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CONSERVATION INDIVIDUELLE ET REPRODUCTION

Tous les organes de ces facultés sont placés à la base du système nerveux cérébral, sur ses côtés et à sa partie postérieure ; leur siège est absolument le même, sauf de très-légers changemens, chez l’homme et tousles vertébrés. Un grand nombre de ces facultés entrent en exercice de très-bonne heure; elles sont si nécessaires à la conservation des espèces, que leur défaut d’action eut pu donner lieu à la destruction d’un très-grand nombre. Je citerai comme exemple le choix de lieux chez les oiseaux aquatiques, la faculté qui porte les animaux à préférer telle et telle substance alimentaire, celle qui les porto à fuir à l’aspect du danger, etc. , etc. *

Organe de la conservation (1).

Se conserver est un sentiment inné qui appartient à tous les animaux. Toutes les fonctions , dans le sons où le mot conservation est journellement reçu, contribuent sans doute à conserver les espèces ; mais celte expression est employée ici dans un sens beaucoup plus limité, c’est-à-dire pour désigner un mode d’agir du système nerveux cérébral ayant tous les caractères d’une faculté fondamentale : elle consiste , selon moi, dans une impression purement instinctive , qui porte les animaux à fuir ou à être sur leurs gardes , lorsque quelques circonstances extérieures paraissent menacer leur existence. Getle faculté est une de celles qui se manifestent d’assez bonne heure chez les animaux. Je suis disposé à croire que c’est à elle qu’il faut attribuer, en partie, les vagissemens de l’enfant nouveau-né , et les cris que jettentles jeunes animaux lorsque quelque objet inattendu les effraie. C’est la disparition subite de certaines espèces au moindre bruit, à l’aspect d’une chose qu’elles voyaient

pour la première fois , qui m’a conduit à l’idée que leur manière d’agir dans

(1) Les auteurs qui ont écrit jusqu’A ce jour sur la phrénologie n’ont pas indiqué , en traitant de chaque faculté, de faire son historique. Cette manière d'agir a pu convenir au commencement de la science : nous la croyons inutile au point où elle se trouve maintenant , du moins pour les facultés dont les organes ont été appréciés tant de fois par la voie expérimentale. Quant aux facultés récemment découvertes, je crois qu’il sera nécessaire de dire quelque chose de leur historique.

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, ce cas, pouvait dépendre d’une faculté fondamentale. J’ai vu des renards, des rats , des souris , des chats , disparaître comme un éclair à la vue d’une personne ou d’un bruit inattendu. D’où peut venir, disais-je, une pareille conduite? Qui peut faire croire à ces animaux que leur vie se trouve en danger, puisque plusieurs d’entre eux n’ont encore rien éprouvé qui puisse leur faire redouter quelque chose de ces circonstances extérieures ? et pourtant leur première action est de fuir. Dans le commencement de mes recherches, et pendant assez longtemps, j’eus l’idée que la conduite de ces animaux pouvait tenir au développement considérable d’une ou deux facultés (la ruse et la circonspection), dont je parlerai plus loin ; mais de nombreuses observations vinrent détruire cette supposition. lime fut bien démontré, par l’expérience, que des animaux peu circonspects et peu rusés se laissaient approcher avec peine, et avaient une singulière tendance à fuir ou à se conserver. Comme des expériences faites sur des individus de meme espèce, étaient plus capables qu’aucune autre de me mettre sur la voie de la vérité , je rq’aüachai à étudier les habitudes de plusieurs animaux que je faisais élever sous mes yeux, et à tenir un compte scrupuleux de leurs facultés les plus saillantes. De 1824 à 1825 , je suivis avec soin la conduite et les actes de douze lapins sortis de la meme mère. J’avais l’habitude de les mettre en liberté deux fois par semaine , dans un jardin , et de consacrer une couple d’heures à les observer. .L’un d’eux me frappa plus que tous les autres par l’habitude où il était de fuir avec une vitesse étonnante, chaque fois que je voulais m’en approcher; on ne saurait croire combien de fois je l’ai vu frapper subitement la terre avec ses pattes , probablement pour avertir ses camarades, et disparaître tout à coup. Cependant, il n’était ni plus rusé, ni plus circonspect que les autres; il était môme celui que je prenais le plus facilement , quand il était question de les remettre dans leur loge : j’avais, au contraire, mille peines à m’emparer de plusieurs autres, qui parvenaient à s’esquiver par mille détours. Qui peut donc, disais-je, donner à cet animal l’idée de s’enfuir avec tant de vitesse ? Pourquoi existe-il donc à cet égard une différence si grande entre douze animaux sortis de la meme mère , et sous l’intluence des mômes circonstances extérieures ? Sans doute que tous ces animaux ont une tendance à fuir , mais tous ne s’enfuient pas avec la môme promptitude. Cependant, en réfléchissant sur la conduite de tous les animaux, je vis que cette action était générale, que chez certaines espèces elle ôtait plus prononcée que dans d’autres, et que si elle se trouvait moins apparente chez les animaux privés, il fallait l’altrihuer à ce que l’habitude des circonstances extérieures avait diminué l’action de cette faculté , au point d’en rendre la manifestation difficile à reconnaître. Que l’on cherche , par exemple , à saisir dans sa cage un oiseau que l’on possède depuis peu de temps, et l’on sera surpris de l’empressement qu’il mettra à s’échapper : après un temps plus ou moins considérable, cet animal, qui fuyait au moindre mouvement, viendra se présenter de lui-même à la personne qui voudra le prendre.

DE PHRENOLOGIE.

A peu près certain qu’il existait chez les animaux un sentiment instinctif , ou une faculté qui les portait à se conserver ou à fuir tout ce qui pouvait menacer leur existence , il ne me restait plus qu’à déterminer quelle pouvait être la partie cérébrale qui était le siège de ce sentiment.

L’examen du crâne de beaucoup d’animaux ne me fut d’aucune utilité , parce que, comme je l’ai déjà fait observer, il était nécessaire que l’observation eût d’abord lieu sur des individus d’espèce semblable. Ce fut donc à l’examen du crâne des lapins que j’avais observés avec beaucoup de soin , que je donnai toute mon attention. Le crâne du lapin qui s’enfuyait avec tant de vitesse, comparé avec deux autres appartenant à ceux de ses frères qui se laissaient approcher , ne m’offrit, à la première inspection, rien de très-saillant. Il n’en fut pas de même de leurs cerveaux : vus par la face supérieure , ces trois encéphales différaient très-peu , un seul excepté , dont le cervelet était plus développé : il n’en était pas de même , s’ils étaient examinés par leur base. Il y avait entre le cerveau du lapin qui avait été le sujet de mes observations , et les deux autres, une différence frappante. La portion de cerveau A A , pl. LXXVII, fig. 1 , était deux fois plus volumineuse que sur les autres cerveaux. Comme j’avais quelques motifs particuliers pour conserver intacts quatre crânes des neuf autres lapins, je n’ai pu examiner que cinq cerveaux : je puis affirmer que je n’en ai pas trouvé un seul qui égalât , en volume et dans la région que j’ai indiquée , l’encéphale du lapin qui se laissait si difficilement approcher. Je n’eus rien de plus pressé , après avoir fait cette remarque, que d’observer avec soin tous les cerveaux d’animaux que je conservais dans l’esprit-de-vin, et la région du crâne où cette partie cérébrale se trouve logée ; ce que je pouvais faire facilement sur la base du crâne des espèces si nombreuses qui composent ma collection. Il serait difficile de se faire une idée du plaisir que j’éprouvai , en voyant que tous les animaux qui ont naturellement une tendance à fuir avec rapidité à l’approche d’une personne, ou par l’influence de circonstances extérieures, étaient précisément ceux qui me présentaient cette partie du cerveau dans le plus haut degré de développement.

