DEUXIÈME ORDRE DE FACULTÉS
FACULTÉS DE CONSERVATION INDIVIDUELLE, DE REPRODUCTION OU DE CONSERVATION DES ESPECES.
Genre Ie*-.
oroanes des sens.
Sens du goût.
Je commence l’histoire des organes des sens par celui qui entre le premier en action chez tous les vertébrés. Sa fonction consiste à transmettre au système nerveux contenu dans le crane , l’impression produite par les corps sapides. Son organe extérieur est la langue , sorte d’appendice variant prodigieusement de forme, d’étendue et de mobilité chez les animaux. Toute sa surface externe est recouverte d’une membrane muqueuse dont la sécrétion , unie à celle des glandes salivaires , contribue à diviser et délayer les molécules des corps sapides. Chez plusieurs espèces de poissons, la langue sert tout à la fois d’organe du goût et d’instrument pour retenir la proie dont ils se nourrissent ; voilà pourquoi elle présente quelquefois , à sa surface , de véritables dents. On peut dire , d’une manière générale , que les poissons sont peu favorisés sous le rapport de l’organe du goût.
Chez les reptiles , la langue est généralement peu étendue : elle présente assez fréquemment un aspect charnu ; d’autres fois elle est mollasse et susceptible d’une grande extension , c’est du moins ce que j’ai rencontré chez la grenouille, dont il m’est arrivé plusieurs fois de faire sortir la langue au point que la portion extérieure égalait au moins celle qui restait dans la bouche. i
Les oiseaux présentent beaucoup de différence sous le rapport de l’étendue d’action de l’organe du goût. C’est bien à tort que Vicq-d’Azir et d’autres naturalistes ont avancé que les oiseaux avaient le sens du goût obtus. Selon eux, l’état de sécheresse de la langue chez les animaux de celte classe , était la principale cause de la faiblesse de leur organe du goût. Il s’en faut de beaucoup que l’observation des faits naturels s’accorde avec l’assertion de ces sa vans :
une multitude d’oiseaux ont l’organe du goût très-déYeloppô ; leur langue est
TRAITÉ
large, très-longue, recouverte d'une membrane muqueuse très-fine et entourée de cryptes muqueux , propres à dissoudre les corps sapides. Toute la famille des canards et des oies se trouve dans ce cas. Chez les perroquets , la langue est très-dèveloppée , et se rapproche assez, pour la forme , de celle des jeunes chiens à la mamelle. Chez les pics, la langue , bien qu’effilée , offre une grande longueur; ces animaux peuvent la faire sortir avec la plus grande facilité : vers la pointe se voient de petits appendices se recourbant en arrière (1).
L’organe extérieur du goût présente des différences innombrables d’étendue et d’organisation chez les quadrupèdes. Dans les animaux du genre felis , tels que le lion , le tigre , les panthères, les léopards, les lynx et toute la famille des chats, la surface supérieure de la langue se trouve recouverte de papilles extrêmement rudes. Si ces papilles, parleur présence, contribuent à émousser le sens du goût chez ces espèces , il sert , d’un autre côté , à faciliter l’action de cet organe que tous ces animaux emploient comme instrument de toilette pour nettoyer et lustrer leur poil.
Chez les chiens , la surface de la langue est excessivement douce ; elle présente une multitude de papilles villeuses; sa membrane muqueuse secrète, quand l’animal est échauffé, une matière tout à fait étrangère à la sécrétion salivaire , et que l’on pourrait appeler , avec jusle raison , transpiration de la langue.
Chez les gros herbivores, tels que le bœuf et la vache, la langue est énorme,
et sert tout à la fois d’instrument pour saisir les alimens, et d’organe du goût.
En général , la langue est très-dèveloppée chez tous les herbivores, et pourvue de muscles très-forts et très-nombreux.
L’homme est probablement , de tous les animaux, le plus favorisé quant à l’organe du goût. L’extrême finesse de la membrane muqueuse de sa langue, la forme de cet instrument , qui lui permet de se trouver en contact avec un grand nombre de molécules broyées par les dents et délayées par une salive abondante , le rend on ne peut plus propre à transmettre l’impression que produisent sur lui les molécules des corps sapides. Ajoutons que des muscles nombreux aident puissamment à son action : la langue n’est pas seulement un instrument du goût; elle présente, indépendamment de cette propriété, une sensibilité qui lui est propre; elle peut être organe de volition et même de toucher; ear ou sait très-bien, qu’à l’aide de la langue nous pouvons apprécier, jusqu’à un certain point , la forme, la résistance des corps, et leur degré de température.
(1) Le crâne des pics présente à sa partie moyenne une gouttière, pl. XLLV, fig 1 et 2, servant de poulie à deux muscles qui vont s’insérer à la base de la langue que ces animaux font sortir et rentrer à volonté. Les pics l'introduisent ordinairement dans les troncs des arbres pourris ou dans les fourmilières : la matière muqueuse dont elle est recouverte y retient assez facilement les insectes. Quand l’oiseau croit qu’elle en est suffisamment chargée , il la fait rentrer subitement dans son bec.
