‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 34 sur 87 · TOMIQUES DE JH. SERRES SUR LE SYSTEME NERVEUX CEREBRO-SPINAL · texte numérisé non relu

TOMIQUES DE JH. SERRES SUR LE SYSTEME NERVEUX CEREBRO-SPINAL

Depuis Vésale, tous les anatomistes avaient suivi le même mode de dissection du cerveau : il consistait à examiner successivement diverses parties de ce viscère , en pratiquant des coupes horizontales de son sommet à sa base (1). Par ce procédé , on détruit les rapports de chaque partie et l’on n’a point une juste idée de leurs différences proportionnelles. Appliqués à l’étude de l’anatomie du cerveau des animaux vertébrés , les vices de cette méthode ressortent encore plus; car les parties cérébrales des animaux, variant de forme et de situation , on ne peut avoir aucune idée du développement progressif du système nerveux cérébro-spinal.

Yarole (2) fut de tous les anatomistes celui qui jugea plus convenable de commencer l’étude du cerveau par la base. Willis pensa aussi qu’il était nécessaire de changer le procédé de dissection de haut en bas.

Yicq-d’Azir employa tout à la fois la méthode de Vésale et des anatomistes qui le suivirent. L’ordre et la distribution de ses planches, que nous avons déjà dit être très-mauvaises , annoncent qu’il suivait absolument le plan de Vésale pour la démonstration du cerveau. L’ouvrage de Chaussier ne mérite, selon nous , d’autre importance que celle qu’il faut attacher à de nouvelles expressions ; mais rien de neuf ne se remarque dans son livre ; ses planches sont d’une très-mauvaise exécution : il nie même certains faits bien démontrés, tel est l’entrecroisement des pyramides; son expression de môsocéphale est très-mauvaise, en ce qu’elle indique un point de réunion qui n’existe pas.

Bien que nous ne partagions pas entièrement les idées de MM. Gall et Spurzheim , nous sommes forcé de convenir que leur méthode de disséquer le cerveau est de beaucoup préférable à celle que l’on avait employée avant eux. Elle a cet avantage immense de ne pas présenter le cerveau comme une masse pulpeuse homogène , mais comme un composé de parties diverses, augmentant de composition en raison du nombre ou de l’étendue d’action des facultés intellectuelles ou affectives. On regrette cependant, en lisant les ouvrages de ces anatomistes , de n’y pas trouver un plus grand nombre de faits, bien obser-

(1) Cette méthode, bien que Irès-vicieuse , et ge’néralement connue pour telle, est cependant encore employe'e dans toutes les écoles de médecine.

(2) F aroli unalomicœ , sive de resolutions corporis humani. 1591.

vès, dans les diverses classes d’animaux. Nous ne doutons pas que ces auteurs n’eussent de beaucoup modifié leur manière de penser sur plusieurs points du système cérébro-spinal, si leurs recherches avaient été plus étendues et plus variées.

Gall dit qu’après avoir rencontré plusieurs personnes affectées d’hydrocéphale , jouissant de leurs facultés intellectuelles , il présuma que le cerveau devait avoir une organisation autre que celle qu’on lui supposait (1) : une circonstance heureuse le mit à même de savoir à quoi s’en tenir à cet égard. Le cerveau d’une femme âgée de 55 ans (2), affectée d’hydrocéphale , et dont les facultés intellectuelles avaient été intactes, fut examiné avec soin par Gall. Il vit, après avoir ouvert le crâne, que le cerveau, au lieu d’être dissous, comme on le supposait généralement, offrait au contraire l’aspect d’une membrane, c’est-à-dire un dôplissement de ses circonvolutions. Cette circonstance le détermina à diriger ses recherches dans un sens opposé à celui qu’on avait suivi jusqu’à lui. Nous avons déjà parlé des travaux anatomiques de M. Niclas, qui fut choisi par Gall pour se livrer à des recherches anatomiques sur la structure de cerveau. La méthode qu’il employait, consistait à ràcler la substance cérébrale , en commençant par les parties dont le cervelet et le cerveau paraissent tirer leur origine. Ce procédé avait été mis en pratique bien long-temps avant Gall , par Yarole et Willis; mais les travaux de ces anatomistes sont loin d’avoir la même exactitude que ceux qui furent publiés par Gall et Spurzheim. Nous joignons ici le nom de M. Spurzheim à celui de M. Gall , bien qu’il soit constant que Gall eut fait les principales recherches avant que M. Spurzheim lui fut associé : mais comme le travail de ces anatomistes a été présenté en commun à l’institut de France, il nous semble que M. Spurzheim a le droit de se considérer comme collaborateur de M. Gall, sur ce point.

