‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 54 sur 87 · CRANIOSCOPIE · texte numérisé non relu

CRANIOSCOPIE

Cette partie de la physiologie du cerveau a été confondue jusqu’à ce jour 9 par la populace phrénologique , avec la science dont elle ne forme qu’une fraction : elle consiste dans une exploration attentive du crâne de l’homme et des principaux vertébrés , afin d’apprécier les rapports qui existent entre la botte osseuse et la partie nerveuse qu’elle contient , je lui donne le nom de crânioscopie , mot dérivé de xpxviov crâne , et axoxew examiner , c’est-à-dire examen du crâne. Elle a surtout pour but d’indiquer rigoureusement le siège des parties nerveuses affectées à telle ou telle fonction , et d’apprécier leurs différens degrés de développement. Bien que l’importance de la crânioscopie soit reconnue de tous les phrénologistes ; bien que sans elle on ne puisse arriver à faire de bonnes applications , on peut dire que cette partie a été on ne peut plus mal traitée par toutes les personnes qui ont écrit sur la physiologie du cerveau.

J’ai la profonde conviction que c’est parce qu’on ne l’a pas présentée convenablement , que la phrénologie est tombée en discrédit dans l’esprit d’un très-grand nombre de personnes. Effectivement, quelle était la première chose que devaient faire Gall et ceux qui ont écrit sur la phrénologie? C’était, après l’exposition de la théorie des fonctions du système nerveux cérébral , de donner une espèce de carte où le siège des organes fut indiqué rigoureusement. Eh bien, je puis affirmer que jusqu’à ce jour on n’a rien produit de bon à cet égard. L’ouvrage de Gall, sauf quelques organes assez bien indiqués, est plutôt propre à induire en erreur qu’à donner une juste idée du siège des organes. Afin d’être mieux compris , je vais passer successivement en revue , et seulement sur ce point , les principaux ouvrages que les phrénologistes ont entre les mains. Je commencerai par l’ouvrage du fondateur de la science (1). Gall a publié deux éditions de son ouvrage; la première se compose de quatre volumes in-4° et d’un allas in-folio de cent planches. La seconde édition en six

(l) Je demande bien pardon aux auteurs qui seront le sujet de mes observations , si je suis un peu sévère dans mes critiques : l’imporlance du sujet sera mon excuse. Je sais trop combien il m’en a coûté de peines et des difficultés pour ne pas chercher à les aplanir û ceux qui voudront étudier la science avec fruit. C’est aux hommes consciencieux et au-dessus des petites coteries , â Juger si, sous ce rapport, mon ouvrage l’emporte sur ceux qui ont été publiés sur la même matière.

TKAITÉ

volumes in-8<> , contient le texte de toute la physiologie de la première édition, et eh plus une revue critique de quelques ouvrages d’anatomie et de physiologie du système nerveux. Celte édition est dépourvue de planches et conséquemment inutilé pour la partie pratique. Gall s’est contenté de renvoyer à son grand atlas qu’il supposait , mais à tort, dans toutes les grandes bibliothèques. Quand même l’ouvrage jle Gall serait dans les principales bibliothèques publiques, il n’y aurait jamais qu’un très-petit nombre de personnes qui pourraient en profiter. En admettant même que son atlas accompagnât son édition in- 8°, que presque tous les médecins possèdent, j’ai la conviction qu’il leur serait peu profitable, et pourrait même , comme je vais le démontrer, les induire souvent en erreur.