Les fonctions de la langue, considérée comme organe du goût, se trouvent surtout en relation avec une partie du système nerveux cérébral, qui a pour fonction, comme nous le démontrerons plus tard, de présider au choix des alimens.
Les expériences do M. Charles Bell ont démontré que le nerf lingual était celui qui servait à apprécier, ou, pour mieux dire, à transmettre au sensorium l'impression produite par les corps sapides. Ce nerf est une branche de la cinquième paire , qui tire son origine , non de la protubérance annulaire , grande commissure du cervelet, comme l’ont prétendu quelques anatomistes, mais bien de la partie vulgairement connue sous le nom de moelle alongée.
Tous les physiologistes de nos jours assurent que la langue n’est pas le seul organe qui apprécie les saveurs : les lèvres, l’intérieur des joues, le palais, disent-ils, jouissent aussi de cette propriété. L’expérience suivante, que j’ai répétée plusieurs fois, me parait détruire cette assertion. Après avoir touché alternativement et à plusieurs reprises mes lèvres , mon palais et mes joues , avec un linge fixé à une petite tige de bois et trempé alternativement dans une solution très-concentrée de sel commun , de fort vinaigre et de l’alcool pur, je n’ai éprouvé d’autre sensation que celle produite par la différence de température de ces corps ; je n’ai en aucune manière ressenti le goût propre à chacune de ces substances, tandis qu’en louchant la face supérieure de la langue, j’éprouvais à l’instant même le goût salé, alcoolique ou acide : cette sensation devenait encore plus prononcée, si , par une pression de la langue sur la voûle palatine, je forçais le liquide à agir avec plus d’action sur l’organe. L’impression que produit un acide sur les lèvres et les dents me parait tout à fait étrangère à l’organe du goût.
De l’odorat.
Ainsi que l’appareil du goût , celui de l’odorat se compose de deux parties nerveuses : l’une cachée profondément dans le cerveau , et naissant par trois racines bien distinctes. (Voir la fig. 1 delà pl. LXXVIII). Deux de ces racines se dirigent en dehors vers la scissure de Sylvius , et l’autre, qui se dirige en sens contraire, se trouve recouverte par le nerf optique N. Ces trois racines, après s’être portées en avant, se confondent pour former le nerf appelé olfactif O, se terminant par un léger renflement pulpeux, de forme ovoïde, d’où partent des filamens très-mous, qui, après avoir passé à travers les trous pratiqués sur la face supérieure de l’elhmoïde, vont s’étendre sur la portion demembrane muqueuse qui tapisse la partie la plus élevée des fosses nasales* cl former ainsi la surface nerveuse qui doit transmettre au sensorium l’impression des corps odorans.
TRAITÉ
On rencontre chez les principaux vertébrés des variétés très-nombreuses de forme , d’étendue et de volume des nerfs olfactifs : il n’en existe pas moins dans la conformation des parties sur lesquelles se déploient ces nerfs (les fosses nasales). Ces cavités, comme nous allons le démontrer, peuvent ajouter infiniment à l’étendue de ce sens.
L’organe de l’odorat existe évidemment chez les poissons , malgré l’assertion contraire avancée par quelques naturalistes. Les nerfs olfactifs sont même très-forts chez certaines espèces , comparativement au peu de volume de leur encéphale ; du moins c’est ce que j’ai rencontré chez la carpe , l’anguille commune et le rouget.
Chez les reptiles, l’odorat paraît assez développé : les nerfs olfactifs sont très-apparens dans la grenouille, pl. LXXI, fig. 6; ils forment deux petites lames aplaties, placées au-devant des hémisphères cérébraux (1) , se dirigeant d’arrière en avant, et conservant à peu près la même largeur depuis leur point de départ jusqu’à celui où ils s’épanouissent.
Dans les oiseaux , ainsi que chez les reptiles et les poissons , on rencontre le nerf olfactif, mais il présente une disposition particulière : au lieu de former un cordon complètement détaché de l’encéphale, il fait corps avec lui ; il est situé à la surface inférieure et externe des hémisphères : chez quelques espèces , il forme un relief assez sensible, fig. 8; 0,0, pl. LXXXIII; chez d’autres, telle que la poule , il ne se distingue des autres parties que par sa couleur blanchâtre. Les fosses olfactives présentent assez d’étenduechez quelques oiseaux de proie et de rivage ; c’est ce que l’on remarque principalement chez les cormorans, les hérons, toute la famille des canards et des oies : dans l’oie domestique , les bulbes olfactifs sont très-apparens ; ils sortent par deux trous placés à la partie antérieure du crâne et séparés par une cloison ; ils se dirigent ensuite en dehors , où ils se trouvent logés dans une gouttière assez longue et assez profonde, placée à la partie interne antérieure et supérieure de l’orbite.
