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Ces changemens , qui s’opèrent dans l’organisation et les fonctions du, système cérébro-spinal de l’homme , se rencontrent aussi chez les animaux vertébrés. Nous allons faire connaître ici ceux que nous avons été le plus à même d’observer.
Dans les oiseaux , le système cérébro-spinal se développe Irès-promptement. Chez beaucoup d’espèces , la moelle épinière , les tubercules bijumeaux et les parties situées à la base du cerveau, sont, de toutes, .celles qui m’ont présenté , dans le premier temps , le plus de consistance. J’ai trouvé chez de jeunes oies, de jeunes canards , et dans toute la famille des granivores de notre pays , la moelle épinière et le cervelet très-développès à l’époque de la naissance : que l’on examine , par exemple , le crâne d’un canard d’un jour , et l’on sera surpris du développement considérable que présente alors la région du crâne où le cervelet se trouve logé. J’ai constamment observé la même chose chez les oiseaux qui peuvent marcher , courir et nager immédiatement après leur naissance. C’est aussi ce que j’ai rencontré chez de jeunes quadrupèdes , tels que le cabiai , le lièvre , dont les mouvemens s’exécutent aisément après la naissance. Ces observations anatomiques et physiologiques paraîtraient, selon nous, venir à l’appui des expériences mutilatoires pratiquées par M. Flourens : expériences tendant à démontrer que le cervelet a une influence marquée sur les mouvemens. La figure 8 de la planche LXXI représente le cerveau et la moelle épinière d’un trèsjeune cabiai : on voit que le cervelet est déjà trés-développé.
L’âge ne parait pas apporter de grands changemens dans le volume et la consistance dn cerveau des oiseaux , à partir de l’état adulte ; ce que j’attribue à la plus grande fluidité de la matière qui le compose. Il m’est cepen-
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dant arrivé de trouver chez de très-vieilles poules et de vieux coqs-d’Inde , une diminution très-apparente des hémisphères.
les quadrupèdes dont j’ai le plus étudié le développement du système nerveux cérébro-spinal , sont les cochons , les chevaux , les chiens et les chats. Je l’ai surtout suivi avec infiniment de soin dans les deux dernières espèces depuis l’époque de la naissance jusqu’à la vieillesse confirmée. Il faut réellement s’être occupé soi-même d’un pareil travail pour ayoir une j idée de tout son intérêt et de sa haute importance dans l’explication des fonctions des organes cérébraux.
Les premiers jours qui suivent la naissance chez les jeunes chats et les jeunes chiens, sont presque entièrement passés à dormir et à téter. Le système cérébro-spinal , à cette époque , est très-mou et d’une couleur rosée. Quinze jours suffisent pour opérer un changement très-remarquable dans son volume et sa consistance. On peut consulter, à cet égard , les deux figures 1 et h de la plauche VIII , représentant les deux crânes de deux jeunes chiens de la môme portée, l’un d’un jour, et l’autre de quinze. La différence de développement entre ces deux crânes, donne exactement celle de leurs cerveaux.
Si on examine la surface de l’encéphale chez le chien de quinze jours , toutes les circonvolutions se voient distinctement , mais les enfoncemens qui existent entre elles , sont loin d’être aussi prononcés qu’ils le seront dans l’âge adulte. A la fin du premier mois, la vue devient distincte, l’ouïe meilleure, l’agitation des membres accompagnée de mouvemens convulsifs des lèvres , pendant le sommeil , annoncent que le système cérébral commence à entrer en action. Examiné à cette époque, l’encéphale présente des circonvolutions plus en relief , notamment celles qui répondent à la région moyenne de la base du crâne sur ces parties latérales moyennes inférieures , au-dessus de la racine du nez et aux régions pariétales moyennes et postérieures. Celles qui occupent cette dernière région laissent à la surface interne du crâne de profondes empreintes. Le cervelet n’augmente pas dans la même progression ; sa partie moyenne , vermis cerebelli , est celle qui se développe de meilleure heure , surtout chez les chats. Que l’on compare, ainsi que je le fais dans mes leçons (1), deux cerveaux d’un jeune chien et d’un jeune chat de quinze à vingt jours , et l’on sera surpris du volume que le cervelet de ce dernier présente déjà à celte époque. Sur trois encéphales de chiens d’un jour, que j’ai disséqués, le cervelet formait à peu près la neuvième partie de cette masse nerveuse ; dans trois chats de même âge , la huitième. A quinze jours, chez le chien , le cervelet ne formait que la quinzième partie de l’encéphale ; le cerveau , à cette époque , paraît énorme comparativement au cervelet. Dans
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(1) Dans le cours de phrénologie , que je fis à Paris en 1829, je montrai à mes auditeurs , sur les pièces si nombreuses qui font partie de ma collection , le développement graduel des diverses parties de l’encéphale et du crâne, chez les oiseaux, les rongeurs et les carnassiers. Deux leçons entières furent sacrifiées à ce sujet si important de la physiologie du cerveau
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le cliat du même âge, le cervelet est bien plus volumineux; la partie moyenue surtout est très-saillante.