Cet atlas, ai-je dit, se compose de cent planches. Les dix-sept premières représentent le système cérébro-spinal d’une poule , la moelle épinière de l’homme, celle du veau , l’encéphale de cet animal, des cerveaux d’hommes et de moutons. Ces planches , qu’on peut considérer comme les principales do l’atlas de Gall , sont assez bonnes d’exécution, mais pèchent souvent , comme je le démontrerai dans mon ouvrage spécial sur l’anatomie du cerveau , sous le rapport de l’exactitude. r

A la fin de l’atlas se voient trois planches représentant, l’une un crâne vu de face, la 2e vu en arrière, et la vu de profil. Comme ces trois dessins surtout ont été faits dans l’intention d’indiquer le siège des organes, nous alloïis nous y arrêter un instant (i). On peut dire d’une manière générale que ces trois figures sont très-mauvaises d’exécution, et capables d’induire en erreur. l°Toutes trois ne sont pas dans la même proportion. La figure 99 représentant le crâne de profil , diffère de beaucoup , quant au volume , des deux figures 98 et 100. Il a même été impossible , à cause du peu d’étendue de la région frontale de ce crâne, d’y tracer une division convenable des organes.

2° Les organes indiqués sur ces trois figures ne sont pas toujours à leur véritable place : ainsi , par exemple , le n° Vil de la figure 99 n’est pas sur la région de l’organe du penchant à acquérir ; il en est de même de l’organe de la construction indiqué par le n° XIX et de plusieurs autres : l’œil exercé d’un plirénologisle distinguera facilement l’inexactitude de leur position.

8° Que signifient ces espaces entre les lignes indiquant le siège des organes? Toutes les personnes étrangères à la science et qui les voient pour la première fois, les considèrent comme indiquant la place d’organes qui n’ont pas encore été découverts.

■4° Toutes les planches de Gall , un très-petit nombre excepté, représentent des crânes humains qui ne sont qu’au trait. Il en résulte qu’elles ne peuvent servir à faire connaître la forme et le volume des organes , qui ne peuvent être bien saisis qu’à l’aide des ombres.

(I) Je ne saurais trop engager les vrais phrénologistcs à suivre mes observations sur les dessins mêmes que je signale ; ils pourront ainsi apprécier la justesse de mes remarques et rectifier les erreurs dans lesquelles ces dessins auraient pu les induire.

5° Onze planches représentant une multitude de personnages pourvus de leur chevelure , d’un bonnet et même d’un chapeau , tel est , par exemple , le portrait de Louis XI , pl. XCIV , sont un remplissage de mauvais goût et tout à fait inutile.

6° L’anatomie comparée du crâne des vertébrés s’y trouve traitée très superficiellement, ou complètement négligée ; de là les nombreuses erreurs commises par Gall quand il indique le siège des organes chez les animaux : c’est surtout ce que je m’attacherai à prouver quand il sera question des facultés eu particulier.

7° Une chose qui a dû surprendre tous les phrènologistes instruits, et surtout les zoologistes, est le manque presque absolu, et la mauvaise exécution du système nerveux cérébral des vertébrés dansl’atlas de Gall. Il est impossible de se faire une idée de l’embarras où je me trouvai , lorsque dans le commencement de mes recherches , je voulus utiliser les planches de Gall. Ayant commencé par l’anatomie du système cérébral des oiseaux de passage, je fus tout étonné de ne pas voir dans ses planches un seul cerveau des oiseaux appartenant à cette classe. Il en fut de même des oiseaux constructeurs, carnivores, musiciens, circonspects, etc., etc. J’y trouvai bien , il est vrai, plusieurs crânes de ces animaux , mais au simple trait, et comme j’ai pu m’en convaincre plus tard, avec des erreurs grossières dans le siège des organes.

Gall et tous les phrènologistes qui ont écrit après lui, ne cessent de répéter à tous ceux qui veulent s’occuper de physiologie du cerveau : consultez la nature , répétez nos observations. Rien de mieux sans doute ; mais ne pourrait-on pas leur dire : représentez-nous la nature et faites-nous connaître vos observations, vous nous éviterez, de cette manière, des recherches auxquelles tout le monde ne peut se livrer, et vous mettrez plus facilement sur la voie les personnes qui voudraient les étendre ? Certainement il n’est rien de tel que l’étude de la nature ; mais celle-ci ne devient profitable que lorsqu’on possède déjà de bon guides qui puissent nous la faciliter.