Chez les rongeurs, l’odorat est ordinairement très-développè : le nerf olfactif est énorme, proportionnellement à celui des autres nerfs; il se termine par un renflement pulpeux xx, pl. LXXYII, fig. 1 , présentant une cavité dans son intérieur; sa surface inférieure 0,0, id. fig. , offre une lame blanchâtre , ayant une grande ressemblance avec celle qui appartient au nerf olfactif des oiseaux. La distribution du nerf olfactif est absolument la même que chez l’homme , c’est-à-dire qu’après avoir passé sous forme de filamens à travers les trous de l’os ethmoïde, pl. XYI, fig. 6s, s, s; il s’épanouit sous forme de membrane pulpeuse qui tapisse la portion la plus élevée des fosses nasales.
(1) l e docteur Spurzheim, dans son Traité d’ Anatomie du cerveau , publié â Londres, pl. III, ng. 2, et M. Serres, dans son ouvrage sur Y Anatomie comparée dit cerveau , ont donné une trèsmauvaise représentation de l’encéphale de ce reptile.
L ’extrême division des lames papyracées de l’os ethmoïde, et surtout l’Étendue des cornets qui se trouvent à l’entrée des fosses nasales , cornets très-dêveloppés dans celte classe d’animaux, le tout recouvert par des os du nez trèsétendus, forment un appareil on ne peut mieux disposé pour tamiser l’air chargé de molécules odorantes, et l’y maintenir pendant assez longtemps.
Certains carnassiers, tels que le loup, l’hyène, quelques espèces de chiens, ont l’odorat très-fin. Cuvier s’est trompé en disant que, de tous les animaux, les carnassiers étaient ceux dont l’olfaction était dans le plus haut degré de développement. Je suis convaincu que plusieurs pachydermes et herbivores sont de beaucoup supérieurs, sous ce rapport, aux carnassiers. Mon assertion a pour appui l’anatomie et la physiologie. Tout le monde sait que lo cochon est employé pour aller à la découverte des truffes. Comment cet animal pourrait-il trouver l’endroit où se trouve ce tubercule , s’il n’ctait pas doué de l’odorat le plus subtil. Il est bien connu que l’éléphant sent sa femelle d’une distance prodigieuse. Il m’est arrivé plusieurs fois d’entendre le henissement d’un cheval placé à une grande distance et dans des endroits trèsboisés, si j’étais monté sur une jument. Enfin, chez les animaux que je viens de citer, le nerf olfactif, non-seulement est excessivement développé , mais aussi les cavités nasales, dans lesquelles se voient de longues lames osseuses, repliées sur elles-mêmes, les cornets.
J’ai donné un peu plus d’étendue à l’histoire de l’odorat qu’à celle du goût ;
■* < # car son degré de développement explique certains phénomènes que l’on serait
disposé à confondre avec d’autres facultés cérébrales. Ainsi , il résulterait de mes observations, que, chez plusieurs animaux, le sens de l’olfaction serait une sorte de sentinelle qui leur tiendrait lieu de circonspection et de ruse , en leur faisant deviner ce qui peut leur être préjudiciable : il peut aussi devenir moyen de réunion entre des animaux de la même famille , mais de sexe diffèrent. Je reviendrai sur ce sujet en parlant de la combinaison des facultés.
L’organe de l’olfaction et celui du goût ont ensemble une grande relation.
Sens de l’ouïe.
Ce sens a pour but de faire apprécier les vibrations produites par l’ébranlement des corps sonores, c’est-à-dire de ceux qui , après avoir été percutés , produisent sur l’organe de l’ouïe l’impression désignée sous le nom de son. L’eau, les corps solides et gazeux peuvent transmettre les vibrations d’un corps sonore , mais il s’en faut de beaucoup que la vitesse de transmission soit la même chez tous. Des expériences ont prouvé que les corps solides sont ceux qui transmettent le son avec plus de rapidité. Les différences de nombre et de rapidité dans les vibrations constituent les modifications du son , désignées
TRAITE
sous le nom do forco ou d’intensité et de ton. Quant à ce que l’on appelle timbre, il paraîtrait tenir, selon la majorité des physiciens, à la nature même des molécules des corps sonores.
Les vibrations des corps sonores ont-elles lieu avec peu de vitesse? il en ré* suite un son grave. Ont-elles lieu, au contraire, avec une grande rapidité? elles produisent un son aigu.
Tous les animaux vertébrés sont doués de la faculté de percevoir les sons, mais tous ne la possèdent pas au même degré. La forme, la complication plus ou moins grande de l’appareil extérieur chargé de transmettre les sons, et le milieu dans lequel les animaux vivent, ont une influence marquée sur la vitesse avec laquelle le son arrive à la portion nerveuse chargée d’en transmettre l’im-
pression au cerveau.
Chez tous les animaux , l’appareil auditif se compose de deux parties distinctes : l’une, destinée à transmettre l’impression , c’est le nerf auditif ; l’autre, servant d’appareil extérieur ou de machine acoustique propre à réfléchir le son et à lui donner plus ou moins d’intensité , est l’oreille.
Dans les animaux des classes inférieures, l’appareil auditif consiste seulement dans une simple pulpe nerveuse, entourée d’une membrane. Chez les oiseaux , l’appareil de l’ouïe est beaucoup plus compliqué , indépendamment do l’oricule, c’est-à-dire l’oreille externe et le conduit auditif : les parties profondes de l’oreille présentent des conduits osseux (canaux demi-circulaires) , souvent très-étendus et assez compliqués. (Voir la fig. 2 de la pl. 1 bis , représentant les canaux demi-circulaires de la corneille mantelée. ) Toute la famille des oiseaux nocturnes et celle du genre corvus ont l’appareil de l’ouïe très-étendu.
