‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 30 sur 87 · TUA I TE · texte numérisé non relu

TUA I TE

moins quelques iignes. Entre cette lame et les hémisphères, existe un enfoncement assez profond, b, b. Comme la partie moyenne, a, a, a, de ce corps se trouve un peu plus renflée que le reste, les anatomistes lui ont donné le nom de raphê. On remarque quelquefois sur les cotés de ce rendement une légère dépression, résultant de la présence d’un vaisseau artériel, artère calleuse ; la face inférieure du corps calleux forme la voûte des cavités appelées ventricules , cavités , qu’on ne peut apercevoir qu’après avoir enlevé cette lame blanchâtre. L’hémisphère gauche du cerveau représenté sur cette planche, fig. % , a été enlevé de manière à faire voir ces ventricules où se voient les objets suivans, en procédant d’avant en arrière (1) : lu deux corps oblongs, bombés, plus larges en devant qu’en arrière, c , c , c ; ce sont les corps striés, ainsi nommés parce que, par leur section, ils présentent alternativement un mélange de substance grise et de substance blanche ; en dedans de ces corps, deux autres éminences renflées dont la grosse extrémité se trouve en arrière, d, d, d, ces deux saillies ont l’aspect blanchâtre; leur face interne est aplatie ; elles sont peu séparées l’une de l’autre, et c’est l’intervalle qu’elles laissent entre elles auquel les anatomistes ont donné le nom de troisième ventricule (2). Ces renflemens portent, dans tous les ouvrages d’anatomie, le nom de couches optiques (3). Entre les corps striés et les couches optiques, existe une lame de matière blanche, e , e , e, e , c’est le ténia semi-circularis, la bandelette demi-circulaire. On voit que ces deux lames, qui présentent à peu près cette forme || sont plus écartées à leur base , f, f, f, f, qu’à leur sommet, g, g, g, g, où elles paraissent se confondre; elles sont couvertes dans le point, h , h , par une portion mince que nous avons enlevée , et qui se trouve placée à la partie inférieure et antérieure du corps calleux que nous avons été obligé d’enlever. Aux deux extrémités de la fissure formée par les couches optiques, se voient deux cordons médullaires blanchâtres, désignés par les anatomistes sous le nom de commissures antérieures , 1,1,1, 1 , et commissures postérieures, k, k, k, k. A l’extrémité, 1, 1, se voit une ouverture communiquant avec la lige pituitaire. A l’extrémité opposée, m , m, une autre ouverture communiquant avec le quatrième ventricule. Plus en arrière et plus en dehors de la bandelette demi-circulaire , et dans le point le plus profond des ventricules latéraux, l’on aperçoit une partie courbée, m,

(t) Dans cette préparation il a fallu enlever complètement le corps calleux et le plexus choroïde. > ,

(2) Chaussier, dans son ouvrage sur Yencéphaïe , n'a point donné de planches où ces par¬

ties fussent représentées. La pl. VJI de l’ouvrage de Vicq-d’Azir où ces objets sont représentés est détestable, et ne peut donner qu’une fausse idée de leur forme, de leurs rapports et de leur étendue. ,

(3) On trouvera à la fin de l’ouvrage un texte explicatif in-4°, contenant : 1° la synonymie ancienne et nouvelle des noms qui se rapportent à nos descriptions ; 2° les noms des espèces dont nous avons fait représenter les crânes et les cerveaux , d'après les meilleurs naturalistes anglais et français; 3° des détails trcs-circonstanciés sur tous les objets représentés dans notre allas.

DE PHRENOLOGIE.