Voici de ces animaux ceux chez qui je l’ai trouvée très-apparente : le singe , le renard , le blaireau , le chat , pl. LXXÏX , fig. J , A A ; la marte , le putois, la marmotte , le lièvre ; elle est énorme chez le cerf et le chevreuil. Chez les oiseaux , la partie cérébrale affectée à Forgane de la conservation , me paraît être celle que j’ai indiquée par la lettre K, K, ph LXXVIII, fig. S. On aura mieux une idée de sa forme en examinant le dessin terminé du cerveau du même oiseau, pl. LXX, fig. 5 : c’est cette partie qui forme cette masse arrondie qui existe à la partie inférieure et postérieure de chaque hémisphère ; vue dans cette position, sa surface placée le plus en arrière se trouve recouverteparles tubercules bijumeauxindiqués parla lettre BB , üg. 5 , planche LXXVIII.

La région du crâne, où cette partie de l’encéphale est logée chez les quadrupèdes, est la fosse sphénoïdale latérale. C E, fi g’. %, pl. Y bis. Dans l’homme ,

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sa situation est la meme, id. pl. , fig. 2. Que l’on observe maintenant la région indiquée sur les bases des cranes appartenant aux animaux que je viens de citer, et l’on verra que chez tous , sans exception, elle est bien développée.

Chez les oiseaux, cette partie du cerveau repose sur la région de la base du crane placée au-dessus de la cavité qui loge le tubercule bijumeau; elle s’étend de C à 7 , fig. 3 , pl. i bis. L’oie domestique, tous les oiseaux de proie, surtout ceux de nuit , ont cette surface crânienne assez étendue; je l’ai trouvée dans le mêmeétat chez les oies sauvages, les oiseaux plongeurs, notamment le cormoran. Je l’ai trouvée encore très-apparente chez tous les oiseaux du genre corvns ; c’était môme ce développement assez remarquable de l’encéphale de ces oiseaux, qui m’avait fait dire , dans le mémoire que je présentai à l’Institut de France en 1827 , que la circonspection n’était pas, selon moi , la seule faculté qui portait les corbeaux à fuir à l’approche du danger; que celte conduite pouvait être le résultat d’une autre faculté commune à tous les animaux, et dont l’organe était situé à la base de l’encéphale. Je rapporte ici ces propres expressions consignées dans mon Mémoire , afin que l’on sache bien que je suis le premier qui ai parlé de l’organe de la conservation. Gall et Spurzheim n’ont jamais dit un mot de cette faculté dans leurs ouvrages. Des personnes dignes de foi m’ont assuré que Spurzheim, dans le cours qu’il fit à Paris en 1830 , s’était attribué la découverte de cet organe : le fait est que jamais Spurzheim n’a rien découvert de semblable. La seule personne qui ail parlé de cet organe est M. George, Combe, encore n’est ce que dans la3eédi tionde sa Phrénologie , publiée en 1830. Ce qui l’aurait porté à admettre Lexisteuce d’un organe , qu’il désigne sous le nom de l’amour de la vie , serait . d’une part, la douleur qu’occasionne à quelques individus l’idée de la mort, et l’observation d’une personne à qui son frère, M. André Combe , donnait des soins, et qui , duraut sa maladie, était constamment préoccupée de l’idée du regret de quitter la vie. A l’ouverture, le cerveau présentait à la base un développement très-remarquable de la partie interne dulobe moyen. Malheureusement , je n’ai pas trouvé cette partie assez précisée dans l’ouvrage de M. Combe, pour dire qu’elle soit rigoureusement celle que j’ai considérée comme le siège de l’organe de la conservation chez les animaux. Mais s’il en était ainsi , cette observation confirmerait les recherches que j’avais faites bien ' avant ce médecin. Voici quelle serait , selon moi, la partie du crâne où siégerait cet organe chez l’homme : il occuperait toute la portion de l’os sphénoïde marquée 2 et 3 , fig. 6 , pl. XI bis, la moitié antérieure de la surface cérébrale de l’os temporal indiqué par le n° 3, id. pl. fig. 8; sa surface la plus interne couvrirait les deux tiers antérieurs de la face supérieure delà portion pierreuse du môme os.

Hormis un seul cas, je n’ai encore recueilli , dans l’espèce humaine, aucuns faits assez bien circonstanciés pour confirmer ou infirmer l’existence de l’organe de la conservation. Je vais toujours faire connaître celui dont je viens de parler, il est trop curieux pour être passé sous silence. M. le docteur Gau-

bcrl, médecin distingué, m’a procuré le crâne d’un ancien canonnier mort au Val-de-Grâce. Cet homme, selon ce qui m’a été raconté par un de ses amis , était un des plus grands bretailleurs qu’il y eut au monde , et très-peu soucieux de sa vie, qu’il exposait chaque jour dans de nombreux duels. La région que je viens d’indiquer, et où je suppose que siège l’organe de la conservation, est non-seulement très-étroite , mais encore peu profonde. J’ai comparé la base du crâne de cet homme dans celle région, avec celles de plusieurs bases de crâne de ma collection, et la différence d’étendue et de profondeur est très-marquée.

J’aurais bien voulu examiner plusieurs crânes de suicides, pour savoir s’il n’existe pas quelque rapport entre le peu de développement de cet organe et le malheureux penchant qui porte certaines personnes à se détruire; mais je n’ai pas été assez heureux pour en rencontrer comme je les aurais désirés , je veux dire des crânes de personnes qui ont naturellement une tendance à se détruire, sans trace sensible de lésions du cerveau. J’ai bien vu, dans la collection de Gall, deux crânes ayant appartenu à des suicides; mais il est facile de voir , par leur épaisseur et leur dureté , qu’il avait existé chez ces individus une altération du cerveau, de longue durée.

Une remarque que personue n’a faite jusqu’à ce jour, du moins dans un sens physiologique , c’est que le nerf olfactif a une de ses racines , la plus interne, qui va se perdre dans la portion cérébrale que je considère comme l’organe de la conservation. Tout le monde sait que lorsqu’une personne tombe en défaillance, un des meilleurs moyens pour lui faire recouvrer les sens, consiste à lui faire respirer des liqueurs spiritueuses et aromatiques. Ne serait-il pas possible que par ce moyen on stimulât directement l’organe de la conservation, sorte de sentinelle , si je puis me servir de cette expression , destinée à réagir sur les autres organes?

J’ai dit à l’occasion de l’organe de l’odorat, que chez les herbivores le nerf olfactif était énorme , et se terminait par un renflement très-considérable , le bulbe ; ce nerf présente en arrière une multitude de filamens qui paraissent sc confondre avec l’organe delà conservation. Ne serait-il pas possible , qu’en stimulant par ces filets l’organe de la conservation , l’animal se trouvât ainsi en garde contre certaines plantes qui pourraient lui être préjudiciables ?

Quel caractère particulier l’organe de la conservation imprime-t-il à l’homme qui le possède dans un haut degré de développement ? Sa sphère d’action se borne-t-elle seulement, ainsi que je l’ai indiqué pour les animaux, à fuir ou être en garde contre tout ce qui peut porter atteinte à son existence? Je suis très-disposé à croire que le sentiment de la peur , que Gall attribuait au défaut du courage , et que Spurzheim faisait dépendre d’un grand développement de la circonspection , serait, au contraire, une affection de l’organe de la conservation. Si , comme nous le verrons plus tard , les organes cérébraux en action impriment au corps un geste particulier, nous devons être frappés de celui qui accompagne l’impression qu’un homme éprouve quand son existence

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est menacée par un corps placé au-dessus de sa tête : par un mouvement purement instinctif, il baisse la tête et forme une espèce de voûte avec son dos. Quelle différence entre ce mouvement et celui de l’orgueil , par exemple ! Ici, au contraire, le corps et la tête se trouvent portés en arrière. Nous verrons plus loin que ces deux mouvemens coïncident bien avec le siège des deux organes ; l’un qui est placé à la base du crâne , et l’autre à sa partie postérieure et supérieure. Voici encore une autre observation qui vient fortifier ce que je viens de dire sur le geste qui accompagne l’affection du sentiment de conservation.