L’appareil auditif est généralement très-compliqué chez les quadrupèdes. J’ai signalé , à l’occasion de la description de l’os temporal , un grand déve. loppement de la caisse chez quelques espèces , tels que le castor , le lièvre, le lapin , le lérot. Il est probable que le volume considérable de celte portion osseuse contribue à rendre l’ouïe plus fine chez ces animaux. Ajoutons que chez le lièvre et le lapin , les oreilles forment des espèces de cornets , très-propres, par leur forme , à recevoir et réfléchir les sons.
Il est surtout essentiel que les phrénologistes sachent que le sens de l’ouïe , chez certaines espèces, peut, à l’aide de son grand développement réuni à celui d’autres sens extérieurs, imprimera quelques animaux une conduite que les personnes, peu habituées à étudier leurs mœurs, pourraient confondre avec celle qui résulte de l’action de quelques facultés fondamentales.
Chez l’homme , l’appareil acoustique est très-compliqué. Je renvoie aux Traités d’anatomie topographique ceux qui voudraient connaître en détail, toutes les parties qui le composent. Le point essentiel, pour les phrènologistes , est de savoir que l’homme est un des animaux les plus favorisés sous ce rapport. Cependant, ce serait une grande erreur de croire que le talent musical , dans l’espèce humaine , soit le résultat d’une organisation plus heureuse
de l’appareil acoustique. Avant d’avoir soutenu une opinion aussi erronée , il eût fallu démontrer que , chez les grands musiciens , l’appareil acoustique était plus parfait que chez les hommes ayant peu de disposition pour la musique. L’expérience démontre , au contraire, que des hommes qui possédaient une ouïe très-fine , n’ont manifesté aucun goût pour la musique , tandis que de grandsmusiciens ont quelquefois présenté une ouïe extrêmement faible. Les oiseaux , qui ont l’appareil acoustique le plus compliqué , et je citerai comme exemple les oiseaux nocturnes , n’ont aucun talent musical.
L’appareil acoustique, chez certaines espèces , est absolument le même , et cependant le mâle chante parfaitement , tandis que la femelle chante moins bien, ou pas du tout.
Concluons donc en disant que l’appareil auditif a pour but de transmettre les sons au système nerveux cérébral , que la disposition des parties qui entrent dans sa composition peuvent, par leur arrangement, faciliter la transmission du son , mais que l’appréciation des sons se trouve perçue par une partie cérébrale particulière , dont le développement considérable chez l’homme et les oiseaux chanteurs constitue le talent musical.
§IV
De la vue,
Ainsi que le sens de l’ouïe, celui delà vue se compose de deux parties bien distinctes : l’une , extérieure , espèce d’instrument d’optique , le globe de l’œil, composée de membranes et d’humeurs de diverses densités propres à faire subir divers changemens aux rayons lumineux ; des muscles , des organes sécréteurs, des ligamens ; quelques parties protectrices, les paupières, les cils la complètent : l’autre, plus profonde, de structure nerveuse, destinée à transmettre ét percevoir ces rayons.
Chaque animal a reçu en partage un appareil optique extérieur, en harmonie avec le milieu dans lequel il vit et la sphère d’action de son système nerveux cérébral. Plusieurs insectes sont pourvus d’une multitude d’yeux. Comment la vision s’opère-t-elle chez ces animaux? Quelle conscience ont-ils des objets qui les entourent? Autant de questions sur lesquelles nous ne possédons encore rien de bien positif.
Chez les reptiles , on trouve des différences d’organisation résultant du milieu dans lequel ils vivent; cette différence ne roule que sur des nuances de densité , de convexités , d’humeurs et des membranes du globe de l’œil. Chez les poissons, qui vivent dans un milieu plus dense que Fair, tes humeurs du globe de l’œil subissent des modifications de forme et de densité encore plus remarquables. Le nerf optique présente quelquefois une disposition assez curieuse avant son entrée dans le globe de l’œil (voir la fig. 7 de la planche re-
TRAITÉ
présentant le cerveau du hareng) ; il est composé d’une collection de petites lames feuilletées ressemblant assez aux ouïes des poissons.
On trouve chez les oiseaux une foule de modifications dans la structure des parties qui composent le globe de l’œil. Il en est quelques-uns qui présentent une disposition particulière : elle consiste dans une membrane noirâtre plissée, qui n’a point d’analogue chez les autres animaux ; elle s’étend du nerf optique au cristallin chez ceux qui sont doués d’une vue très-êleudue , tels sont les buses , les vautours , les aigles , etc. M. Desmoulins dit avoir trouvé une disposition très-remarquable du nerf optique chez quelques espèces : c’est une sorte de membrane plissôe dont l’une des faces présente une projection uniforme , tandis que l’autre est plissée de manière que les lames qui en résultent iutéressentseulement le feuillet correspondant de la membrane optique. 11 résulte des observations de cet auteur, que ces plis, placés entre la rétine et l’entrecroissement, peuvent présenter jusqu’à quatre pouces d’étendue. On conçoit quelle influence une telle disposition peut avoir sur le champ de la vision des oiseaux qui offrent ce mode d’organisation.
