Pesanteur
11 ne parait y avoir aucune analogie entre le poids ou la résistance des corps et leurs autres qualités. La différence de leur forme, de leur étendue, de leur couleur, n'implique pas nécessairement une différence dans leur pesanteur. Cette qualité ayant un caractère qui lui est propre, nous ne pouvons logiquement en attribuer l’appréciation aux facultés de l’esprit.
qui jugent des autres attributions de la matière , et puisque ce pouvoir mental existe sans aucun doute, on est en droit de supposer qu'il se rattache à un organe spécial. On a observé que ceux qui excellent à tirer de l'arc et à jouer au palet,
comme ceux qui apprécient facilement la force motrice et la résistance dans la mécanique, ont ces parties du cerveau, auprès de l’organe de l’étendue , grandement développées. On considère donc comme probable l'existence d’un nouvel organe à cet endroit. La statique , cette branche des mathématiques qui traite du mouvement des corps dans la gravitation , en dépend sans doute. Ceux qui ont l’individualité, l’étendue, la pesanteur et la localité développées, ont généralement de l’aptitude pour la construction des machines de guerre, et pour les branches de la mécanique où il est question de l’application des forces ; ils se délectent dans les machines à vapeur, les roues des moulins à eau et les ailes des moulins à vent. Ce même concours de facultés se présente chez les personnes qui excellent dans l’art du patineur, dont l'équilibre est le principal élément. La constructivité, quand l'organe de la pesanteur est petit, nous conduit à bûtir des maisons, plutôt qu’à construire des machines.
M. Simpson a publié sur cet organe, dans le Journal phrénologique (vol. II, p. 412) , un ingénieux et intéressant essai, dans lequel il énumère un grand nombre d’exemples à l’appui des fonctions de cet organe. Il est développé, dit-il, chez le Dr Chalmers, le Dr Brewster, sir James Hall , sir George Mackenzie, le professeur Leslie, et chez MM. Jardine et Stephenson, ingénieurs distingués. « Nous avons vu dernièrement, » continue-t-il, *Ie professeur Farisli de Cambridge, qui montre une grande aptitude à la mécanique ; il a l’organe développé, ainsi que M. Whewel, de la même université, qui a écrit sur ce sujet un ouvrage fort estimé. Dans notre dernière visite à Cambridge, nous avons vu , quant à cet organe, des choses fort
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intéressantes. Le fils du professeur Farish a, comme son père, de l'aptitude à la mécanique, et l'organe qui l'indique. Nous avons vu la statue et le buste de Newton par Roubilliac. Le buste représentait Newton dans sa première jeunesse, et les organes des sciences y sont encore plus proéminents que dans la statue; celui de la pesanteur y est très-saillant. Ce môme organe est très-développé dans le buste de l’infortuné Clarke, le voyageur, et comme on peut s’y attendre, la localité y a un développement extraordinaire (i). Nous avons vu plusieurs personnes, ayant très-peu l’organe de la pesanteur , qui reconnaissaient ne pas avoir les moindres dispositions pour la mécanique, et être maladroites dans leurs actions et dans leurs mouvements. On nous parla d'un enfant ûgé de deux ans, chez lequel le développement du cerveau , à cette partie de l'os frontal, est tout à fait remarquable, et dont la démarche ferme, à un ûge auquel, chez tous les autres enfants, elle est encore incertaine, est un sujet d'étonnement pour tous ceux qui le connaissent. » Cet organe est étendu dans le moule de Maclachlan, fabricant, qui a dépensé beaucoup d'argent et de temps pour inventer un moyen de régler le jeu de la pompe ordinaire de sorte que la tige soit mue avec la môme force motrice dans ses mouvements ascendants et descendants. Il est égale-
(1) < Dans les nombreuses tètes que nous avons examinées a l'université de Cambridge, nous avons souvent trouvé l’organe du nombre étendu, et chaque fois il indiquait chez l'élève de grandes connaissances en algèbre. Son organisation était le plus souvent en rapport avec son rang dans le classement de l’université , et quoiqu'il y ait des cxcepUous , la plupart de ceux qui ont eu les plus grands succès dans leurs études les doivent évidemment à la puissance de leurs organes des sciences. Ce qui prouve clairement que ceux qui sont doués des facultés de combinaison et de réflexion, ne sont pas appelés 11 s’en servir dans les études classiques et mathématiques. Plusieurs élèves, au contraire, qui, par suite de la petitesse de leurs organes des sciences, sont restés dans les derniers rangs à Oxford et h Cambridge, n'ont dû qu’au développement de la causalité et de la comparaison , les succès qu’ils ont eus ensuite comme hommes politiques. >
ment développé dans le moule du célèbre ingénieur Brunei. Quand on examine un moule, il faut se garder de prendre la dépression d'un muscle , souvent causée par l'affaissement du piètre, pour l'absence d’un organe. Pour souffler un moule de verre, l’ouvrier plonge l’extrémité d'un tube de fer dans un vase plein de matière en fusion , et en prend juste la quantité nécessaire, qui est de 9 livres et demie (•4 kilog. t/s); un ouvrier habile ne s’y trompe presque jamais, ou seulement de quelques onces; c’est ce qu'on me dit lorsque j’allai visiter la manufacture de Newcastle. Quelques ouvriers ont en quelque sorte cette mesure dans l’œil ; d'autres sont incapables de l’acquérir; j’ai observé l’organe de la pesanteur très-développé chez les premiers.
