TRAITÉ DIS PHRÉNOLOGIE
augmentation de volume qui coïncide avec celle qu’éprouve le système cérébro-spinal : c’est principalement dans les parties situées à la base du crâne, celles qui occupent la région antérieure et inférieure de l’os frontal , que ces changemens sont le plus marqués. Voir la pl. Ylïï bis , Pig. 1 , 2, S et 4.
Le cervelet ne parait pas suivre la progression de développement des parties nerveuses renfermées dans le crâne. La partie de cet organe , que j’ai trouvée la plus apparente chez trois fœtus à terme , est celle connue sous le nom de vermis cerebeili.
Plus l’enfant avance en âge et plus son système cérébro-spinal augmente en volume et en consistance. C’est alors que des changemens très-remarquables se font apercevoir dans les fonctions des sens et des facultés affectives et intellectuelles. La vie, qui, dans les premiers mois, se composait presque entièrement de l’alimentation et du sommeil, a subi de grandes modifications. Les sens commencent leurs fonctions : l’enfant reconnaît sa nourrice ; son attention parait déjà se fixer sur les objets qui l’entourent ; la joie et la douleur se peignent dans ses traits ; et bien que la station et la progression soient encore impossibles , il agile ses petits membres avec assez de force.
C’est surtout à partir de la seconde époque de l’enfance, c’est-à-dire depuis l’apparition des premières dents jusqu’à l’âge de sept ans , que l’on voit le système nerveux cérébro-spinal prendre une ampleur et une consistance remarquables; c’est aussi pendant cet intervalle que nous voyons les facultés affectives et intellectuelles avoir un caractère plus tranché : et il n’est pas impossible , pour un œil observateur , de reconnaître déjà celles qui lomineront l’homme viril. C’est aussi à cette même époque où les affections nerveuses se manifestent : les rêves et les agitations qui les accompagnent, annoncent le travail étonnant qui s’opère alors dans l’encéphale de l’enfant. Ces phénomènes sont d’autant plus prononcés, que celui-ci est d’une constitution plus * irritable et son système nerveux cérébral plus développé. Un besoin pressant de s’agiter se fait alors sentir chez les deux sexes , et l’on peut déjà saisir les nuances qui les caractérisent. Favoriser le développement du système musculaire des enfans de cet âge, par de fréquens exercices gymnastiques appropriés à leurs forces, est , selon nous , un des points les plus importuns de l’éducation physique des enfans. On peut, par leur secours, retarder l’action des organes génitaux, qui , selon ce que j’ai été à môme d’observer, entrent de bien meilleure heure en action, que beaucoup de personnes, et même des médecins , ne le pensent communément.
J’ai été déjà consulté plusieurs fois par les parens de jeunes enfans des deux sexes, de cinq à sept ans, ayant l’habitude de la masturbation ; et je suis convaincu que le nombre de ceux qui s’y livrent serait reconnu pour être trèsconsidérable , si les enfans n’employaient la plus grande adresse pour cacher celte funeste habitude.
De sept à quinze ans le système nerveux cérébro-spinal augmente encore plus en volume et en consistance , mais la progression est moins rapide ; c’est
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ordinairement à cette dernière époque où commence la puberté. Le tempérament , le climat, la nourriture , ont une influence marquée sur ce temps critique. Un développement remarquable se fait apercevoir dans la région postérieure du système cérébro-spinal ; il est accompagné de plus d’assurance et do plus de prétention dans les mouvemens ; les yeux acquièrent une expression qu’ils n’avaient point auparavant; un sentiment de bien-être indicible se fait éprouver ; le caractère moral se prononce davantage ; les désirs Vénériens sont plusfréquens, plus vifs, plus impétueux, plus difficiles à combattre ; le besoin du rapprochement des sexes se fait sentir avec énergie ; les facultés intellectuelles, loin d’avoir encore toute l’activité et l’étendue qu’elles présenteront dans un âge plus avancé , s’annoncent cependant de manière à faire pressentir jusqu’à quelle hauteur elles pourront aller plus tard. Mais à combien de faux jugemens le défaut de connaissance en physiologie cérébrale chez les instr tuteurs , et la vanité des parens, ne donnent-ils pas lieu ? La ruse est souvent prise pour de l’intelligence , la mémoire verbale pour les signes d’une grande capacité, etc., etc.; et l’on s’abuse d’autant plus facilement à cet égard, que le moins capable est souvent celui qui brille le plus dans ce fatras que l’on appelle emphatiquement éducation : chose que nous considérons comme entièrement à refaire , parce que , jusqu’à ce jour , elle n’a pas été basée sur la connaissance juste et profonde de l’homme moral et intellectuel.
Nous n’examinerons point ici le développement de toutes les facultés qui se manifestent à cet âge , obligé que nous sommes de revenir sur ce sujet lorsqu’il sera question d’appliquer la phrénologie à l’éducation.
Ce n’est que de dix-huit à quarante ans que le système cérébro-spinal atteint chez l’homme son entier développement ; c’est aussi durant cet intervalle que l’homme intellectuel et moral se dessine entièrement, que les facultés affectives ont surtout plus de force, plus de durée. Il y a peu d’exemple9 d’hommes qui, passé cette dernière époque , aient fait de grands travaux ou du moins annoncé de grandes facultés. Cet état est cependant plus ou moins stationnaire , et l’on conçoit toute l’influence que le tempérament , le genre de nourriture , les habitudes et le climat peuvent avoir sur son retard ou son avancement. Les cerveaux des hommes de cet âge sont généralement assez consistans; l’enveloppe osseuse est plus dense et plus épaisse.