L’homme est un des animaux les plus favorisés sous le rapport de la vue. La combinaison des parties qui composent l’instrument de réfraction est telle, qu’il peut apercevoir des objets placés â une grande distance et ceux qui sont peu éloignés.
Nous ne décrirons point ici le mécanisme de la vision , qui doit seulement trouver sa place dans un ouvrage de physique ou de physiologie. Nous ferons seulement observer que tout ce que l’on a dit sur les modifications que la lumière éprouve par l’influence du globe de l’œil , son action sur le nerf optique, le rôle que joue l’enfrecroissement de ce nerf dans l’acte de la vision , ne reposent encore que sur des probabilités. Un pareil sujet demanderait, pour être traité convenablement , une longue série d’expériences basées sur l’anatomie de l’œil et de ses parties accessoires chez les principaux vertébrés.
La partie nerveuse qui sert à transmettre la lumière , le nerf optique, présente une disposition particulière qui ne se retrouve chez aucun des nerfs vulgairement appelés nerfs encéphaliques : c’est uu entrecroisement du nerf optique , d’un côté , avec celui du côté opposé. (Voir la pl. LXXXIV, fig. 2, n, n.) Il existe encore plus profondément dans le cerveau une partie nerveuse évidemment en rapport avec l’acte de la vision; je veux parler des tubercules quadrijumeaux antérieurs. On se rappelle sans doute ce que nous avons dit à cet égard dans la première partie, en parlant des lésions du système nerveux. Nous avons même, à celte occasion, rapporté les observations de Soemmering , celles de Gall , les expériences de M. Magendie sur les oiseaux , et celles que j’ai faites sur les lapins, et d’où il résulte que les tubercules quadrijumeaux antérieurs chez l’homme et les quadrupèdes , et les tubercules bijumeaux chez les oiseaux, sont le siège de la vision, ou du moins s’atrophient lorsqu’un animal a été privé de la vue durant un temps très-long. J’ai cherché , autant que mes travaux anatomiques me l’ont permis, à faire une étude de l’étendue ou
DB PHRÉNOLOGIE
du volume de ces tubercules chez certaines espèces d’auimaux. Voici le résultat de mes observations , on peut compter sur leur exactitude.
Chez tous les oiseaux nocturnes dont j’ai disséqué le cerveau , j’ai constamment trouvé que les tubercules bijumeaux étaient peu volumineux , comparativement au volume de l’encéphale. Voici les noms de plusieurs de ces espèces : la grande chouette des bois, l’effraie, le moyen duc et le grand duc. Le cerveau de ce dernier m’a surtout frappé par la petitesse de ses tubercules bijumeaux ; fait qui se trouve complètement en opposition avec la loi générale de M. Serres , qui assure qu’il existe un rapport constant de volume entre les tubercules bijumeaux et le globe de l’œil.
Les oiseaux diurnes, qui m’ont présenté un assez grand développement des tubercules bijumeaux , appartiennent à deux classes dont les habitudes sont bien opposées : la première est celle des oiseaux qui s’élèvent à une grande hauteur , et dont la vue perçante peut distinguer les objets de très-loin , tels sont les aigles et les buses ; l’autre est celle des oiseaux qui saisissent leur proie à travers un milieu assez réfringent, tels sont les hérons. Enfin, j’ai rencontré la même disposition chez ceux qui, pour vivre , sont obligés d’avoir constamment la tête rapprochée du sol , telle est toute la famille des oies ; caractère commun à ces oiseaux et aux animaux herbivores , chez qui les tubercules quadrijumeaux antérieurs sont énormes. (Voir la fig. 2,0,0, de la pl, LXXV1I.)
J’ai encore retrouvé la même disposition chez le lapin , id. pl., fig. 3 et A. Ici, comme chez le mouton , nous trouvons un contraste frappant entre le volume des tubercules quadrijumeaux antérieurs 0,0, et celui des tubercules postérieurs a, a. Il est digne de remarque que, chez le chat , fig. 2, pl. LXXIX, on trouve une disposition contraire : ce qui lui donne un caractère de ressemblance sur ce point avec les oiseaux nocturnes.
Il serait assez curieux d’examiner les rapports de structure qui peuvent exister entre le volume des tubercules bijumeaux et quadrijumeaux antérieurs chez les oiseaux et les quadrupèdes , et la densité et la forme des membranes et des humeurs qui composent le globe de l’œil, en ayant égard au milieu dans lequel vivent ces animaux; on pourrait probablement arriver à des résultats qui aideraient à éclairer l’histoire du sens de la vue. dépossédé déjà sur ce point quelques recherches assez intéressantes. Si le temps et les circonstances me permettent de les étendre, je les ferai connaître publiquement.