ra , m; c’est le corps désigné sous le nom de pied d’hippocampe, dont la partie interne, n,n, n, a été appelée, à cause de ses stries, corpus fini b riat uni, corps frangé. Si on partage le cervelet en deux parties dans la région moyenne, et qu’on les porte à droite et à gauche , on peut apercevoir la face supérieure de la commissure appelée mésocépliale , id. pl. . fig. 6. C’est sur celte face que l’on aperçoit, chez l’homme et dans tous les quadrupèdes , quatre éminences ou saillies connues sous le nom de tubercules quadrijumeaux , a, a , o , o ; elles sont formées à l’extérieur par une couche de matière blanchâtre , et à l’intérieur entièrement formées de substance grise , mélangée d’une teinte rosée. Les saillies ne présentent pas, ainsi qu’on le voit , le même volume. Les antérieures, a, a , sont plus grosses que les postérieures, o , o. Nous verrons plus loin les différences que ces corps nous présentent dans leur forme, leur volume et leur nombre chez les animaux : les antérieurs se trouvent recouverts chez l’homme par un corps long de trois à quatre lignes, et larges de deux, ayant une forme oblongue; c’est la glande pinéale, q, q, expression doublement vicieuse, puisque ce n’est pas une glande, et que sa forme est loin de ressembler à celle du fruit de l’arbre appelé pin. Quoi qu’il en soit, ce corps est fixé à l’aide de deux filamens, r, r, qui se dirigent en dehors vers les couches optiques : on remarque au-dessous et à sa base une petite lamelle qui se porte en avant , puis se recourbe pour revenir ensuite au point de réunion des tubercules quadrijumeaux antérieurs. Coupé selon sa longueur, le corps dit pineal présente une cavité pourvue d’un léger pertuis dirigé en bas. La consistance de ce corps et sa couleur varient beaucoup (1) : on trouve quelquefois dans son intérieur des portions ou grains jaunâtres assez résistons, ayant une forme plus ou moins arrondie. Soëmmering dit les avoir toujours rencontrés ; c’était aussi l’opinion de Venlzel ; j’ai cependant disséqué dix cerveaux chez qui ces grains n’existaient pas : je ne les ai pas trouvés dans les cerveaux de trois enfans que j’ai disséqués. Nous reviendrons sur les altérations présentées par la glande pinéale , lorsqu’il sera question des maladies du système nerveux cérébral.

Derrière les tubercules quadrijumeaux postérieurs se voit une strie blanchâtre étroite, située transversalement, s, s, s, s; elle se trouve placée sur une appendice fibreuse , blanche , large de quatre à cinq lignes , t, t, t, t, t, t, venant du cervelet , valvule de Yieussens. L’espace compris entre ces lames, le cervelet et la moelle alongôe, constitue ce que l’on appelle quatrième ventricule.

La fig. 3, id pl., représente le cervelet vu par sa face supérieure : examiné en masse, il présente une forme arrondie; son volume est extrêmement variable ; sa partie moyenne, v, v, v, vermis cerebelli, est plus saillante que les parties latérales , y, y, y, y, y, y ; celles-ci ne présentent jamais un déve-

(1) C’est dans la glande pinéale que Descartes plaçait le siège de fame, idée qui prouve évidemment l’esprit inventif de ce philosophe.

loppement égal; constamment, l’une est plus développée que l’autre, circonstance dont il faut tenir compte dans les cas de castration uni-latérale où l’on assure avoir trouvé une diminution du cervelet répondant au côté opposé à celui où cette opération avait été pratiquée. La plus simple inspection du cervelet suffit pour démontrer que son organisation diffère beaucoup de celle du cerveau : il est , comme on le voit , composé de lamelles dont le nombre peut varier beaucoup. Quelques anatomistes, Malacarne entre autres, ont fait de nombreuses recherches sur la plus ou moins grande quantité de lames présentées par cette partie du système nerveux. Cet anatomiste avait même cru établir sur leur absence ou leur nombre , une théorie physiologique et patholo- ' gique que l’expérience a démontrée fausse. Continent Malacarne a-t-il pu avancer une opinion que sept ou huit cas bien observés suffisaient pour détruire ? Chaussier , qui ne connaissait pas la vraie structure du cervelet , supposait gratuitement que cette partie du système nerveux contenait plus de substance grise que de blanche ; les rapports de proportion donnés par ce professeur entre le cervelet et le cerveau , en même temps qu’ils prouvent que cet organe est peu développé chez l’enfant à l’époque de la naissance, démontrent aussi qu’il est impossible de donner une règle générale de proportion entre ces deux parties du système nerveux; car, dans un cas il formait, dit-il, la treizième; dans l’autre , la quatorzième; dans un autre, la dix-septième ; enfin la vingtième , la vingt-sixième , et paême une fois , assure-t-il, la trente-troisième partie de l’encéphale. Il cite le cas d’un autre enfant qui avait vécu une décade (dix jours), et dont le cervelet présentait la huitième partie du poids du cerveau.

Les deux masses principales du cervelet sont séparées l’une de l’autre par deux enfoncemens ou échancrures. L’une est placée antérieurement, fig. 8, 1, 1, 1, et présente une forme demi-circulaire ; elle répond au mésocéphale ou grande commissure du cervelet et au prolongement rachidien ; la postérieure , id. fig. , 2, 2, se trouve en rapport avec la crête interne de l’occi¬

pital ; c’est dans cet enfoncement qu’est logé le repli longitudinal de la duremère. Si on coupe perpendiculairement et dans sa partie moyenne chaque lobe du cervelet, ainsi que nous l’avons fait sur le lobe droit, fig. 2, on aperçoit un nombre assez considérable de parties blanches disposées de manière à simuler des espèces d'arborisations ; elles paraissent résulter de la division de trois faisceaux nerveux que nous avons déjà fait connaître : 1° celui qui se rend en bas et en devant pour former la face antérieure du mésocéphale , grande commissure du cervelet ; 2° celui qui va se rendre aux tubercules quadrijumeaux ; 8° enfin un inférieur ou descendant qui va se confondre avec le cordon de la moelle épinière ou pyramide postérieure , corps restiforme. De la réunion de ces lamelles blanchâtres et de leur division , résulte ces sortes d’arborisations désignées dans presque tous les ouvrages d’anatomie sous le nom d’arbre de vie , arbor vitœ.

