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FACULTÉS INTELLECTUELLES

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Ile Genre .

Talent de construction.

Encore une faculté qui prouve jusqu’à la dernière évidence , que les sens ne sont que des instrumens mis en œuvre par le cerveau. Que de belles phrases , que de belles théories n’a-t-on pas faites pour démontrer que , sans l’organisation de sa main, l’homme n’eût été qu’au niveau des quadrupèdes ? Il fallait vraiment que le philosophe Helvétius fut aveugle , quand il soutînt une pareille opinion, car la vue seule suffisait pour en démontrer toute l’absurdité. Il appartenait à celui qui soutenait que tous les hommes naissent égaux en intelligence, d’avancer de pareilles assertions; et ce sont d’aussi bons observateurs qui se sont cru appelés à donner des règles pour l’éducation de l’homme. On sourit de pitié en voyant que des philosophes complètement étrangers à la constitution de l’homme et à l’histoire de ses facultés intellectuelles et morales, se soient arrogés le droit dele diriger, semblables en cela à des gens qui, ignorant la navigation; auraient la prétention de commander un vaisseau. Quelle absurdité !

On se demande encore comment des naturalistes, familiarisés avec les mœurs et l’organisation des animaux, ont pu soutenir que leur talent de construction était en rapport avec l’instrument qu’ils employaient ; tandis qu’il est bien démontré , au contraire , qu’avec des variétés innombrables dans la forme du bec chez les oiseaux, des conformations différentes ou semblables dans les pattes des quadrupèdes , on peut rencontrer ou non un talent remarquable pour construire. Celui-là serait bien habile qui parla seule inspection des becs ou des pattes, serait en état d’apprécier l’aptitude à construire!

La main, chez l’homme, le bec et les pattes , chez les oiseaux et les quadrupèdes, sont si bien des instrumens mis en œuvre par l’intelligence , que l’on rencontre tous les jours des hommes pourvus de mains grossièrement faites, et qui exécutent des ouvrages d’un travail admirable pour le fini et

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l’exactitude. Comment se que Ton soit encore à trouver une femme qui puisse rivaliser avec les plus grands peintres de l’antiquité ou des temps modernes? Cependant la main de la femme présente généralement une organisation plus délicate, et conséquemment plus capable de donner, selon les partisans des sens , plus de finesse et plus d’étendue à l’intelligence.

La penduline, espèce de mésange, présente un bec qui diffère peu, pour la forme , de celui de la fauvette des roseaux ; la première , cependant , fait un nid d’une structure admirable , tandis que l’autre se contente de quelques brins d’herbe sèche placés circulairement et sans art.

Comme toutes les facultés, celle de construire est innée, et dépend d’une organisation spéciale , que des circonstances heureuses et le temps pourront perfectionner, mais ne donneront jamais. Toutes les fois que cette faculté se rencontrera dans un très-faible degré chez un individu, il ne sera pas plus facile d’en faire un mécanicien , que d’apprendre la musique à celui qui ne sera pas sensible à l’harmonie.

Comme l’existence de cette faculté et le siège de son organe peuvent être constatés journellement, je m’abstiendrai de faire connaître les faits nombreux qui viendraient démontrer que le talent pour la construction est une faculté fondamentale.

Avant d’en venir au siège de l’organe de construction chez l’homme et les animaux, il ne sera pas indifférent de savoir si cette faculté constitue à elle seule le talent de construire, ou si elle peut être aidée par plusieurs autres ou en demande le secours, pour constituer le talent dit de mécanique ou de construction . Nous verrons que la phrénologie comparée pourra nous éclairer dans cette question , comme elle l’a fait avec tant d’avantages pour celles que nous avons déjà traitées.

Si nous étudions cette faculté chez les oiseaux et les quadrupèdes , nous verrons que le talent de construire peut se rencontrer avec des facultés intellectuelles excessivement limitées, ou presque nulles. L’oiseau qui construit le mieux son nid , n’est pas toujours celui qui brille le plus par son intelligence. Le chien qui ne construit pas de galeries souterraines comme le renard ou le blaireau, est cependant, de beaucoup supérieur à ceux-ci, qui ne sont pas capables de recevoir d’éducation. Le singe que l’on peut apprivoiser , à qui l’on peut même apprendre beaucoup de choses , n’égalera jamais l’écureuil dans la manière de construire un nid (1).

La faculté de construire , bien qu’appartenant à la catégorie des facultés

(1) Le domicile des écureuils , dit Buffon , est propre , chaud , impénétrable à la pluie , c’est ordinairement sur l’enfourchure d’un arbre qu’ils l’établissent. Ils commencent par y porter des bûchettes qu’ils mêlent, qu’ils entrelacent avec de la mousse j ils la serrent 5 ils la foulent et donnent assez de capacité et de solidité à leur ouvrage, pour y être à l’aise et en sûreté avec leurs petits ; il n’y a qu’une ouverture vers le haut , juste , étroite , et qui leur suffit à peine pour passer ; au-dessus de l’ouverture est une espèce de couvert en cône, qui met le tout à l'abri, et fait que la pluie s'écoule par les côtés, et ne pénètre pas.

intellectuelles , n’exige pas , pour sa manifestation , des facultés rétleclives supérieures. Je prouverai cependant, quand il sera question de la combinaison des facultés , que le talent du mécanicien ne se borne pas à l’emploi de la faculté de construire , et que le secours de certaines facultés perceptives devient indispensable.