Nous indiquerons sommairement comment ces deux médecins croient devoir étudier l’anatomie du cerveau et de quelle manière ils expliquent la formation des diverses parties de ce viscère. Nous citerons ensuite textuellement leurs propositions anatomiques sur le système nerveux cérébro-spinal , et nous les accompagnerons de remarques extraites des principales observations quq nous avons consignées dans notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau dq l’homme et des vertébrés.

MM. Gall et Spurzheim admettent avec tous les anatomistes , que la masse

(1) Long-temps avant Gall, Yésale , Morgagny, Tulpius, avaient observé des cas d’hydrocépbalie où les faculte's intellectuelles avaient été conservées. Le dernier surtout a non-seulement cité des cas semblables très-remarquables , mais encore indiqué le déplissement du cerveau produit par l’eau contenue dans son intérieur, de manière à donner à celui-ci l’aspect d’une vessie.

(2) Gall a fait représenter le cerveau de cette femme , pl. LXV de son atlas. On voit par ce dessin que toutes les circonvolutions ne sont pas déplissées. A-t-il existé un cas d’bydrocépbalie où le déplissemenl ait été complet? C’est ce que nous verrons au chapitre des têtes malades

encéphalique se trouve composée de deux substances , l’une blanche fibreuse, l’autre grise ou pulpeuse. Celte dernière est considérée, selon eux, comme la source d’où naissent ou sortent des faisceaux qui , par leur développement successif, viennent former le cervelet et le cerveau. Au nombre de ces faisceaux primitifs , se trouvent les pyramides antérieures pl. LXXXIY, n° 2, les pyramides postérieures pî. LXXXY , n" 1 , et les faisceaux qui naissent des ganglions olivaires pl. LXXXIV , fig. 1 , n° &. Ces divers ganglions communiquent avec les parties auxquelles ils correspondent. Les faisceaux antérieurs sont les seuls qui s’entrecroisent à la distance de douze à quinze lignes de la commissure du cervelet, mésocépliale. Ces faisceaux, après leur entrecroisement, montent , augmentent de volume dans leur trajet et se dirigent vers la protubérance annulaire ; avant de pénétrer dans celle-ci , ils fournissent souvent quelques fibres qui se contournent autour des corps olivaires. Les faisceaux pyramidaux se renforcent dans la protubérance annulaire qui présente deux couches de fibres, l’une, transversale , venant du cervelet , l’autre , longitudinale , produite par les pyramides antérieures ; celles-ci , après avoir traversé le mésocépliale et s’y être renforcées , en sortent en divergeant , pour former ce que les anatomistes appelaient ridiculement les cuisses du cerveau, pédoncules du cerveau de Chaussier : plus ces vaisseaux se rapprochent des hémisphères et plus ils contiennent de substance grise propre à leur renforcement. Ils viennent ensuite s’épanouir en formant les circonvolutions inférieures , antérieures et extérieures des lobes antérieurs et moyens.

Des ganglions olivaires, pl. LXXXIV, fig. 1, n°â , partent des filets comme ceux que nous avons vu naître des pyramides antérieures , seulement ils ne s’entrecroisent pas comme ceux-ci. Après avoir traversé comme eux le mésocéphale , ils y acquièrent plus de volume et se placent en arrière des pédoncules pour se porter vers les couches optiques , que ces anatomistes considèrent comme un nouveau ganglion. Sortis des couches optiques , ces vaisseaux divergent et traversent les corps striés, ou ils augmentent encore de volume et viennent s’épanouir en formant les circonvolutions postérieures et celles qui sont situées sur le bord supérieur de chaque hémisphère cérébral.

L’ensemble des circonvolutions cérébrales forme le cerveau ou les deux hémisphères cérébraux : ils sont recouverts par une couche de substance grise, de laquelle part , selon ces anatomistes, d’autre fibres qu’ils appellent rentrantes ou convergentes , qui viennent former les diverses commissures connues sous le nom de corps calleux, de voûte à trois piliers. MM. Gall et Spurzheim désignent aussi ces parties sous le nom d’appareils de réunion ou de jonction.