J’ai remarqué que toutes les personnes qui éprouvent une impression pénible quand elles s’élèvent sur un édifice très-élevé , tel serait un clocher , ou lorsqu’elles fixent leurs regards sur un lieu profond et dangereux , éprouvent le besoin de s’accroupir. Je pense que l’impression désagréable qu’elles éprouvent alors , lient à l’affection de l’organe de la conservation , et que c’est cette affection qui donne lieu au geste que je viens de signaler.

Il est présumable que la sphère d’action de l’organe de la conservation est assez étendue , et que son grand développement contribue à imprimer au caractère un cachet d’égoïsme. En laissant de côté toute espèce de théorie, on est forcé de convenir, en observant la conduite des hommes, qu’il existe entre eux des différences frappantes sous certains rapports : les uns , non-seulement mettent de l’empressement à obliger, mais éprouvent encore un vrai plaisir en se livrant à cet acte ; d’autres , au contraire , évitent avec soin toute espèce d’action qui n’aurait pour eux aucun résultat avantageux; concentrés en eux-mêmes , ils se font le centre où tout doit aboutir. Ces hommes sont communément désignés sous le nom d’égoïstes : vrais fléaux de la famille et de la société , les liens les plus chers , les affections les plus tendres n’ont aucune iniluence sur eux ; le moi , pris dans le sens le plus ignoble , est leur devise. Il n’est pas une seule famille , pour peu qu’elle soit nombreuse, qui ne présente quelque personnage ayant une teinte plus ou moins prononcée de ce caractère.

Lesage, dans son roman de Gilhlas , a donné un exellent portrait de l’égoïste dans la personne du licencié Sédillot , rapportant tout à sa personne, trouvant très-mauvais que les autres ne veuillent pas se sacrifier pour lui , et récompensant le zèle et les soins assidus de son domestique par un legs de vieilles paperasses.

J’ai déjà eu occasion de rencontrer bon nombre de Sèdillots dans ma vie ; il en est deux surtout dont je ferai connaître l’histoire très-brièvement : l’un (il est mort) était un ancien moine; sa vie, sur laquelle j’ai des renseignemens très-positifs , n’a été qu’un tissu d’égoïsme. Comme il possédait au plus haut degré une autre faculté dont je parlerai plus loin , c’était vers les plaisirs de la table qu’il avait concentré toutes ses facultés. S’occuper sans cesse de son manger , avoir dans l’intérieur de sa maison les rafinemens les plus sensuels, et par dessus tout éviter toutes les impressions qui pouvaient lui être désagréables , tel était le cercle autour duquel gravitaient tousses actes. A table,

cü voilure, dans les parties de plaisir, occupant tout le monde et ne s'occupant de personne; à le voir, et surtout à l’entendre , on aurait pu être facilement sa dupe , car il avait toujours l’air de plaindre les malheureux , qui ne reç j. rent jamais de lui aucune consolation. Son caractère était si bien connu de sa famille , que l’on n’a jamais cherché à obtenir de lui un seul service. L’autre égoïste dont j’ai à parler serait plus difficile à reconnaître , parce qu’il n’est pas sans quelque bienveillance , ce qui n’exclut pas du tout l’égoïsme. Cet homme vit avec une personne qui, jusqu’à présent , s’est vraiment sacrifiée pour lui. Un jour elle tombe malade, au point de donner de vives inquiétudes sur sa vie. Je rencontre mon personnage , qui m’assure, d’un air tout contrit , qu’il était à la veille de perdre la personne qui vivait avec lui. Comme je le plaignais du malheur qui l’attendait, m’étendant, avec raison, surladou leur, qu’on éprouve à se voir enlever un être avec qui ou a vécu pendant longtemps : « à la bonne heure, dit-il, mais quand je pense à ce tracas que vont m’occasionner les médecins, les prêtres et l’enterrement , tout cela me rend malade moi-même ; et puis, ai-je la certitude de trouver une personne qui ait un aussi grand soin de moi? »

Fontenelle a été accusé d’égoïsme : j’ai entendu raconter une anecdote qui, si elle est vraie , prouverait que cet homme célèbre aurait été entaché de ce malheureux vice au plus haut degré.

Fontenelle invite un jour un de ses amis à dîner. Tous deux aimaient beaucoup les asperges , mais préparées différemment. Fontenelle les voulait à la sauce , et son ami à l’huile. Au commencement du repas , l’ami de Fontenelle (ombe frappé d’une attaque d’apoplexie foudroyante. Fontenelle se lève aussitôt , et se met à crier : « Marianne ! Marianne ! toutes les asperges à la sauce 1 »

J’ai constamment trouvé plus d’égoïstes chez les célibataires que dans les gens mariés. Je ne veux pas dire pour cela que l’état de célibat soit la cause de ce vice (je crois qu’il n’en est souvent qu’une conséquence) , mais que la vie de célibataire contribue à le développer ; il est certain que , toutes proportions gardées, on .trouvera plus d’égoïstes chez les prêtres (1) , que dans les autres classes de la société ; ce que j’attribue , en partie , à la vie retirée qu’ils mènent.

Des dispositions contraires à celles que je viens de signaler, c’est-à-dire le mépris delà vie, les actions généreuses, doivent dépendre du peu de développement de l’organe de la conservation, surtout si d’autres facultés, dont nous parlerons plus loin, sont dans un degré plus ou moins considérable de développement. L’impression éprouvée par plusieurs individus à la fois, et connue, dès la plus haute antiquité , sous le nom de peur panique , me paraît tenir à une affection de l’organe de la conservation. (2)

(1) Je parle ici des prêtres de la religion romaine , chez qui le célibat est une condition de la profession.

(2) Quelques personnes disent avoir observé que tous les égoïstes étaient remarquables par un

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§ II

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Organe de l’alimentation. — Faculté qui préside aux choix des alimens.

Le docteur Hope, de Copenhague, est le premier phrènologiste qui ait découvert la faculté dont nous parlons maintenant. Ses idées sur ce point ont été exprimées et développées dans deux notes consignées dans le Journal phrénologique d’Édimhourg; cependant, je ferai remarquer que les observations de ce médecin ont été limitées à l’espèce humaine; celles que j’ai faites en si grand nombre chez les principaux vertébrés , en confirmant l’assertion du médecin danois, rendrons les remarques qui se rattachent à cette faculté on ne peut plus intéressantes.

Comment, dit le médecin que je viens de citer, la sensation de la faim pourrait-elle , plus qu’aucune autre sensation désagréable , faire désirer des alimens à l’animal? La nécessité de celte chose ne lui étant pas connue par l’expérience, cela ne peut avoir lieu que par instinct, parce que , l’un ou l’autre, un instinct, c’est-à-dire l’impulsion immédiate d’un organe, ou bien l’expérience et la réflexion, sont la cause de toutes nos actions.

Nous observons que le jeune poulet n’est pas plutôt hors de l’œuf, qu’il ramasse les grains qu’il trouve par terre , et que le nouveau-né suce le mamelon. Comment expliquer ceci sans la supposition d’un organe semblable à celui qui porte le canard à se plonger dans l’eau : ou qui fait mordre au jeune chat la première souris qu’il rencontre.

Je ne puis concevoir davantage comment le jeune animal peut discerner ce qui est utile pour sa nourriture; que, par exemple, le poulet ne prenne jamais un petit gravier pour le grain, et que les bêtes sauvages évitent toujours des plantes sans les avoir goûtées.