Il n’est pas rare de rencontrer dans l’espèce humaine des personnes qui sont douées du talent de construction à un degré remarquable, et qui , sous tous les autres rapports , sont d’une grande faiblesse d’esprit. J’ai déjà eu occasion d’observer plusieurs personnes ainsi organisées, et j’ai pu me convaincre qu’elles n’étaient réellement , hors leur talent mécanique , que de vraies machines. Je me rappellerai toujours l’histoire d’un jeune homme que j’ai connu , qui réussissait dans tout ce qui demandait une grande adresse des mains. Sans avoir jamais manié le scalpel , il disséquait admirablement bien. Il faisait avec de la terre ou des morceaux de bois blanc , de petites figures d’hommes assez régulières. Il eût surtout excellé dans l’art de faire des jouets d’enfans. Bien que rien n’eût été négligé pour son éducation , il était d’une nullité à peu près absolue : jamais il n’a pu jeter sur le papier quatre phrases bien liées entre elles; jamais il n’a pu saisir les rapports des faits et des choses pour en déduire des conséquences. Des hommes ainsi organisés ne sont que des êtres machines que des personnes supérieures pourront mettre en œuvre en les plaçant dans la sphère qui leur convient.

Gall , après avoir observé les têtes d’un grand nombre de mécaniciens célèbres, vit qu’elles présentaient toutes un caractère commun, bien que trèsdifférentes sous tous les autres rapports : il consistait dans un élargissement ou un renflement arrondi de la région des tempes , placé quelquefois derrière l’œil , d’autres fois un peu au-dessus.

Des expériences multipliées ont constaté la vérité des remarques faites par Gall. Je ferai seulement observer qu’il me paraît avoir confondu dans un seul organe deux parties tout-à-fait distinctes ; l’une placée à la partie supérieure de la tempe, que Gall a considérée comme l’organe de construction , tandis que mes observations sur plusieurs personnes me portent à croire qu’elle ne constitue que le sens du beau dans les arts, et qu’on peut la posséder sans avoir une grande adresse manuelle ; et je considère comme sens de construction la portion cérébrale située plus bas. J’ai indiqué sur la fig. 2 de la pl. XCI et par le n° -42 , le siège de la première faculté , et par le n° 27 id. fig. , celui de l’organe du talent manuel.

Chez toutes les personnes qui excellent dans les arts qui demandent une certaine adresse des mains , on trouve la région marquée 27 , fig. 2 , pl. XCI, très-dèveloppèe : elle est très-apparente sur un plâtre que l’on conserve à Rome, et que j’ai fait représenter pl. CVIII, fig. 2. L’académie de Sl-Luc

croyait qu’il avait appartenu à Raphaël (1).

(l) L’année dernière le tombeau de ce peintre célèbre a été ouvert par ordre du Saint-rère : le

TRAITÉ

Quelle différence dans la région que je viens d’indiquer , et la même région sur un crâne d’habitant de la nouvelle Guinée , id. pl. , fig. 1. La fig. 2 de la pl. CXX représente le même crâne vu de profil; on distingue mieux encore dans cette position l’aplatissement de la région indiquée.

En jetant les yeux sur les crânes représentés pl. CXV , fig. 2 , et pl. CIX , on pourra avoir une idée du développement de l’organe de construction à un certain degré dans la première figure , et de son peu de saillie dans la seconde.

Le crâne représenté fig. 2 , pl. CXV , est celui d’un chef de la nouvelle Zélande. Sur plusieurs crânes ayant appartenu aux habitans de cette île, et que j’ai eu occasion d’observer, j’ai constamment trouvé l’organe de construction assez développé ; il n’est donc pas surprenant que les instrumens de guerre, les pirogues et les cercueils de ces insulaires, se fassent remarquer par leur fini , et même une certaine élégance. Les Nouveaux Hollandais , au contraire , ont le talent de construction si peu développé , qu’ils ne sont pas encore parvenus à se construire des cabanes pour s’abriter , et des vases propres à contenir de l’eau ou les objets de première nécessité.

Leur défaut d’industrie les a privés, jusqu’à ce jour, de l’emploi de vêtemens qui pussent les garantir de l’inclémence du climat. La fig. 2 de la pl. CXIX représente le crâne d’un habitant de la Nouvelle-Hollande. On voit qu’il existe entre lui et celui du Zélandais , une différence de conformation très-remarquable dans la région de l’organe de construction. On ne peut avoir une juste idée de l’organe de construction chez les quadrupèdes , qu’après avoir comparé les crânes de deux animaux de la même classe ou du même genre , l’un possédant la faculté de construire dans un degré assez prononcé , et l’autre en étant tout à fait dépourvu. Chez le renard , pl. XXXV, fig. 1 , l’organe de construction est situé au-devant de l’angle antérieur du pariétal , où il forme un renflement facile à distinguer : en se confondant avec l’organe des lieux, il donne lieu à une masse qui contribue à élargir la partie latérale externe du frontal. Dans le blaireau, pl. XXVIII, fig. 1 , l’organe se trouve plus en arrière ; il renfle l’angle antérieur du pariétal et une petite portion de l’os frontal : cette différence de situation est facile à concevoir; elle tient au défaut de sinus frontaux chez le premier animal (voir la coupe de son crâne , pl. VI , fig. 1) (1) ; taudis que chez le second ils sont assez étendus : ce sont

squelette a été retrouvé intact, te crâne que j’ai fait représenter , et que l’on avait jusqu’à ce jour considéré comme celui de Raphaël , est donc celui d’une autre personne. Quoi qu’il en soil, il est si remarquable par le grand développement du sens de construction , qu’il n’est pas surprenant que Gall, en le voyant, ait dit qu’il n’avait jamais rencontré un plus beau développement de la région affectée à 1 organe de cette faculté. Le sens du beau dans les arts est aussi très-prononcé sur ce crâne.