De même que nous avons vu le cerveau prendre naissance ou provenir de faisceaux primitifs, de même verrons-nous, selon Gall et Spurzheim, le cervelet présenter le même mode d’accroissement. Deux faisceaux placés sur les parties latérales postérieures de la moelle épinière , pl. LXXXV , fig. 1,4, et désignés sous le nom de corps resliformes, forment le commencement ou

BE rilRÉNOLOGlB. 117

origine du cervelet, ils sont alors recouverts par les nerfs auditifs et lcurs'ganglions. Ils entrent, après un court trajet, dans l’intérieur d’un corps désigné sous le nom de rhomboïde, pi. LXXXV, fig. 1 , d, ganglion du cervelet destiné à renforcer ces faisceaux primitifs , qui se divisent sous la forme de ramifications. Le plus grand de ces faisceaux se réunit à celui du côté opposé > pour former le processus vermiformis , id. pl. , fig. 1. v. Les autres faisceaux sortent des ganglions, se dirigent en arrière , en haut, en Las et en dehors, s’épanouissant en couches très-minces disposées horizontalement. L’ensemble de ces faisceaux forme le cervelet qui se trouve , comme les hémisphères cérébraux, recouvert par une légère couche de substance grise , fournissant aussi des faisceaux de fibres rentrantes ou convergentes , qui , en se réunissant , forment la protubérance annulaire, grande commissure du cervelet, mésocèphale. Les parties supérieure et inférieure du cervelet envoient quelques fibres qui réunissent la portion connue sous le nom d’éminence vermiculaire supérieure avec les tubercules quadrijumeaux, et le processus ou éminence vermiculaire inférieure avec le corps restiforme ou pyramide postérieure.

Les prétendues cavités trouvées par le procédé de Yésale , ne sont , d’après Gall , que le résultat de l’arrangement des fibres du cerveau et du cervelet. Quant aux parties connues sous le nom de corps pisiformes, glande pituitaire, glande pinèale , M. Gall pense qu’il faut les considérer comme des ganglions ayant probablement pour usage de donner quelques filets communiquant avec les filets transversaux.

Telle est, en résumé, la méthode de disséquer le cerveau, d’après les deux anatomistes que nous venons de citer. Ceux qui voudront la connaître plus en détail consulteront l’ouvrage qu’ils ont publié sur ce sujet.

Voici maintenant les principales propositions anatomiques de ces deux médecins , accompagnées de quelques observations.

§ II

Le cervelet et le cerveau sont composés de substance grise et de substance blanche , de môme que le système nerveux du bas-ventre , de la poitrine , de la colonne vertébrale et des sens.

Observation, j

Cette idée n’est pas neuve. Long-temps avant MM. Gall et Spurzheim, on savait que deux substances entraient dans la composition du système nerveux cérébro spinal. Les expressions de substance grise et substance blanche ne nous paraissent pas convenables , car elles n’indiquent qu’une modification ou changement de couleur qui ne se rencontre pas chez tous les animaux. Les expressions de substance pulpeuse et fibreuse nous paraissent préférables.

TRAITÉ

La substance blanche du cerveau ne peut être , sous aucun rapport , comparée à une substance médullaire : elle est, ainsi que les autres nerfs, entièrement fibreuse.

Observation.

Long-temps avant ces médecins , la nature de la substance blanche était connue ; mais ils sont , de tous les anatomistes , ceux qui ont le plus insisté sur sa véritable organisation. Il est vraiment singulier de voir encore, de nos jours , nier l'évidence fibreuse de la substance blanche : entêtement probablement dû à la méthode vicieuse de couper le cerveau par tranches transversales. On conçoit qu’en ayant recours à ce procédé, un corps composé de fibres très-fines paraîtra formé d’une substance pulpeuse , comme seraient une pomme, un morceau de fromage. Que l’on coupe, par exemple, transversalement et dans l’état frais, les muscles pectoraux d’un poulet, la surface de la partie coupée paraîtra lisse ; mais si nous raclons ces muscles, nous ne tarderons pas à nous apercevoir qu’ils se trouvent composés de portions fibreuses*

La substance blanche du cerveau , comme celle de tous les autres systèmes nerveux , prend naissance dans la substance grise.

Ces deux substances sont dans le cerveau , de même que dans les autres systèmes nerveux, en raison directe de leur quantité.