Quand l’enfant, lors même qu’il jouit d’une bonne santé , suce jusqu’à ce que l’estomac soit rempli , il n’éprouve certainement pas le sentiment de la soif ou delà faim; cependant, si le sein luiestoffert, il continuera de sucer, quelquefoismême après avoir rejeté une partie de ce qu’il avait pris en trop. Si rien quela faim et la soifpoussaienU’homme à prendre delà nourriture , il n’aurait , quand il serait rassasié , aucun appétit pour la boisson ou lé manger. Cependant, nous observons tous les jours des personnes qui ne peuvent résister à la tentation d’abuser des alimens et des boissons, quoiqu’elles sachent que cela leur est nuisible , et nous en voyons d’autres qui ne sont aucunement enclins à la gloutonnerie.

excès d'embonpoint. Cette observation n'est pas exacte. L’égoïsme peut être porté au plus haut degré avec toutes les nuances possibles d'embonpoint. Mais ce vice favorise cette disposition , car évitant avec soin toutes les impressions désagréables , les égoïstes sc mettent dans la condition la plus avantageuse pour faciliter la sécrétion de la graisse.

DR PHP.ÉNOLOGIE.

Ces remarques du docteur Hope , réunies à celles que j’ai faites chez les animaux et chez l’homme , m’ont entièrement convaincu que tous les animaux vertébrés , sans exception , possédaient une partie nerveuse cérébrale affectée au choix des alimens. Cet organe peut agir ou par sa propre impulsion , et c’est surtout ce qui a lieu chez les animaux nouvellement nés, ou bien sous l’influence de l’olfaction. On se rappelle sans doute ce que j’ai dit de la disposition anatomique du nerf olfactif, qui présente chez l’homme trois racines à sa base ; la plus externe de ces racines va se perdre dans les fibres de la portion cérébrale destinée au choix des alimens. Cette seule disposition ne suffiraitelle pas pour expliquer l’effet que produit sur nous l’odeur de certains mets , qui suffit à elle seule pour provoquer l’appétit?

La gloutonnerie et l’ivrognerie résultent, selon moi, de l’extrême développement de l’organe de l’alimentation ou de son extrême activité , et le plus souvent de ces deux conditions réunies. Je dois cependant ajouter que plusieurs personnes m’ont présenté un développement assez remarquabîede cet organe, sans être précisément gloutonnes ; mais toutes, sans exception , attachaient une grande importance au choix et à la préparation de leurs alimens, ou aimaient assez les liqueurs spiritueuses. Un fait auquel j’étais loin de penser d’abord , et qui m’a cependant été confirmé par une multitude d’observations, c’est que cet organe est généralement assez prononcé chez les personnes qui aiment beaucoup à fumer. Comme personne avant moi n’a fait cette remarque , j’engage les phrénologistes à voir si de nouvelles observations viendront confirmer celles que j’ai faites.

L’organe de l’alimentation est , avec celui de la conservation , un de ceux qui entrent en action immédiatement après la naissance ; il est aussi un de ceux qui conserve le plus d’énergie dans les derniers temps de l’existence. On rencontre assez communément des vieillards dont toutes les facultés intellectuelles et affectives sont presque éteintes , et pour qui le plaisir de la table n’est pas sacs attrait. Il n’est personne qui ne sache que la gloutonnerie est assez généralement le défaut des enfans. J’ai voulu m’assurer jusqu’à quel point ce penchant , bien constaté chez eux , coïncidait avec le développement de la partie cérébrale affectée au choix des alimens. A cet effet , j’ai examiné quarante-huit têtes de jeunes enfans , depuis l’àge de cinq ans jusqu’à douze; je puis affirmer que chez tous , sans exception, cette région était très-apparente. Je possède dans ma collection onze crânes de jeunes enfans depuis deux ans jusqu’à sept : chez tous , la partie du crâne où siège l’organe de l’alimentation se dessine d’une manière frappante : comme on doit bien s’y attendre cependant, le développement n’est pas égal surtout. Cet organe est énormément développé sur le crâne de deux femmes , qui font partie de ma collection. L’un m’a été donné par feu M. le docteur Legallois ; l’autre appartenait à une femme morte dans la maison de détention de Caen. Ces deux personnes avaient un goût effréné pour les liqueurs spiritueuses.

Je crois que c’est à l’extrême activité de l’organe de l’alimentation chez les

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enfans, qu’il faut attribuer le goût si vif que presque tous manifestent poulies fruits , surtout pour ceux qui ne sont point encore arrivés à leur maturité.

On ne saurait croire combien est grand le nombre de personnes adultes qui sont sous l’influence de celte faculté , à partir de celles qui s’occupent avec soin de la préparation de leurs alimens, jusqu’à celles qui en font une élude exclusive , je veux dire qui vivent entièrement sous l’influence du gaster. Une personne de cette classe m’avouait un jour qu’il lui arrivait souvent, au milieu d’occupations et de méditations très-sérieuses, de se voir dominer par des idées culinaires; elle m’assura même qu’il lui était arrivé us d’une fois de changer la direction de son chemin , afin de se procurer le plaisir de voir différentes préparations de table exposées dans la boutique d’un des premiers marchands de comestibles de Paris. Je ne crois pas que les autres plaisirs dont les hommes sont si avides, produisent autant d’effet sur celui-ci qu’une belle dinde truffée sortant de la broche, des huîtres bien fraîches nageant dans leur eau , ou un beau turbot sortant de son court bouillon, il est impossible de se faire une idée de l’attention , du soin , du raffinement même qu’il apporte dans le choix des choses qui servent de condiment à ses alimens. Il a fait une étude approfondie de toutes les sauces , des épices , etc. , etc. Un jour que je le félicitais sur les bonnes qualités de sa femme : «C’est un ange, me dit-il, elle fait si bien la cuisine! »

Comme toutes les facultés , celle de l’alimentation est susceptible d’éprouver un état anormal ou de perversion , véritable état maladif qui donne lieu à des appétits bizarres, comme cela se rencontre chez les personnes affectées de chlorose. J’ai examiné la tête de deux filles chlorotiques : l’un avait l’habitude de manger de la cendre, et l’autre celle de boire de très-fort vinaigre, et de manger chaque jour une poignée de grains de blé. Chez ces deux femmes , la région de l’organe de l’alimentation était très-développée. Je souhaiterais que les médecins qui ont occasion de rencontrer de pareils faits, voulussent bien s’assurer si l’observation que je viens de signaler est toujours constante.

Une observation excessivement curieuse, et que l’on doit, je crois, attribuer à un état de perversion de l’organe qui préside aux choix des alimens , a été consignée dans les Archives de médecine (1) ; elle est trop importante pour ne pas trouver ici sa place.