(I) J’ai quelquefois trouvé, chez de très-vieux renards, une légère excavation entre les deux lames du frontal ; mais elle était trop peu considérable pour être considérée comme vrai sinus, et ne devenait , en aucune manière un obstacle à saisir le développement des parties cérébrales placées au-dessous de ccl os,

eux qui forment celte masse placée au-dessus des os du nez et s’étendant jusqu’à plus d’uu pouce en arrière.

Je ne crois pas avec Gall que le chien soit complètement dépourvu du penchant à construire , bien qu’il ne le possède que dans un très-faible degré : je crois que c’est cet organe qui porte cet animal à gratter quelquefois la terre à la manière des lapins : j’ai vu plusieurs fois des chiens s’amuser à faire des espèces de creux dans la terre , et à s’y coucher. Peut-être est-ce la même faculté , réunie au sens de l’alimentation , qui pousse l’hyène à gratter la terre des tombeaux pour en dévorer les cadavres. Si l’organe de l’alimentation était seul en jeu dans cette conduite , pourquoi d’autres animaux pressés par la faim , tels que le tigre et le lion , n’auraient-ils pas recours au même procédé?

Chez les rongeurs , l’organe du penchant à construire est facile à reconnaître , lorsque l’animal le possède dans un haut degré : c’est lui qui élargit l’angle antérieur et inférieur du pariétal et la portion de l’os frontal qui s’articule avec cet angle.

Je retrouve encore dans l’ouvrage de Gall , pour le siège de l’organe de construction chez les animaux, le même vague et la même inexactitude que j’ai déjà signalés pour plusieurs organes.

Chez le hamster, dit cet auteur, la marmotte et le castor, l’organe des constructions est très-facile à reconnaître ; aussi les crânes de ces trois animaux se ressemblent-ils beaucoup dans la région où cet organe est placé. En général , il faut le chercher , chez tous les rongeurs , immédiatement au-dessus et en avant de la base de l’arcade zygomatique. Mais ce qui se trouve au-devant de cette apophyse (voir le crâne de l’écureuil , pi. XXXVII , fig. 1, c’est l’os temporal , et ce n’est pas là que se trouve l’organe de construction , mais celui qui préside au choix des alimens ou à la destruction : le point indiqué par Gall est donc inexact.

Il existe dans la conformation du crâne des rongeurs, des variétés d’organisation assez remarquables , dont Gall n’a malheureusement tenu aucun compte : c’est là ce qui explique les erreurs graves qu’il commet dans ses applications. Afin de mettre facilement sur la voie les personnes qui voudraient appliquer la phrénologie aux crânes des vertébrés , je vais faire connaître quelques dispositions du crâne chez les rongeurs.

Si l’on compare l’étendue de l’angle anléiieur du pariétal, là où il s’articule avec l’os frontal , on trouvera que chez plusieurs rongeurs qui construisent très-bien , tels sont le castor (1), pl. XLI , fig. 1 ; la marmotte, id. pl. , fig. 2; l’écureuil, pl. XXXVII, fig. 1 ; il existe plus de largeur dans celle région du crâne que chez ceux qui ne contruisent pas. On peut comparer à cet égard le crâne de l’écureuil , pl. XXXVII, fig. 1 , avec celui du cochon cabiais, id. pl. , fig. 3.

(1) Je crois qu’il y a beaucoup d’exagération dans tout ce que l’on a dit sur le talent deconstruction des castors.

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Chez le hamster, pl. XLI, fig. 3 (1), il existe dans la région qne je viens d’indiquer une saillie assez prononcée , mais je crois que , chez cet animal , deux organes contribuent à la former ; et puis il existe chez le hamster une disposition particulière de l’os temporal que Gall ignorait complètement , et que je vais faire connaître.

J’ai dit tout à l’heure que le temporal des rongeurs était loin de présenter la même disposition ; c’est ce que nous allons surtout trouver dans la portion écailleuse de l’os temporal. Chez les hamster et les rats , cette partie se prolonge plus en devant que chez l’écureuil ; c’est elle qui , en se réunissant au frontal , donne lieu à une saillie inégale placée sur les parties latérales antérieures du crâne; cette portion contribue donc pour quelque chose à recouvrir l’organe de construction chez le hamster. Dans les rats ordinaires, pl. XXXVII, fig. 2, cette région est bien moins saillante que chez le hamster. Je crois cependant que les rats ne sont pas dépourvus de cette faculté ; je crois que c’est elle qui les excite à gratter avec leurs pattes les corps qui présentent peu de résistance , tels que la terre , de vieux plâtras : c’est elle aussi qui porte la femelle de ces animaux à former une espèce de nid sur lequel elle dépose ses petits.