Si , au lieu de pratiquer la coupe verticale du cervelet exactement à sa

partie moyenne , on la fait à la réunion du tiers interne de ce lobe avec ses deux tiers externes , on trouve une portion de substance grisâtre , id. fig. , 4,

4, appelée corpus rhomboidenm par Yicusscns , corps dentelé par Vicqd’Azir (1) , ganglion du cervelet de Gall et Spurzheim. On voit , à l’aide de celte coupe , la partie médullaire du cervelet se continuant avec la moelle alongée , faisceau primitif du cervelet de Gall , faisceau dont la partie postérieure concourt à former le quatrième ventricule. Une coupe horizontale du cervelet fait paraître cet organe comme entièrement composé de substance grise.

Toute la masse nerveuse que nous venons de décrire sous les noms de cerveau , môsocépliale , moelle épinière , cervelet , se trouve composée de deux substances , l’une appelée corticale (2), grise, ou mieux encore pulpeuse , parce que sa couleur peut varier suivant les espèces d’animaux où on l’examine. L’autre substance est généralement blanche, et présente un caractère que l’on ne trouve pas dans l’autre ; nous voulons dire qu’elle est composée de fibres blanches, visibles à l’œil dans certaines parties du cerveau, du cervelet et de la moelle alongée. La quantité de ces deux substances varie beaucoup chez l’homme et les animaux : il serait même assez difficile do dire positivement quelle est celle qui prédomine dans le cerveau de l’espèce humaine. Il n’en est pas de même chez beaucoup d’animaux. Nous croyons que les observations accompagnées de faits positifs , et consignées dans notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau , prouveront que l’idée de Gall , très-ingénieuse d’ailleurs , sur les proportions entre les deux substances , est loin d’être conforme à ce que la nature nous offre.

§ II

Cerveau des quadrupèdes.

L’anatomie du cerveau des animaux , appartenant aux principales classes des vertébrés , a paru d’un si grand intérêt aux physiologistes et aux naturalistes , qu’elle est devenue le principal travail d’un assez grand nombro de savans ; mais, soit négligence , ou peut-être l’extrême difficulté pré-

(1) Obligé par la nature de nos reeberebes de consulter tous les auteurs qui ont traité l’anatomie du cerveau , nous avons dù nécessairement prendre connaissance de celui de Vicqd’Azir qui a joui et même jouit encore d’une grande réputation. On sait que Vicq-d’Azir croyait, avec juste raison, que la meilleure manière de démontrer cet organe, était dele représenter par des planches accompagnées de descriptions : c’est ce qu’il a fait ; mais nous pouvons affirmer que son ouvrage, entrepris avec de bonnes intentions, est loin de à l’attente des personnes qui veulent des descriptions exactes. Ses planches sont géné fausses, mal exécutées, et ne peuvent donner qu’une idée très-imparfaite du système nerveux cérébral.

(2) Très-mauvaise expression puisqu’elle indique que cette substance forme seulement l'écorce ou l’enveloppe extérieure ; ce qui n’est point vrai.

répondre

ralement

TRAITÉ

sentée par la nature môme tic l’objet de leurs Éludes, toujours est-il que nous ne possédons pas encore un ouvrage bien fait sur ce sujet ; je veux dire un livre où les descriptions soient conformes à ce que la nature nous présente, qui soit accompagné de bons dessins , donnant une idée exacte de la forme des parties qui constituent le système nerveux cérébro-spinal. Haller publia, en 17156 et 1766, quelques observations anatomiques sur l’organisation du cerveau des poissons et des oiseaux : ses recherches, bien qu’intéressantes, sont trop peu nombreuses et même quelquefois inexactes. Vicq-d’Azir, en traitant de la structure du cerveau de l’homme , eut le grand mérite d’insister sur les avantages immenses que la physiologie pourrait retirer de la comparaison anatomique des diverses parties des cerveaux des vertébrés, comparées avec celles du cerveau humain. Il est fâcheux que ce savant n’ait pu réunir assez de faits pour mettre une si belle idée à exécution : ses travaux sur le cerveau des poissons et des oiseaux sont à peu près insignifians et véritablement imparfaits. Son anatomie du cerveau de l’homme , bien que plus étendue , nous parait vraiment au-dessous de sa réputation ; car à l’époque où Vicq-d’Azir écrivait , l’art du dessin était porté très-loin , et il aurait pu , s’il avait voulu, surveiller lui-même le travail de ses planches , laisser, sinon des dessins d’un grand fini d’exécution , du moins de formes pareilles à celles qui nous sont présentées par la nature ; chose que Vicq-d’Azir est loin d’avoir fait.