J’ajouterai, en outre, que la connaissance des objets qui servent de démonstration à la phrénologie , ne peut avoir lieu qu’à l’aide de collections faites avec soin ; et tout le monde n’est pas à proximité de pouvoir en tirer parti ou assez riche pour s’en créerde propres. On s’excuse toujours en disantque le nombre de sujets à représenter élanjftrop considérable, il a fallu se résignera n’en donner que très-peu. Ce langage m’a toujours paru celui de la paresse , ou plutôt de l’ignorance, qui cherche à faire croire qu’on s’est réellement occupé d’un sujet , tandis qu’on ne l’a étudié que superficiellement. Il en est de la phrénologie comme des sciences naturelles ; elle exige, du moins pour le point que nous traitons maintenant, non-seulement un grand nombre d’objets réprèsentés , mais encore une exactitude de forme qui puisse conduire à des observations parfaites. Si tous les phrènologistes qui ont écrit jusqu’à ce jour avaient été bien pénétrés des vérités que je viens d’énoncer , on ne ver-

TRAITÉ

rait pas commettre à chaque instant, pour l’homme et les animaux, les erreurs les plus ridicules.

L’ouvrage de Spurzheim (1) offre très-peu d’avantages pour l’application > et contient une multitude d’erreurs extrêmement graves. Voilà surtout les principaux reproches que l’ont peut lui adresser.

1°I1 ne présente aucune figure du système nerveux cérébro-spinal.

2° Toutes les figures servant à l’application sont imaginaires, ou copiées d’après de mauvais dessins , et réduits à une proportion telle, qu’il est impossible d’avoir une juste idée du développement et de la forme des parties cérébrales.

îB° Il n’existe aucune concordance entre la place des n°9 appartenant aux trois figures qui sont à la tête de son livre , et les indications qui se trouvent dans le corps de l’ouvrage. Un seul exemple rendra mon observation évidente. En jetant les yeux sur la figure du buste vu de profil, on voit que le nombres, indiquant le siège du penchant à acquérir, répond à une ligne perpendiculaire élevée du conduit auditif. Si nous jetons ensuite les yeux sur la figure 2 de la planche VIII , il est évident que le même organe ne se trouve plus à la même place (2).

4® L’ouvrage de Spurzheim est complètement dépourvu d’anatomie et de physiologie comparée, deux cas exceptés qui présentent deux erreurs grossières : ainsi, sur les fig. 1 et 2 de la pi. VII, il indique le siège de l’organe de la douceur sur les sinus frontaux , et par le n° V celui du courage sur les muscles qui vont s’insérer à l’occipital. Figure 4 de la même planche , il place l’organe du courage, pour le cheval, sur la mâchoire inférieure.

L’ouvrage de M. Combe (o) me parait encore au-dessous de celui de Spurzheim pour la représentation des sujets. On peut dire, d’une manière générale, que cette partie si importante est entièrement à refaire dans son livre. Un anatomiste un peu distingué ne peut réellement pas jeter les yeux sur ses figures sans éprouver un sentiment pénible , tant elles sont peu conformes à ce que la nature nous offre. Je crois que M. Combe , pour qui nous avons d’aillieurs l’estime la plus profoude , fera bien de recommencer cette partie de son travail , lorsqu’il publiera une nouvelle édition : personne n’est plus que lui en état d’en apprécier toute l’importance. Malheureusement , comme celui de Spurzheim , l’ouvrage de M. Combe ne contient rien en anatomie et physiologie comparée.

Passons maintenant à quelques observations générales ou spèciales , qu’il est essentiel de connaître avant d’appliquer la phrénologie aux têtes humaines ou à celles des animaux. /

(1) Phrénologie , 3e édition 5 Londres.

(2) Je ne connais rien de plus capable d’induire en erreur que le petit buste en plâtre de Spurzheim ; outre l’inconvénient de ne pas présenter les proportions naturelles, le siège des organes est on ne peut pas plus mal indiqué.

(3) Un Système de Phrénologie , par G. Combe, 3e édition ; Édimbourg , 1830.

