‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 55 sur 87 · TUAIT B · texte numérisé non relu

TUAIT B

F F, id. pi. On ne manquera pas non plus d’examiner leur plus ou moins grand degré de profondeur.

Une chose que le phrénoîogiste doit toujours avoir sans cesse présente à l’esprit, est la différence naturelle qui existe entre les deux côtés du crâne : celle différence peut servir à expliquer les bizarreries que présentent, parfois, les actes de certains hommes.

Les commençans feront bien de choisir, dans leurs premières applications , les crânes qui présentent , dans leurs caractères généraux ou partiels, des différences bien tranchées. Ceux des personnes qui , de leur propre mouvement, et souvent malgré de grands obstacles, ont fait preuve d’un talent remarquable, sont très-précieux pour bien apprécier le siège et la forme de l’organe d’où résultait leur faculté dominante. Ces crânes deviennent encore plus importons, si les individus à qui ils appartenaient ne présentaient qu’un faible développement des organes voisins, parce qu’âlors il existe un relief bien apparent.

Lorsque plusieurs organes voisins se trouvent développés à la fois dans un degré à peu près égal , il en résulte une masse commune , et conséquemment plus de difficulté pour bien apprécier leur degré de développement : celte disposition est la pierre d’achoppement de tous les commençans , qui supposent souvent, mais à tort, que par cela même qu’une partie est bien apparente, ou, comme on le dit vulgairement, fait bosse, l’organe doit être très-developpé ; tandis que cette partie ne parait quelquefois très-renflée que parce que celles qui l’environnent se trouvent dans un très-faible degré de développement.

J’aurais bien encore quelques remarques crânioscopiques à fâire ; mai9 comme je serai forcé d’y revenir à l’histoire de chaque- faculté, j’y renvoie mes lecteurs (1).

Le développement d’un organe, quelque considérable qu’il puisse être, n’est qu une condition de son action et de son énergie ; son activité demande que le système nerveux jouisse d’un certain degré d’excitation. Bien que les caractères d’une plus ou moins grande irritabilité ne soient pas toujours en harmonie avec les attributs de tel ou tel tempérament, le phrénoîogiste ne devra pas moins tenir compte de la constitution de la personne dont il explorera le crâne ; enfin , le phrénoîogiste, s’il veut obtenir l’histoire complète d’un individu qui se soumet à son examen, devra s’enquérir avec soin des habitudes, des principes ou de l’éducation morale et intellectuelle, en un mot , de toutes

(1) Pour bien apprécier le développement des organes , une longue pratique est très-nécessaire; cependant on rencontre, à cet égard, des différences remarquables dans les personnes qui s’y livrent : les unes , en très-peu de temps , parviennent à saisir, avec la plus grande facilité , les principales nuances de développement des reliefs crâniens ; d'autres , au contraire , quelque longue que soit leur pratique, commettront toujours des erreurs pins ou moins graves.

DE PHRÊNOLOGIB*

les circonstances qui auront pu agir comme cause d’excitation do telle ou telle faculté (1).

Crânîoscopie chez lés animaux.

Les détails anatomiques contenus dans les chapitres III et V de la première partie , me dispenseront d’insister beaucoup sur la crânioscopie chez les animaux. Il existe cependant plusieurs points essentiels que je ue puis passer ici sous silence; je vais les exposer le plus brièvement qu’il me sera possible.

1° Il ne faut jamais faire d’applications pbrènologiques sur les crânes des vieux animaux.

% Il existe , chez certaines espèces , des sinus frontaux si étendus , qu’il est absolument impossible d’apprécier le développement des organes placés dans leur région. La vache, le mouton, l’éléphant , les grosses espèces do chiens, le loup, le lion, l’ours, le porc-épic sont dans celte classe.

Les crânes des animaux très-jeunes n’offrent de l’intérêt pour l’application , qu’autant que ces animaux ont manifesté des facultés assez énergiques. Les crânes des adultes sont, de tous , les plus avantageux (2).

4° On ne doit jamais commencer les applications sur des crânes appartenant à des individus de classes et d’ordres diffèrens; elles doivent toujours avoir lieu sur les crânes des animaux de même espèce, et surtout chez ceux qui sont sortis des mêmes père et mère. Toutes les personnes qui voudront se donner la peine de répéter mes expériences , c’est-à-dire de faire élever sous leurs yeux et pendant longtemps un grand nombre d’animaux , et de noter avec soin leurs facultés les plus saillantes , seront en état de faire d’excellentes applications crânioscopiques chez les principaux vertébrés.