Depuis quelques années , plusieurs ouvrages assez remarquables ont été publiés sur le système nerveux cérébral. Tous ont sans doute demandé de nombreuses recherches , de grands travaux ; mais il n’en est pas un seul qui ne laisse beaucoup à désirer pour la représentation des objets. Un grand nombre de dessins de ces ouvrages ne nous ont pas paru conformes aux cerveaux naturels , et l’on peut dire eue celte partie si importante a été généralement négligée. Un des ouvrages qui aurait dù fixer le plus l’attention des anatomistes , puisqu’il avait pour lui l’avantage d’avoir été couronné par l’Institut de France , celui de M. Serres , est de tous ceux qui ont été publiés sur ce sujet , celui qui nous parait devoir inspirer le moins de conüance. L’anatomiste qui a étudié le système nerveux cérébral sur la nature , ne sait, en lisant cet ouvrage , de qui il doit le plus s’étonner , ou de l’assurance de l’auteur dans sa manière de présenter les faits anatomiques servant de base à ses propositions, ou de la fausseté de ces mêmes propositions rapprochées de la nature ou des dessins donnés par l’auteur lui-même. Nous ne rapporterons pas ici ce que nous avons entendu dire à l’étranger de la production de M. Serres : de pareilles observations sortent entièrement du cercle de notre travail.

Nous trouverons entre le cerveau de l’homme et des animaux des différences d’organisation très-remarquables. Nous nous attacherons seulement dans cet ouvrage à faire ressortir celles qui sont les plus importantes sous le rapport de la physiologie du cerveau.

C’est une loi générale de la nature , que plus les actes fonctionnels sont étendus et compliqués , et plus les parties qui concourent à leulr exécution

offrent aussi de complication. Le viscère , théâtre des facultés intellectuelles et affectives , vient à l’appui de cette proposition. L’homme est de tous les animaux celui qui présente le cerveau dont la structure se trouve être la plus compliquée ; viennent ensuite les quadrupèdes , les oiseaux , les reptiles , les poissons et les insectes (1). Nous verrons plus tard, lorsque nous traiterons des cinq sens , que l’homme est encore , de tous les animaux , le plus avantageusement partagé sous ce rapport ; bien que plusieurs en présentent quelques-uns plus développés : ainsi l’homme est dépassé de beaucoup par l’éléphant , le cochon , le loup , sous le rapport de l’odorat ; jamais , quelque bonne que soit sa Yue , il n’approchera de l’aigle , qui peut distinguer d’une hauteur prodigieuse les objets placés sur la terre et dont il veut faire sa nourriture. Mais laissons pour un instant ces rapprochemens , et continuons nos observations sur l’anatomie du cerveau des animaux.

Tous les vertébrés sans exception sont pourvus , comme l’homme , d’une masse nerveuse renfermée dans la boite osseuse désignée sous le nom de crâne ; cette masse présente aussi , comme chez lui , trois parties distinctes, le cerveau , le cervelet et le commencement du prolongement rachidien. Comme dans l’homme , se voient des portions nerveuses destinées à faire communiquer entre elles ces diverses parties , commissures. Chez les quadrumanes , contenant toute la famille des singes, la forme du cerveau présente en masse assez de rapport avec celui de l’homme; il est composé, comme chez lui , de deux hémisphères séparés par un repli de la dure-mère , couvert de circonvolutions ; mais il s’en faut de beaucoup que l’étendue , le nombre et la forme de celles-ci soient identiques chez eux on trouve au contraire des différences étonnantes de nombre , de volume et de forme. Dans les singes , le cervelet se compose de deux lobules réunis , comme chez l’homme , à leur partie moyenne ; mais ils sont composés de lamelles bien moins nombreuses. On trouve aussi une moelle épinière composée des mêmes parties , mais avec des différences de proportion remarquables , enfin , une grande commissure , quatre tubercules quadrijumeaux et le corps appelé glande pinéale. L’étude anatomique de plusieurs cerveaux de singes dont les mœurs auraient été bien connues , serait de la plus grande utilité ; malheureusement on se procure ces animaux avec difficulté , ou ils sont d’un prix trop élevé pour être à la portée des savans qui voudraient en étudier un grand nombre avec l’intention d’en faire une élude spéciale. Celle-ci serait d’autant plus importante , comme nous le disions dans nos leçons , qu’il s’opère en