Les applications chez l’homme ont lieu sur des plâtres coulés sur nature ou sur des crânes. C’est surtout à se procurer ces derniers que le phrénologisto doit s’attacher : les plâtres sont assurément une très-bonne chose , mais ils ne sont pas sans inconvéniens ; car bien qu’ils représentent assez le volume du crâne , on doit^oujours déduire celui des parties molles , et cette déduction ne peut être qu’approximative, vu la différence d’épaisseur qu’elles présentent chez les individus. D’ailleurs , les plâtres ne font connaître en aucune manière les changemens ouïes altérations que le crâne aura pu éprouver dans un ou plusieurs de ses points.

Les bustes antiques ne peuvent présenter quelque intérêt qu’aux personnes très-versées dans la pratique delà phrénologie; leurs proportions sont généralement trop exagérées pour servir de guides fidèles aux commençans.

Les personnes qui auront occasion de se procurer le crâne d’un individu peu de temps après sa mort , feront bien de commencer par faire le moule de toute la tête , après avoir pris la précaution de raser les cheveux (1).

Les crânes les plus importans sont , sans contredit, ceux qui ont appartenu à des personnes mortes à l’âge où le système nerveux cérébral est parvenu à tout son accroissement. Viennent ensuite ceux des individus dont les facultés ont déjà éprouvé quelques changemens, mais pas encore assez grands pour empêcher d’apprécier leurs facultés dominantes.

Les crânes des enfans , depuis la naissance jusqu’à la puberté , sont extrêmement précieux , si on possède une observation de leurs facultés bien détaillée, et faite avec sagacité ; ils peuvent encore servira faire connaître le développement progressif des diverses parties de l’encéphale. C’est aussi durant cette époque de la vie que le parallélisme des deux tables crâniennes est le plus parfait. On n’y trouve point non plus cet écartement souvent très-considérable des deux tables du frontal (sinus frontaux); écartement qui peut, dans certains cas, empêcher d’apprécier le développement des organes qui y répondent. Je ne saurais donc trop recommander aux môdecius placés à la tête des hôpitaux qui reçoivent beaucoup d’enfans, de conserver avec le plus grand soin le crâne de ceux qui y succombent, après avoir, toutefois , tenu compte de l’état de leurs facultés intellectuelles ou affectives.

Les crânes des vieillards , des décrépits et des aliénés , sont généralement très-mauvais pour l’application; seulement ils peuvent servira faire connaître les changemens que l’âge ou les maladies du cerveau et de ses membranes, apportent dans l’enveloppe osseuse. On peut voir ce que nous avons dit à cet égard dans la première partie.

Chaque crâne soumis à l’inspection du phrénologiste doit être partagé en deux parties, dans le sens vertical ou horizontal; il serait impossible d’ap-

(l) Il serait bien à désirer que toutes les personnes qui s’occupent de phrénologie apprissent à mouler. Beaucoup de faits précieux ont été perdus par le manque de celte habitude que l’on peut acquérir en très-peu de temps.

ÏRAITE

précier, sans cette précaution, le développement de certaines parties d u cerveau , telles sont , par exemple , celles qui reposent sur le plancher orbitaire, et dans les fosses moyennes latérales de la base du crâne. Comme les sinus frontaux peuvent devenir un obstacle à saisir parfaitement l’état de développement des organes qui touchent la table interne du frontal, il est nécessaire d’enlever chez certains sujets , la table externe de cet os dans toute l’étendue du sinus. Dans le crâne représenté pl. C , fig. 1 , les sinus frontaux ont un développement énorme : leur longueur est de quatre pouces ; ils s’étendent de l’apophyse orbitaire interne jusqu’à l’externe ; leur hauteur , dans toute l’étendue du tiers interne de l’arcade orbitaire, est de plus d’un pouce; l’intervalle d’une table à l’autre est de plus d’un demi-pouce dans toute la partie située au-dessus des os du nez et de l’os unguis ; l’écartement va successivement en diminuant jusqu’aux apophyses orbitaires externes, où il est d’en\ 'ron quatre lignes.