Les systèmes particuliers du cerveau sont, de même que les autres, renforcés et perfectionnés graduellement.

, t . VI '* * ' " i ■ • ■ ‘ , .

Dans les appareils de renforcement et de perfectionnement, les fibres cérébrales sont juxta-posées et entrelacées en forme de ganglions ; de même que les autres systèmes nerveux prennent leur renforcement tantôt dans des plexus, tantôt dans des ganglions.

Observations.

Les propositions , U , 4 , 5 et 6 , ont tant de rapport entre elles , que nous avons cru devoir les réunir avant qu’elles devinssent l’objet do nos remarques.

Nous croyons devoir blâmer cette expression , que la substance grise donne naissance à la substance blanche ; elle nous paraît d’autant plus inexacte, que ces deux substances peuvent varier beaucoup de proportion , dans le sens opposé à celui où l’entendent MM. Gall et Spurzheim , qui , comme nous l’avons vu , soutiennent qu’elles sont toujours en proportion l’une de l’autre. Nous allons citer quelques faits, renvoyant à notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau pour leur démonstration.

1° D’abord, M. Tiedemann assure n’avoir trouvé aucune trace de ganglions dans la moelle épinière du Fœtus (1), ce qui devrait cependant avoir lieu , si la substance grise était formée avant la substance blanche. Le môme auteur dit aussi avoir observé le corps calleux que ces anatomistes disent venir de la substance grise des circonvolutions, à une époque où les circonvolutions n’existent pas et où l’on n’aperçoit aucune couche de substance grise à leur surface. Cette dernière proposition renverse aussi , comme on le voit * les idées de ces anatomistes sur les fibres rentrantes. Nous croyons avec M. Tiedemann : 1° que la substance grise ne donne pas naissance à la substance blanche , et bien qu’il existe souvent un rapport de volume entre les deux substances , ce rapport n’est pas constant ; du moins c’est ce que nos recherches sur l’homme et les animaux nous ont appris.

2° .Nous ne croyons pas que le corps calleux du cerveau soit formé par les fibres venant de la substance grise. Nos recherches sur le cerveau des oiseaux et des quadrupèdes ne s’accordent nullement avec cette hypothèse. Dans les oiseaux , par exemple , toute la surface des hémisphères se trouve recouverte de substance grise. En écartant leurs hémisphères, pl. LXX, fig. 3 , on aperçoit deux commissures , l’une très-petite , en devant , et l’autre beaucoup plus large , en arrière. Comment se fait-il que cette commissure ne règne pas tout le long des hémisphères , comme chez les quadrupèdes , pour former ce que chez eux nous avons appelé corps calleux (2). Nous donnent) Anatomie du cerveau du fœtus , traduit par Jourdan, page 134 j Paris, 1823.

(2) Le docteur Spurzheim parait avoir eu en vue cette objection, autant que j’en puis juger par ce passage extrait de son Anatomie du cerveau , publiée à Londres, page 185. a 11 reste » encore à voir si la protubérance annulaire et le corps calleux sont de vraies commissures : » ces parties sont seulement trouvées chez l’homme et les mammifères. Dans les oiseaux, les » reptiles et les poissons , elles manquent. Les oiseaux et les reptiles ont cependant des hémi- » sphères cérébraux avec deux forts ganglions, et comme chez eux, les autres commissures » désignées sous le nom d’antérieure , de moyenne ( nous ne savons pas où se trouve la » moyenne) et une postérieure, sont en proportion avec les masses latérales, et sont situées « comme chez l'homme et les autres animaux supérieurs; elles ne peuvent être considérées » comme remplaçant le corps calleux. » Mais alors que deviennent les fibres rentrantes venant de la substance grise, et qui devraient former ce corps? Voici comment M. Spurzheim se tire d’affaire : « 11 résulte donc que l’union des hémisphères cérébraux des oiseaux est établie » selon une autre loi que celle des mammifères, ou que la protubérance annulaire et le corps » calleux ne sont pas de vraies commissures; dans ce cas, ils auraient dù être considérés » comme de vraies parties constituantes du cervelet et du cerveau. » On voit que } pour ex-

TRAITÉ

ISO

rons dans noire ouvrage sur l’analomie du système nerveux cérébro-spinal , plusieurs faits tendant à éclaircir ce point si important de l’anatomie du cerveau des quadrupèdes et des oiseaux : nous croyons même les avoir présentés plus distinctement , et même avec beaucoup plus d’avantage que ne l’ont fait, avant nous , les deux anatomistes qui nous ont précédé.