Selon certains physiologistes , le sens de la vue aurait pour but de nous faire connaître les diverses couleurs des corps, leur distance , leur forme et même leur nombre; d’autres soutiennent, au contraire, que les idées de grandeur , de forme et de distance n’appartiennent pas à la vue , mais seulement au toucher. Cette opinion était celle de Condillac, qui prétendait que les objets étaient vus renversés , mais que le toucher venait ensuite rectifier
TRAITÉ
Terreur <lc la vue : idée toute gratuite, détruite par Tobservation de personnes aveugles de naissance et cataractées , et par l’histoire des animaux qui voient parfaitement à leur naissance. Mais de ce qu’un animal ou un homme peuvent bien apprécier la distance , la forme et la grandeur des corps qui les entourent, est-ce une raison pour croire que la vue serve directement à cet usage? Non certainement ; car il n’est pas rare dé rencontrer des personnes qui voient trèsdistinctement les objets, mais qui n’ont qu’une idée très-imparfaite de leur volume , de leur forme et de leur distance. Tout porte à croire que la vue a surtout pour fonction, de faire parvenir à une partie cérébrale tousles rayons lumineux réfléchis par les objets qui nous entourent, afin de nous les faire distinguer ; mais je ne pense pas que ce soit la même partie qui serve de transmission à la lumière , et qui nous donne en même temps la conscience de la forme et de l’étendue des objets. Les observations de Gall sur le sens des personnes , celles de Spurzheim sur celui de l’étendue , viennent appuyer mon assertion. Je crois qu’il en est de même de la distance qui me paraît ré sulter d’une faculté spéciale que j’ai découverte chez les animaux , et sur laquelle j’ai fait quelques expériences dans l’espèce humaine.
Je suis disposé à croire que la vue nous fait connaître les couleurs, mais que l’appréciation de leur combinaison appartient à un organe particulier , qui constitue le talent du coloriste.
La vue s’opère-t-elle à l’aide des deux yeux à la fois, ou n’employons-nous qu’un seul œil dans l’acte de la vision? Presque tous les physiologistes, Gall excepté , croient que la vision ne peut avoir lieu parfaitement que par l’action des deux yeux. .Gall, au contraire, s’appuyant sur l’observation de plusieurs animaux qui ont les yeux placés de côté, croit que dans l’état actif de l’organe de la vue, nous n’employons qu’un seul œil. Il est certain que la vision peut très-bien avoir lieu avec un seul œil, comme l’audition avec une oreille; mais quelques expériences paraîtraient démontrer que, dans certains cas, la vue est meilleure, lorsque les deux yeux sont employés. Un fait bien constant , que Gall a , je crois , remarqué le premier , et dont j’ai vérifié l’exactitude , c’est qu’il existe un très-grand nombre de personnes chez qui la vision ne s’opère pas avec la même netteté des deux côtés : presque toujours un de leurs yeux se trouve plus faible que l’autre. Je présente cette disposition au plus haut degré : mon œil droit, bien que ne présentant aucun vice apparent, est si faible, que je ne puis distinguer nettement, et même à peu de distance , un objet qui offre peu de volume, tels seraient , par exemple, les caractères d’un livre, les légères sculpturesque Ton voit sur la bordure d’une glace ou d’un tableau. Un moineau, vu à la distance de quinze pas avec mon œil droit, ne me présente aucune forme distincte , tandis que je le distinguerais parfaitement avec mon œil gauche, quand même il serait à une distance quadruple. Je dois dire que j’ai rencontré des personnes qui m’ont assuré qu’elles voyaient mieux un objet quand elles le considéraient avec les deux yeux.
Quelques phénomènes observés chez un aveugle opéré de la cataracte par
Cheselden , ont servi de texte à plusieurs physiologistes pour démontrer que le sens de la vue a besoin d’etre exercé avant d’arriver à un degré de perfection remarquable. Je crois, d’une part, qu’il existe beaucoup de fabuleux dans l’hisloire de cet homme; d’un autre côté, je suis convaincu que l’on aura mal interprété divers phénomènes qui ont du nécessairement s’opérer chez lui comme chez le commun des hommes.
Cheselden assure que lorsqu’on lui fil voir le portrait de son père, qui se trouvait peint dans la boîte de la montre de sa .mère, il dit qu’il connaissait bien que c’était la ressemblance de son père ; mais il demanda avec un grandi étonnement comment il était possible qu’un visage aussi large put tenir dans un si petit lieu ; que cela lui paraissait aussi impossible que de faire tenir un boisseau dans une pinte. D’abord , je ne crois pas que cet homme ait vu la tête de son père dans une proportion aussi grande que le dit Cheselden ; mais en supposant que la disposition de la boite de la montre eût été telle , que l’étendue de l’objet eut été augmentée, cet homme eut été en cela, cl comme tous les autres, dupe d’une illusion d’optique ; c’est ce que nouséprouvons tous les jours parun emploi savamment combiné des variétés de réflexion et de réfraction de la lumière, disposées selon les lois delà perspective : la peinture, elle-même, n’est autre chose qu’une illusion d’optique ; mais quel que soit le talent du peintre, il ne peut jamais être porté au point de rendre l’illusion assez complète pour que la nature et l’objet représenté soient confondus ensemble (1). Je n’ajoute aucune foi à ce que Spurzheim , d’apres Diderot, attribue aux sauvages. Selon ce dernier, quand ils voient le portrait d’une personne vivante, ils lui parlent, et sont très-surpris de ne pas obtenir de réponse. Je crois bien qu’à la vue d’un portrait fidèlement rendu, les sauvages pourront marquer de l’étonnement, avoir même quelque peine à se rendre compte de ce qui produit cette illusion; mais je suis convaincu qu’ils ne confondent pas la personne avec sa représentation. Les animaux , dont l’organisation est de beaucoup inférieure à celle de l’homme , ne s’y trompent pas. On a vu des chiens , à qui l’on présentait le portrait de leur maître, manifester, par leurs mouvemons et leurs cris, qu’ils le reconnaissaient très-bien : mais ils ne sont jamais restés auprès de lui ; ce qui serait nécessairement arrivé s’ils l’avaient confondu avec la personne même.