Je suppose , maintenant , qu’un crâne humain soit soumis à l’examen d’un plirénologisle , pour obtenir des renseignemens sur les principales facultés de la personne à qui il appartenait ; trois choses doivent d’abord fixer son attention : 1° l’âge de la personne; % la forme générale du crâne; 3° son état sain. Chez les très-jeunes sujets, c’est-à-dire depuis trois ans jusqu’à sept, le système nerveux cérébral n’a pas toujours une énergie proportionnée à son volume. A cette époque de la vie, et chez beaucoup d’enfans, ce système n’a pas encore assez de fermeté pour l’accomplissement de toutes ses fonctions; il y aurait donc légèreté de la part du phrénologiste , s’il affirmait que par cela même que le crâne d’un enfant présente tel et tel développement, la faculté de l’organe a dû être proportionnelle au volume de ce dernier. Les exemples d’hommes qui ne sont devenus remarquables qu’à l’époque de la puberté , et même après la vingtième année, ne sont pas rares. Ces observations ne prouvent pas seulement que le système nerveux , pour arriver à l’entier accomplissement de ses fonctions , doit présenter un certain volume , mais qu’il doit encore éprouver un changement qui ne peut être que le fruit du temps.

Les crânes des enfans présentent souvent un développement remarquable , et quelquefois même dans un haut degré, de certaines régions ; il arrive aussi très-souvent quel^at de9 facultés se trouve répondre à celui de leur système nerveux, dont le crâne n’est que le relief. Sur à peu près quatre-vingts crânes ou têtes d’enfans que j’ai examinés durant la vie , il m’est arrivé de trouver certains organes dans un degré de développement remarquable. Voici ceux qui ont principalement fixé mon attention : 1° l’organe qui préside au choix des alimens ; 2° de la ruse ; 3° du penchant à acquérir ; -4° de la destruction ; 5° de l’attachement pour les petits sur les crânes des filles; 6° de la fermeté; 7ü de la musique ; 3° de îa circonspection ; et sur un nombre assez considérable , celui de la reproduction. Si un des organes indiqués précédemment est dans un degré de développement considérable sur le crâne d’un enfant , si ses parens jouissent d’une excellente santé, et si l’enfant se trouve dans îa même

DR PHRENOLOGIE.

condition , on peut affirmer que les facultés répondant à ses organes, se seront déjà manifestées avec assez d’énergie.

J’ai dit tout à l’heure que le phrènologiste devait avoir égard à la forme du crâne, et ce n’est pas sans motif, puisqu’elle peut souvent nous faire connaître que l’individu était affecté de rachitisme. C’est à ce vice qu’il faut attribuer ces déformations du crâne, qui consistent le plus ordinairement dans un défaut de développement d’un de ses cotés, ou quelque autre chose d’anormal , de bizarre dans sa forme. Les phrénologistes , qui ont vu beaucoup, comprendront facilement ce que je dis ici. Il est à peu près impossible de porter un bon pronostic sur l’état des facultés des individus à qui ces crânes appartenaient; leurs facultés auront cependant pu se conserver intactes , malgré le vice de conformation du crâne. Parmi le nombre assez considérable de cas semblables que j’ai été à même de voir , je citerai comme exemple celui d’un jeune sourd qui m’a été présenté par le docteur Ferrus , médecin de Bicêlre* L’expression de la figure et les actes de ce jeune homme annoncent qu’il jouit du libre exercice de ses facultés intellectuelles et affectives; son crâne présente cependant une différence excessivement remarquable d’un côté à l’autre (1). Nul doute que ce vice ne tienne à l’état rachitique bien caractérisé parda courbure de la colonne vertébrale.

