CHAPITRE VII
DÉVELOPPEMENT DU CRANE DE l’hOMME ET DES ANIMAUX VERTEBRES J CHANGE- MENS QUE CETTE EOITE OSSEUSE EPROUVE AVEC l’aGE.
IS’ous ne suivrons pas ici toutes les phases de développement qui ont lieu dans le crâne de l’homme et des animaux vertébrés : ce serait tout-à-fait sortir du cercle dans lequel nous devons nous renfermer ; nous nous attacherons seulement à faire connaître les faits les plus importans , ceux que le plirônologiste ne doit pas ignorer.
Dans l’état embryonique , la tête de l’homme et des animaux vertébrés représente une espèce de petit sac ovalaire, composé d’une membrane trèsmince, sans aucune trace d’ossification. Comparée alors avec le corps, elle offre un volume très-considérable : à une certaine époque , des points osseux se font apercevoir d’abord à la base , ensuite aux diverses parties de la voûte , particulièrement sur le centre des os qui la composeront. Celte ossification s’étend ensuite , de manière qu’à l’époque où l’enfant vient au monde ,
le crâne se trouve complètement ossifié , excepté cependant quelques points désignés sous le non» de fontanelle , pi. VIII bis , fig. 2 r 3, -4, 5; il est digne de remarques qu’il n’existe alors aucune trace d’engrenure des os ou suture. Ce travail ne doit avoir lieu qu’à une époque plus éloignée ; c’est ordinairement à l’âge de onze ou douze mois que l’on en aperçoit quelques traces , et presque toujours à l’articulation de l’os occipital avec les pariétaux , suture lambdoïde. Voir la pi. VIII bis, fig. S, représentant la tète d’un enfant de onze mois.
Ces points du crâne qui ne sont pas encore ossifiés , à l’époque de la naissance, et que nous avons désignés sous le nom de fontanelles, sont au nombre de six et formés par une portion membraneuse. La plus grande de toutes, fig. 2 , id. pl. , se voit à la réunion des pariétaux avec le coronal ; les autres daus les points suivans : 1° à la réunion de l’angle supérieur de l’occipital avec les angles supérieurs des pariétaux ; 2° au-dessus de l’apophyse masloïde : celle-ci est double ; enfin la dernière , qui est double aussi , se trouve dans la fosse temporale. Ce défaut d’ossification dans plusieurs point du crâne, est réellement admirable : d’une part il facilite l’accouchement, de l’autre il s’oppose à la gravité des accidens auxquels Les chutes ou les pressions sur la tête de l’enfant pourraient donner lieu. Les espaces membraneux finissent par disparaître avec l’âge , et se trouvent remplacés par les sutures. Dans l’enfance et dans la jeunesse , les os du crâne sont loin d’offrir la même épaisseur qu’ils auront dans l’âge adulte, et surtout à celui de la virilité. Tant que le cerveau n’a pas encore acquis tout son développement , le mou-
TRAITE
Yemeni de nutrition des parois crâniennes continue et se trouve en harmonie avec celui de l’organe qu’il renferme. On a quelquefois vu des têtes présenter un développement sensible entre dix-huit et trente ans. |ïous citerons pour exemple Napoléon dont la tête , au dire de beaucoup de personnes qui Font connu pendant son séjour à l’Ecole militaire , augmenta beaucoup en volume jusqu’à l’époque où il commença à jouer un rôle sur la scène du monde.
Comme tout le reste du système osseux , celui du crâne augmente d’épaisseur et de densité avec l’âge. Yoici les dispositions les plus générales que l’on rencontre. Depuis l’âge viril jusqu’à l’époque de la vieillesse commençante : dureté et épaisseur de la substance connue sous le nom de diploë. Passé cette époque , il est impossible d’établir de règle générale ; du moins c’est ce qui nous a été démontré par l’inspection d’un assez grand nombre de crânes •humains ayant appartenu à des personnes de l’âge de soixante jusqu’à quatrevingt-dix ans. Passé cette époque, les os du crâne augmentent quelquefois en épaisseur et deviennent plus légers , plus spongieux ; le diploë , comme nous l’avons vu, se trouve détruit, absorbé en partie ou en totalité; de là, cet amincissement général ou partiel que l’on rencontre assez souvent dans les crânes des personnes décrépites. Nous possédons onze têtes présentant ce caractère. On trouve quelquefois chez les vieillards les os du crâne trèsépais et très-durs ; mais j’ai de fortes raisons pour croire que c’est un véritable cas pathologique ; il est aussi très-commun de le trouver dans cet état chez les personnes mortes à la suite de manie ayant duré pendant très-longtemps. Je possède le crâne d’un homme de soixante-quatre ans, mort dans une maison d’aliénés : il est très-dur, très-épais et très-pesant. J’ai enlevé à plusieurs de ces crânes la table externe , sans pouvoir découvrir , dans leur diploë , ces sillons veineux découverts par M. Dupuytren ; sillons que l’on trouve constamment chez l’adulte et même chez des vieillards dont le crâne ne présente pas ce genre d’altération.
Les dépressions que l’on voit fréquemment à la surface du crâne des vieillards ne sont pas, comme Gall le prétendait (1) , le résultat de l’affaissement de la table interne qui suit, dit-il, le mouvement de décomposition du cerveau. Il m’a été facile de me convaincre qu’aucun affaissement de la lame interne n’est sensible , lors même que l’externe est déjà très-déprimée. Il faut attribuer ces dépressions à la résorption du tissu diploïque. Je possède tant de faits à cet égard , que je les considère comme à l’abri de toute contestation.
Il existe encore d’autres états particuliers des os du crâne ; mais il en sera question lorsque nous traiterons des têtes' malades , sujet auquel nous consacrerons un chapitre tout entier.
