‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 69 sur 87 · FACULTÉS INTELLECTUELLES. - FACULTÉS RÉFLECTIVES · texte numérisé non relu

FACULTÉS INTELLECTUELLES. - FACULTÉS RÉFLECTIVES

Hïe Genre.

considerations générales.

Toutes les facultés intellectuelles du premier genre, ou perceptives, une seule exceptée , celle de saisir l’harmonie des couleurs, se rencontrent chez les animaux, sans appartenir cependant à toutes les espèces, et quand on les rencontre elles présentent une multitude de nuances sous le rapport du développement. L’homme a le privilège de les posséder toutes , et même dans un degré infiniment plus étendu ; il existe donc déjà , pour les facultés que je viens de traiter, une différence immense entre l’homme et les animaux. Nous en trouve. ons une encore plus frappante dans les facultés qui vont faire l’objet de ce chapitre : elles seules suffisent pour faire ressortir la supériorité de l’homme sur les animaux : elles seules expliquent les actes de ce chef-d’œuvre de la créalion. Otez lui ces facultés, et ses actions s’élèveront très-peu au-dessus de celles des animaux : ajoutez-les, et des phénomènes qui paraîtront tenir du prodige ne tarderont pas à se manifester. L’homme mesurera les cieux , sillonnera les mers , construira des palais , s’élèvera dans les airs , découvrira de nouveaux corps , pourra remonter à la cause des phénomènes et saisir ainsi de nouveaux rapports. Tout ce qui constitue une nation arrivée au plus haut degré possible de civilisation, c’est-à-dire, sciences , arts, philosophie, institutions civiles et politiques , n’est qu’une suite de la mise enjeu de facultés perceptives et réflectives dans un haut degré de développement.

L’expression facultés réflectives nous semble bien rendre notre idée ; ce sont en effet les facultés à l’aide desquelles l’homme revient, se replie , réfléchit enfin sur les perceptions qu’il éprouve.

Comparaison en appréciation de l’état des choses.

La découverte de cette faculté n’est pas neuve ; elle a été reconnue par tous les métaphysiciens qui l’ont désignée sous le nom de comparaison ou de jugement. Gall a seulement le mérite d’avoir reconnu le mode d’organisation qui

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caractérise le haut degré de développement de son organe, dont il a bien indiqué le siège. Voici comment il fut conduit à sa découverte. Ayant observé que certaines personnes employaient toujours des similitudes ou des analogies pour convaincre les autres, il supposa que ce mode d’action devait tenir à une faculté fondamentale , dont il chercha l’organe en suivant , pour reconnaître son siège, la méthode qu’il avait employée pour les autres. Ses recherches ne furent point infructueuses, car il trouva que toutes ces personnes présentaient un mode de conformation du crâne absolument semblable : il consistait dans une saillie ou élévation , ayant la forme d’un triangle dont la base était dirigée en haut et la pointe en bas ; elle occupait la partie moyenne de l’os frontal pl. XCï, fig. 2, n° 30. Cette saillie était surtout très-apparente chez tous les prédicateurs qui parlaient en paraboles, et faisaient un fréquent usage de comparaisons pour convaincre leur auditoire.