(1) Un assez grand nombre d’insectes , notamment les abeilles , présentent des actes Vraiment admirables , bien que nous pensions cependant qu’il y ait beaucoup d’exagération dans les faits avancés par les savans qui ont écrit sur leurs mœurs. Nous sommes porte à croire que beaucoup de faits attribués au système nerveux cérébral de ces animaux résulteraient du plus grand développement de quelques-uns ou plusieurs de leurs sens. Quoiqu’il en soit , le système nerveux de ces animaux est encore trop peu connu pour nous éclairer positivement à cet égard.

peu d’années un changement remarquable dans le cerveau de plusieurs espèces appartenant à cette famille (1).

Chez tous les quadrupèdes , sans exception , le cerveau se trouve composé de deux lobes ou hémisphères dont le développement et la forme présentent des différences remarquables , selon les classes , les ordres , les genres et même les espèces. Voici d’abord deux différences d’organisation bien tranchées et sur l’exactitude desquelles on peut compter.

Tous les quadrupèdes , la taupe , les chauve-souris d’Europe (2) , les hérissons et toutes les familles des rongeurs exceptés (3) , présentent un cerveau pourvu de circonvolutions.

(1) Dans un cours de phrénologie humaine et comparée que nous fîmes à Paris en 1829, nous insistâmes sur la nécessité et l’importance de l’étude de l’anatomie , de la physiologie et des altérations pathologiques, pour arriver à une connaissance parfaite des fonctions du cerveau j nous citâmes même à cette occasion des faits fort curieux qui seront consignés dans cet ouvrage. Nous mêntionnâmes surtout le changement que l’âge amène chez les chiens et d’autres animaux , quant à leurs facultés intellectuelles. Nous fîmes voir les altérations que les crâues de ces animaux avaient éprouvées, et nous indiquâmes celles que nous avions trouvées dans leurs cerveaux. Nous assurâmes que la diminution du cerveau , qui accompagne le changement qui s’opère dans le caractère des chiens, et qui fait que de doux et caressans ils deviennent extrêmement moroses , et , comme on le dit vulgairement , hargneux ou même méchans, que cette diminution, dis-je , se retrouverait encore plus prononcée chez certains singes. Voici quelques faits recueillis au Jardin zoologique de Londres , qui viennent confirmer nos prévisions.

« D ans la forme de leurs têtes et dans l’expression de leur physionomie, les semnopitheci, « une famille de singes, portent une si grande ressemblance aux gibbons, qu'il serait difficile *> de décider par la tête seule auquel des groupes chaque espèce doit être rapportée. Dans la » première période de leur développement, la tête est large et élevée , la cavité crânienne large » et le museau légèrement prédominant. Mais à mesure qu’ils avancent en âge , le front dimi- » nue graduellement d’étendue , diminuant conséquemment les dimensions de la cavité intfi- » rieure; et le museau avance en longueur d’une manière remarquable. Les changemens qui » sont communs à toute la classe, sont particulièrement frappans dans ce genre, en conséquence » de la prédominence de leur front, dans le jeune âge , et dont la diminution se trouve accom- » pagnée d’un changement dans les mœurs de l’animal. Quand ils sont pris jeunes , ils sont t> facilement apprivoisés , deviennent folâtres et familiers , sont extrêmement agiles, bien que » généralement calmes et circonspects dans leurs mouvemans ; ils apprennent à faire toutes

sortes de tours qu’il exécutent avec infiniment de ruse et d’habileté. Après quelque temps » cependant, leur gaîté disparait, leur confiance se change en défiance, leur agilité diminue » et se trouve remplacée par une insouciante apathie , et au lieu d’avoir recours , comme aupan ravant, aux ressources de leur sagacité pour arriver à quelque but, ils ont recours à la force ï> brute qu’ils ont acquise à la place. Ils deviennent méchans et même quelquefois dangereux, « absolument comme les autres espèces de la famille des singes qui, dans leur jeune âge, ne » présentent aucunes traces d’un bon caractère et d’intelligence. »

(Extrait de l’ouvrage intitulé Jardin et Ménagerie de La société zoologique de Londres).

(2) Nous avons trouvé l’empreinte de circonvolutions sur le crâne de la roussette de Java.

(3) Gall assure que le cerveau du castor est pourvu de circonvolutions très-apparentes ; le docteur Spurzheim partage aussi la même opinion : ce dernier fait même un reproche à M. Cuvier pour avoir avancé que le cerveau de cet animal était lisse. Nous pouvons affirmer, malgré le ton d’assurance de M. Spurzheim, que le cerveau du castor est absolument comme celui des autres rongeurs, et que l’assertion de M. Cuvier n’est pas fausse comme il le dit.