L’on a arrêté et conduit dans les prisons de Saint-Amand, un homme qui faisait sa nourriture favorite et recherchée de substances animales les plus dégoûtantes, et même de débris de cadavres; il s’est plus d’une fois introduit dans des cimetières où, à l’aide d’instrumens nécessaires, il a cherché à extraire des fosses les corps déposés récemment , pour en dévorer avec avidité les intestins , qui sont pour lui l’objet qui flatte le plus son goût; troüvanl dans l’abdomen de quoi satisfaire son appétit, il ne louchait pas aux autres parties du

(1) Archives de médecine, n" de mars 1825.

corps. Cet homme est âgé de près de trente ans ; il est d’une stature élevée ; sa figure n’annonce rien qui soit en rapport avec cette passion dominante. Chez lui , la dépravation du goût est portée à l’excès ; on l’a vu suivre les artistes vétérinaires dans les pansemens de chevaux , pour en manger les portions de chairs détachées les plus livides et les plus altérées par la maladie ; on l’a trouvé également dans les rues, fouillant les immondices, pourc y chercher les substances animales jetées hors des cuisines : ce qu’il y a de plus étonnant , c’est qu’il n’est pas maîtrisé par une faim dévorante [c’est donc le désir de manger telle ou telle substance qui le porte à ces actes'). Il ne mange point d’une manière extraordinaire ; car lorsqu’il lui arrive de rencontrer de quoi fournir plus qu’à son repas , il en remplit ses poches , attend patiemment, avec ce surcroît d’alimens, que son appétit soit de nouveau réveillé. Interrogé sur ce goût dépravé , sur ce qui l’avait fait naître , ses réponses sont de nature à le faire remontera sa plus tendre enfance (ce n’est donc pas l’habitude , mais une impulsion intérieure qui le porte à ce choix. (Il place cette nourriture au rang des aliinens les plus savoureux : il ne peut concevoir comment on peut blâmer un goût qui lui paraît si bon et si naturel . Cet homme éprouve une gêne dans les mouvemens du côté gauche ; il dit qu’elle est de naissance. Lorsqu’on lui fait subir une espèce d’interrogatoire un peu prolongé , on s’aperçoit d’une certaine incohérence dans les idées, d’une tendance à l’imbécilitè; cependant il répond à tout ce qu’on lui demande avec assez de précision, et il conserverait assez de facultés morales pour rester libre , si la société n’en réclamait impérieusement la réclusion. Cet homme , dont le goût fait horreur, pourrait tôt ou tard se porter à des excès dangereux ; il avoue lui-même, que quoiqu’il n’ait encore attaqué aucun être vivant, il pourrait bien, pressé par la faim , attaquer un enfant qu’il trouverait endormi au milieu de ses courses dans les campagnes. Il paraît manquer de courage et est très-pusillanime ; c’est peutêtre à cela que l’on doit qu’il n’ait commis aucun crime pour satisfaire son goût dominant. Par une bizarrerie inexplicable , cet homme , lorsqu’il se repaît de substances animales, et surtout des intestins de cadavres humains , dit éprouver une douleur très-vive aux angles de la mâchoire et dans toute la gorge. (Ce phénomène ne parait pas inexplicable, puisque cet homme mange des intestins en putréfaction, c’est à-dire des substances très-irritantes.) Il est à remarquer qu’il est très-porté aux plaisirs vénériens. Cette disposition me paraît tenir à la même cause : les intestins en putréfaction contiennent beaucoup de matières stimulantes, notamment du phosphore, qui est éminemment aphrodisiaque. Mascagni avait déjà remarqué qu’un séjour prolongé dans les amphithéâtres produisait le même effet. J’ai pu me convaincre que la respiration soutenue au milieu de matières putréfiées , particuliérement de la substance cérébrale qui abonde en phosphore, avait une influence marquée comme excitant des organes génitaux.

L’âge amène des modifications dans la faculté de l’alimentation , c’est là ce qui explique comment telle et telle substance, que nous désirons ardem-

TRAITÉ

ment , mous flatte peu ou pas du tout dans un âge avancé ; tandis qu’une autre, pour laquelle nous avions eu d’abord de la répugnance, devient l’objet de notre prédilection. Réunie à la faculté de la conservation , et dans un liant degré de développement , )a faculté de l’alimentation contribue à rendre l’homme très-égoïste.

Je trouve que tous les auteurs qui ont parlé de l’organe de l’alimentation, y compris le docteur Hope, à qui la découverte de cette faculté est due , n’ont pas indiqué d’une manière précise le siège de son organe. Voici ce que ce médecin dit à ce sujet : a Quant à l’organe de l’alimentation , j’ai été conduit à penser : depuis ce que j’ai écrit dernièrement, que la place où ses divers degrés de développement se manifestent , est la fosse zygomatique , exactement au-dessous de l’organe d’acquérir, et devant l’organe de la destruction. » En consultant maintenant l’ouvrage de Spurzheim , 3e édition, publiée à Londres , et celui de M. Combe , qui n’a fait à cet égard que copier Spurzheim , l’organe serait très-mal indiqué. Si comme le dit le docteur Hope , l’organe est situé immédiatement au-dessous de l’organe du penchant à acquérir, il devrait occuper la région de la grande aile du sphénoïde, qui s’articule avec l’angle inférieur du pariétal; et cela ne s’accorderait nullement avec les recherches que j’ai faites sur l’homme. Voici, ce me semble, quel est le vrai siège de cet organe : il occupe tout l’espace compris entre une ligne droite, tirée de la base de l’apophyse zygomatique , et l’articulation de la portion du temporal, qui se lie avec la grande aile de l’os sphénoïde. (Voir la pl. LXXXVII, fig. 2 , n° 2 , 2.) Sa position est absolument la même chez les quadrumanes et les quadrupèdes carnassiers, pl. XCII, fig. 1, n° 2, 2, et pl.XCIII, fig. 2, n°2, 2. J’ai constamment trouvé cette région saillante sur les animaux trèsvoraces. (Voir à cet égard tous les crânes d’animaux appartenant à cette classe et représentés dansmon allas) , et chez tous les chiens ou les chats, qui m’ont présenté le même caractère.

Chez les oiseaux, la région du crâne qui répond à l’organe de l’alimentation, est celle marquée 2,2, pl. XCIII, fig. 4. On la trouvera très-expriméo chez tous les oiseaux voraces, tels que les cormorans, pl. LV, fig. 1 et 4 î le goéland, pl. LIV, fig. 6*; le stercoraire, ici. pl., fig. 2; les canards, pl. LI, fig. 3 et 4. Pour bien apprécier le développement de cet organe chez les oiseaux , il faut avoir égard à celui des organes qui l’avoisinent , sans quoi on s’exposerait à commettre de grandes méprises.

§ÎII.

Organe du penchant à détruire ou de la destruction.

Pris en masse, l’univers ne présente à nos yeux que scènes de reproduction et de destruction. La vie et la mort se partagent alternativement l'empire du monde, et c’est de leur action combinée dans des proportions qu’il est difficile à l’homme d’appréçier , que résulte ce mouvement perpétuel de destruction

DE rnRÉXOLOGIE.

ci d’enlretien de la vio des espèces. Chaque année , des myriades d’insectes sont dévorés par les oiseaux ; une grande partie de ceux-ci le sont à leur tour par des individus de leur classo ou par l’homme.

Supposons , pour un instant , la faculté de détruire éteinte chez les poissons, et les vastes mers qui recouvrent plus des trois quarts du globe ne pourront plus contenir, après quelques années , les produits de la fécondation. Sans la meme faculté , une multitude d’espèces d’oiseaux et de quadrupèdes ne pourraient exister.

Je n’envisage pas le penchant à détruire sous le même point de vue que Gall et Spurzlieim. Selon ces deux phrénologistes , celte faculté n’existerait pas chez les herbivores et les rongeurs : je crois , au contraire , qu’elle existe chez tous les animaux sans exception ; seulement son mode d’action et la manière dont l’organe se manifeste à l’extérieur, présentent des modifications suivant les espèces. Il n’est pas nécessaire, selon moi, que la destruction s’opère sur un animal, pOc." 'me cet acte mérite ce nom : l’écureuil, le bœuf» le mouton, le lapin, ne détruisent-ils pas une multitude de végétaux? Partant des observations de Gall, on pourra peut-être m’objecter que les animaux qui tuent ou détruisent, sont les seuls qui se nourrissent de substances animales ; mais il y a , selon moi, double erreur dans les observations de Gall sur ce point'. D’abord, parmi les animaux dits granivores, il en existe un trèsgrand npmbre : je citerai pour exemple les poules, les faisans, les paons, qui sont très-avides de substances animales ; ou pourrait même dire qu’il existe très-peu d’oiseaux granivores qui n’avalent une multitude d’insectes. Gall , en appelant le penchant à détruire, instinct carnassier, a confondu ensemble deux facultés bien distinctes , celle qui porte les animaux à choisir telle ou telle substance alimentaire, et celle qui les excite à la destruction. Comme celle question est extrêmement importante, il est indispensable de faire connaître à mes lecteurs comment Gall arriva à la connaissance de la faculté de destruction. «D’abord se présente la question (1) : l’homme est-il naturellement carnassier? ou bien est-il destiné , par la nature , à être exclusivement frugivore , et ne mange-l-il delà chair que parce qu’il a dégénéré de sa destination primitive?