Il est extrêmement facile de juger de la différence, qu’apportent sur le crâne et dans le point que je viens d’indiquer, l’absence ou le développement assez remarquable de l’organe de construction chez deux animaux dont le crâne offre à peu près le même volume , et qui sont du même genre , le campagnol, par exemple, fig. 9 et 10 , pl. XXIX, et la souris, irf.pl. , fig. 11 et 12.

Gall n’a rien dit sur le siège de l’organe de la construction chez les oiseaux. Après l’avoir indiqué, comme je viens de le démontrer, d’une manière extrêmement vague chez les quadrupèdes , il ajoute : l’on trouve la même différence entre les crânes des oiseaux qui construisent des nids et de ceux qui n’en font pas. Sans doute qu’il doit exister une différence entre eux ; mais en quoi consiste-t-elle? Voilà ce que Gall ne nous apprend pas. Il n’a donné dans son atlas aucun exemple qui pût servira faire distinguer l’oiseau qui construit de celui qui ne possède pas ce talent.

On ne peut arriver à bien préciser le siège de l’organe de construction chez les oiseaux , qu’après avoir comparé un grand nombre de crânes ayant appartenu à diverses classes , ordres, genres et espèces. On doit toujours commencer par des crânes d’oiseaux de même genre et d’espèce différente , l’un possédant le talent de construire dans un degré assez prononcé , et l’autre trèspeu ou pas du tout.

Je vais indiquer le nom et la figure du crâne de plusieurs espèces , dans

(l) Le hamster est un rat très-commun en Allemagne , en Russie et en Pologne , ayant l’habitude de se creuser des galeries et de faire des provisions. On trouve ordinairement jusqu'à deux boisseaux de grains dans le terrier d’un seul hamster ; leurs dégâts sont si considérables, que leur tête est à prix dans quelques contrées de l’Allemagne. 11 est très-difficile de découvrir leurs provisions , car, ils prennent la précaution de recouvrir leurs galeries avec de la terre.

DB PHRÉNOLOGIE

zm

l’ordre qui m’a paru le plus avantageux pour faire connaître aux phrénologistes le siège de l’organe de construction chez les oiseaux.

oiseaux qui ne construisent pas ou qui construisent mal.

le dinde, pl. M, flg. 5.

le coq, pl. LV1J1 , flg. 5.

l’oie , pl. LL , flg. 2.

le martin pécheur, pl. LXVl, flg. 2.

oiseaux qui construisent très-bien

le loriot , pl. LX1I, flg. 5.

l’hirondelle de fenêtre, pl. XL VU, flg. le chardonneret , pl. LXV, flg. 4.

les mésanges, pl. XLVI, flg. 1 et 6 .

Comparés entre eux dans la région marquée 27 , pl. XCIII , fig. 4, c’est-àdire derrière l’orbite et sur les parties latérales , on trouvera uue différence frappante de développement entre les crânes des espèces qui appartiennent à la section des oiseaux qui ne construisent pas ou qui construisent mal , et ceux qui appartiennent à l’autre section.

Que l’on compare , par exemple, le crâne d’un coq , pl. LVI1I , fig. 5, avec celui du pigeon ramier , pl. LXLII , fig. 2 , et l’on verra que chez le premier la région que je viens d’indiquer est peu saillante , tandis qu’elle est bien renflée dans le second. On peut encore comparer , ainsi que jo le fais dans mes leçons, le crâne du pigeon domestique avec celui du ramier. En plaçant ces deux crânes l’un près de l’autre et de profil* une différence assez marquée se laisse apercevoir entre eux : la région indiquée est évidemment plus saillante chez le pigeon ramier.

Chez certains oiseaux* l’organe de la construction se confond avec celui qui préside au choix des alimens : je donnerai comme exemple de ce mode de conformation le héron bleu , pl. LY, fig. 2 , et la cigogne , pl. XLY, fig. S; c’est la réunion de ces deux parties cérébrales qui donne lieu à ce renflement placé derrière l’orbite , que Gall confondait mal à propos avec ce qu’il appelle l’organe de l’instinct carnassier. Mon observation est si vraie , que chez le goéland, pl. L1X , fig. 6 , l’hirondelle de mer , pl. LXIV , fig. 4 , qui se nourrissent de chair, mais ne construisent pas, celte région est peu saillante.

Il m’a toujours été facile , dans mes nombreuses dissections d’encéphales d’oiseaux, de distinguera la simple vue ceux qui appartenaient ou non à des oiseaux conslructeurs. Que l’on compare , par exemple, le cerveau du héron bleu, pl. LXX, fig. 1 , avec celui de l’oie domestique, id. pl., fig. 2 , celui de l’hirondelle et du coucou, pl. LXXIII, fig. 6 et 9, du corbeau et delà pie de mer , fig. 1 et 8 , id pl. , et l’on verra que la masse cérébrale qui se trouve être le siège du sens de construction , diffère de beaucoup en volume chez ces diverses espèces, selon qu’elles possèdent ou non celle faculté. \

§ II

Talent musical.

