MIMIQUE DES FACULTES FONDAMENTALES
Par mimique des facultés , je n’entends pas ici le talent que possèdent certaines personnes de rendre les gestes, le son de voix, etc. , d’un autre individu. Ici il n’existe que reproduction de ce que l’on a vu ou entendu. La mimique dont il est question maintenant est celle qui résulte naturellement de l’action d’un ou plusieurs organes. Elle a lieu toutes les fois que les organes cérébraux ont une activité très-énergique , et se manifeste au dehors par certains gestes ou signes. C’est à saisir ceux-ci , que les personnes qui se destinent aux beaux arts et au théâtre doivent surtout s’appliquer , car ils sont l’expression fidèle de la nature.
Les Romains, surtout ceux du siècle d’Auguste, attachèrent une grande importance au talent de reproduire, à l’aide de signes extérieurs, les principales passions du cœur humain; il paraît môme qu’il fut porté à un tel degré , que le theatre des Mimes à Rome , était plus fréquenté que les autres. En ouvrant Tacite , je trouve que sous le règne de Tibère , le sénat fut obligé de faire un réglement pour défendre aux sénateurs le théâtre des pantomimes , et aux chevaliers romains de leur faire un cortège dans la rue (1). Lucain raconte qu’un roi des environs du Pont-Euxin, demanda à Néron un mime qu’il avait vu jouer , afin d’en faire son interprète pour toutes les langues. Cet homme , disait-il, se fera entendre de tout le monde, tandis que je me vois obligé de payer un grand nombre de truchemens pour entretenir des relations avec mes voisins qui parlent diverses langues.
Tout en reconnaissant que par une longue habitude des gestes qui accompagnent les actes cérébraux , les mimes soient parvenus à donner sans aucun son articulé une idée de ce qu’ils voulaient exprimer, je crois qu’il faut rabattre beaucoup de tout ce que l’on a raconté à ce sujet, et l’attribuer à ce que les personnes qui ont parlé du talent des mimes , n’étaient pas assez versées dans ce qui constituait ce genre de pièces chez les Romains. On sait qu’il fut principalement employé par les empereurs, dans les circonstances où ils croyaient nécessaires de rechercher la faveur du peuple, ou de lui fasciner les yeux par un spectacle imposant. Presque tous les actes de ces représentations roulaient sur des facultés affectives vivement excitées : c’étaient des simulacres de combats, des scènes de lasciveté parfois effrenée. Ajoutons
(l) Tacite, Annule s, torn. i.
qu’indèpendamment de la musique et des décorations, toujours enharmonie avec le sujet, la pièce était toujours précédée d’un programme assez détaillé. On conçoit qu’une fois le sujet connu, il n’était pas alors difficile dessaisir. le sens des gestes, mais de prétendre, comme l’ont avancé plusieurs savans, que les mimes aient pu par leur seul talent surpasser les acteurs qui réunissaient le geste à la parole , c’est ce que je ne pourrai jamais admettre.
Il n’est personne qui n’ait eu occasiou d’observer tout ce que peuvent le geste et la voix dans l’expression des pensées; plus les mouvemcns et l’inflexion se trouvent en harmonie avec les facultés mises en jeu, et plus nous sommes frappés. Beaucoup de peintres, en voulant rendre les passions qui agitent leurs personnages , exagèrent souvent les traits du visage ou les gestes qui accompagnent certaines impressions : il en résulte que leurs figures deviennent tout à fait caricature. Ce qui me frappe surtout dans les peintures de Raphaël » c’est l’expression vraie et naturelle qu’il a su donner aux figures do ses tableaux : là rien de torturé , d’exagéré , rien qui grimace , tout est vrai, tout est nature , et nature d’un goûtexquis. Mon célèbre compatriote Poussin , pourrait, je crois, se rapprocher beaucoup de Raphaël sous ce rapport; bien qu’un peu lourdes, ses figures se font remarquer par la vérité d’expression , et l’heureux accord entre les mouvemens du corps et l’action des facultés cérébrales mises en jeu.
Bien que la partie du livre de Gall , qui traite de la mimique, soit pleine d’intérêt, il est plusieurs points qui me paraissent traités d’une manière inexacte, et d’autres qui sont complètement négligés. Loin de lui eu faire un reproche, je suis le premier à convenir que ce qu’il dit à ce sujet était à peu près tout ce que l’on devait attendre de lui pour l’époque où il vivait. Depuis la mort de cet homme célèbre, la science a grandi , et nous pourrons consôquemment donner un peu plus d’étendue à celte partie qui n’est pas une des moins intéressantes de la physiologie du cerveau.
Le cerveau , siège de toutes les perceptions dont nous avons la conscience, se trouve à l’aide de filets nerveux , en communication avec les organes des sens proprement dits , et les muscles soumis à l’influence de la volonté. D’autres nerfs le mettent aussi en relation avec les principaux viscères de la vie organique ; il résulte de celle disposition qu’à l’instant où une faculté cérébrale entre en action, et si la volonté ne vient en réprimer l’effet, des signes extérieurs l’accompagnent. Tantôt c’est une contraction des muscles, la rougeur ou la pâleur de la face , une altitude particulière, etc., etc.
Passons maintenant en revue la mimique qui accompagne chaque faculté fondamentale.
La mimique de la faculté de conservation est bien en harmonie avec le siège de son organe. Toutes les fois que les jours d’un homme ou d’un animal
se trouvent menacés , il existe un mouvement d’abaissement du corps de haut
en bas. Les animaux poursuivis à la chasse abaissent d’autant plus leur corps qu’ils sentent le danger plus près d’eux. La mimique de l’organe de la con-