Le volume général du crâne est une chose dont le phrènologiste doit tenir compte avant de porter un jugement. Si le crâne présente un volume bien audessous de l’état normal, l’individu était idiot. Le crâne représenté planche LXXXVI , est un exemple de ce cas. Tous les crânes qui seront au dessous de cette proportion et même un peu au-dessus, appartiendront, sans exception, à des imbéciles complets; d’autres fois le crâne présente un volume au delà de celui qui appartient aux têtes saines , quelque volumineuses qu’elles puissent être : on peut alors affirmer qu’il y avait hydrocéphalie. La pi. XXII is représente un de ces exemples dans un très-haut degré. Entre ce point et celui qui se rapproche le plus des crânes sains les plus développés, peuvent exister une multitude de nuances qu’une longue pratique pourra seule faire apprécier. Sous l’influence de certaines circonstances extérieures, ou de celles qui sont inhérentes à l’organisation, un état hydrocôplialique peut disparaître, au point de permettre l’exercice libre et même assez énergique des facultés intellectuelles ; et , bien qu’à l’extérieur l’enveloppe osseuse annonce que le crâne appartenait à un hydrocéphale, on ne peut rigoureusement pas affirmer que les facultés intellectuelles ou affectives ne se sont pas manifestées. *

Il n’est pas excessivement rare de voir les crânes présenter une grande légèreté ou une densité remarquable : ces deux cas indiquent toujours un état maladif ; le premier se rencontrant presque toujours à. la suite d’affections chro-

(1) Il ne faut pas confondre cette différence nnivicüSS d’uu cOtC du Cî âne à l’autre , avec celle

qui existe naturellement ehes tous les hommes.

TRAITÉ

niques de longue durée , telle que la phthisie, le scorbut, etc.; le second lient toujours à une affection du système nerveux cérébral ou de ses membranes : il est excessivement commun chez les aliénés (1). Indépendamment de la plus grande épaisseur, on rencontre souvent une densité surprenante : je possède plusieurs voûtes de crânes provenant de maisons d’aliénés : on croirait, en les soulevant, qu’elles sont en fer de fonte , tant elles sont pesantes ; il n’existe chez quelques-unes aucune trace de tissu diploïque , substance spongieuse. On rencontre quelquefois chez certains hommes , voire même des idiots, des crânes de forme régulière , d’un beau développement , sans aucune trace d’altération remarquable, et cependant avec des facultés intellectuelles très-faibles ou tout à fait nuiles. C’est ce qui a lieu chez les individus qui possèdent un système nerveux cérébral sans action; ce défaut d’activité des facultés peut tenir à diverses causes : Iç mauvais état du système circulatoire, des coups reçus sur la tête , la nature même des èlémens qui composent le système nerveux (2).

Après avoir assigné à quelle espèce de catégorie pouvait appartenir le crâne d’une personne que l’on est chargé d’examiner, j’ajouterai encore quelques remarques générales dont il est bon de tenir compte avant d’asseoir son jugement.

1° Si le crâne présente un grand volume, et s’il appartenait à une personne saine, des facultés énergiques auront dû se manifester. Je donnerai comme exemple de ce mode général de développement , lès crânes représentés pl. XCIX , fig. i ; pl. Cïïï, fig. i, pl. CYïü , fig. 2 ; pl. CX , fig. i; pl. CXÏ,

fig. 2. j

2° Le crâne, bien que très-développé , peut présenter des différences frappantes dans ses régions principales, je veux dire celle où siègent les facultés intellectuelles, celles des sentimens et cellesdes facultés communes à l’homme et aux animaux. Mais pour bien faire comprendre ce que j’avance ici, je serai forcé d’avoir recours à plusieurs divisions du crâne propres à indiquer le siège des organes de ces facultés.

Ainsi , tonte la surface du crâne placée au devant de la ligne courbe K L , fig. i, pl. LXXXYII, recouvre les organes des facultés intellectuelles. La figure 1 de la planche CXÏ ; la fig. 2 de la pl. CVIII et la fig. 1 de la pl. XCI, nous offrent un exemple d’un développement remarquable de la région affectée aux facultés intellectuelles. La fig. 2 de la pl. CY , la fig. 1 de la pl. CXII, et la fig. 2 de la pl. CXIX , nous présentent, au contraire , un faible développement de la même région.