DK PHRÉNOLOGIE

Dominés par l’idée d’une composition plus ou moins grande, en raison du volume du cerveau, Gall et Spurzheim ont commis une erreur très-grave, en soutenant que si les circonvolutions cérébrales ne sont pas apparentes chez certains animaux , il faut s’en prendre à ce que le volume du cerveau n’est pas encore assez considérable. Ainsi , disent ces deux anatomistes, si les cerveaux de la souris et de la belette sont lisses , c’est que , dans ces espèces , le peu de volume de l’organe cérébral empêche de distinguer les circonvolutions. Voici maintenant ce que l’observation des faits nous démontre : 1° le cerveau de la souris ne présente pas de circonvolutions , non à cause de son peu de volume, mais parce que cet animal appartient à la famille des rongeurs , et que dans cette classe, comme nous l’avons déjà avancé, il n’existe aucune trace de circonvolutions; 2U le cerveau de la belette, loin d’être dépourvu de circonvolutions, comme Gall et Spurzheim l’affirment, en présente au contraire de très-prononcées : voir la pi. LXX1V, fig. 5; et la preuve que le volume n’entre pour rien dans la présence ou l’absence de celle-ci, c’est que le cerveau du lièvre , pl. LXXV, fig. 8 , qui est plus de quatre fois plus gros que celui de la belette, n’offre qu’un cerveau lisse. Pareille chose a lieu pour l’écureuil, pl. LXXIV,fig. 4.

Toute la famille des herbivores, le bœuf, la vache, le mouton, etc. présentent des circonvolutions très-apparentes; mais elles sont plus développées dans le sens transversal que dans le sens longitudinal : voir la pl. LXXY1 , fig. 1 , représentant le cerveau du mouton.

Dans le cheval , l’àne, la chèvre, le chevreuil , le cochon, la disposition des circonvolutions présente à peu près le même caractère.

Dans la famille des carnassiers, tels que le chien, pl. LXXX, lig. 2, le blaireau, id. pl., fig. 1,1e chat, pl. LXXV, fig. 1 et 4, la marte, id. pl., fig. 9 et 10, la belette, pl. LXX1V, fig. 8 , les circonvolutions sont très-distinctes; mais plus alongées que dans les herbivores , elles laissent, comme chez eux , des empreintes bien marquées à la surface du crâne (1). Quelle peut être l’influence de la forme des circonvolutions sur les actes intellectuels et les facultés affectives? Le docteur Spurzheim croit qu’il existe une relation entre la forme des circonvolutions, l’intensité et l’activité des facultés; ainsi, dit-il, je pense que la longueur des fibres contribue à l’activité , la largeur à l’intensité des actes . Je ne crois pas que l’assertion de ce médecin soit établie sur un grand nombre de faits bien observés. Ses observations ont été, comme je le suppose, bornées à l’espèce humaine. Je possède cependant deux faits dans celte espèce qui sont loin de s’accorder avec ceux de ce médecin. Quant à la phrénologie comparée , les faits nombreux qu’elle nous offre nous paraissent

(1) Nous ne concevons pas comment M. Desmoulins a pu avancer que le cerveau des animaux du genre marte était entièrement lisse et ne présentait aucune trace de circonvolutions , tandis que c’est au contraire dans cette famille d’animaux qu’elles sont le plus prononcées. Quand cessera-t-on donc , comme disait Haller , de faire de l'anatomie et de la physiologie dans le cabinet ou avec les livres, au lieu de consulter le meilleur de tous, la nature?

TRAITÉ

KM

détruire complètement l’assertion avancée par ce phrénologistc. Citons des faits , seule et vraie base de toute observation.

Les actes des facultés intellectuelles et affectives des oiseaux se manifestent avec une activité incroyable , et leurs cerveaux n’offrent aucunes traces de circonvolutions. Le chevreuil, dont les facultés sont si vives et si actives, présente un cerveau à circonvolutions arrondies; tandis que le blaireau , dont

les circonvolutions sont alongées , a les facultés cérébrales assez lentes. L’écureuil , dont le cerveau est complètement lisse , est doué d’une activité cérébrale et de mouvemens ètonnans : pourra-t-on dire , dans ce cas , que la longueur des circonvolutions entre pour quelque chose dans celte activité? Nous croyons que l’activité des facultés est complètement étrangère à la forme des circonvolutions , qu’elle peut se rencontrer avec toutes les formes possibles de cerveaux, et qu’elle tient au mode de sensibilité propre au système nerveux cérébral de chaque individu , quels que soient la classe , l’ordre , le genre et môme l’espcce dont il fait partie.