En admettant avec Gall que les hommes qui présentent le mode d’organisation que je viens d’indiquer , fassent un fréquent usage de comparaisons , de similitudes et d’analogies dansleurs raisonnemens, ne peut-on pas se demander si les comparaisons prises des objets extérieurs , peuvent avoir lieu sans qu’il soit nécessaire d’admettre une faculté particulière? Je vais développer ma pensée. Je suppose, ce qui se rencontre fréquemment, que deux personnes soient organisées de telle manière , que l’une présente un grand développement de la région de l’organe de la comparaison , mais avec un faible degré de celui qui fait reconnaître les formes des objets (organe de la configuration) ; que l’autre présente, au contraire , une organisation inverse, c’est-à-dire, un grand développement de la configuration, et un très-faible de l’organe de la sagacité comparative : comment, demanderai-je, la première pourra-t-elle apprécier les ressemblances ou les différences des objets extérieurs pour convaincre ses auditeurs? D’un autre coté, il est certain que celle qui aura le sens de la configuration très-fort, pourra faire usage de cette faculté pour convaincre les autres, sans avoir pour cela la sagacité comparative très-forte. Je fais d’abord cette observation pour montrer que l’expression , comparaison , employée par Gall pour désigner la faculté en question , est incorrecte , et même en contradiction avec ses principes, puisque tantôt il l’admet comme attribut, et d’autres fois comme faculté. Comment se fait il qu’après avoir rejeté les principes des métaphysiciens , en disant que l’attention, la comparaison et le jugement sont des attributs des facultés , Gall admette ensuite un de ces attributs ( la comparaison) comme faculté propre ? La faculté du coloris , compare les couleurs pour en saisir l’harmonie ou les différences ; celle de la configuration que Gall appelait improprement sens des personnes, compare les formes. Chacune de ces facultés, dit Gall , a sa mémoire, sa comparaison , son jugement. Je demanderai maintenant quels sont les attributs de la faculté qu’il ap-*\ pelle comparaison ? car si , comme Gall vient de le dire , le sens du coloris et le sens des personnes ont leurs attributs, la faculté qu’il appelle comparaison devra aussi avoir les siens. Ainsi la comparaison aurait aussi sa comparaison , ce qui devient alors absurde de sens et de langage.

Il résulte de ce que je viens d’avancer, que les différences ou les rapports de formes , de couleurs, de nombre , de tons , en un mot de toutes les facultés perceptives , sont appréciées parles organes du coloris, des nombres, du talent musical , etc.

Aux objections que je viens de faire, Gall répond que la faculté qu’il désigne sous le nom de comparaison , a surtout pour objet de comparer des choses tout à fait différentes , un ton avec une couleur , ou celle-ci avec une forme. A cela je réponds que ce n’est véritablement pas une comparaison , puisqu’il n’existe aucun rapport entre ces choses. La véritable comparaison ne peut avoir lieu qu’entre des objets de même nature : un homme est plus petit ou plus grand qu’un autre : il existe des différences entre les tons , les couleurs , les nombres, etc.

Avant de faire connaître comment je conçois la faculté désignée jusqu’à ce jour sous le nom de comparaison, je dois rappeler que trois facultés, placées sur la ligne médiane du frontal , ont entre elles des relations très-étroites. Ainsi par la première nous avons une idée de l’existence des corps ( organe de la perception de la substance) , par l’autre nous saisissons les modifications qu’ils peuvent éprouver (l’éventualité), enfin, par la troisième nous saisissons les relations qui peuvent exister entre eux, quelles que soient les différences qu’ils présentent. Je crois que c’est la faculté désignée par Gall sous le nom de comparaison qui saisit ces relations , c’est pourquoi je propose de l’appeler organe de l’appréciation de l’état des choses. ( Voir le tableau, page 250.) Je vais par un exemple développer davantage ma manière de voir à cet égard. J’ai dit que la vraie comparaison ne pouvait exister qu’entre des choses de même nature , telles que les formes avec les formes , les tons avec les tons, les couleurs avec les couleurs, etc. Mais si je compare un lis avec l’innocence, la vie à un fleuve, etc., etc., ce n’est plus une vraie comparaison, c’est un langage tout à fait figuré ou métaphorique. Cette manière de s’exprimer, qui peut donner tant de vie à l’éloquence et au style, n’est jamais qu’une image propre à rendre la pensée plus brillante , mais non une vraie comparaison.

Un phrénologiste distingué , M. Hewet- Watson , a fait insérer dans le Journal phrénologi que d’Edimbourg, un article très-intéressant sur la faculté de comparaison. Il pense que son véritable caractère consiste à saisir la condition des choses. Bien que les argumens de ce phrénologiste soient très-ingénieux , je n’y retrouve au fond que l’idée de comparaison avec le sens que Gall y attache.