M. Simpson continue : < La faculté dont nous parlons, dans son plus haut développement , se manifeste par l’aptitude à la mécanique et à la dynamique. Quelles sont les qualités inférieures qu'elle produit? Où trouvons-nous son organe? Situé au milieu de ce groupe, qui nous donne la perception des qualités des corps, savoir: la forme, l’étendue, la localité, le coloris, l’ordre et le nombre. Il est évident que les corps ont une autre qualité essentielle, soit seule, soit combinée avec d’autres; et cette qualité est leur densité ou leur pesanteur respective. Les corps gravitent dans un rapport bien connu avec leur densité, et leur densité n’est autre chose que leur pesanteur; ce n'est qu’un nom différent pour la gravitation. Est-il donc de quelque importance pour notre être, est-il essentiel à notre existence comme animaux, que nous ayons une perception instinctive de la gravitation, destinée à opérer constamment et indépendamment de la raison? Cet état de repos, qui, selon les lois de la gravitation, constitue l’état naturel de tous les corps solides, fluides ou aériformes , est ce qu’on appelle leur équilibre. Les mouvements les plus simples de l’animal ne sont qu’un dérangement et qu’un rétablissement alternatif de Véquilibre. » —
« Les animaux qui vivent sur la terre, s’aident pour marcher et pour courir, de la résistance du sol; — l’oiseau vole par sa perception instinctive de la résistance de l’air; — le poisson se sert de ses nageoires et de sa queue , parce qu'il perçoit instinctivement la résistance de l’eau. >
< Pour conserver leur existence il faut donc que tous les animaux possèdent , à quelque degré , la puissance de subordonner leurs mouvements aux lois de la gravitation ; la puissance de l'équilibre. L'organe de la pesanteur peut-il être l'organe de cette faculté? A l’homme seul est donnée la capacité d'aider cette puissance, et de rendre ses mouvements plus efficaces et sa force plus utile par l'usage des instruments; aussi Franklin l’a-l-il fort bien défini: un animal qui fabrique des outils, ou plutôt qui use des outils. (A tool making or radier a tool using animal.) Quels sont ces outils? Ce sont les modifications de sa puissance mécanique innée : son gourdin et son arc sont des leviers, — sa hache, son couteau, son sabre et ses flèches sont des coins ; il aide instinctivement à la force musculaire par le levier, quand, au moyen d'une poutre, il soulève une pierre pesante ; — s'il désire la soulever à une certaine hauteur perpendiculairement , il en contrarie instinctivement la gravitation, en la poussant sur un plan incliné, au lieu d’y appliquer seulement sa force corporelle. Le principe de la poulie se présente de lui-même à son esprit, toutes les fois qu’il a un morceau de bois avec une corde ou une sangle pour tirer de l’eau d’un puits. La vis n’est qu'une suite de plans inclinés autour d’un cylindre, et il s'en est servi toutes les fois qu’il a voulu bâtir une tour. »
Les affections morbides de cette partie du cerveau viennent corroborer ces considérations. Miss S. L. eut une douleur dans la région de l’organe de la pesanteur ; « la perception de l’équilibre fut dérangée; elle eut des étourdissements. Les lignes horizontales lui paraissaient inclinées; il lui semblait.