Du toucher.
L’organe du toucher, considéré d’une manière générale, est la peau , membrane assez compliquée servant d’enveloppe ou d’étui à la majeure par¬
ti) Spurzü::itn, 3,; edit. , p. 2G 9. Londres.
TRAITE
tie des animaux vertébrés. Sa surface externe, siège de ce sens, offre des variétés innombrables d’organisation, suivant les classes, ordres, etc. Chez beaucoup d’animaux, elle se trouve recouverte de productions de nature épidermique , se présentant sous forme d’écailles , cie plumes , de poils , de substance laineuse, etc.
Chez l’homme, sa surface externe est lisse, molle et on ne peut mieux organisée pour faciliter l’action du loucher. On peut dire qu’à cet égard l’homme l’emporte de beaucoup sur les animaux. Tout en reconnaissant la vérité de ce fait , je suis loin de croire avec les partisans d’Helvétius , Berkley, Condillac et Buffon , que ce soit à cette circonstance que l’homme doive sa supériorité intellectuelle, ou pour mieux rendre leur pensée, que ce soit à ce sens que l’homme est redevable de sa haute intelligence. Si l’on ne savait comment les idées s’établissent dans la tête des masses , on aurait lieu do s’étonner qu’une assertion que des milliers d’observations viennent détruire , ait pu compter quelques partisans. Ne rencontre-t-on pas tous les jours de grands mécaniciens, dont le toucher ne diffère en rien de celui du commum des hommes? et dans ceux qui sont doués du toucher le plus délicat, trouvons-nous réellement des gens d’une intelligence plus relevée? Combien, d’un autre côté , ne voit-on pas de personnes d’une adresse étonnante , possédant une finesse du toucher surprenante , et dont Pintelligence est cependant audessous du médiocre. Mais n’insistons pas davantage sur ce point.
Toutes les parties de l’enveloppe cutanée ne sont pas douées du sens du toucher dans le meme degré. C’est à celle différence qu’est due la division , plus spécieuse que solide , entre le tact et le toucher proprement dit. Ainsi , selon certains auteurs , dont les connaissances en histoire naturelle sont très-limitées , le tact n’aurait lieu qu’à la surface de la peau et sur quelques muqueuses, la peau de la main exceptée , qui serait à elle seule le siège du toucher. Il est certain que de toutes les parties du corps, la main est la partie la plus favorable pour exercer le loucher, mais elle n’est pas la seule qui puisse servir à l’exercice de ce sens.
La langue , comme je l’ai déjà dit à l’occasion du sens du goût , peut servir à nous faire apprécier la forme, la résistance et la température de certains corps. On a vu beaucoup de personnes exécuter avec leurs pieds des exercices qui demandaient assez d’adresse, môme écrire, dessiner, jouer au domino, charger un pistolet , etc.
Chez certains reptiles à corps souple et alongé (telle est toute la famille des serpens) , la peau peut servir Jusqu’à un certain point , d’organe de tact et de loucher tout à la fois. La queue de certaines espèces de singes et la trompe de l’éléphant peuvent servir au même usage. Je me rappelle avoir vu un éléphant qui débouchait une bouteille, se versait à boire , et faisait usage d’un marteau avec une adresse peu commune.
La main n’est donc pas, comme on le dit ordinairement , la seule partie du
corps qui puisse servir d’organe du toucher ; seulement on peut dire qu’elle est , de toutes les parties qui peuvent l’exercer , celle qui se trouve le mieux disposée à cet effet. Considérée comme instrument, celle de l’homme l’emporte sur celle des animaux qui se rapprochent le plus de lui. La multiplicité des pièces qui la composent, leur grande flexibilité, leurs variétés de longueur, l’opposition du pouce à tous les autres doigts , l’arrangement et le nombre des muscles qui mettent toutes ces pièces en jeu, en font un instrument admirable. Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce n’est jamais qu’un instrument , qui ne peut agir que sous l’influence de l’intelligence, et qui n’est point cause de celle-ci, comme le prétendaient les savans que je viens de nommer.
La partie qui représente la main de l’homme se trouve chez certaines espèces (les ruminans et les pachydermes , par exemple) , enveloppée dans un étui corné, connu vulgairement sous le nom de sabot. On conçoit parfaitement comuient une pareille disposition s’oppose à l’exercice du toucher.
