FACULTÉS INTELLECTUELLES
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ïoute9 les facultés que nous venons d’étudier sont communes à l’homme et aux animaux, et forment le caractère distinctif de certaines espèces , notamment de celles qui occupent les degrés inférieurs de l’échelle animale.
Plus nous avancerons et plus nous verrons les facultés prendre un caractère plus élevé, plus supérieur, plus intellectuel , si je puis m’exprimer ainsi. Ces changemens deviendront faciles à expliquer par ceux qui se remarqueront dans l’organisation. Le lobe antérieur du cerveau , siège de ces facultés, va prendre alors un développement et une ampleur remarquable. Nous verrons que l’homme est de tous les animaux celui que l’auteur de la nature a le plus avantageusement doté sous ce rapport. Lui seul , surtout , possède dans un haut degré de développement la plus précieuse de toutes les facultés intellectuelles , celle qui le porte à remonter aux causes des choses , et à en saisir les rapports.
Les facultés dont je vais parler comprennent trois genres. Le premier renferme celles qui Sont destinées à réagir sur les organes de transmission ou les sens, en nous donnant une idée de l’existence des objets qui nous entourent 9 de leurs qualités , de leur nombre , leur action , leur ordre , leur distance , etc. Le deuxième genre renferme une faculté commune à l’homme et aux animaux, et deux autres, seulement propres à quelques espèces.
Vient enfin le troisième genre comprenant les facultés rèfleclives, c’est-àdire , celles qui réagissent sur les sensations produites par les facultés des deux genres prècèdens.
Si-
Organe de la perception ou de la conscience des objets.
Toutes les facultés contenues dans les genres du troisième ordre , ont leurs organes logés sous l’os frontal ; c’est donc sur cette région que nous devons fixer particulièrement notre attention. Tout ce que Gall a dit sur les facultés
TRAITÉ
appelées perceptives par les ^métaphysiciens , me paraît souvent très- vague, et ses applications aux (ôtes des animaux, comme je le démontrerai , on ne peut plus inexactes. Je me verrai donc forcé de l’abandonner entièrement quand il sera question d’appliquer la phrénologie aux vertébrés, citant seulement de son ouvrage les faits principaux qui pourront, par leur comparaison avec mes recherches, faire ressortir les erreurs échappées à cet homme célèbre. Cette manière de procéder, tout en satisfaisant au désir des personnes qui s’intéressent aux progrès de la science , fera mieux connaître combien est grande l’imperfection des travaux de Gall sur plusieurs points essentiels de la physiologie du cerveau.
Les expressions, mémoire des choses, mémoire des faits , sens des choses , èducabilité, perfectibilité, employées par Gall pour désigner la faculté que je traite dans ce paragraphe, me paraissent extrêmement vagues ou incorrectes. De quels faits, de quelles choses Gall veut-il parler? Les mots éducabililé, perfectibilité, ne sont-ils pas aussi applicables à toutes les facultés? Toutes ne sont-elles pas effectivement capables d’éducation , de perfectionnement? Ce langage est si vicieux qu’il met très-souvent Gall en contradiction avec lui-même. Parmi les nombreux faits que je pourrais citer, je n’en rapporterai qu’un seul , afin de démontrer que cet auteur emploie quelquefois l’expression éducabilité dans un sens tout à fait différent. Un renard , dit-il , pag. §93 , vol. 4 , édit; in-8° , qui a été pris au piège, et qui, pour s’en délivrer , s’est vu forcé de se couper le pied , évite pendant des années entières très-constamment tous les pièges. Le renard a donc la mémoire des faits ou des choses? et à la page 401 , id. vol. , il donne le crâne de cet animal comme modèle du défaut d’èducabilitè. A la page 400, Gall avait dit que la région antérieure inférieure du cerveau, étant occupée par plusieurs organes, à commencer de la ligne médiane jusqu’à la partie temporale , ne pouvait être prise en considération pour mesurer le degré de perfectibilité. Les seules circonvolutions placées vers la ligne médiane, et séparées seulement par l’interposition de la faux , sont affectées , dit-il , à cette fonction. Ainsi , ce n’est que la partie correspondante du crâne ou de la tête qui doit fixer notre attention. On voit que Gall n’indique ici qu’une assez petite portion du cerveau. Arrivons-nous ensuite à l’application pag. 402 , alors il parle de tout le front pour indiquer une seule faculté, l’éducabilité. Voici ses expressions : le front est bien plus élevé dans la tête du barbet, éminemment éducable comparativement à la loutre, au renard et au blaireau. Ainsi , dans le front de ces animaux se trouvent une dizaine d’organes que Gall confond avec une seule faculté, la mémoire des choses. Si nous examinons ensuite ses dessins , où se trouve la place de l’organe de la mémoire des choses, quel est le siège des organes qui l’avoisinent , quels sont ceux qui occupent la région frontale , nous ne trouvons rien , absolument aucune indication : ce sont seulement de simples esquisses de crâne, dont la vue est plutôt propre à induire en erreur qu’à servir à l’instruction.