parfois, qu’on la soulevait et qu'on la laissait ensuite tomber. La manière dont elle rend compte de celte sensation est remarquable; elle se sentait comme ivre. » M. Simpson rappelle l'affection intellectuelle singulière que John Hunier, le célèbre anatomiste, eut en 1776 et qui portait surtout sur cet organe de la pesanteur , et sur les autres organes des sciences; il cite ce passage de sa vie par sir Évcrard Home : c A la suite de grands changements, dit-il, M. Hunier éprouva une maladie grave; elle se déclara pendant un voyage; et il est digne de remarque que sa première sensation fut celle de l'ivresse, quoiqu’il n’eût bu qu'un peu de punch. Quand il fut couché, il se sentit comme suspendu en l'air, et bientôt après, il lui sembla que la chambre tournait avec rapidité. A ces sensations succéda une sensation semblable à celle de Mlto S. L.; pendant qu'on le reconduisait chez lui, dans sa voilure, il crut tomber d'une grande hauteur. Ces vertiges augmentèrent, et sa tète, lorsqu'il la soulevait, semblait se détacher pour aller rouler à quelques pas de lui avec une grande rapidité. Quand il put se tenir debout sans être étourdi, il fut incapable de marcher sans soutien; car, dit sirÉverard Home, « d'après ses t propres sensations il ignorait s'il conservait son centre de gra- « vité, et il était incapable de maintenir l’équilibre de son corps « et de s'empêcher de tomber. » « Nous n’avons pas besoin, continue M. Simpson, d’ajouter comme déduction de ce fait, que l’organe de la pesanteur étant malade, la fonction même que nous lui avons attribuée, l’instinct de l’équilibre (désigné par sir E. Home, à peu près dans les mêmes termes), était sans aucun doute entravé (i). »
Les phénomènes de l’ivresse sont expliqués par M. Simpson d'une manière analogue : « Mlle S. L. et M. Hunter ont eu tous deux l’illusion d’une ivresse réelle, et M"* S. L. a éprouvé
(I) Phrenological Journal , vol. Il, pag. 302, 426.
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une douleur aiguë dans l’organe de l'instinct de l’équilibre. Sans la perception innée, ferme et infaillible de l’équilibre, tous nos mouvements seraient indécis. L’homme ivre chancelle et tombe, il voit partout des perpendiculaires, et embrasse le plancher pour s’empêcher de tomber; il s’imagine qu’il est enlevé dans l’air, qu’il s'enfonce sous le sol et qu’il tourne sur lui-même. Ces sensations seraient suivies d’une maladie, si elles étaient indépendantes de l’excitation que produit la boisson sur l’estomac ; et il est très-probable que le mal de mer provient de ce que nos sensations sont bouleversées par le mouvement qui dérange notre perception habituelle de l’équilibre (î). »
Un correspondant du Phrenologicai journal (s) dit avoir été frappé de cette remarque sur le mal de mer; il a voulu en vérifier l'exactitude, et, étant monté sur le pont, il a fixé ses regards sur un point immobile du rivage, sur le sommet d’une montagne par exemple, et s’est mis les mains sur les yeux de manière à ne voir ni le navire, ni la mer; ainsi il a arrêté le mal de mer; mais le mal est revenu chaque fois qu’en retirant les mains, il a regardé et le navire et la mer.
Sir G.-S. Mackenzie a proposé le nom de résistance comme convenant mieux à cette faculté, que celui de pesanteur. * Nous ne pouvons juger, dit-il, de la pesanteur comme nous jugeons de la forme, sans des expériences réitérées; nous verrons deux ballots de même volume et de même couleur. En en soulevant un, nous comprendrons qu’il faut un effort, une résistance de la part des muscles du bras, et de la main pour le supporter. Mais nous ne pouvons dire pour cela que l’autre produira le même effet; car il peut arriver qu’il soit vide. Quoique nous ayons l’expérience que deux ballots de mêmeforme peuvent ne
(t) Phrenologicai Journal, vol. II, p. 427. (9) Ibid., vol. Il, p- <5-*5.
pas avoir le même poids, il ne nous faudra pas moins soulever chaque fois deux objets pour déterminer lequel est le plus pesant. Cependant l’impression de résistance nous reste ; et c’est sans doute la faculté que Spurzheim a appelée pesanteur , qui nous fait concevoir la résistance en général (i). » M. Simpson pense que la résistance est perçue par un sens externe dont nous avons déjà parlé (s) , et il donne le nom de force à cette faculté (s).
M. Richard Edmonson de Manchester dit qu’un grand nombre d’observations l'ont convaincu que cet organe donne la perception de la perpendicularité. 11 est développé chez les ouvriers qui saisissent aisément les déviations des perpendiculaires, tandis qu’il est faible chez ceux qui ont toujours besoin de recourir au plomb (4). Ce même auteur a publié plus récemment (s) un essai sur les fonctions des organes de la pesanteur et de la constructivité, dans lequel il soutient le même principe, ajoutant toutefois que la faculté perçoit non-seulement la perpendicularité, mais encore la direction de la force et surtout la direction de la force de gravitation des corps. 11 rattache à la constructivité la perception des degrés de la force.