L’ouïe est à la faculté de percevoir les rapporls qui existent entre les sous

produits par les ondulations d’un corps sonore , ce que la vue est à la faculté de percevoir les formes ou l’harmonie des couleurs; je veux dire un véritable instrument de transmission , mais non de perception et de jugement , comme l’ont supposé mal à propos les partisans de l’action des sens.

De même qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une vue exquise pour être bon coloriste, de même aussi peut-on rencontrer d’excelleus musiciens sans une grande finesse de l’organe de l’ouïe. La phrénologie comparée abonde en faits propres à démontrer que la finesse de cet organe n’a aucune influence, si ce n’est comme moyen de transmission des sons, dans la production du talent musical. Comme la faculté de construire , celle de la musique est un don que l’instruction pourra développer, mais ne produira jamais. Il suffit d’examiner les différences qui existent à cet égard chez plusieurs oiseaux sortis des mêmes père et mère, pour être convaincu de la vérité de cette assertion. Le coucou qui n’a jamais reçu de soin de sa famille, qui, au contraire, a été élevé par des oiseaux dont il aurait dû retenir le chant, ne conserve rien des habitudes de ses parens adoptifs , et fait entendre le chant de sou espèce. Comment se fait-il que de tous les serins d’une couvée , les uns soient incapables de chanter , tandis que les autres se font remarquer par leur talent musical ? Cependant tous ont reçu les mêmes soins, tous ont été placés dans les mêmes circonstances. D’où provient donc une différence si frappante, si ce n’est d’une organisation intérieure plus forte que les circonstances extérieures qui tendent à la modifier? Plus cette organisation sera développée, et plus les acleé qui en dépendent se manifesteront au dehors en dépit de l’entourage.

Ce que je viens de dire du talent musical est applicable à toutes les facultés sans exception. Étudiez les habitudes des oiseaux d’une volière, tant chez les individus d’espèces différentes que chez ceux de la même espèce sortis de mêmes parens, et vous trouverez dans ce monde en miniature , comme dans l’espèce humaine , tout ce que peut produire l’influence de l’organisation. Vous pourrez apprécier combien l’action des circonstances extérieures est peu propre à modifier l’action d*tme organisation fortement développée. Ici, c’est une poltronnerie ou un courage étonnant , là , un attachement ou une inconstance sans exemple ; plus loin un chant ravissant à côté de sons discordans ou monotones, etc. , etc. (1).

(l) Jusqu’à présent les volières n’ont été, pour les quatre cinquièmes des hommes qu’un objet de luxe ou d’amusement frivole ; cependant il n’est pas d’étude plus intéressante pour celui qui veut étudier avec soin les habitudes des oiseaux, surtout s’il sait tirer parti des faits nombreux qu’il est à même d’observer, et les rattacher aux actes psychologiques. Un membre de la Société pbrénologique de Paris , M. Machado, possède depuis plusieurs années une volière d'oiseaux dont il étudie les mœurs et les habitudes. Bien que je sois loin de partager les opinions de cet homme estimable sur les rapports qu'il a cherché à établir entre la robe des animaux et leurs habitudes, je tme plais à rendre justice à la vérité de ces remarques sur les facultés de plusieurs espèces d’oiseaux ; elles méritent d’autant plus de confiance , quelles sont le fruit d’observations multipliées recueillies avec bonne foi.

En observant les hommes dès l’âge le plus tendre , nous verrons la faculté qui constitue le talent musical se manifester et se développer sans circonstances extérieures déterminantes. Il n’est pas rare , pour peu qu’une famille soit nombreuse , de voir un enfant chanter avec infiniment de justesse , trahir par l’expression de sa figure l’impression que produisent sur lui de sons ravissaus qu’il entend pour la première fois, tandis que son frère , bien que supérieur sous beaucoup de rapports , n’y est aucunement sensible, et trouve singulier que l’on puisse éprouver du plaisir dans des sons qui lui paraissent ètourdissans. '

S’il fallait citer les faits qui viennent à l’appui de l’opinion , que le talent de la musique est une faculté fondamentale, je pourrais en composer un volume. Je passe donc au siège de son organe. Chez l’homme il se trouve placé au-dessus de l’angle orbitaire externe, et se présente souvent sous la forme d’un triangle dont la base est dirigée en bas, n° 28, fig 2, pl. XCI. La fig. 2 de la pl. CI peut donner une excellente idée dont cet organe se présente à l’extérieur. J’ai fait représenter à côté la figure d’une autre personne, qui s’est appliquée très-longtemps à l’étude de la musique , et dont le zèle et les soins assidus n’ont été couronnés d’aucun succès. Ses parens , conseillés par un maître ignorant , crurent que l’instrument dont elle faisait usage ( c’était le piano) était probablement un obstacle aux progrès de leur fille : on y substitua la harpe sur laquelle , comme on doit bien le penser , elle ne fut pas plus heureuse. 11 paraît que cette jeune personne a fini par où elle aurait du commencer, c’est-à-dire qu’elle a quitté la musique pour laquelle elle n’avait que peu de dispositions.