L’aplatissement du front chez le renard , la marte et la loutre, n’est pas seulement le résultat du faible développement d un organe, mais de plusieurs, dont Gall n’a jamais précisé le siège convenablement dans ses ouvrages. Avant d’indiquer la place de l’organe que je considère comme le siège de la faculté qui donne une connaissance de la substance ou des corps , je crois nécessaire d’entrer dans quelques détails, propres à donner une idée de cette faculté.
Je suppose pour un instant que les regards de plusieurs personnes se portent sur un objet quelconque, toutes, après l’avoir vu, se le rappelleront bien comme objet, comme substance ou corps ; mais plusieurs de ses qualités n’auront pas été perçues avec la même justesse par ces personnes : toutes diront bien, sans que l’objet soit présent, c’était un cheval, une maison, une fleur, etc. ; mais toutes ne s’accorderont plus quand il sera question de la forme, du volume, de la couleur de ce corps. Ainsi, pour avoir une idée complète d’un objet, il ne suffit pas de le voir, car , s’il en était ainsi, avec une vue trèsdistincte on arriverait à ce résultat. Je vais choisir un exemple qui rendra mon observation plus frappante. Que deux dessinateurs, également habiles, aient à faire le portrait d’une personne. Envisagés sous le rapport de l’exècucution , les deux portraits pourront être excellens ; mais , ainsi que cela se voit tous les jours, l’un sera beaucoup plus petit que nature , l’autre plus grand , ou dans une proportion qui tiendra le milieu : l’un pourra être très-ressemblant , l’autre très-peu ou pas du tout : celui-ci pourra briller par la richesse du coloris , celui-là en mauquer complètement. Ainsi , voilà deux personnes qui prennent connaissance d’un même objet, mais dont elles rendent diversement les caractères. Si l’idée de l’objet était toujours accompagnée de celles des propriétés qu’il possède , la reproduction des deux peintres aurait du être la même. On peut donc avoir la conscience d’un objet sans avoir une idée exacte de ses formes; d’où nous devons naturellement conclure que , dans ce cas , deux facultés distinctes sont mises en jeu.
Spurzheim donne à la première faculté le nom d’individualité : au lieu d’en placer le siège dans la région indiquée par Gall, il le met au-dessous, et considère la place indiquée par Gall, comme le siège d’un autre organe dont je parlerai plus lard.
Il est réellement remarquable qu’après avoir indiqué sur le cerveau , une circonvolution affectée à ce que Gall appelle éducabilitê, il engage son lecteur à comparer des têtes d’imbéciles avec celles d’hommes très-intelligens.
Ce mode de comparaison est on ne peut plus vicieux ; car dans le crâne des imbéciles qu’il a fait représenter, ce n’est pas seulement la partie qui correspond à la place qu’il indique , qui se trouve peu développée , mais encore toute la région frontale , où se trouve un assez grand nombre d’organes. Ses comparaisons de crânes d’animaux sont encore plus défectueuses.
La mémoire des substances ou des objets existe chez l’homme et chez tous les animaux vertébrés. En rappelant à leur esprit les principales circonstances qui les entourent, elle devient pour eux un guide excellent dans leurs besoins
TRAITÉ
et dans les choses qu’ils ont à éviter» La mémoire des objets et des lieux était très-faible chez le philosophe Montaigne ; « Il n’est homtne à qui siese si mal de se mesler de parler de mémoire ; car ie n’en recognôis quasy trace en moy : et ne pense qu’il y en ayt au monde une autre si merveilleuse en défaillance. Il dit que les livres et les lieux qu’il revoyait, lui riaient toujours d’uue fraîche nouvellelè » (1). La partie cérébrale, siège de celte faculté, est celle qui se trouve placée chez les animaux à la partie la plus antérieure et interne des hémisphères cérébraux 1 , 1 * figt 6, pl. LXXV. Elle se prolonge seulement jusqu’au deux 1 , 1 placés les plus en arrière. On voit que celte partie cérébrale est assez développée sur le cerveau de cet animal (le chien).