Le mouvement de nutrition, dans les premiers temps qui suivent la nais-
(1) Gall, sur les fonctions du cerveau, 3° vol., edit. in-8°.
1)K PHRÉNOLOGIE
sancc de l’homme et des animaux , se fait avec une telle rapidité , qu’il a souvent lieu de nous surprendre. Celui , surtout , qui accompagne le développement du système nerveux cérébral et de son enveloppe osseuse , n’est pas un des moins remarquables. Que l’on compare , par exemple , le volume des quatre têtes représentées pi. VIII bis, et l’on sera surpris de trouver, dans une période de temps si peu considérable , un changement aussi frappant en volume. La tête , fig. 1, pi. VIII bis , est celle d’un fœtus de quatre mois et demi ; celle marquée 2 , id. pl. , d’un enfant à terme : celle n° 5 , d’un enfant de quatre mois et demi ; enfin la fig. S fait connaître le volume de la tête d’un enfant de onze mois après la naissance. Plus on se rapproche de l’époque de la naissance de l’homme et des animaux, et plus cet accroissement devient prononcé. Quelques jours même suffisent chez les animaux pour laisser apercevoir une différence très-marquée dans le développement de leur tète. La pl. VIII représente dix têtes de très-jeunes animaux. Celles indiquées par les numéros 2 et 3 , appartenaient à deux jeunes chats de la même portée , n’ayant entre eux qu’une différence d’existence de cinq jours. On voit que celle du chat de cinq jours est déjà sensiblement accrue en volume. Les deux têtes, fig. 1 et fig. -4, sont celles de deux jeunes chiens corses de la même portée : sur cinq petits j’en avais choisi , avec intention , deux dont les têtes présentaient un volume égal. Le nu 1 fut tué le jour de sa naissance, l’autre seulement au bout de quinze jours. La différence de grosseur, comme on l’aperçoit, est énorme. Celle progression si rapide dans, le développement du crâne, et conséquemment du cerveau du chien et du chat , est applicable à tous les quadrupèdes appartenant à la famille si nombreuse des carnassiers. Un développement très-considérable du crâne a lieu pareillement dans toute la famille des rongeurs. J’ai vu après deux jours , de jeunes cochons d’Inde présenter un crâne très-développé , beaucoup plus même que celui des carnassiers ; leurs dents , comme on peut le voir , id. pl. , fig. 5 , sur la tête d’un jeune cabiais^e deux jours , sont déjà apparentes; ils peuvent même en faire usage pour se nourrir avec des feuilles tendres. Celui d’un lièvre de deux jours, id. pl. , fig. 8 , est, comme on le voit aussi , dans un état d’ossification très-avancé.
L’augmentation de volume du crâne m’a paru moins rapide dans la famille des plantigrades, notamment le hérisson. La tête, représentée, id. pl. , fig. p est celle d’un jeune animal de cette espèce , âgé de quinze jours. Chez les oiseaux , le développement est assez rapide ; la tête , représentée fig. 7 , est celle d’un geai de vingt jours ; elle offre alors presque le même volume qu’elle aura chez l’oiseau parvenu à tout sou accroissement : on remarque seulement que les os du crâne sont séparés par des lignes indiquant leur point de contact ; elles représentent les sutures chez les quadrupèdes , mais elles s'effacent bien plus promptement que chez eux. Quelques espèces , comme les corbeaux , le geai , les pies et les pies-grièches , présentent souvent , même après rnle année , des lignes blanchâtres à la surface de leur crâne ,
TRAITÉ DE PFIRÉ.N'OLOGiE.
indiquant les endroits où les os se sont réunis ou soudés. Ces points de réunion des os présentent des différences plus remarquables dans les diverses classes d’animaux que chez l’homme. On sait qu’ils disparaissent chez celui-ci dans un âge très-avancé. Plusieurs os de la base de son crâne , se trouvent môme tellement soudés entre eux , qu’il est absolument impossible de les séparer sans fracture. On trouve quelquefois chez l’homme , mais ce cas est bien plus rare que beaucoup d’anatomistes ne l’ont avancé , une disparition complète des sutures , mais seulement à l’extérieur du crâne , l’intérieur les présentant toujours d’une manière plus ou moins prononcée
Il est certaines familles de carnassiers où la disparition des sutures s’opère très-promptement ; ainsi , je n’ai jamais trouvé de trace de celle-ci chez les blaireaux , les martes , les fouines , les putois , âgés de plus de deux ans : il n’en est pas de même des chiens et des chats où leurs traces se voient encore dans un âge assez avancé. La nombreuse famille des rongeurs est dans le même cas.
Nous terminons ici tout ce que nous avions à dire sur l’enveloppe osseuse du cerveau de l’homme et des animaux , considérée sous un point de vue anatomique. On a pu se faire une idée , par ce que nous avons dit à ce sujet, des soins que la nature a pris pour garantir le viscère si précieux qu’elle contient, de l’action des agens extérieurs ; et rien n’était aussi propre pour arriver à ce résultat que la conformation du crâne , la distribution de ses pièces osseuses , leur disposition admirable qui leur permet de se soutenir , de se fortifier mutuellement , et de diminuer , par leurs nombreuses engrenures et les cartilages qui les recouvrent , la véhémence des chocs si nombreux auxquels il est exposé. Indépendamment de cette enveloppe compacte , le cerveau se trouve encore entouré de membranes très-fines recouvertes par une autre beaucoup plus résistante , la dure-mère , formant un repli , pl. LXXXII , destinée à partager les deux lobes ou hémisphères du cerveau , et de telle manière qu’ils ne se touchent point , lorsque la tête se trouve penchée à droite ou à gauche. Cette membrane contient aussi , dans ces replis , les vaisseaux rapportant tout le sang qui a servi à la nutrition de ce viscère.