L’autre personne, au contraire, manifesta de très-bonne heure un goût décidé pour la musique : à peine âgée de -4 ans, sa principale occupation consistait à tendre des fils de diverses longueurs en les fixant aux barreaux d’une chaise; elle obtenait alors, en les pinçant ensemble, des nuances de son, auxquelles elle prêtait la plus vive attention : à 10 ans elle parvint, après avoir entendu solfier la gamme à son père, à nommer et donner le ton des notes d’une romance qui lui fut présentée. Un résultat si curieux éveilla l’attention de ses parens qui lui donnèrent un maître de solfège : en 10 mois elle connut parfaitement la clef de sol et la clef de fa nécessaires à son piano : admise au Conservatoire à 12 ans, elle y subit un examen au bout de 8 mois, et solfia la leçon à changement de clefs. Ayant concouru peu de temps après , elle obtint le second prix ; l’année suivante elle remporta le premier prix. Enfin, j’apprends aujourd’hui qu’elle est professeur de cet établissement , et qu’elle y a débuté avec le plus heureux succès. Le talent d’harmoniste est celui qui parait surtout distinguer M1,e H . On sait que ce qui distingue l’harmoniste, est la

faculté de saisir les rapports qui existent entre plusieurs tons émis à la fois. Je ne sais pourquoi Spurzheim a changé l’expression de talent ou sens de la musique en celui de mélodie, qui n’indique qu’un mode de cette faculté, c’està-dire , l’appréciation des rapports d’une note à une autre.

TBAITÉ

Un phrénologiste d’Edimbourg, M. Scott, a inséré dans le journal phrénologique de cette ville, des observations plùs ingénieuses que solides, sur les rapports qui existent entre le développement de certaines facultés et le talent musical.

Les recherches que j’ai faites en phrénologie humaine et comparée , ne s’accordent pas avec les faits avancés par ce phrénologiste , dans qui je me plais d’ailleurs à reconnaître un talent d’observation remarquable. Je dois dire aussi que l’auteur ne donne pas ses observations comme chose démontrée , mais comme de simples conjectures, qui ne doivent être admises qu’après des expériences nombreuses.

Gall a signalé une autre manière dont l’organe de la musique se manifeste extérieurement : elle consiste dans un élargissement du front au-dessus et en dehors de l’angle orbitaire externe , de telle manière que cette région dépasse

l’angle : ce caractère se retrouve avec le premier sur la tête de M11® H .

C’est lui qui contribue à donner au frontal cette étendue considérable d’un angle orbitaire à l’autre. On voit qu’il existe une différence très-remarquable à cet égard entre les deux figures de la pi. CL Gall a fait représenter dans son atlas, le crâne de Kreiberg, célèbre virtuose qui jouait ordinairement du violon avec l’empereur Joseph II. Comme ce crâne est à peine ébauché , et que sa forme est inexacte , j’ai jugé convenable de faire représenter le frontal de ce musicien célèbre d’après le crâne déposé au Jardin des Plantes ; c’est celui qui est représenté fig. 5 , pl. CIX. Toute la région placée au-dessus de l’angle orbitaire externe , est très-pleine, et de même celle qui se trouve placée plus haut et plus en dehors.

Les portraits de Dussek, Marchesi, Yiotti , etc., etc., représentés dans l’ouvrage de Gall, sont plus propres, à cause de leur imperfection et de leur inexactitude, à induire en erreur qu’à donner une juste idée de la manière dont se présente extérieurement l’organe du talent musical. Cet organe est un de ceux qui demandent , pour être bien appréciés, une longue habitude des variétés de développement des parties cérébrales qui l’avoisinent.

Gall prétend avoir rencontré le sens du calcul assez prononcé chez les compositeurs. Il est certain que la composition demande la réunion de plusieurs facultés, ainsi on peut être excellent harmoniste , très-bon mélodiste, excessivement remarquable sous le rapport de l’exécution , sans être pour cela compositeur. Au reste , c’est un sujet sur lequel nous reviendrons en parlant de la combinaison des facultés.

11 est inutile , selon moi , de chercher chez les quadrupèdes un organe pour la musique. Gall dit qu’il ne soutiendrait pas que certains quadrupèdes ne sont pas doués du sens de l’harmonie , et il s’appuie sur le fait que des èlèphans, et quelquefois des chiens, ont paru écouter la musique avec intérêt. Des chameaux, des ânes, des mulets et même des bœufs, dit-il , supportent mieux la fatigue de leur travail accoutumé , lorsqu’on leur fait entendre de la musique , ou qu’on leur chante des chansons. Tout le monde a vu danser

en mesure des chiens, des ours et les chevaux de Franconi. Je ne vois rien de solide dans tous ces faits, qui puisse démontrer que le sens de l’harmonie existe chez les quadrupèdes. Le bruit d’un instrument de musique peut bien fixer l’attention des animaux, sans qu’ils soient pour cela sensibles à la différence qui existe entre les tons. Quant à la mesure, cela peut très-bien s’expliquer par le sens du temps , qui existe souvent dans un très-haut degré chez les

animaux. J’ai connu un boucher qui avait un chien chez qui cette faculté était si prononcée , que tous les samedis, et sans que rien pût lui faire connaître les intentions de son maître , il partait seul de très-grand matin , et allait se rendre à plus d’une lieue de distance, à une maison qui servait d’abattoir à son maître.