Les systèmes nerveux particuliers du cerveau se terminent par un épanouissement fibreux , disposé en couches ; de même que les autres systèmes nerveux s’épanouissent en fibres à leur extrémité périphérique.

Observation.

Cette proposition nous parait généralement vraie.

Aucun système particulier du cerveau ne peut être dérivé d’un autre système cérébral ; de même que les autres systèmes nerveux , aucun ne peut être dérivé d’un autre.

Observation.

Cette idée est celle qui jusqu’à ce jour a dominé les anatomistes les plus distingués. Quelques anatomistes et physiologistes ont prétendu cependant qu’une partie cérébrale pouvait en suppléer une autre ; ce qui serait contraire à la proposition ci-dessus énoncée : mais l’assertion de ces derniers anatomistes ou physiologistes n’est rien moins que démontrée.

Tous les systèmes nerveux particuliers du cerveau sont mis en communication avec les systèmes voisins , par des branches communicantes , ainsi que les autres systèmes le sont entre eux.

Tous les systèmes particuliers du cerveau sont doubles comme ceux de la colonn’e vertébrale et des sens.

Les parties doubles du cervelet et du cerveau sont , de même que celles de la colonne vertébrale et des sens , réunies entre elles par des appareils de réunion.

pliquer le défaut de corps calleux ou de fibres rentrantes, le docteur Spurzheim admet que la nature a suivi une autre marche pour les oiseaux que pour les quadrupèdes. Nous croyons que cetle explication sera loin de satisfaire les esprits un peu sévères.

DF PÎIRÉX0L0G1E.

Observation.

Les propositions, 9, 10 et 11 ne présentent aucune idée neuve ; mais, par leur manière d’étudier le cerveau , MM. Galî et Spurzheim ont fixé davantage l’attention des anatomistes sur les points principaux qui leur servent de base.

Les systèmes nerveux du cerveau , qui sont on prolongement ou un renforcement des faisceaux pyramidaux , sont seuls en communication par entrecroisement avec les systèmes nerveux de la colonne vertébrale.

Observation.

Nous avons déjà dit que cet entrecroisement était évident chez l’homme et les quadrupèdes , et que c’était à tort que quelques anatomistes , comme Chaussier par exemple, en avaient nié l’existence. Nous avons en même temps fait observer qu’un anatomiste français , Pourfour-Petit , l’avait trouvé bien avant Gall , et en avait donné une excellente description.

De même que les systèmes nerveux du bas-ventre , de la poitrine et de la colonne vertébrale sont plus ou moins nombreux dans les différées animaux , et de même que les animaux sont doués d’un nombre plus ou moins considérable de sens ; de même aussi les diverses parties du cerveau sont plus ou moins nombreuses dans les différentes espèces.

Observation.

Cette proposition et les dix qui vont suivre , sont toutes enchaînées ensemble. Elles ne sont , comme nous allons le voir, qu’une conséquence de la première , qui admet la pluralité de systèmes nerveux et conséquemment des facultés. Nous avons déjà observé que , long-temps avant Gall , Herder et Bonnet , avaient positivement reconnu la pluralité des organes du système nerveux cérébro-spinal; celui-ci ne s’est pas contenté d’en faire une application à l’espèce humaine, mais encore à tous les animaux. Voici , par exemple, une des observations générales de cet auteur à ce sujet (1) : « La » construction des machines animales a été calculée sur le nombre et la di- » versité des objets qu’elles doivent produire , relativement à la place qui » était assignée à chaque espèce dans le système de l’animalité : le cer- » veau du singe , beaucoup moins composé que celui de l’homme , l’est into comparablement davantage que celui de l’huître. » Nous ne reproduirons

(1) bonnet, Palingénésie ; tome I, page 195, x

pas ici tous les passages , et ils sont nombreux , cités par Bonnet en faveur de la pluralité des organes cérébraux de l’homme et des animaux : on regrette seulement que ce philosophe n’ait point donné de faits anatomiques plus nombreux que ceux qu’il a présentés. L’ouvrage de Gall a donc sur le sien un avantage marqué sous ce rapport ; mais que l’on ne s’y trompe pas , il y a aussi plus de théorie que de pratique dans l’ouvrage de Gall , du moins quant aux animaux. Et en fait de sciences naturelles , il ne s’agit pas de citer, comme il l’a fait, une longue liste d’animaux remarquables par une faculté ; car il suffit pour cela d’ouvrir le premier ouvrage sur l’histoire naturelle des animaux. Gall aurait dû au moins donner une idée de cette complication du système nerveux , en traitant cette partie autrement qu’il ne l’a fait.