Ô° Les changemens que le système nerveux et le crâne des vertébrés peuvent éprouver avec l'âge , induiront facilement en erreur les personnes qui se borneront à comparer des espèces semblables, mais d’âge différent.

6° Chez les oiseaux, sauf quelques espèces que nous avons signalées dans la première partie , les applications crânioscopiques sont très-faciles, le parallélisme entre les deux tables crâniennes étant parfait. C’est aussi pour la même raison que la comparaison entré les crânes d’oiseaux de classes , d’ordres , de

(1) Eien que les phrénologistes de nos jours aient réuni une masse de faits immense et on ne peut plus propres à démontrer l’évidence des faits qui servent debase à la phrénologie , on peut dire que, sauf quelques exceptions bien tranchées , la combinaison des organes , leurs nuances d’excitabilité , l’appréciation des circonstances qui peuvent modifier nos facultés intellectuelles et affectives , n’ont pas encore été assez étudiées de nos jours pour que l’on puisse porter , dans une multitude de cas, un jugement rigoureusement exact. Le demi-savoir ou le charlatanisme ,-qui , comme on sait, ne doute jamais de rien, ont seuls cru pouvoir se prononcer avec certitude; mais on ne pourra l'obtenir qu’après de longues années , et des observations bien faites , multipliées â l'infini.

(2) Le développement du système nerveux cérébral variant suivant les espèces . on fera bien de consulter ce que j'ai dit h ce sujet dans le chapitre Vil de la première partie.

TRAITÉ

genres et d’espèces diffèrens , n’offre pas le même inconvénient que dans les autres classes de vertébrés.

7° Les crânes d’une multitude d’animaux sauvages présentant certaines facultés dans un haut degré de développement , sont extrêmement précieux, dans ce sens que , malgré les variétés de formes qu’offrent ces crânes, on trouve constamment , dans certains points , un mode d’organisation semblable , quels que soient les classes , les ordres , les genres et même les espèces : c’est ce que l’on rencontre chez tous les animaux voyageurs , destructeurs , circonspects, etc., etc.

Une erreur capitale, que commettent les personnes peu familiarisées aux applications crânioscopiques , consiste à comparer le développement des organes d’un animal ou d’un homme avec celui qu’elles ont rencontré sur d’autres crânes, tandis que c’est l’état de développement relatif des organes chez le même individu ou le même animal, qui peut faire connaître son caractère particulier. Je ne puis, à cette occasion , passer sous silence les expressions communément employées pour indiquer les degrés les plus remarquables de développement des organes. On peut les réduire à trois principales : ou l’organe a atteint son maximum de développement, et on le dit alors très-développé (1) ; ou il présente le terme moyen de développement, et on le dit moyennement développé ; ou enfin , il peut être dans un degré inférieur à celui que je viens d’indiquer , et l’on dit que l’organe est dans un faible degré de développement.

Il n’y a qu’une personne bien exercée qui puisse saisir :..^c facilité toutes les nuances intermédiaires entre les trois degrés principaux.

Quelques moyens mécaniques ont été employés en Écosse , et dernièrement à Paris, pour apprécier, avec autant d’exactitude qu’il est possible, les variétés de développement des diverses régions du crâne. On pressent que je veux parler du crâniomèlre , dont l’usage ne peut être de quelque utilité qu’aux personnes complètement étrangères aux applications crânioscopiques, ou assez mal organisées pour ne pouvoir s’y livrer : je plains celles qui sont obligées d’avoir recours à de pareils instrumens. Un simple fil, que l’on appliquera au besoin sur un pied-de-roi, suffira pour apprécier la hauteur, la circonférence et les diverses étendues d’un organe à l’autre ou de tout le crâne. Quant à quelques détails minutieux, il n’y a pas de crâniomètre qui puisse valoir un œil et des mains bien exercés (2).

(1) Dans le langage pbrénologique , les mots organe et faculté sont alternativement employés pour exprimer la même idée.

