‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 12 sur 44 · CS · texte numérisé non relu

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lc col d'uu paon , non parce qu’il est d'un bleu beau en luimême, mais parce que cette couleur lui rappellerait un ciel sans nuage. Cependant des peintres , qui ont le coloris développé , parlent tout autrement du plaisir qu'ils trouvent à regarder des couleurs, lis m'apprennent que l'ainour de lord Jeffrey pour les belles fleurs, indique la faiblesse de sa perception des couleurs, puisqu'elle a besoin d’être fortement stimulée; et que, même alors, il est incapable de trouver du plaisir à regarder des couleurs pour les couleurs mêmes, ou d’en percevoir l'harmonie et la disparate, et qu’elles ne servent qu'à rappeler des émotions et des idées extrinsèques. Ce qu'il raconte répond donc tout à fait à la dépression de l’organe du coloris dans sa tête.

Cela est si clair, que toute démonstration est inutile. Supposons cependant un jeune officier qui affirmerait qu'il n’y a ni harmonie, ni désaccord dans les sons, ni plaisir direct dans la mélodie, et qui ajouterait que la musique militaire lui fait beaucoup de plaisir. Si nous lui demandions ce qui provoque ce plaisir, il répondrait: < Oh! ce ne sont pas les notes en ellesmêmes; mais elles me rappellent les beaux uniformes , les panaches et les brillantes revues de mon régiment. Elles me rappellent les parades du soir , avec les formes gracieuses et les sourires des anges qui se groupaient autour de nous. Enfin, pour moi , la beauté de la musique dépend entièrement des associations d’idées qu'elle fait naître. » Celui qui sent la musique ne pourrait dire que la phrénologie a tort, si l’homme, qui aurait dit cela, n’avait pas l’organe des tons. En effet, il ne s’arrête pas un moment à la musique même. Pour lui , la musique n'est qu'un son qui réveille en lui l'idée des soldats, du danger, de la parade et des femmes, objets réels de son admiration, et sources de ses jouissances. Ce fait serait le pendant de celui de lord Jeffrey. Pour lui, les couleurs ne déploient aucune beauté; elles ne fixent pas son attention par leurs

COURE. — TRAITÉ DE VHRÉ.VOLOML. T. II. 0

agréments; seulement elles font naître en lui des idées et des émotions dans lesquelles il se comptait. La phrénologie n’aurait-eile pas tort, si l'organe du coloris, chez lui, n’était pas déprimé.

Un jurisconsulte, que j'ai vu et qui a l’organe du coloris énergique, était absorbé par la passion des fleurs, au point de négliger les devoirs de sa profession. Il est probable qu’il devait cette passion à la faculté de percevoir parfaitement les couleurs, que donne le grand développement de l'organe dn coloris.

Les phrénologues trouvent ordinairement les organes les plus proéminents d'un auteur par la manifestation, dans ses ouvrages, des facultés qui en émanent, et rien ne nous donne plus de latitude pour l’observation du coloris. A moins que les impressions, faites sur l'esprit d'un auteur, ne soient trèsfortes, il n’en parle pas dans ses ouvrages ; car il lui est facile de traiter d'un grand nombre de sujets, sans recourir à celui-ci. Quand donc nous le verrons s'appliquer à décrire minutieusement des ombres et des teintes, s'étendre sur les couleurs et leurs effets avec un plaisir évident, nous pourrons en conclure qu’il a le coloris développé. C’est ce que fait souvent M. Tenant, auteur de Anster Fuir, et dans sa tête l'organe est très-proéminent.

L’organe du coloris est, en général , plus développé chez les femmes que chez les hommes; aussi comme coloristes ont-elles souvent égalé leurs maîtres, tandis que comme dessinateurs elles leur ont toujours été inférieures. Cette faculté est d'un grand secours aux peintres de fleurs, aux émailleurs, aux teinturiers, et à tous ceux qui s'occupent de couleurs. Portée au plus haut degré, elle donne la passion des couleurs, mais non pas nécessairement une grande délicatesse de goût. Le goût dépend plutôt de la perfection d’une faculté que de sa puissance d’activité. Chez les Orientaux, par exemple, à voir leur

amour des couleurs, cette faculté parait forte; et, néanmoins, ils montrent peu de goût dans l’usage qu'ils en font.

Si l’on peut tirer une conclusion des observations peu nombreuses qu’on a faites dans les différentes parties du monde sur les développements du cerveau, cet organe est fort dans les pays où la végétation déploie des couleurs brillantes, et faible dans ceux où l’aspect de la nature est triste et uniforme. Ainsi le coloris est développé clic/, les Chinois, tandis qu’il est petit chez les Esquimaux, qui ne voient que le ciel, la neige et la glace. Le capitaine Parry dit que la teinture est un art tout à fait inconnu aux Esquimaux (i).