De même que les autres systèmes nerveux sont tantôt plus gros , tantôt plus simples, tantôt plus composés, dans les différentes espèces d’animaux, de même aussi les systèmes cérébraux analogues entre eux sont plus gros ou plus petits , plus simples ou plus composés , dans les diverses espèces d’animaux.

Observation.

On voit que cette proposition n’est qu’une conséquence de celle qui la précède ; car là où il y a complication d’organes , on doit aussi trouver des différences de forme et de composition.

De même que , dans les diverses espèces d’animaux , le système nerveux du bas-ventre, de la poitrine de la colonne vertébrale, et les systèmes des sens particuliers diffèrent entre eux en grosseur, en forme, en couleur et. en consistance ; de même aussi les systèmes partiels du cerveau varient entre eux, suivant les espèces et les individus, par la grosseur, la couleur, la contexture et la consistance.

Observation.

Celte proposition n’est encore, comme on le voit, qu’une conséquence et une extension de la quatorzième. Nous ferons seulement remarquer que les différences de formes et de couleurs du système nerveux cérébro-spinal , se distinguent facilement , mais qu’il n’en est pas de même de celles de contexture ou de consistance , et que celte dernière qualité peut se rencontrer avec des facultés différentes ou semblables. On peut voir dans notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau , les faits que nous donnons à l’appui de notre assertion.

de phrénologie:

De meme que chaque système particulier et les systèmes analogues diffèrent dans les individus de la même, espèce , et que nul de tous ces systèmes n’est constamment en raison directe avec les autres systèmes nerveux; de même aussi chaque système cérébral partiel , et les systèmes cérébraux analogues, ne sont pas constamment, dans les divers individus de la même

espèce , en raison directe avec les autres systèmes cérébraux.

Observation.

Les facultés étant une conséquence de l’organisation , et celles-là se trouvant plus ou moins compliquées chez les hommes et les espèces animales , il fallait nécessairement qu’il y eût une variété à cet égard selon les êtres; de là la différence entre les divers systèmes nerveux des espèces et même entre les individus de la même famille. Les applications pratiques de Gall dans l’espèce humaine sur ce dernier point , le mettent , selon moi , audessus de tous les philosophes et physiologistes qui l’ont précédé.

De même que les systèmes partiels du même individu, par exemple les

systèmes des sens , diffèrent en grosseur , de même aussi les systèmes cérébraux varient en grosseur chez le même individu.

Mroy ^

Tantôt l’une, tantôt l’autre des parties intégrantes du même système, tant dans le cerveau que dans les autres systèmes nerveux , sent plus ou moins développés chez les individus de la même espèce.

Ce que nous avons dit précédemment est applicable à la 17e et à la 18* proposition. i

De même que dans les différentes espèces d’animaux et dans les individus de la même espèce , les divers systèmes nerveux du bas-ventre , de la poitrine , des sens , se développent à des époques inégales ; de même aussi les systèmes partiels du cerveau se développent et diminuent à des époques différentes , dans les diverses espèces d’animaux.

Observation.

Ces différences et ces diminutions partielles de développement de facultés, connues dès la plus haute antiquité , n’auraient-elles pas dû suffire pour établir la pluralité des organes cérébraux ; et c’est probablement ce qui aurait eu lieu , si l’idée dominante d’un principe agissant indépendamment du corps,

TRAITÉ

n’avait généralement régné parmi les philosophes et dans les écoles. Iï existe certainement une époque de maturité pour les organes , et une pour leur décroissement; elles sont évidentes pour tout homme qui veut bien s’observer un peu : mais il n’est pas toujours facile d’apprécier ces diverses époques par l’inspection des parties nerveuses, à moins toutefois que les changemens ne soient portés à l’extrême. Ainsi M. Esquirol m’a dit avoir trouvé une grande diminution ou une sorte d’atrophie de la portion antérieure des hémisphères cérébraux , chez feu le vénérable professeur Pinel.