Il est présumable que, par la présence des circonvolutions , l’auteur de la nature n’a eu d’autre but que d’augmenter la surface ou l’étendue du système nerveux renfermé dans le crâne, et conséquemment lui donner plus d’énergie et une sphère d’action plus grande.

Nous avons vu que, dans l’homme, le cervelet se trouvait complètement recouvert par la partie postérieure des hémisphères , pi. LXXX1Y , fig. 1 et 2. Nous trouverons chez les animaux une différence très-remarquable à cet égard; dans les singes cependant le cervelet se trouve recouvert, sinon en totalité, au moins en grande partie, par les hémisphères. J’ai quelquefois trouvé le cervelet complètement couvert chez certaines espèces de chiens. Dans le chat, pi. LXXY , fig. 1 , le mouton, pl. LXXVI , fig. 1 et 2, le lièvre, pl. LXXV, fig. 8, l’écureuil, pl. LXXIV, fig. 4, le hérisson, le cochon d’Inde , id. pl., fig. 8 et 1, la taupe, id. pl., fig. 12 le cervelet se trouve presque complètement à nu (1). Dans le chien, pl. LXXX, fig. 2, le blaireau , id. pl., fig. 1, la marte , pl. LXXY , fig. 9 et 10, la belette, pl. LXXIV , fig. 5, la partie postérieure des hémisphères avance ou recouvre plus ou moins le cervelet. En examinant avec soin tous les cervelets des quadrupèdes représentés dans notre allas, pl. LXXIY, LXXV, LXXYI , LXXX et LXXXI, on pourra se convaincre que cette partie du système nerveux cérébral présente beaucoup de différences de forme , de volume et de composition. Ces différences varient d’autant plus que les cervelets sont examinés dans des classes opposées : dans les espèces le cervelet présente le môme type de forme, mais diffère assez quant au volume.

Il est vraiment digne de remarque que le cervelet de tous les quadrupèdes

(1) L assertion de certains anatomistes, tels que Cuvier, qui avançait que le cervelet ne se trouvait à nu chez certaines espèces, que parce que la partie postérieure des hémisphères n'existait pas, est évidemment sans fondement.

DK PHRÉNOLOGIE.

et même celui des oiseaux , comme nous le verrons plus tard , n’offre jamais , ainsi que nous l’avons vu dans les hémisphères , un aspect lisse ; il parait toujours composé de plusieurs parties bien distinctes.

Généralement , chez tous les quadrupèdes , la partie moyenne de cette partie du système nerveux , c’est-à-dire celle qui répond au processus vermiformis de l’homme, pl. LXXXY, fig. 2, o, m, se trouve toujours plus apparente, plus renflée (1). Le volume du cerveau, comparé à celui du cervelet, présente tant de différences dans les diverses classes et même chez les individus de la même espèce , qu’il nous a été impossible de donner un terme moyen de proportion entre eux. Je pesai un jour, en présence d’un de mes confrères , douze cerveaux d’animaux de même âge , trois de chevaux , quatre de moutons, trois de chats et deux de chiens. Je pesai ensuite leurs cervelets, et trouvai des différences si remarquables entre l’une et l’autre de ces parties, chez la même espèce , que je cessai pour toujours toutes recherches dans ce sens.

Certaines espèces ont généralement le cervelet très-déveîoppé comparativement aux hémisphères ; nous citerons comme exemples remarquables sous ce rapport , léchât, pl. LXXV, fig. 4-, où cet organe forme plus du tiers de la masse encéphalique. Dans la taupe, pl. LXXIY, fig. 12, il en forme presque la moitié. Dans l’écureuil, pl. LXX1V, fig. 4, il est très-gros , et formé de plusieurs lobules distincts , très-apparens à l’extérieur de son crane , voir la pl. XXXYII, fig. 1 ; ainsi qu’on le voit, il est formé d’un grand nombre de lamelles. Généralement, le cervelet est très-développè relativement au cerveau, dans toute la famille des rongeurs. Nos observations très-nombreuses sur ce point d’anatomie comparée , se trouvent complètement en rapport avec celles qui avaient été faites avant nous par le célèbre naturaliste français Cuvier : nous ferons seulement observer que beaucoup de carnassiers offrent aussi un cervelet très-fort, eu égard au volume de leurs cerveaux. Une coupe verticale , pratiquée sur le cervelet des quadrupèdes , permet d’apercevoir dans son intérieur ces espèces d’arborisations que nous avons trouvées dans le cervelet de l’homme , pl, LXXXV, fig. 2 ; seulement elles y sont beaucoup moins nombreuses. La fig. 4- de la pl. LXXIX représente la coupe verticale du cervelet du chat. L’homme, sauf quelques grosses espèces, se trouve à la tête des espèces animales pour le développement du cervelet. Au-devant de cet organe, se voient, comme chez l’homme, quatre tubercules quadrijumeaux. La fig. â de la pl. LXXVII représente les tubercules quadrijumeaux du lapin domestique. Us sont toujours recouverts par les hémisphères, et on ne peut les apercevoir sans avoir préalablement écarté ceux-ci. Je n’ai pas trouvé une seule exception à cet égard dans l’immense quantité de cerveaux que j’ai disséqués.