Passé quarante ans , le système cérébro-spinal de l’homme commence à perdre de son activité ; il diminue graduellement de volume , en même temps que sa consistance augmente. Les fonctions de la locomotion, celles des facultés intellectuelles et affectives perdent de leur énergie ; il en est de même de celle des sens. Mais les changemens qui ont lieu varient suivant les individus. Chez l’un, c’est la vue qui commence à faiblir, chez l'autre, c’est l’ouïe qui devient moins nette. On en voit qui perdent la mémoire verbale, celle qui nous met dans le cas de nous orienter (1), etc., etc.
(1) J'ai connu à Paris une personne qui éprouva un changement très- remarquable , de
C’est une chose vraiment curieuse que les soins que les hommes , en général , apportent alors pour dissimuler les cliangemcns, que le temps amène dans leurs facultés physiques et morales; c’est surtout ce que l’on remarque chez les hommes qui ont passé la cinquantaine. Il en existe bien peu de cet âge qui conviennent que leurs facultés baissent , que leur aptitude, leur activité sont moins prononcées, et c’est souvent à l’instant meme où les preuves les moins équivoques de cette diminution se font apercevoir, que nous les
voyons affirmer qu’ils n’ont jamais joui de leurs facultés avec plus d’énergie .
Pauvre humanité!
On ne saurait croire à combien d’abus cet excès d’amour-propre a donné lieu dans les sciences, et de combien d’années il a retardé les progrès des connaissances humaines. Nous sommes profondément convaincu que c’est pour ne pas avoir limité une époque pour les hommes qui sont chargés de l’enseignement des sciences, que celles-ci sont restées si long-temps stationnaires. Quel est l’homme instruit et de bonne foi qui ne conviendra pas avec cous que les idées et les connaissances de ceux qui ont passé soixante ans , roulent toujours dans le même cercle , que toutes leurs actions sont presque toujours machinales et routinières. Sans doute , cet aveu est pénible, peu d’hommes le feront ; et cependant rien n’est plus vrai : ne voyons-nous pas, de nos jours, des savans très-estimables d’ailleurs, professer des idées entièrement étrangères à celles de notre époque; tout est changé autour d’eux, eux seuls sont restés stationnaires. Qu’attendre de pareils hommes, si ce n’est d’entretenir la science dans un état d’enfance continuel. Mais dira-t-on, n’est-il pas juste de récompenser l’homme qui a vieilli sous les drapeaux? Faudra-t-il laisser languir dans la misère celui qui se voua péndant de longues années à la carrière de l’enseignement? Non, dirons-nous ; récompensez par des titres, des honneurs, de la fortune même , les services rendus à la science , mais éloignez les personnes qui ne peuvent l’enseigner convenablement. Nous croyons donc qu’il serait sage, de la part des gouvernemens, d’empêcher que des hommes qui auraient passé soixante-cinq ans, se livrassent à l’enseignement des sciences d’observation. Mais, objectera-t-on, il existe cependant plusieurs exemples de personnes qui, après avoir passé cet âge. ont encore fait l’admiration des personnes
qui les entouraient! Vous me parlez d’exceptions, et moi je vous parle d’une
manière générale ; et pour une personne que vous me citerez, il s’en trouvera mille incapables de professer. Et comment pourrait-il en être autrement? Est-ce que l’encéphale du vieillard n’éprouve pas les mêmes changemens que les autres parties de son corps. Son système musculaire s’affaiblit, ses digestions sont moins parfaites , ses sens ne perçoivent plus aussi distinctement : quelle cause empêcherait donc l’organe de la pensée de faire exception à celto loi générale ?
quarante-cinq à cinquante ans. Elle m’avoua qu’il lui était arrivé, vers cette époque, de se perdre dans plusieurs quartiers de Taris où , quelques années auparavant , elle aurait pu , pour me servir de ses expressions, retrouver son chemin les yeux clos.
TRAITÉ
Depuis 70 ans, jusqu’à l’époque de la décrépitude, le système nerveux cérébro-spinal diminue encore en volume , sa densité se trouve encore augmentée , les adhérences entre la séreuse et l’encéphale sont plus fréquentes; il en est de même des changemens dans la couleur des substances. C’est à cette époque où se voient le plus fréquemment les apoplexies , les ramollissemens du cerveau , les paralysies , toutes affections qui annoncent l’influence de l’àge sur le système nerveux cérébro-spinal. Il est vraiment curieux de comparer les affections de ce système à cet âge , avec celles de l’enfance que nous avons vu consister dans des convulsions , des affections aiguës du cerveau , des rêves , toutes affections qui annoncent la surexcitation et le développement du système nerveux cérébro-spinal. Ici , les impressions sont vives , animées , éprouvées avec un plaisir inexprimable ; là , au contraire, elles sont faibles, lentes, peu vives et peu durables : plus de ces émotions si chaleureuses , si énergiques chez l’enfant et l’adulte ; tout est languissant, tout est glacé!