Spurzheim a observé que chez les aveugles-nés, l’organe du coloris est, en général, moins développé que chez les personnes qui voient, ou qui sont devenues aveugles dans l’âge mûr. J’ai eu l’occasion de vérifier, à diverses reprises, celle observation dans les asiles d’aveugles. On peut même, en observant le développement du coloris, distinguer ceux qui sont devenus aveugles en bas âge , de ceux qui le sont devenus dans l’âge mûr. L’organe est bien moins développé chez les premiers que chez les derniers. James Wilson de Belfast, auteur de la Biographie des aveugles, perdit la vue , par la petite vérole, à l’âge de 4 ans; il fut opéré de l’œil droit, et recouvra la vue jusqu’à l’âge de 7 ans, pour la perdre, alors, par un coup que lui porta une vache en fureur; et, depuis, il ne l’a plus recouvrée. Étant aveugle, il a appris l’état de charpentier; il a aussi acquis une connaissance si exacte et si étendue des lieux, qu’il sert de courrier à des marchands, dans un rayon de 30 ou 40 milles autour de Belfast. 11 se pique de littérature, et il a une mémoire très-grande des personnes, des lieux, des noms et des dates. Je le vis en 1836 : il avait alors 37 ans; les organes relatifs au coloris, étaient très-faibles; ceux de l’individualité, du volume et

(t) Parrv’» Voyaget, 12* édit., vol. V, p. 295.

dn nombre développés, et la forme et la localité très-développées. Son tempérament était nervoso-bilieux et un peu sanguin. Les organes, qu'il avait le plus exercés, paraissaient avoir atteint le plus grand volume, tandis que l’organe du coloris, qui était resté inactif, avait à peine crû depuis son enfance. Son moule est dans la collection de la Société phrénologique.

Gall cite un libraire d’Augsbourg, aveugle-né, qui lui soutenait que ce n’est pas la vue, mais bien l'intelligence qui reconnaît, juge les couleurs et leur donne de l’harmonie. 11 affirmait qu’au moyen d'un sens interne, il se formait une idée exacte des couleurs; et c’est un fait qu’il en déterminait exactement l’harmonie. Il avait un grand nombre de perles de couleurs différentes dont il formait des dessins, et toujours il y avait harmonie dans la disposition des couleurs. Toutes les fois qu’il faisait un essai de ce genre, il éprouvait une douleur immédiatement au-dessus des yeux , et perpendiculairement au-dessus de l’œil droit (i). J’ai vu un aveugle, à Stirling, qui distinguait les couleurs , par le toucher , avec une grande certitude. Derham, dans sa Physico-Théologie (*) , cite un cas semblable , et fait observer que * quoique l’œil soit le juge habituel des couleurs, il est cependant des personnes qui ont acquis ta faculté de les distinguer par le toucher. » J’ai causé avec plusieurs aveugles-nés, qui m’ont assuré ne pouvoir se faire aucune idée des couleurs , ni du phénomène de la vue ; je ne puis donc concevoir que le libraire aveugle d’Àugsbourg, cité par Gall, ait eu, sur les couleurs , les idées exactes des personnes qui voient. L’aveugle de Stirling, qui distinguait les couleurs par le toucher, était guidé par des différences dans la contexture des objets. C’était surtout dans le parc qui environne le château de Stirling, et sur les habits des promeneurs, queparspécu-

(1 ) Sur les fonctions du cerveau , toni. V , p. 83. (t) Livre IV, rhap. 8.

lution, il montrait son adresse; et je l'ai vu, en glissant la main sur la manche, distinguer vite et exactement des habits noir, brun, bleu et vert. Sa peau, au bout des doigts, avait acquis, par une longue pratique de cette opération, une finesse et une délicatesse extraordinaire. Il paraissait y avoir dans son esprit une perception distincte du toucher, à laquelle il donnait le nom de vert, de brun, etc. Mais je ne comprends pas que de pareilles impressions ressemblent à la manière dont les personnes, qui ont un bon orgauc visuel, perçoivent les couleurs. Spurzheim dit : t Plusieurs aveugles m’ont assuré être incapables de distinguer les couleurs. Quelques-uns, cependant , distinguent le blanc du noir , parce que , en général , les surfaces blanches sont plus unies que les noires. Un aveugle qui prétend distinguer les couleurs, ne fuit que déterminer si une surface est plus ou moins polie ; mais il n’a pas pour cela lu moindre idée de la couleur même (t).

L’existence de cet organe nous parait prouvée.

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