Tout ce que Gall a dit sur la manière de reconnaître l’organe de la musique à la surface du crâne des animaux , est excessivement vague. Voici quelles sont ses expressions : « que l’on compare le cerveau et le crâne des oiseaux chanteurs , avec le cerveau et le crâne des oiseaux qui ne chantent pas : chez ces derniers, le cerveau est moins large près des yeux ou de la partie supérieure des orbites ; les orbites mêmes sont très-grandes et ovales , et dans beaucoup d’espèces le cerveau n’avauce pas jusqu’aux yeux.

Chez les oiseaux chanteurs, au contraire, le cerveau, et par conséquent aussi le crâne , sont plus larges vers le bord extérieur antérieur ; de là il arrive que les orbites sont plus rondes ; car l’échancrure latérale qui existe chez ceux qui manquent de l’organe de la musique , est diminuée par le développement de cet organe » (1).

Gall donne ensuite comme exemple de la première conformation la poule , le dinde , le cygne et le cormoran. Il est certain que chez la poule et le dinde, il existe peu de largeur près des yeux ou de la partie antérieure supérieure des orbites ; mais le cygne fait exception : chez les oies et les canards, qui ne brillent pas par leur talent musical, le rebord de l’orbite est très-arrondi, notamment chez les espèces sauvages , ce qui ne devrait pas être d’après les observations précédentes de Gall. Celte comparaison entre les crânes d’espèces différentes est extrêmement vicieuse , car il y a une multitude de variétés de développement d’organes que Gall n’a jamais étudiées, et qui sont capables d’induire en erreur. Il résulte de mes recherches anatomiques , auxquelles j’ai apporté la plus grande attention , que la différence d’organisation entre le cerveau et le crâne des oiseaux musiciens et ceux des oiseaux qui ne chantent pas , n’est bien appréciable que chez les individus de même espèce ou de même genre. On conçoit aisément comment on peut saisir ici la différence ; car la masse cérébrale ayant une conformation absolument semblable , il ne s’agit plus que de voir celle qui présente plus de volume dans la région affectée à l’organe de la musique ; c’est donc après avoir comparé les crânes de deux serins , de deux chardonnerets, de deux bouvreuils doués

(I) Ltv, cit., 5* vol pages 125 et 126.

TRAITÉ

de facultés différentes , sous le rapport de la faculté qui nous occupe , que je suis parvenu à préciser le siège de l’organe de la musique qui est situé dans la région 28, fig. 4, pl. XCIII.

J’ai fait représenter, pl. LXV, fig. S et 6, les 'crânes du cardinal et du grosbec. Ces deux animaux appartiennent au même genre (gros-bec , loxia.) Ou voit que chez le premier , qui est très-bon chanteur , la région du crâne que je viens d’indiquer est évidemment plus développée que sur le gros-bec , où se trouve, au lieu d’une saillie, une véritable dépression. J’ai comparé entre eux un certain nombre de crânes , ayant appartenu à des fauvettes, des chardonnerets , et surtout des serins bons chanteurs : la différence d^ développement dans le point indiqué, avec les crânes d’oiseaux de même espèce qui ne chantaient pas, était très-sensible (1).

§ III

Organe du langage d’expression. —Talent d'imitation .

Le langage articulé chez l’homme, et les cris chez les animaux, ne sont pas le seul moyen de manifester au dehors leurs impressions. Il existe encore un autre langage très-étendu, et souvent très-expressif. Supposons pour un instant un homme dépourvu, à sa naissance , de l’organe de l’ouïe, incapable , par conséquent , de se faire entendre à l’aide de sons articulés ; nous le verrons suppléera ce vice d’organisation par des gestes. Tantôt ces objets serviront à faire connaître les sensations qu’il éprouve intérieurement, ou à reproduire celles qui lui seront venues des objets extérieurs.

Il est extrêmement rare que le langage d’expression ne soit pas réuni au langage articulé chez l’homme, surtout quand il s’agit d’émouvoir. On sait toute l’influence que peut avoir le geste dans l’art oratoire et sur la scène ; mais pour qu’il produise tout son effet, il faut qu’il soit bien eu harmonie avec l’action de la faculté qui est mise en jeu , sinon on tombe dans le mauvais goût ou le ridicule. Chaque faculté , lorsqu’elle entre en action, est accompagnée de signes extérieurs; ces signes peuvent se rencontrer chez toutes les personnes : il n’en est pas de même de la faculté de les reproduire à volonté, celle-ci suppose une organisation particulière, c’est-à-dire, le giand développement d’un organe.

C’est une chose vraiment curieuse que la tendance qu’ont naturellement certaines personnes à reproduire les gestes et les habitudes des autres sans avoir reçu de leçons , et sans que rien ait jamais pu les engager à cela. Je. connais une jeune et jolie personne , qui manifesta de très-bonne heure un talent d’imiter vraiment étonnant. Sa mère l’a surprise plusieurs fois faisant des grimaces effroyables devant une glace. Elle m’a raconté qu’une de ses sœurs ,

(1) J’ai l’habitude dans mes leçons de présenter une multitude de crânes de divers oiseaux.

DE PHRENOLOGIE.

qui aime beaucoup celte jeune personne , vint lui faire visite. A peine rentrée, elle aperçut sa fille simulant devant une glace les gestes et la voix de sa tante. Je me disposais à la reprendre vertement, me dit-elle , mais elle avait mis tant d’art dans sa manière d’imiter , la peinture était si frappante que je ne pus conserver mon sérieux. Je suis désolée , ajouta-t-elle , de lui voir une disposition semblable, car elle ne peut lui être d’aucune utilité et peut lui faire beaucoup de tort.

