sur la question de savoir si ces facultés sont un don de la nature, ou bien le résultat de l'éducation et d'autres circonstances accidentelles. Cette partie de la philosophie de l'homme n'a été, jusqu'à nos jours, qu'un vaste labyrinthe; M. Stewart lui-même, tout en reconnaissant son importance, convient qu'elle est encore environnée de ténèbres, « Les différences qu'on aperçoit dans les facultés intellectuelles de l'homme, » dit-il, «forment un sujet intéressant d'études qui, vu son utilité pratique, n'a pas excité, de la part de nos compatriotes, toute l'attention quelle réclame (i). » La raison de cette négligence nous paraît facile à saisir; elle réside dans la méthode erronée

(i) Dissertation, sup. Eiicyc. Brit., part. II, page 198.

qu'on a employée jusqu'à présent, et au moyen de laquelle il était impossible d'atteindre le but désiré.

Si nous jetons un regard sur la philosophie de l'homme, telle qu'elle se trouve dans les écrits des métaphysiciens modernes, nous voyons : 1° qu'ils n'ont nullement expliqué l'influence que les organes matériels exercent sur les puissances intellectuelles et morales, et que le développement de l'esprit, de l'enfance à l'âge adulte, les phénomènes du sommeil, des rêves, de l'idiotie et de la manie, sont inexplicables au moyen de leurs systèmes; 2° que l'existence et l'action de quelquesunes des facultés primitives les plus importantes, sont encore en discussion; 5° que rien n'a été fait pour éclaircir la nature et les effets de la combinaison des puissan(;es intellectuelles primitives, selon les forces relatives de chacune d'elles.

M. de Bonalda dit, avec raison, que «les doctrines philosophiques se sont multipliées de siècle en siècle, à mesure que les connaissances humaines se sont étendues, et que de nouveaux chefsde secte ont appaiu; que, malgié les richesses littéraires accumulées dans ses innombrables bibliothèques , l'Europe est encore pauvre de bons traités de philosophie; qu'enfin, malgré les elforts de tant d'hommes d'un esprit éminent, la science de l'homme moral n'a, jusqu'à présent, marché (]ue d'un pas incertain, et que l'Europe, centre de toutes les lumières, ne possède encore aucun système de philosophie proprement dit. »

Tandis que les philosophes se livraient, sans succès, à l'étude des sciences morales, la nature humaine était l'objet de l'investigation des moralistes, des poètes, des théologiens, observant l'homme dans la seule vue d'en tirer des hypothèses qui pussent s'accorder avec les tableaux enfantés par leur imagination. La plupart ont houieusement accompli leur tâche. Shakspeare, Addison, Johnson, Tillotson et Walter Scott ont esquissé les principaux traits du caractère humain avec une rare

vérité et ont fait ressortir les résultats sublimes do son admirable organisation. Mais ces auteurs n'avaient en vue l'établisscnienl d'aucun système , leur but unique n'était pas de fonder leurs observations sur des principes qui pussent être utiles à la pratique ordinaire de la vie. Si donc leurs travaux nous fournissent de nombreux et admirables matériaux pour arriver à fonder un système vrai de [)hilosopliie de riiomnie, loulefuis, avec leur aide seule, nous ne pouirions arriver à établir un nombre suffisant de principes fondamentaux pour nous servir de guide dans nos rapports sociaux. Les tableaux qu'ils ont tracés de la vie humaine ne pèchent point par défaut d'exactitude, mais parce qu'ils sont par trop généralisés pour pouvoir être utiles. Ils ont esquissé des images frappantes des passions bonnes ou mauvaises de l'homme sans nous fournir les moyens de reconnaître si les individus avec lesquels nous avons des rapports doivent être rangés parmi les bons ou les mauvais. Et pourtant cette distinction est d'une haute importance, car que de calamités n'éviterons-nous pas quand nous saurons discerner promptement l'homme doué de facultés morales élevées, de celui qui en est dépourvu ! Enfui les poètes et les romanciers peignent l'homme de la même manière qu'ils peignent les intempéries des saisons; tantôt c'est la tempête dans sa terrible énergie, tantôt c'est le soleil échauffant doucement la terre de ses rayons ; mais ils ne nous fournissent aucun moyen de reconnîatre si le lendemain sera serein ou orageux. Si la phrénologie forme le seul système vrai de la nature humaine, elle doit non-seulement mettre la philosophie à la portée du vulgaire, mais encore lui fournir les moyens d'apprécier les qualités intellectuelles de l'homme par la seule inspection de la tête, et de reconnaître la tendance perverse de certains individus avant de devenir leur victime. Les raisons qui ont empêché les métaphysiciens d'atteindre le but sont faciles à comprendre; ils n'ont étudié l'esprit humain qu'en

s'obsei'vant eux-mêmes, ils ont, pour ainsi dire, tourne leur attention en dedans, étudiant les phénomènes de leurs propres facultés et fondant sur eux la science de la métaphysique. Mais l'esprit n'a pas la conscience des organes, il ne peut pas nous fournir la connaissance de l'existence des muscles, des nerfs du mouvement, ])as plus que des nerfs du goût, de l'odorat, de l'audition, de la vue, ni enfin d'aucun des organes intellectuels. Tout ce que la conscience leur révèle, c'est que l'esprit a son siège dans la tête, mais elle ne peut pas les amener à comprendre quelle est la nature de la matière qu'elle contient; ainsi donc, il sera toujours impossible aux métaphysiciens de parvenir à la découverte des organes de l'esprit par cette méthode de philosophie ; aussi aucun d'eux n'a la prétention d'y avoir réussi. L'imperfection de ce mode d'investigation ressort d'ailleurs des idées contradictoires que les différentes sectes philosophiques ont émises relativement à l'esprit humain. Supposons qu'un naturel de la Nouvelle- Hollande se livre à l'élude de la philosophie; pourrait-il jamais, en réfléchissant sur sa propre organisation, concevoir le sentiment de la justice? Non sans doute; il faudra donc qu'il l'exclue de son système, tandis qu'au contraire un homme heureusement organisé ne comprendra pas que son semblable puisse être dénué de ce sentiment élevé.

Si nous portons noire attention sur les travaux des physiologistes, nous voyons qu'ils n'ont cessé de faire de vains efforts pour découvrir quelles sont les différentes parties du corps qui ont les rapports les plus intimes avec les facultés intellectuelles. Un grand nombre d'entre eux ont disséqué le cerveau dans l'espoir d'y découvrir quelque indice des fonctions qu'il exécute de concert avec l'esprit, mais jusqu'à présent ces efforts ont été infructueux. Quand on examinerait avec la plus scrupuleuse attention la forme, la couleur et la texture du cerveau , pourrait-on jamais y découvrir la trace d'un sentir

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