Le développement et la diminution des divers systèmes nerveux, tant dans le reste du corps que dans le cerveau , suivent , il est vrai , assez généralement un ordre déterminé : ces phénomènes sont cependant soumis , dans certains individus , à des changemens inverses frappans.

Observation.

11 ne peut en être autrement. Les corps organisés se trouvent trop modifiés par les circonstances extérieures pour présenter un mode de développement constamment régulier. Voilà ce qui explique comment certains enfans sont pubères de très-bonne heure, d’autres excelîens musiciens, ou possèdent un talent extraordinaire pour les langues , le calcul , etc.

Chacun des systèmes cérébraux , comme chacun des autres systèmes nerveux , peut quelquefois seul être attaqué de maladie , tandis que les autres

restent intacts.

Observation.

Les lésions partielles du système nerveux ont été assez communes pour établir la vérité de cette proposition ; mais de longues recherches sont encore nécessaires avant que la pathologie puisse éclairer la physiologie du cerveau. On sait très-bien qu’il sufht d’une légère lésion du système cérébro-spinal pour donner lieu à des accidens très-graves , au trouble de toutes les facultés; mais on a quelquefois vu des faits entièrement opposés à ceux-ci.

De même que dans les autres systèmes, une moitié du système peut-être seule malade ; de même aussi des altérations et des maladies n’attaquent souvent qu’un seul côté des divers systèmes , ou une seule partie.

Observation.

C’est cette double disposition du système nerveux cérébral qui explique

comment les facultés peuvent encore se manifester , bien que des lésions trèsgraves aient eu lieu d’un côté. Yoilà pourquoi les observations consignées dans les mémoires de l’Académie de chirurgie , et dans lesquels il est question de parties cérébrales enlevées dans des cas de blessures à la tête , et sans trouble des facultés intellectuelles , ne prouvent rien contre la doctrine de la physiologie du cerveau.

S ni.

Refutations de plusieurs propositions avancées par des anatomistes sur le système nerveux

cérébro-spinal (1).

Première proposition de M. Serres. (2).

il est certain que plus le cou est long chez les oiseaux , et plus leurs cerveaux et leur moelle sont effilés.

Observation.

Les exemples opposés à cette prétendue loi générale sont très-nombreux; nous nous contenterons de donner ici les suivans : le héron, pl. LXX, fig. 1 , qui a le cou bien plus long que le perroquet , a cependant le cerveau bien plus gros et la moelle épinière moins effilée que celui-ci , pl. LXXI1I, fig. h. L’oie domestique , dont le cerveau est représenté pl. LXX, fig. 2, a l’encéphale plus gros et la moelle épinière moins effilée que la buse commune , dont le cerveau est représenté id. pl. , fig. 4.

Deuxième proposition de M. Serres.

Le rapport direct de volume entre la moelle épinière et le cerveau , ne porte pas sur tout l’encéphale ; il a lieu uniquement avec les tubercules quadrijumeaux. La moelle épinière et les tubercules quadrijumeaux sont rigoureusement développés en raison directe l’un de l’autre , de telle sorte que le volume ou la force de la moejle épinière étant donné , on peut déterminer rigoureusement le volume et la force des tubercules quadrijumeaux.

Observation.

Qui s’attendrait à trouver après une proposition donnée avec tant d’assurance , un grand nombre de faits qui lui sont entièrement opposés ; c’est cependant ce que la nature nous offre journellement. Allons aux faits.

(1) On peut compter sur l’exactitude de nos observations , et nous les donnons avec d’autant plus de confiance , qu’elles sont le résultat de faits recueillis et represents avec soin.

(2) Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés ; o ivrage qui a remporte' le grand prix à l’Institut. Paris , 2 vol. in-8., 1824, vol. 1. pag. xxvj et suivantes.

120 TRAITÉ

La moelle épinière du coucou, pl, LXXIII, fig. 2, est très-petite, et le^ tubercules bijumeaux très-forts. La buse , pl. LXX , fig. 4 , a la moelle épinière plus petite que Foie domestique , et cependant ses tubercules bijumeaux sont plus gros que ceux de Foie , id. pl. , fig. 2. La grande chouette des bois, pl. LXXIII, fig. 0 , a la moelle épinière bien plus forte que le héron, pl. LXX, fig. 1 ; cependant les tubercules bijumeaux sont moins volumineux

que dans cet oiseau. Il n’est pas généralement vrai , non plus , que chez les quadrupèdes , les tubercules quadrijumeaux soient toujours en raison directe du volume de leur moelle épinière. Nous avons consigné dans notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau , plus de quinze cas entièrement opposés à l’assertion de M. Serres.