L’homme , ainsi que je l’ai dit , est de tous les animaux celui qui présente l’organisation la plus heureuse pour l’exercice de ce sens , dont la fonction consiste à nous faire apprécier les variations de température de l’atmosphère, et probablement son état électrique ; il peut aussi nous faire connaître le nombre , la forme et la consistance des corps : mais , comme nous le démontrerons plus tard , il est , pour l’appréciation de ces choses , ce que l’ouïe est à la partie cérébrale qui perçoit et juge les différences des sons. Ainsi, de même que l’ouïe peut être parfaite sans que pour cela la personne saisisse les rapports des tons et soit conséquemment musicienne , de même le toucher peut être parfait , sans que la personne saisisse parfaitement la forme des corps et leurs nuances de densité. Ce que nous disons ici recevra un plus grand développement lorsque nous traiterons des facultés perceptives.
J’ai dit plus haut que le loucher pouvait nous faire apprécier les variations de température de l’atmosphère et son état électrique. Il suffit de s’être observé un peu pour savoir qu’aussitôt que la température s’abaisse au point de nous enlever du calorique, ou s’élève de manière à nous en céder, ou du moins faire que celui que nous dégageons naturellement ne soit pas enlevé, nous éprouvons deux sensations bien distinctes , connues sous le nom de froid et de chaud. Tout le monde apprécie l’état électrique de l’atmosphère : les personnes très-nerveuses surtout en éprouvent l’influence à un degré plus ou moins remarquable. Je connais une dame qui sent toujours, et quelquefois une ou deux heures avant un orage, un besoin irrésistible de se livrer au sommeil. La présence de substances épidermiques , telles que les plumes chez les oiseaux et les poils chez les quadrupèdes, loin de diminuer l’influence du liquide électrique, semble , au contraire , en faciliter l’action. C’est du moins ce que l’on observe chez les oiseaux : tous offrent, assez longtemps avant un orage ou un ouragan , des signes non équivoques du changement qui doit
avoir lieu dans l’atmosphère. Les uns se réunissent en troupes ; d’autres volent plus bas que de coutume , telles sont les hirondelles ; une grande partie des oiseaux de rivage quille la mer et se dirige vers la côte. Certains quadrupèdes, tels que les chats, sout ordinairement très-occupés du soin de leur toilette peu de temps avant qu’un orage éclate. J’ai connu une vieille dame qui m’assura que son chat lui tenait lieu d’un excellent baromètre. Comme cet animal possédait d’autres qualités bien plus intéressantes, je trouvai le moyeu de la priver de ce nouvel instrument atmosphérique.
Comme tous les autres sens , le toucher peut acquérir par l’habitude un plus grand degré de perfection. Cependant, ce sens que l’on avait considéré comme le rectificateur des autres , peut éprouver une infinité d’illusions. L’accumulation du calorique dans certains organes peut modifier la sensation du tact , au point de nous faire trouver froid un corps qui présente une température assez élevée. Un corps qui nous touchera par une grande surface, ou qui sera bon conducteur du calorique, pourra donner lieu à la sensation de froid, bien que sa température soit égaie à celle des autres corps, etc. , etc.
Il résulte de ce que je viens de dire sur les sens :
1° Que tous les animaux vertébrés , sans exception , sont mis en relation avec le monde extérieur , à l’aide d’appareils désignés sous le nom de sens.
2» Que ces appareils se composent de deux parties : l’une extérieure, et l’autre interne, faisant partie du système nerveux cérébro-spinal. La première est une sorte d’instrument , dont la forme variée est toujours en rapport avec le mode de perception qui doit avoir lieu chez les animaux , et avec le milieu dans lequel ils vivent. C’est ce que nous avons vu pour l’appareil acoustique, celui de la vision, de l’odorat, du goût et du toucher. L’autre partie est toute nerveuse : une de ses extrémités s’épanouit dans l’appareil extérieur; l’autre constitue une portion du système nerveux renfermé dans le crane.
âoTous les sens peuvent se perfectionner par l’habitude.
4° Chaque sens a un mode de percevoir qui lui est propre; sa complication et l’époque de son développement varient prodigieusement , suivant les espèces. Si la partie nerveuse des sens et son appareil extérieur sont formés de bonne heure, la fonction qui en dépend a lieu en môme temps. C’est ce que l’on ïemarque chez tous les animaux sans exception, pour l’organe du goût; pour celui de la vue chez quelques espèces, telle est la famille des gallinacés, celle des oiseaux palmipèdes, etc. On peut dire d’une manière générale que chez l’homme , le sens du goût excepté , les fonctions des sens acquièrent assez tard tout le degré de perfection dont elles sont susceptibles.
8° Enfin , et c’est le point essentiel , les sens sont des înstrumens mis en œuvre par l’intelligence , mais ne la produisent pas, comme l’ont soutenu mal apropos certains philosophes. Leur développement n’est nullement en rapport avec l’étendue d’action des facultés intellectuelles de l’homme et des ani¬
maux.