Dans les rongeurs , principalement les lapins , les lièvres et les écureuils qui sont , des animaux de cette classe si nombreuse , ceux dont j’ai eu le plus occasion de disséquer les cerveaux, les parties du système cérébro-spinal qui m’ont paru le plus développées à l’époque de la naissance ou quelques jours après , sont celles qui répondent à la base du cerveau , aux régions frontales moyennes et antérieures : le cervelet présente déjà un développement remarquable. J’ai été vraiment frappé du volume de cette partie du système cérébro-spinal chez de jeunes écureuils (1).
Rien n’est plus propre à nous inspirer du goût pour l’étude de la physiologie du cerveau , rien n’est plus capable de nous convaincre des vérités qui lui servent de base , que l’étude du développement graduel des organes qui composent ce viscère. On est vraiment surpris , en consultant l’ouvrage de Gall, de voir que ce grand homme ait en quelque sorte complètement négligé l’étude de ce développement. Parmi les faits si nombreux et si remarquables que j’ai recueillis , je citerai ceux d’entre eux qui ont plus spécialement fixé mon attention.
J’ai comparé entre eux vingt crânes et vingt cerveaux de jeunes chats depuis le moment de la naissance jusqu’à la troisième semaine (2).
Jusqu’à la fin de cette époque ou environ, la circonvolution cérébrale qui se trouve être le siège du penchant à détruire , est si peu prononcée , que la voûte du crâne parait présenter autant d’étendue antérieurement que dans sa partie moyenne. A l’époque où les jeunes chiens commencent à mordre , et à celles où les jeunes chats reçoivent de leur mère de jeunes animaux , les parties latérales moyennes s’élargissent d’une manière frappante , et cela dans très-peu de temps. Les fig. 3 et -4 de la pl. XCII représentent deux voûtes de crâne de deux jeunes chats , l’un de deux semaines et l’autre de quatre. J’ai tiré avec intention deux lignes parallèles sur leurs bords latéraux ; dans la fig. S , ou le chat de deux semaines , la voûte se trouve renfermée dans les deux lignes ; dans la fig. h , au contraire , ses bords la dépassent sur les parties latérales moyennes , a, a. Ces dernières régions , comme on peut le voir en consultant les voûtes du crâne d’un chat de six mois , Pl- 1, & »
et celle d’un chat adulte, pl. III bis, fig. 2, augmentent encore d’étendue avec le temps.
Ce que je viens de dire de la partie cérébrale affectée au penchant à détruire , est applicable à celles qui donnent à ces animaux la faculté de s’orien*
(t) Nous engageons les personnes qui veulent acque'rir des connaissances anatomiques et physiologiques un peu étendues sur ce point, à faire une collection de crânes de très-jeunes animaux appartenant à la famille des rongeurs et des carnassiers ; par ce moyen , elles pourront non-seulement vérifier la justesse de nos observations, mais encore étudier avec plus de fruit les fonctions du système nerveux cérébro-spinal.
(2) Ces crânes font partie de ma collection.
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1er , d’employer mille ruses pour surprendre les jeunes animaux dont ils font leur proie ; mais , comme nous reviendrons sur ce sujet lorsqu’il sera question d’appliquer la phrénologie , nous allons passer aux changemens que l’âge amène dans le système nerveux cérébro-spinal des quadrupèdes.
Nous avons observé bien peu de changemens dans le volume et la densité du cerveau des très-vieux rongeurs. On sait que nous avons démontré que , chez tous les individus de celte famille , cet organe offre , du moins quant à l’espect , une grande ressemblance avec celui des oiseaux : il nous a toujours présenté, comme chez eux, moins de consistance; ils sont, si je puis m’exprimer ainsi, plus aqueux; et c’est, selon moi, à cette disposition organique qu’il faut attribuer le peu de changemens que l’on observe dans le cerveau des vieux animaux de cette classe.