(2) J’ai négligé, à dessein , quelques objections faites par des savans sur l’influence de la compression de l'enfant lors du passage et sur eelle des muscles sur la forme du crâne. Gall et Spurzheim sc sont plu à les rapporter pour se procurer sans doute le plaisir d’une réfutation facile. Je n’ai pas cru devoir imiter leur exemple. A quoi bon relater une multitude de choses , quand un peu de bon sens suffît pour démontrer leur peu de fondement?

DR PHRÉNOLOGIE

Quelques remarques sur le Tableau de la classification des facultés selon l’ordre que j’ai adopté.

En étudiant avec attention la classification des organes , et conséquemment celles des facultés représentées dans le tableau précédent, on pourra se convaincre qu’indépendamment de son ordre anatomique, elle concorde assez bien avec celui de la composition des organes du système nerveux cérébral des principaux vertébrés. En effet, de quoi se compose la vie de relation dans . les animaux inférieurs , si ce n’est d’actes extrêmement limités ? Se conserver, se nourrir, exécuter divers mouvemens, tels sont, y compris l’action des sens, les phénomènes les plus remarquables du système nerveux des classes inférieures. La reproduction , qui compose à elle seule un des actes les plus importans de leur vie sensitive , n’a lieu qu’à une époque assez éloignée de leur naissance.

Dans les classes plus élevées dans l’échelle animale , non-seulement de nouvelles facultés apparaissent, mais celles qui leur sont communes avec les classes inférieures présentent plus de durée et plus d’énergie; elles servent en quelque sorte de transition à celles que nous trouverons ensuite chez les oiseaux, les quadrupèdes et l’homme qui réunit à lui seul toutes les facultés des animaux dans un degré plus considérable , et qui en possède que nous ne trouvons pas chez eux.

C’est une chose vraiment digne de remarque, que ce changement produit par le volume du système nerveux cérébral , et que l’on observe en passant des reptiles aux oiseaux.

Étudions les actes cérébraux des animaux de cette dernière classe , et nous serons réellement frappés de leur multiplicité, quelquefois meme de leur énergie. La ruse , le courage, l’attachement à vie, le sentiment de conservation, la circonspection , divers talens, tels que celui de la musique, de la construction, de l’imitation , etc. , etc. , sont autant de facultés dont l’existence nous est démontrée, et qui se trouvent puissamment secondées par l’action de sens parfaits et d’appareils de locomotion très-compliqués. Memes appareils encore chez certains quadrupèdes, mais avec plus de durée et d’énergie dans les fonctions, et ainsi successivement jusqu’à l’homme , chef-d’œuvre de la créalion.

Je commence l’histoire des facultés du système nerveux renfermé dans le crâne et la colonne vertébrale, par celles de volition ou des mouvemens, celles de sensibilité générale, et celles de communication. (Voirie tableau, page 260.) Comme le nom de chacune de ces facultés donne une juste idée de leurs fonctions , je me contente de les énumérer , renvoyant aux ouvrages d’anatomie et de physiologie humaine et comparée , les personnes qui voudraient les étudier en détail. Ces facultés constituent le premier ordre de ma classification.

Je passe ensuite à l’histoire des facultés du second ordre : toutes, sans ex-

TRAITE

ception , sont communes à l’homme et aux animaux. Quant à leur développement , il offre des variétés infinies suivant les classes', les ordres , les genres et ’ les espèces.

Vient ensuite l’histoire des facultés du troisième ordre : elles renferment trois genres ; le premier contient les facultés communes à l’homme et aux animaux: leur nombre, leur modification, leur degré d’énergie varient prodigieusement. Considéré d’une manière générale , l’homme est de tous les animaux celui qui les présente dans le plus haut degré. C’est là ce qui explique la différence que présente , comparativement à ceux des animaux , son cerveau et conséquemment son enveloppe osseuse, dans toute la région ou les organes de ces facultés sont logés.

Le second genre se compose de trois facultés , qui sont encore communes à l’homme et aux animaux ; mais l’homme est encore celui qui les présente dans le plus haut de degré de développement.

Je passe ensuite aux facultés du troisième genre : leur développement , dans l’espèce humaine , est tel qu’il suffit pour établir entre elle et tous les vertébrés une différence bien tranchée.

Viennent enfin les facultés du quatrième ordre : de ces facultés , les unes sont communes à l’homme et aux animaux; les autres n’existent que dans l’espèce humaine.

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