J’ai remarqué que les personnes qui possèdent le talent d’imiter dans un haut degré , contractent en quelque sorte à leur insu les habitudes de gestes et de voix de celles qui les entourent. C’est la même faculté qui les porte à singer le geste et même la mise de quelques hommes célèbres , croyant peutêtre par une telle conduite se rapprocher de leurs grands modèles , dont ils ne sont que la parodie ridicule.

J’ai constamment trouvé chez les personnes ainsi organisées , une certaine affectation dans la manière de rendre leurs senlimens. Qu’une personne de ce genre éprouve un accident qui la mette dans le cas de recevoir la visite de gens qui s’intéressent à elle, soyez persuadé qu’il y aura toujours dans ce qu’elle fera quelque chose d’affecté. Personne ne s’entendra mieux qu’elle à reproduire les gestes qui accompagnent une joie ou une douleur très-vive : pour peu que la ruse, dans un certain degré de développement, se trouve réunie au talent d’imiter , on trouvera toujours que les personnes ne manqueront jamais de donner à leur figure l’expression qu’elles croiront la plus capable de produire l’effet désiré. Il m’est arrivé plusieurs fois de discerner chez quelques hommes ayant la faculté d’imiter très-prononcée , ce qu’il y avait de sincère de ce qui était affecté dans leurs manières. Gall s’est étendu très au long et a cité beaucoup de faits pour établir l’évidence de la faculté d’imitation. Son existence et le siège de son organe me paraissent trop bien démontrés pour insister davantage sur ce point. Je ferai seulement quelques remarques sur celte faculté chez les animaux.

Gall , ainsi que je l’ai fait observer en traitant du langage articulé , a mal à propos placé le perroquet à la tête des oiseaux remarquables sous ce rapport. Le vrai langage de cet oiseau n’est pas celui qu’il répète , mais bien celui qu’il emploie avec ceux de son espèce. Son langage articulé n’est que la suite de la faculté d’imitation qui est très-prononcée chez lui.

Si nous observons attentivement les cris des animaux , nous verrons qu’indèpendamment de ceux qu’ils emploient communément entre eux, il en existe qui dominent tous les autres , qui donnent à l’animal un cachet particulier, et qu’il emploie sans se trouver en contact avec les autres animaux. Le grognement du cochon , le roucoulement de la tourterelle , le hennissement du cheval , le braiement de l’âne , le hurlement des loups , etc. , etc. , me paraissent appartenir au langage d’expression, ou n’en sont qu’une modification.

Chez l’homme, l’organe de l’imitation répond aux parties latérales moyennes de la région supérieure de l’os frontal, ir 29, pl. XCI, fig. 2. Quand cet

organe est très-dèveloppè, il produit une hauteur et une largeur du front assez prononcées pour faire croire aux personnes peu versées dans l’application de la phrénologie , que ces têtes appartiennent à des individus doués de facultés rèfleclives très-fortes. J’ai vu commettre plusieurs fois cette erreur au théâtre : elle devient encore plus facile si les organes de la bienveillance et du penchant au merveilleux sont très-développés.

Gall n’a rien dit sur le siège de l’organe de l’imitation chez les animaux. Je n'ai pu recueillir chez les quadrupèdes des observations assez bien faites pour l'indiquer d’une manière rigoureuse. 11 est probable , en raisonnant par voie d’aualogie, que c’est cet organe qui contribue chez le singe à renfler les parties latérales moyennes supérieures du frontal.

J’ai pu , par des observations assez nombreuses, préciser avec soin le siège de l’organe de l’imitation chez les oiseaux. Je possède dans ma collection les crânes de deux oiseaux de même espèce , deux geais , que j’ai fait représenter pl. LXVIII , fig. 1 et fig. 2 ; il existait entre eux une différence bien tranchée, sous le rapport de la faculté en question. Nonobstant les soins et les précautions que l’on prit pour instruire celui qui est représenté fig. 2, il ne put jamais rien apprendre. L’autre, au contraire, en très-peu de temps et sans aucune instruction, répétait avec la plus grande facilité un grand nombre de mots et des phrases entières. Il imitait parfaitement le grognement du cochon , le bruit d’une scie, le miaulement du chat, etc., etc. En 1825, son maître, ancien marin, éprouva un rhume suivi d’une toux opiniâtre : le geai parvînt à simuler avec tant d’art la toux et l’éternuement de son maître, qu’il était très-difficile de distinguer l’un de l’autre à une certaine distance. Tous les gros jurons étaient reproduits avec une rare netteté d’expression. Il est facile de voir en comparant les deux têtes que la région 29, pl. XCIII, fig. 8, qui se trouve être le siège de l’organe du talent d'imitation , est bien plus prononcée sur son crâne que sur l’autre.

Les perroquets, du moins certaines espèces, la pie, le grand corbeau, le merle , l’étourneau , ont celte région assez développée.

Le talent d’imiter est un des principaux élémens de la profession du comédien ; cependant , comme on le verra , lorsque je traiterai de la combinaison des organes, il est loin de suffire pour exceller dans l’art dramatique, qui résulte d’un grand nombre de facultés.

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