« L’homme est omnivore ; la chair le nourrit tout aussi bien que les végétaux. Par la structure de ses dents, de ses mâchoires, de son estomac et deses intestins , il lient le milieu entre les frugivores et les carnassiers ; il mange avec appétit tous les animaux , depuis l’huître jusqu’au faisan , et tous les végétaux, depuis la pomme de terre jusqu’à l’ananas. Si le Créateur l’avait destiné à ne se nourrir que de végétaux , rien , certainement , n’eùt pu le détourner de cette destination. Si dans certains climats il est plus exclusivement ou carnassier ou frugivore, cela dépend de l’influence que les objets qui l’environnent et les circonstances dans lesquelles il se trouve, exercent sur lui; de

(l) Gall > Sur les fondions du cerveau ; 4,! vol. , page 85 , Cdit. in-3°.

TRAITE

ce que tel climat favorise le développement de tel organe , et entrave celui de tel autre.

« Puis donc que l’homme était destiné à se nourrir de chair, il fallait qu’il fût porté , comme les autres carnassiers , par une impulsion intérieure, à tuer les animaux. Or , l’histoire de tous les temps prouve qu’il est réellement doué de cette qualité. »

Observation.

Je ne crois pas que le désir de se nourrir de telle ou telle substance appartienne à la faculté de destruction. Gall confond évidemment ici deux facultés distinctes, bien que se secondant mutuellement. Son expression d’instinct car* nassier est évidemment vicieuse ; car elle indique seulement le désir ou l’appétit pour la chair, et non le penchant à détruire. Mon observation me parait justifiée non-seulement par ce que je viens de dire, mais encore par les propres expressions de Gall. Il existe , dit-il , beaucoup d’animaux qui tuent pour le plaisir de tuer , et , bien que rassasiés de chair, ils mettent à mort tout ce qui les entoure. Il est donc évident que ce n’est pas l’instinct carnassier , ou le désir de se nourrir de chair, qui les fait agir ainsi , puisqu’ils en sont repus.

L’expression penchant au meurtre, employée aussi par Gall , ne me paraît pas meilleure ; car elle ne me paraît indiquer qu’une modification du penchant à détruire ou de la faculté de destruction. Cette dernière expression est en effet celle qui me paraît préférable pour indiquer la faculté dont il est maintenant question. Spurzheim , en proposant le mot destructivité , avait eu aussi en vue de changer l’expression d’instinct carnassier , qu’il trouvait mauvaise ; mais tout le changement de Spurzheim , à cet égard , ne Se borne qu’à celui de nom ; car , pour le fond , il s’est contenté de citer textuellement tout ce quo Gall a dit à ce sujet , sur la différence d’organisation entre les animaux granivores et carnivores , sur les histoires d’hommes qui se sont fait remarquer par leurs cruautés , et les aliénations homicides. Il raconte aussi , d’après Prochaska , l’histoire d’une femme qui avait l’habitude de tuer les enfans et de se nourrir de leur chair ; et celle non moins curieuse , observée par Gaubius, d’un homme qui , poussé par un violent désir de manger de la chair humaine, avait commis plusieurs meurtres pour se satisfaire. Sa fille, bien qu’élevée avec soin et au milieu de personnes respectables, manifesta le même désir de manger de la chair humaine. L’histoire de ces deux personnes ne doit pas , selon moi, être rapportée aux lésions de la faculté de destruction, mais bien à celle qui préside aux choix des alimens : la destruction n’aura été ici qu’un moyen secondaire.

Plus j’ai lu les observations de Gall, plus j’ai observé l’organisation du crâne et du cerveau des principaux vertébrés , et plus je suis demeuré convaincu que si les observations de cet homme célèbre eussent été faites avec

DK PHRÉNOLOGIE.

plus de soin et plus d’étendue, sa manière d’envisager la faculté qui nous occupe eût été bien différente. Toutes les personnes qui ont lu Gall savent qu’il fut conduit à la découverte de ce qu’il appelle l’instinct carnassier, par l’inspection de la comparaison du crâne des granivores et des carnivores. « Je plaçai (c’est Gall qui parle) horizontalement sur une table des crânes d’animaux frugivores, et élevant une perpendiculaire du méat auditif, je trouvai qu’il restait tout au plus, derrière cette perpendiculaire, une petite portion des lobes postérieurs et du cervelet; par conséquent, le méat auditif et le rocher des temporaux font, dans ces espèces , la limite du cerveau.

« En faisant la même opération sur des crânes d’animaux carnassiers, je vis que, chez la plupart, la perpendiculaire indiquée rencontre le milieu de la masse encéphalique totale, ou, du moins , laisse encore derrière elle une grande portion de la masse cérébrale. D’ordinaire, la plus grande proéminence du cerveau se trouve, chez les carnassiers, précisément au-dessus du méat auditif, que l’on compare le crâne de la marmotte avec celui de la marte, celui de l’écureuil avec celui de la taupe, etc., etc., en général tous les crânes d’animaux, soit carnassiers, soit omnivores, ainsi que le crâne humain. Je • vis donc qu’il existe chez les carnassiers, au-dessus et derrière le rocher, des parties cérébrales dont les frugivores sont privés. J’ai trouvé cette différence chez les oiseaux , chez les mammifères. Chez tous les oiseaux de proie , cette partie du cerveau et du crâne est bombée ; tandis que dans toutes les autres espèces d’oiseaux, elle est rétrécie, et le cerveau tout entier est placé en avant du conduit auditif (1). »

Avant d’aller plus loin , je crois nécessaire de faire quelques remarques sur les observations anatomiques de Gall touchant le crâne des carnassiers et des frugivores. J’ai déjà prouvé, en décrivant la base des quadrupèdes ( voyez la première partie) , que chez les carnassiers , la ligne perpendiculaire tirée du conduit auditif, ne partage pas le cerveau en deux parties égales : c’est ce que j’ai évidemment démontré en tirant une ligne horizontale d’un conduit auditif à l’autre , sur la base du crâne du chat , pi. Ill bis, fig. 2. Si on mesure la distance qui existe de cette ligne au point où le cerveau commence , c’est-à-dire à celui où se trouve le bulbe olfactif 1 , 1 , 1 , on pourra se convaincre que la plus grande masse cérébrale est en devant, et qu’il n’existe qu’une très-petite portion de l’encéphale en arrière. Il est bon de faire observer ici que ma ligne horizontale est tirée un peu au devant du conduit au • dilif, ce qui devrait cependant laisser encore plus do cerveau derrière elle que si j’avais élevé une perpendiculaire sur ce conduit , ainsi que le propose Gall. L’ebservalion de ce médecin est donc très-inexacte.

Ce que je viens de dire du crâne du chat est applicable à celui de la marte, du renard , du chien , du putois, en un mot , à celui de tous les animaux désignés sous le nom de carnassiers, bien qu’un très-grand nombre d’animaux

( l ) Liv. cit. , psg. 7 4.

TRAITÉ

appartenant â cette classe soient réellement omnivores. J’ai vu des chiens préférer le sucre , le pain et des substances végétales à la viande.

Chez les rongeurs , pi. Ill bis, fig. 1 , la ligne horizontale tirée devant le conduit auditif tombe, entre le cerveau et le cervelet , au point de contact; mais un peu plus en dedans , les lobes la dépassent : c’est ce que l’on voit très-bien en examinant la voûte du crâne du lièvre, fig. 4. Les deux petites dépressions placées derrière la ligne transversale a b , au-devant de la fosse h, h, sont occupées par une portion des hémisphères postérieurs.