Dans les quadrupèdes à cerveau pourvu de circonvolutions , l’âge amène des changemens remarquables de volume et de consistance dans le système cérébro-spinal : ils ont la plus grande analogie avec ceux que l’on observe chez l’homme. Il m’est arrivé très-fréquemment de trouver chez de vieux chevaux , de vieux chiens et de vieux chats, plus de fermeté dans les deux substances cérébrales , notamment la substance blanche ou fibreuse. J’ai eu aussi occasion de voir de nombreux exemples d’adhérences de la séreuse , de ces ramollissemens du cerveau si bien décrits chez l’homme par le professeur de Montpellier. Mais ce qui m’a surtout le plus frappé , c’est le changement de couleur des deux substances chez les vieux chevaux : chez ces animaux , la blanche acquiert une densité très-remarquable et l’on peut , avec la plus grande facilité , suivre l’épanouissement des gros faisceaux du cerveau. Les circonvolutions situées à la partie antérieure et supérieure des hémisphères, éprouvent “une diminution très-apparente. Il m’arriva un jour de trouver toutes celles du lobe antérieur du côté gauche , entièrement flétries : il était d’autant plus facile d’apprécier cette disposition , que toutes les circonvolutions du lobe opposé se trouvaient assez saillantes. Le tubercule bijumeau du côté gauche se trouvait complètement atrophié ; ce qui me fit présumer que l’œil du côté droit avait cessé depuis très-long-temps de remplir ses fonctions, j’examinai donc l’organe de la vision, de ce côté, et le trouvai réduit presque à rien.
Les adhérences de l’arachnoïde au cerveau sont extrêmement communes chez les vieux chevaux.
Ces changemens dans le volume et la consistance du système cérébrospinal , sont toujours accompagnés de signes extérieurs faciles à saisir. Les
chevaux perdent la souplesse de leurs mouvemens , les chiens deviennent plus dormeurs et presque toujours , comme on le dit vulgairement , hargneux. Quelques espèces de singes qui étaient très-doux dans leur jeunesse , deviennent indomptables et tfès-mêchans ; et ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que ces changemens coïncident très souvent avec des altérations partielles du système nerveux cérébro-spinal. Tels sont le ramollissement de la
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moelle épinière avec la difficulté ou l’abolition des mouvemens , la perle de rintelligence et de la douceur avec la diminution des circonvolutions occupant la région antérieure du cerveau. Nous avons surtout observé cet état chez les singes, les chiens et les cochons. Il résulterait de nos observations physiologiques sur ce dernier animal , qu’au lieu d’etre stupide , ainsi que le supposent certaines personnes, il aurait au contraire une certaine étendue d’intelligence. Il nous est arrivé si fréquemment de trouver la partie antérieure et inférieure de l’os frontal si développée chez quelques animaux de cette espèce , que nous ne craignons pas d’affirmer qu’il 11e serait pas impossible d’apprendre à ceux qui sont ainsi conformés , certaines choses que nous voyons exécuter par les chiens. Nous pouvons affirmer aussi que cette instruction serait de peu de durée , car , après un an , les organes cérébraux, dont le développement permet à cet animal de recevoir une certaine instruction , diminue beaucoup en volume.
Nous allons résumer ici et sous forme de propositions , les faits principaux qui se rattachent aux changemens amenés par l’âge , dans l’organisation et les fonctions du système nerveux cérébro-spinal.
Tous les vertébrés , sans exception , sont pourvus d’un système nerveux , logé dans le crâne et la colonne vertébrale. Ce système est composé de trois parties bien distinctes : 1° Une est affectée aux facultés intellectuelles et affectives. 2° Une pour les facultés sensoriales ou organes des sens. 3° Enfin , une troisième aux mouvemens de la vie animale.
Les oiseaux et les rongeurs sont de tous les animaux ceux dont le système nerveux cérébro-spinal se développe le plus vite. Tiennent ensuite les carnassiers. Ce n’est ordinairement qu’après dix-huit ou vingt mois , que le système nerveux cérébral des chiens et des chats arrive à son plus haut degré de développement.
Dans les herbivores , notamment le cheval , l’âne , la vache , la chèvre , le mouton , le cerf, ce n’est ordinairement qu^après deux , trois et quatre ans, que le système contenu dans le crâne et la moelle épinière acquiert tout son développement. L’homme est de tous les animaux celui dont le système cérébro-spinal met le plus de temps à parvenir au summum de développement. /
Dans tous les animaux vertébrés , sans exception , les parties du système nerveux situées à la base du cerveau , sont celles qui se prononcent de meilleure heure. Chez quelques espèces, notamment dans les oiseaux et les rongeurs, la moelle épinière et les tubercules bijumeaux sont dans le même cas.
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Dans toute la série des animaux dont le cerveau se trouve pourvu de circonvolutions , celles-ci sont distinctes à l’époque de la naissance. Mais après un temps qui varie suivant les classes, les ordres, les genres et les espèces, elles se prononcent davantage et leur développement coïncide avec l’étendue d'action de leurs facultés intellectuelles et affectives.
La famille des animaux à cerveaux pourvus de circonvolutions , est celle oü l’on rencontre le plus de changemens dans l’organisation du système nerveux cérébro-spinal, par l’effet de l’âge.