Troisième proposition de M. Serres.

Les tubercules quadrijumeaux sont développés dans toutes les classes , en raison du volume des yeux.

Observation .

Cette prétendue loi générale présente beaucoup d’exceptions. Le héron , pl. LXX , fig. 1 , dont les yeux sont très-volumineux , présente des tubercules bijumeaux assez gros. Mais dans la grande chouette des bois , pl. LXXIII, fig. 5 , dont les yeux sont plus volumineux que ceux du héron , il est facile de voir que les tubercules bijumeaux sont cependant plus petits. Les tubercules bijumeaux de la corneille mantelée , pl. LXXIII, fig. 1 , ceux du perroquet grand amazone id. pl. , fig. 4, du geai , pl. LXX , fig. & , ne sont pas en rapport avec le volume de leurs yeux. La caille dont les yeux sont peu volumineux , présente cependant des tubercules bijumeaux très-forts , pl. LXXIII, fig. 7.

Quatrième proposition de M. Serres.

La moelle épinière est développée dans toutes les classes , en raison directe du volume du lobe médian du cervelet.

Observation. *

Jamais proposition ne fut moins exacte : on sait que tous les oiseaux n’ont que ce lobe médian ; conséquemment en jetant un coup d’œil sur les planches de notre atlas, on verra combien la proposition de M. Serres est erronée. Le coucou, pl. LXXIII, fig. 6, le héron, pl. LXX, fig. 1 , l’huîtrier , pl. LXXIII , fig. 8 , la buse , pl. LXX , fig. 4 , le canard pilet, pl. LXXII , fig. 8 , ont un cervelet très-fort et nullement en rapport avec leur moelle épinière.

Dans notre ouvrage sur l’anatomie du cerveau , nous reviendrons sur d’autres propositions avancées par M. Serres : il sera facile de se convaincre par les dessins ajoutés à nos observations, que les faits avancés par ce médecin

DE ÏUIIIÉNOLOCUK.

méritent peu de confiance. Comme nous avons fait représenter les cerveaux des mêmes animaux qu’il a si horriblement défigurés dans son atlas , nous engageons les lecteurs instruits et de bonne foi, à les comparer avec ceux représentés dans notre ouvrage , et à confronter ensuite les uns et les autres avec la nature , afin qu’ils soient convaincus que l’amour de la vérité a été le seul objet de nos critiques. . \ »

Proposition de M. Desmoulins (1).

Presque toutes les espèces du gen;e marte ont le* cerveau lisse ; il n’y a pas un seul sillon à celui de la belette.

Observation.

Décidément , M. Desmoulins n’a jamais disséqué le cerveau de l’un des animaux appartenant à une seule espèce de ce genre ; car toutes , sans exception , présentent un cerveau à circonvolutions très-distinCtes. Voyez pl. LXXIV , iig. 5, le cerveau de la belette, et pl. LXXV, fig. 10, celui de la marte.

Deuxième proposition de M. Desmoulins (2).

Dans aucun des genres d’oiseaux de proie nocturnes ou diurnes, que j’ai pu examiner, savoir : dans les aigles , les pigargues, les vautours, les milans, les buses, les éperviers, lesbalbusards , l’émérillon, lesducsetles-effraies; dans aucun gallinacé , dans les corneilles , les canards, les oies, les grèbes je n’ai pu découvrir le moindre rudiment de glande pinéale.

Observation.

Il n’est pas surprenant que n’ayant pas trouvé les circonvolutions chez la marte , où cependant elles sont très-apparentes, M. Desmoulins n’ait pas trouvé davantage de glande pinéale chez les oiseaux. Je n’ai point disséqué de cerveau de vautour et de pigargue ; mais dans les oies , les buses , les canards , les poules et tous les oiseaux dont j’ai disséqué le cerveau, j’ai constamment trouvé la glande pinéale.

(1) Anatomie des systèmes nerveux des animaux vertèbres , par Magendie et A Desmoulins, 2 vol. in-8; Paris , 1825, page 276, t. I.

(2) Même ouvrage, vol. 1 , page 211.

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