Pour bien saisir ce qui se rattache au siège de l’organe du penchant à détruire chez les animaux et chez l’homme , il faut suivre avec soin , sur les planches de mon allas , les observations suivantes :

Si l’on examine la base du crâne du chat , fig. 2 , pi. III bis , on voit , à sa partie moyenne latérale , deux dépressions bien distinctes : l’une interne, oû se voient trois trous placés à la suite les uns des autres , 6 ; l’autre externe, 7, un peu moins étendue que la première et répondant à la surface interne de la portion écailleuse de l’os temporal.

On peut mieux saisir l’étendue de ces deux fosses , en examinant la base de crâne terminée fig. 2 : toute la fosse interne est occupée par la masse cérébrale A A , fig. & , pl. LXXIX. Celte partie est l’organe de la conservation; plus en dehors se voit une autre circonvolution , B, F ; celle-ci occupe toute la fosse externe : les deux tiers postérieurs de celte circonvolution sont, selon moi , l’organe du penchant à détruire , et son tiers antérieur l’organe qui préside au choix des alimens.

La partie de la circonvolution B, F, est généralement très-dèveloppée chez tous les carnassiers qui détruisent beaucoup d’animaux, tels sont le lion, pl. XXIV ; le chat , pl. XXXIII ; le tigre , pl. XLII ; la marte , pl. XXXYI, fig. 4 ; la belette , id. pl., fig. S; le putois , id. pl., fig. 2. C’est cette partie cérébrale qui fait bomber en dehors la portion écailleuse de l’os temporal dans ses deux tiers externes. Ce serait cependant une erreur que de croire , comme le disait Gall, que la région que je viens d’indiquer doit être renflée ou bombée, pour que l’organe ou la circonvolution soit très-développèe. Dan* certaines espèces à circonvolutions très-alongées , tels que le renard , le chien, le loup, la partie cérébrale est très-étendue en longueur. Que l’on jette, par exemple, les yeux sur le crâne du loup, pl. XXXI, fig. 1 , celui du renard, pl. XXXY, fig. 1 , du chien, pl. XL , fig. 1 , et l’on vefra que la portion écailleuse de l’os temporal présente une surface considérable , répondant à celle de la partie cérébrale qu’elle recouvre ; elle s’étend en arrière jusqu’au delà du conduit auditif externe. Toute cette surface peut être divisée en deux régions : l’une placée en arrière de l’apophyse zygomatique, pl. XCIII, fig. 2, C; l’autre en devant, indiquée par la lettre A. La première région est le siège de l’organe du penchant à détruire ; la seconde , celle de l’organe qui préside au choix des alimens. J’ai l’habitude , dans mes leçons, de faire voir cette différence à la surface interne du crâne du loup et de plusieurs es-

pèces do carnassiers. Je vais indiquer le siège de ces deux parlies cérébrales sur la base du crâne du chat. Le nombre 7, pi. Ill lis, fig. 2, indique le centre de l’organe du penchant à détruire : toute la région placée un peu au devant de ce numéro jusqu’à 5 , est occupée par la portion affectée à l’organe de l’alimentation (1).

Chez l’homme , la situation de l’organe de la destruction est absolument la même que chez les animaux que je viens de citer : il occupe les deux tiers postérieurs de la portion écailleuse de l’os temporal. Le crâne de femme représenté pî. XCY , fig. 2 , peut donner une excellente idée de la situation et de la forme de l’organe du penchant à détruire, réuni à un grand développement de celui qui préside au choix des alimens (2).

Ainsi, les deux tiers de la portion écailleuse logent la circonvolution du penchant à détruire , et son tiers antérieur celle de l’organe de l’alimentation. C’est celte dernière partie qui se trouve très-renflée ici, et qui est située derrière l’articulation de l’os sphénoïde avec la portion écailleuse de l’os temporal , que j’ai trouvée très-apparente sur le crâne de beaucoup d’enfans de l’âge de six, neuf, onze et douze ans, notamment chez ceux qui se faisaient remarquer parleur gourmandise.

J’ai dit, en commençant l’histoire du penchant à détruire, que ma manière d’envisager cette faculté différait entièrement de celle de Gall et Spurzheim, puisque je l’admettais chez tous les animaux sans exception. Je dois maintenant faire part à mes lecteurs de mes observations et de mes réflexions sur ce sujet. Après les avoir méditées et comparées avec celles du fondateur de la science, ils verront si elles sont plus exactes que les siennes, plus conformes à ce que la nature nous présente.

La faculté de détruire me paraît avoir été donnée aux animaux vertébrés , ainsi qu’à l’homme , comme une espèce d’auxiliaire propre à servir d’instrument à plusieurs facultés. Le castor, l’écureuil coupent et mettent en pièces des écorces, des feuilles, des branches d’arbres, pour se construire une cabane ou un nid. La marmotte ronge une grande quantité d’herbe pour en fabriquer un lit très-chaud pendant la saison rigoureuse. Beaucoup d’oiseaux , par exemple, ne pourraient se construire un nid, s’ils ne mettaient en pièces diverses substances végétales.

La vie entière des herbivores est employée à couper, diviser, détruire enfin une quantité innombrable de matières végétales. Lorsque Gall et Spurzheim citent, à l’appui de leurs observations , les oiseaux carnivores et les gra-

(1) SI, après avoir scié verticalement le crâne d’un loup , on examine la surface interne de la portion écailleuse de l’os temporal , on verra non-seulement que toute la surface qui répond à la surface interne du rocher est très-excavée , et qu’au point où l’os temporal s’articule avec l'angle externe antérieur du pariétal et la grande aile du sphénoïde , se voit une profonde dépression dirigée obliquement de haut en bas et d'arrière en avant 5 c’est elle qui loge l’organe de l’alimentation, très-développé et très-actif chez le loup.

(2) Cette femme est morte â la suite d’excès de boissons epiritueuses.

TRAITE

nivores , pour donner un exemple do la présence du penchant à détruire dans un cas , et de sa privation dans l’autre , ils commettent une double erreur. Beaucoup de granivores sont très-avides de substances animales (1). Il est bien certain qu’il existe entre les oiseaux qui vivent exclusivement de substances animales, et ceux dont la principale nourriture se compose de végétaux, une différence remarquable de conformation quant à leurs cerveaux, différence que Gall , comme je vais le démontrer, a mal signalée ; mais on ne doit l’attribuer, selon moi, qu’à la différence d’activité du penchant à détruire , et non à celle de sa privation totale. Développons un peu nos idées sur ce point.

La faculté de destruction me paraît avoir pour but, ai-je dit, d’aider l’action de plusieurs facultés. Il en est une surtout, dont elle est le puissant auxiliaire , je Veux dire celle qui préside au choix des alimens. Chez beaucoup d’animaux, tels que les carnivores, il ne suffisait pas que le besoin de se nourrir de telle ou telle substance se fît sentir, il fallait préalablement que celle-ci fut mise à mort et divisée , deux actes qui ne sont que divers degrés de la faculté de destruction. Plus , pour en venir à ce but , les animaux seront obligés d’avoir recours à une action destructive énergique , et plus l’organe qui les porte à cet acte sera développé. Voyons si l’anatomie et la physiologie viennent appuyer mon opinion.

Chez beaucoup de poissons, où le penchant à détruire n’est pas accompagné de grands mouvemens du corps , et surtout de ceux des parties qui servent à la mastication , dont l’action annonce une grande activité de l’organe destructeur, celui-ci présente peu de développement: il n’en est pas de même de ceux qui lacèrent ou déchirent leur proie. C’est ce dont j’ai pu me convaincre en examinant le cerveau d’un requin , que je fis remettre à M. Cuvier en 1829, et qui se trouve maintenant dans la collection du Muséum. J’ai trouvé celte partie assez développée sur le cerveau d’une énorme raie que je disséquai en 1826.