Pour rendre plus sensible le sens que j’attache à la faculté en question , je supposerai pouruninstantquejeconsidèreunmorceau de glace mis dans un vase placé sur le feu. La masse de la glace, sa forme, son volume et sa couleur seront appréciées par les organes de la perception , de la substance , de la configuration et du coloris. Le changement de la glace de l’état solide à l’état liquide sera perçu par l’éventualité. Les différentes perceptions dont je viens de parler

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pourront avoir lieu sans que j’établisse un rapport entre l’état delà glace passée à l’état liquide , et le même état chez d’autres corps, tels que le plomb , le mercure, le lait, etc. Quelle est la faculté qui saisira cet état d’un corps relativementàun autre, de manière à faire connaître ses qualités exprimées dans le langage par l’adjectif? Nul doute, d’après ce que je viens de dire que ce ne soit la comparaison, ou comme je l’ai dit dans mon tableau, l’appréciation de l’état des corps , mais avec l’idée de ipprochement ou de relation.

L’homme, dit Gall, en comparant entre des les impressions qu’il a reçues du dehors , s’efforce de les imiter par son langage; il devient imitateur , peintre du monde extérieur: le cheval hennit, le lion rugit, le tonnerre gronde, la clochette tinte , etc. Mots qui imitent le son même qu’ils expriment.

Je crois que Gall confond ici des choses tout à fait distinctes. Je veux dire l’imitation du son dans le langage, appartenant à la faculté d’imiter, combinée avec une action ou évènement rendu par les mots hennir, rugir, etc.

La faculté dite comparaison est une qualité précieuse, et sa sphère d’action est excessivement étendue. Elle réagit puissamment sur les facultés perceptives , et sur toutes les impressions perçues. Trop développée elle produit des abus ; elle donne au style un caractère sententieux, et le rend par fois inintelligible par l’abondance des similitudes , des analogies, des métaphores et des paraboles. Celte espèce de langage , comme l’avait observé Bacon , fut employée comme premier jeu de la raison qui s’essayait avec la vérité. On voulut plaire aux hommes avant de les instruire , et amuser l’enfance de l’esprit par des images agréables. Ce langage précéda les discours raisonnés, comme les hiéroglyphes ont précédé l’usage des lettres.

Gall après avoir traité de la faculté de comparaison chez l’homme , n’en parlepas chez les animaux, son langage donne même à entendre qu’elle ne se rencontre point chez eux. En théorie comme en pratique , Gall me parait avoir tort. Ainsi lors qu’avant de parler des facultés (page 194, vol. 6), il s’exprime ainsi : « que l’on compare maintenant la partie antérieure supérieure du front de l’homme avec les têtes des animaux. Tandis que les parties antérieures du cerveau ne pèchent chez les animaux que par le défaut d’un développement favorable, les parties antérieures supérieures leur manquent tout à fait. » Il est évidemment démontré par l’inspection du crâne de l’orangoutang, pl. XCVII, fig. 1 , du chien, pi. VI, fig. 1 , que l’opinion de Gall est complètement erronée. Sans doute que cette région du crâne des animaux diffère beaucoup en étendue avec celle du crâne de l’homme ; mais elle n’existe pas moins dans un développement assez remarquable. Je dirai plus , c’est par l'étendue assez considérable des organes qui occupent cette région chez les animaux que je viens de citer , que nous pouvons nous rendre compte d’une multitude d’actes ayant la plus grande analogie avec ceux qui se rencontrent chez l’espèce humaine. Comment Gall a-t-il donc pu dire après dos faits anatomiques aussi èvidens? « Toutes les ressources que 1 anatomie et la physiologie comparées m’offraient pour appuyer mes assertions , relativement aux

organes dont j’ai traité jusqu’ici, viennent maintenant à me manquer , et je me trouve restreint à l’homme (Gall , liv. cit. , pag. 198). »

Plus j’ai étudié les actes de certains animaux , notamment du chien , de l’éléphant , de l’orang-outang , de l’ours , et plus je me suis convaincu que la faculté désignée jusqu’à ce jour par le nom de comparaison existait chez eux. La circonvolution marquée 8 sur le cerveau du chien, pl. LXXY, fig. 6 (1) , me paraît être celle de l’organe de la comparaison , son siège extérieur est indiqué par le n° SO , pl. XC1II , fig. 2.

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