Je ne pense pas avec Gall que l’éducabilitè chez les animaux soit le résultat d’une seule faculté; mais qu’elle dépend de plusieurs, que la mémoire des objets peut aider puissamment. Ainsi , si chez les chiens, l’éléphant, l’orangoutang, les chevaux, on trouve une plus grande éducabrlité, c’est qu’à une mémoire des objets extrêmement heureuse, ces animaux joignent d’autres facultés perceptives , et même rèflectives très-remarquables.
Ce que je viens de dire du siège de l’organe de la perception des objets , peut aisément faire saisir son développement à l’extérieur du crâne. Le n° 14 delà fig. 4, pl. XCIII; le même n° fig. 2, id. pl., indique le siège de cet organe chez les oiseaux et les quadrupèdes; l’étendue n’eu peut être bien appréciée qu’à l’aide d’une coupe verticale pratiquée sur le crâné. Que l’on jette maintenant les yeux sur les coupes verticales de crânes d’oiseaux représentées pl. II et II bis , et l’on pourra avoir une juste idée de l’étendue de cet organe chez diverses espèces. Quelle différence par exemple, n’exi9te-t-il pas à cet égard entre le crâne du perroquet , pl. II , fig. 1 , et celui de la poule, id. pL , fig. 4; du dinde * id. pl. , fig, 2 , et celui delà corneille mantelée, id. pl. , fig. 5?
L’épaisseur du diploé chez certaines espèces d’oiseaux , telle est l’effraie , pl. II bis , fig. 5 , et la présence des sinus frontaux chez plusieurs quadrupèdes , peuvent devenir un obstacle à saisir le développement de l’organe en question à l’extérieur. Chez le chat adulte, par exemple, et chez la grosse espèce de chiens , il serait impossible d’apprécier extérieurement le développement de cet organe» C’est ce dont on peut se convaincre en jellant les yeux sur la fig. 1 de la pl. IY représentant la coupe verticale du crâne du chat, et la tig. lde la pl. IX représentant la coupe verticale d’un crâne de chien pourvu de sinus frontaux. On voit qu’il existe ici un écartement considérable entre les deux tables ; tandis que dans le crâne d’un chien appartenant à une petite espèce, id. pl. , fig. 2, il n’y a aucune trace de sinus frontaux , et le parallèlisme le plus parfait existe entre les deux tables. La partie cérébrale placée derrière les os du nez est celle qui se trouve être le siège de l’organe de la perception des objets.
(l) Essais, liv. 1, cliap. IX.
DE riïRÉNOLOGIE.
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Chez l’homme et les quadrumanes, le siège est absolument le même. (Voir la pl. XCI , fig, 2 , n° 14. )
§ II
Organe de la configuration.
Gai! avait appelé cet organe le sen9 des personnes. Son disciple Spurzheim a proposé le mot configuration , expression infiniment préférable , car elle s’applique à tous les objets qui peuvent frapperles regards de l’homme et des animaux. C’est cette faeulté qui donne à ceux qui la possèdent dans un assez haut degré la possibilité de se rappeler facilement la forme des objets , et conséquemment les traits des personnes. Gall l’avait dans un très-faible degré. On la rencontre souvent à un degré surprenant chez les animaux. Elle est très-prononcée chez les chevaux, les chiens, les moutons, les oies, les perroquets et les corbeaux.
Une personne digne de foi m’a raconté qu’un ancien émigré , qui avait séjourné plusieurs années eu Angleterre , manqua d’être renversé dans une rue de Paris, par une charette que conduisait un cheval ; cet animal arrivé près de cette personne s’arrête tout court , et agite la tête et la queue en signe de joie. Que l’on juge de la surprise de cet homme en reconnaissant un cheval qu’il avait eu plusieurs années dans ses écuries.
Une personne de Saint-Germain vint un jour à Paris avec un chien qui le suivait partout. Dans une des rues les plus fréquentées , le chien s’arrête près
d’une voilure traînée par un âne , saute à la tête de cet animal, et fait mille cabrioles. Cet âne était un ancien ami avec lequel il avait vécu pendant trois ans.
Il n’est pas rare de voir dans les lieux où l’on élève les oies, plusieurs troupes de ces oiseaux se mêler ensemble lorsqu’ils vont paitre, et se réunir ensuite par bandes pour retourner à la ferme.
Comment expliquer un pareil phénomène , si l’on n’admet pas chez ces animaux une grande facilité à se rappeler la forme des individus?