Chez les amphibies carnassiers, tels que les phoques, l’organe de la destruction présente le même caractère que chez les chats.

Dans la grenouille , qui vit d’insectes , de petits vers ou de très-petits mollusques , comme le penchant à détruire ne demande pas une grande action , puisque l’animal ne fait, en quelque sorte, que saisir et avaler sa proie, le cerveau se trouve peu renflé dans la région affectée au penchant à la destruction.

Chez les oiseaux qui vivent principalement de graines, bien qu’avalant parfois des substances animales , la partie du cerveau , siège di#penchant à détruire , est peu saillante. L’animal offre-t-il une action de destruction plus

(l) J’ai vu des poules sc jeter avec avidité sur de la viande, même celle d’un jeune poulet que l’on avait coupé par morceaux. J'ai vu les mêmes oiseaux quitter le grain pour manger des moules qu’on leur avait jetées.

énergique? cette partie augmente en volume, d’une manière sensible , et élargit le crâne dans la région où elle est située ; c’est ce que nous voyons dans les oiseaux de rivage, tels que les cormorans , les mouettes, les stercoraires, les hérons , leis cigognes, etc. Le penchant à détruire devient-il encore plus énergique, c’est-à-dire l’oiseau est-il obligé de tuer sa proie, de la dépecer, de la mettre en lambeaux? cette partie cérébrale se prononce encore davantage.

Il résulte de mes nombreuses recherches chez les oiseaux, que la partie du crâne , placée derrière et au-dessus de l’apophyse de l’os temporal , pl. XCIII, fig. -4 , no S, est le siège de l’organe du penchant à détruire ; sa position est la même chez tous les oiseaux sans exception. Plus ce penchant est prononcé , et plus la région du crâne qui y répond présente de surface ou devient plus renflée. Voici quels sont les oiseaux qui m’ont offert cette région du crâne dans le plus haut degré de développement : l’aigle pêcheur , pl. LIV , fig. & ; la petite chouette, id. pl., fig. A; la cresserelle, id. pl., fig. 5; le grand-duc, pl. LXI, fig. 1 ; la grande chouette des hois, id. pl. , fig. 2 ; la buse , pl. LXXî, fig. 2 ; une très-petite chouette assez commune dans le nord de la France ; id. pl. , fig. h ; la sous-buse , id. pl. , fig. S. C’est le développement considérable du penchant à détruire qui augmente d’une manière sensible la circonférence de la voûte du crâne des oiseaux destructeurs. On peut comparer , à cet égard , la voûte du crâne de la buse , pl. 1 Lis, fig. A, avec celle de la poule,

id. pl. , fig. 9. Tout ce que Gall a dit sur le siège de l’orgaue de destruction chez les oiseaux, est extrêmement vague ou inexact ; il confond avec cet organe celui qui préside au choix desalimens; de laces différences de place suivant les espèces.

Sur la fig. 11 de la pl. LXIV (1) , il indique la région de l’organe qu’il appelle instinct carnassier, exactement sur la partie qui se trouve correspondre à celui de la circonspection ; il prend l’organe de l’alimentation , chez le cormoran, pour celui du penchant à détruire. Comme je perdrais beaucoup de temps s’il me fallait relever toutes les erreurs qui se trouvent dans son ouvrage, je renvoie mes lecteurs à la comparaison de son travail et du mien , mis en regard avec la nature.

Il ne faut pas confondre , en comparant le crâne d’espèces différentes , la région 2 avec celle indiquée par le n° & : la première est celle de l’organe de l’alimentation, et la seconde celle du penchant à détruire. La première est très-dèveloppée chez le cormorau, pl. LV, fig. 5; le corbeau, pl. XLIV , fig. & ; le canard, pl. LI, fig. 3; le goéland, pl. LIX, fig. 6; le stercoraire, id. pl., fig. 2, tous oiseaux qui sc font remarquer par leur voracité.

J’ai dit plus haut , que l’action des organes cérébraux était souvent accompagnée de certains mouYemens, que l’on pourrait appeler l’expression

(l) Voir son Altas.

TRAITÉ

d’action des facultés. Ceux qui accompagnent celle de destruction ont un caractère qui leur est propre. Que l’on donne, par exemple, ainsi que je Fai fait, un morceau de viande à une poule , on verra qu’après l’avoir saisi, elle l’attirera d’avant en arrière , en le traînant à la surface du sol , où elle le becquetera à plusieurs reprises. En faisant la meme expérience sur un goëland > j’ai vu cet animal se jeter sur la viande avec une avidité incroyable : pour peu que le corps fut volumineux, il le serrait fortement entre son bec , et l’agitait, par un mouvement de tête, de droite à gauche. Si, au contraire, je donnais un morceau de chair à une cresserelle , animal essentiellement destructeur , il le plaçait sous ses pattes , le maintenait à l’aide de ses serres, et en saisissant une portion avec son bec , il portait la tête alternativement h droite et à gauche, afin d’en mieux opérer le déchirement; pendant tout ce manège, ses yeux brillaient du plus vif éclat.

Après avoir indiqué le siège de l’organe du penchant à détruire chez les oiseaux , je vais préciser sa place chez les autres animaux.

Chez les rongeurs et les herbivores , cet organe occupe la région écailleuse de l’os temporal ; mais son étendue est bien moins considérable que chez les animaux carnassiers. La différence qui existe à cet égard , peut être bien saisie sur les bases du crâne de deux animaux de l’une et l’autre classe. (Voir la fig. 1 et 2 de lapl. III èis, représentant les bases du crâne d’un lièvre et d’un chat.) Le n» 8, sur la base du lièvre, me paraît être le centre de l’organe du penchant à détruire (1). Chez le chat, le même organe occupe toute ladépression placée devant la ligne transversale A B, fig. 2, et à peu près les deux tiers de celle qui est placée derrière. Je dis à peu près, car son plus ou moins grand développement peut faire qu'il se porte plus ou moins en arrière.

Chez les quadrupèdes omnivores, tels que le blaireau, pl. .■ XVIII, fig. 1 , le hérisson, pl. XXXVII, fig. h , l’organe du penchant à détruire occupe la région du crâne placée au-dessus du conduit auditif. Son étendue , de haut en bas et d’avant en arrière, varie un peu suivant les espèces. Chez les quadrumanes, les deux tiers postérieurs de la portion écailleuse de l’os temporal se trouvent être le siège de l’organe du penchant à détruire : sa situation est absolument la même que chez l’homme. Chez celui-ci , le volume de l’organe peut varier à l’infini , depuis le plus faible degré caractérisé à l’extérieur par un aplatissement de la portion écailleuse de l’os temporal , comme dans le crâne d une momie d’Égypte représenté pl. C , fig. 2, jusqu’au summum de développement , comme sur les deux crânes représentés pi. CXI , fig. 1 , et pl. CIII , fig. 1 .

Il résulte des faits et observations que je viens de faire connaître : 1° que

(l) C’est cet organe qui augmente la largeur du cerveau du lièvre dans cette région. Dans mes eqons, j’ai l’habitude de faire voir , sur un cerveau de lièvre coulé sur nature, et sur les dessins de mon atlas , la région de l’encéphale où siège l’organe en question.

DB PHRÉNOLOGIE

le penchant à détruire est évidemment une faculté fondamentale ; 2° qu’elle a été donnée à tous les vertébrés pour seconder l’action de diverses facultés, mais plus particulièrement celle qui préside au choix des alimens : 3o qu’elle est développée en raison du degré d’action de ce penchant , ce qui rend compte de sou plus grand développement chez les animaux éminemment destructeurs.

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