(1) Nous sommes entré dans beaucoup plus de détails anatomiques sur l’organisation du cervelet des vertébrés, dans notre ouvrage sur le système nerveux cérébral. Nous ne faisons connaître ici que les points les plus essentiels pour les phrénologistes.

TRAITÉ

Je ne sais vraiment pourquoi M. Tiedmann (1) avance, dans son Traité du cerveau du fœtus humain , que , dans le cerveau du lièvre , de l’écureuil , du cabiais, les tubercules quadrijumeaux se trouvent à nu, et présentent alors quelques ressemblances avec le fœtus de l’homme de quatre ou cinq mois. L’assertion de cet anatomiste distingué est complètement inexacte. La fig. 8 , pl. LXXV, représente le cerveau du lièvre; la fig. -4, pl. LXXIV, celui de l’écureuil, et la fig. 1, id. pl., celui du cochon cabiais. Il est facile de voir qu’il n’existe à l’extérieur aucune trace de tubercules quadrijumeaux. C’est avec aussi peu de fondement que le même auteur assure que , dans les chauvesouris, les tubercules sont complètement à nu : nous pouvons affirmer que, dans cette famille d’animaux, comme dans les espèces que nous venons de citer et même dans toute la famille des rongeurs , les tubercules quadrijumeaux se trouvent complètement recouverts par les hémisphères.

On trouve des différences de volume entre les tubercules quadrijumeaux des quadrupèdes ; quelquefois les antérieurs sont plus prononcés que les postérieurs , et vice versa. Dans le mouton, pl. LXXVII , fig. & , dans le lapin, id. pl. , fig. h , la paire antérieure , o, o, est plus forte que la postérieure , a, - a ; dans le chien , c’est le contraire.

La composition des tubercules quadrijumeaux est absolument la même que chez l’homme ; c’est-à-dire qu’ils sont formés de substance blanche et de substance grise ; leur intérieur présente une cavité.

Le corps que nous avons désigné chez l’homme sous le nom de glande pinéale , et qui se trouve placé sur ces tubercules , existe chez tous les quadrupèdes ; il y en a même chez qui il présente un volume assez considérable : la fig. 8 de la pl. LXXVII représente la glande pinéale du lapin. Chez tous les animaux aussi , ce corps se trouve fixé aux parties auxquelles il correspond par de petits filamens nerveux. Quel peut être l’usage de ce tubercule ? L’observation ne nous a rien appris de bien positif à cet égard. Je ne crois pas cependant qu’il ait une grande influence , soit par lui-même ou par ces communications , avec les parties nerveuses avec lesquelles il se trouve en rapport ; du moins , voici un fait qui semblerait venir à l’appui de notre assertion. Je trouvai un jour , en disséquant le cerveau d’un renard , deux plombs gros comme la moitié d’un petit pois , placés entre les deux hémisphères ; l’un d’eux était emprisonné dans la dure-mère , et l’autre entre son repli vertical et l’un des hémisphères. Il n’existait aucune trace de glande pinéale. Je présumai qu’elle avait été détruite par le coup de feu que cet animal avait reçu long-temps avant celui qui lui donna la mort. Je pris des renseignemens auprès des chasseurs qui m’avaient procuré sa tête , et j’appris que ce renard ne s’était pas montré , pendant la chasse , inférieur pour ses ruses et son intelligence aux animaux de son espèce. Il serait même parvenu à s’esquiver , si un berger , en l’effrayant , ne l’avait forcé à retourner du côté des chasseurs.

(1) Traité uu cerreau du foetus, traduit de l’allemand par Jourdan; Paris; page 194.

Les lobes cérébraux sont réunis cliez les quadrupèdes , ainsi que chez l’homme, à l’aide d’une lame de substance blanchâtre, corps calleux, grande commissure de Gall ; dans l’intérieur des hémisphères se trouvent aussi , comme chez lui, les couches optiques et les corps striés. Nous n’entrerons pas ici dans tous les détails ayant rapport aux variétés de formes de ces diverses parties ; on les trouvera décrits avec soin dans notre Traité de l'anatomie du cerveau de l'homme et des animaux vertébrés.

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