Les personnes qui ont la faculté de se rappeler aisément les traits des autres, sont remarquables par un mode d’organisation particulier : il consiste dans un abaissement du globe de l’œil vers son angle interne ; il en résulte qu’au lieu d’être placé horizontalement dans l’orbite , le globe oculaire s’y présente obliquement. La fig. 2 de la pl. XCIII bis, peut donner une excellente idée de la manière dont l’œil se présente à l’extérieur. On concevra facilement cette disposition , lorsqu’on saura que la partie cérébrale qui est le siège du sens de configuration, repose sur le plancher orbitaire et vers l’angle interne de l’œil; il en résulte que si cette partie est très-développée , la portion de l’orbite qui y correspond se trouvera abaissée , et forcera , conséquemment la portion du globe de l’œil qui y répond à se diriger vers la joue.
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On conçoifparfailement comment la faculté de la configuration devient indispensable au peintre de portraits : son faible degré fait aisément concevoir aussi comment avec de grands talensen peinture une personne n’allrappe pas la ressemblance, et vice versa : le sens delà configuration est généralement assez prononcé chez les Français.
Gall n’a point fait de recherche sur le siège de l’organe de la configuration chez les animaux. Je crois l’avoir trouvé en comparant le cerveau de deux chiens de même âge et de même espèce. L’un était si bien organisé sous ce rapport, qu’il reconnut, après plus de 16 mois d’absence, la personne qui l’avait donné, bien qu’il fût cependant extrêmement jeune. A peine l’eul-il aperçue qu’il l’accabla de caresses , et pensa mourir de suffocation à la suite des sauts et des gambades auxquels il s’abandonna.
La circonvolution marquée q sur le cerveau du chat, pl. LXXIX, fig. 3, qui est celle que je crois affectée au sens de configuration , était bien plus développée chez le chien qui reconnaissait facilement les personnes, que sur le cerveau de l’autre. Cette circonvolution occupe, chez le chien, la surface placée sur les parties latérales et supérieures des dépressions logeant les bulbes olfactifs. Son développement s’apprécie sur le crâne, par l’intervalle qui existe entre les deux lames osseuses qui encaissent la lame criblée de l’elhmoïde. (Voir la base du crâne représenté pl. III bis, fig. 2.) Plus cette ouverture est grande et plus l’organe se trouve développé.
Je crois que le renflement placé sur les parties antérieures et internes des hémisphères cérébraux chez l’oie domestique , pl. LXXYIII , fig. 5 , n° 3 , est la partie affectée au sens de la configuration. Ici je suis seulemen t dirigé par l’analogie de situation des organes, n’ayant pu encore me procurer des oiseaux appartenant à celle espèce, .et possédant la faculté de configuration dans deux degrés assez tranchés pour servir d’objet de comparaison.
Le point du crâne qui me paraît être le siège de l’organe de la configuration chez les oiseaux, est indiqué par le n° 15 sur la base du crâne du corbeau, pl. XCIII,fig. 5. Les oiseaux qui m’ont présenté la partie cérébrale qui répond à cette région dans le plus haut degré de développement, sont toute la famille des oies, des canards et des corbeaux.
S III
Organe tie l’étendue.
Spurzheim est le premier qui ail parlé de cette faculté, que l’on doit admettre en théorie, et probablement en pratique. Il est certain que l’on peut avoir une idée de la forme d’un objet , sans voir celle de ses vraies dimensions. Plusieurs observations que j’ai faites sur des dessinateurs , m’ont paru confirmer celles de Spurzheim, en pratique et en théorie. Je connais plusieurs peintres qui dessinent parfaitement, qui font même très-ressemblant, mais qui
DE PnRÉNOLOGIE.
donnent constamment à l’objet qu’ils dessinent ou trop , ou trop peu d’étendue, d’autres, au contraire, bien que très- médiocres , rendent exactement l’étendue d’un objet.
Voici le moyen auquel j’ai eu recours pour apprécier le développement de celte faculté. J’ai donné à plusieurs dessinateurs le même sujet à représenter. J’avais choisi avec intention un dessin, afin de mesurer facilement les distances après l’exécution. Les dessinateurs étaient tous à la même distance : celui qui fit le dessin dans la proportion la plus voisine du modèle, avait évidemment la région indiquée par Spurzheim , c’est-à-dire la partie interne et supérieure du grand angle de l’œil, pl. XCI, fig. 2 , n° 16 , plus saillante que les autres. Chez la personne qui avait le moins bien réussi , la même région était évidemment moins saillante.
Je n’ai jusqu’à ce jour trouvé aucune occasion de faire des remarques chez les animaux , pour ou contre les faits reconnus chez l’homme par Spurzheim.