Toute l’étendue du crâne, placée au- dessous de la ligne courbe XX, répond

(1) Sur seize crânes d'idiotes ou d’aliénées que je dois à la bienveillance de M. Falrel , médecin de la Salpêtrière, quinze sont dans un état maladif remarquable.

(2) 11 y aurait un beau travail à faire sur les changemens physiques et chimiques que présente le système nerveux dans l’état maladif. Nous possédons déjà quelques faits assez précieux sur le premier genre d'altération ; 1 autre est encore une science toute neuve.

DE rilRÉNOLOGlE.

aux organes qui sont communs à l’homme cl aux animaux (1). La différence que les crânes présentent sous le rapport de l’étendue de cette surface , varie prodigieusement. Le crâne représenté fig.:î , pi. CX1I , la fig. 2 de la pi. CX1, et la fig. 1 delà pl. GUI, présentent un développement considérable de toute la région affectée aux propensités animales, ou facultés communes à l’homme et aux animaux. La fig. 1 de la pl. CXI , la fig. 2 delapl. GUI , et le crâne représenté fig. 2, pl. CIV, nous offrent au contraire la même région bien moins développée.

Toute la surface crânienne, comprise entre les lignes K L el XX, est le siège des organes des senlimens : ou toute cette région peut être très-développée, ou seulement quelques-uns de ses points. Dans le crâne représenté fig. 1, pl. CX , celui représenté fig. 2 , pl. CXII, et la tête de la pl. CXIII , celte région tout entière est très-saillante. Le contraire a lieu pour la fig. 1 de la pl. CXII, de la pl. CV , id. fig. , et de la pl. CXY , id. fig.

Une chose à laquelle beaucoup de phrénologistes ne donnent pas assez d’attention, est la hauteur plus ou moins considérable que le crâne présente ; j’entends par hauteur la distance qui existe de sa base à son sommet : cette hauteur peut être générale ou partielle, je veux dire exister tout à la fois dans la région antérieure, moyenne et postérieure, ou seulement daus une de ces trois régions. Les trois lignes verticales A B, C D, E F, pl. LXXXVII, fig. 1 , peuvent servir à indiquer les diverses hauteurs du crâne dans les régions indiquées ci-dessus. La hauteur du crâne est-elle également développée dans toutes ces régions? il en résulte une grande hauteur de tête, et une -forme que je considère comme le type du crâne humain. Je ne puis mieux faire comprendre ce que j’avance ici, qu’en donnant un exemple de ce mode de conformation; il m’est fourni par la tête de Beliu, représentée pl. CXlll,'cl par le crâne de l’abbé Gautier, pl. CX, fig. 1, sur la tète parricide Martin, pl. XCVIII; il n’existe de la hauteur que dans la direction de la ligne C D, tandis que la région postérieure, et surtout l’antérieure, sont très-défectueuses dans ce sens. Je prie mes lecteurs de ne pas perdre de vue cette remarque, sur laquelle je reviendrai lorsqu’il sera question delà combinaison des facultés, et des observations que j’ai faites sur un grand nombre d’hommes renfermés dans les maisons de détention. <.

Comme j’ai déjà dit que tout crâne soumis à l’examen du phrènologiste devait être scié verticalement ou horizontalement, celui-ci devra s’assurer du degré de dépression partielle ou générale du plancher orbitaire, fig. 1, pl. XI lis, 6, 7, 8,9, 10 ; il tiendra compte aussi de l’extrême largeur ou de l’étroitesse que présentent les fosses moyennes et latérales de la base du crâne C, E, D, pl. Y bis, fig. 2, de celles connues sous le nom d’occipitales inférieures

(1) H suffit d’un peu d’atlcntion pour ne pas confondre avec les reliefs du crâne où siègent les organes , les Jeux saillies indiquées par les lettres M et M : la première , et la plus considérable , est l'apophyse masloïde ; l’autre , la crête occipitale externe , toutes deux servent d’attache â des muscles, et leur développement est complètement étranger à celui des organes cérébraux.

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