Localité
Gall dit que son goût pour l’histoire naturelle, le portait à aller souvent dans les bois pour y attraper des oiseaux ou découvrir des nids; mais quoiqu’en cela il fût très-habile, cependant, quand il désirait visiter ses nids, il lui était le plus souvent impossible de retrouver le chemin ou l'arbre qu'il avait marqué, ou les pièges qu’il avait tendus. Celte difficulté ne provenait pas de son inattention; car , avant de quitter les lieux, il plantait des branches d'arbre dans la terre, faisait des entailles aux arbres pour le guider à son retour, le tout iuuti-
Digiti
(t) Phrtnologit, p. 440.
lement. 11 était oblige de se faire accompagner constamment de l’un de ses camarades de collège, nommé Scheidler. Celui-ci retrouvait de suite, et sans le moindre efTort d’attention, tous les pièges qui étaient tendus, quel qu’en fût le nombre et dans une partie du bois qu’il ne connaissait pas. Comme ce jeune homme ne se faisait remarquer par aucune autre disposition extraordinaire , Gall fut frappé de sa facilité à se rappeler les lieux , et souvent il lui arriva de lui demander comment il faisait pour retrouver son chemin avec si peu d’hésitation; son camarade lui répondait en lui demandant, à son tour, comment il faisait pour se perdre partout. Dans l'espérance d'obtenir l'explication de celte particularité, Gall prit le moule de la tête de son ami, et essaya ensuite de trouver des personnes qui se distinguaient par la même faculté. Le célèbre paysagiste Schænberger lui dit que, dans ses voyages, il avait l’habitude de ne prendre qu’une esquisse grossière des sites qui lui plaisaient, et que plus tard, quand l'envie lui prenait de faire un tableau, chaque arbre , chaque buisson , chaque pierre un peu saillante se représentait spontanément à son esprit. Vers la même époque , Gall fit la connaissance de M. Meyer, l'auteur du roman Dia-na-sore , qui ne trouvait de plaisir que dans une vie errante. Lorsqu'il visitait un pays, M. Meyer s’arrêtait tantôt dans une maison, tantôt dans une autre; d’autres fois il s’attachait à un homme riche, et l'accompagnait dans de longs voyages. Il avait une facilité étonnante pour se rappeler les différents lieux qu'il avait vus. Gall moula aussi sa tête, et, l'ayant placée à côté des deux autres, il se mit à les comparer attentivement. Elles présentaient de grandes différences sous plusieurs rapports; mais il fut frappé de la saillie remarquable qui se voyait dans toutes les trois, un peu au-dessus des yeux, des deux côtés de l’organe de l’individualité; à savoir : deux fortes proéminences parlant de chaque côté du ne/, et remontant obliquement vers les tempes, presqueà la hauteur du milieu du
front. Dès lors, il put supposer que l'aptitude à se souvenir des lieux dépendait d’une faculté primitive dont l’organe était situé à cette partie du crâne. Par la suite, de nombreuses observations ont confirmé cette supposition (1).
Spurzheim dit que» la faculté spéciale de cet organe et la sphère de son activité restent à déterminer. On lui doit les voyageurs, les géographes et les paysagistes. Elle nous fait souvenir des localités, et nous donne le sentiment de la perspective. 11 me semble, ajoute-t-il, que c’est la faculté de la localité en général. Aussitôt que nous avons conçu l’existence d’un corps et de ses qualités, nous voulons remarquer la place qu’il occupe, et c’est la localité qui conçoit la place qu’occupent les corps qui nous entourent (s). » Sir G. Mackenzie pense que la faculté primitive perçoit la position relative. Spurzheim que la localité donne « le senlimeut de la perspective > ; mais plusieurs faits, déjà cités, paraissent démontrer que ce sentiment dépend plutôt de l'étendue. — Sous tous autres rapports, les observations de Spurzheim sont d’accord avec ce que mon expérience m’a démontré. Les personnes qui ont cet organe développé forment une conception distincte, et pour ainsi dire vivante, des sites pittoresques de la nature et des scènes de la vie qu’ils ont vus ou qu’ils ont entendu décrire, et ces conceptions restent gravées dans leur mémoire. Quand cette faculté est mise en activité par l’excitation interne de l’organe, leur imagination en crée involontairement. La localité est trèsdéveloppéedans le moule de Walter Scott. Ceux de ses lecteurs qui ont comine lui cet organe, jouissent autant, en parcourant ses descriptions de sites pittoresques, que s’ils faisaient euxmémes une excursion dans les montagnes, tandis que ses
(t) Presque tout le chapitre de Gall , sur la Localité, se trouve en anglais dans le Phrenoloyical Journal , vol. IV, p. 524.
(2) Phrénologie , p. 280.
paysages les plus poétiquement décrits, fatiguent ceux qui, ont cet organe petit. Cet auteur s’est montré si grand peintre dans ses récits, qu’il ne laisse rien à inventer à l’artiste qui voudrait illustrer ses pages.
Les auteurs qui ont cet organe modérément développé, parlent des lieux d’une toute autre manière. M. Tennant, l’auteur à'Anster Pair et de the Titane of Fife, se contente d’indiquer les principaux traits d'un paysage par des termes appropriés qui peuvent le rappeler aux personnes qui l’ont vu , mais qui ne font pas image dans l'esprit du lecteur, et dans sa tête l’organe de la localité est au-dessous de la moyenne. Les lignes suivantes portent le cachet de son style :
“ Next them the troopers each on fervent steed Thaï dwell unlhin lhewarm andflowery date »
IPhere dnnan and where Etk, and l.iddle, lead
Their ttreams (loirn Iripping through tlie sunny valet.
And where the slronger and more twelling Tweed « Emergent from hit midland mountain, traits Fvluminous and broad hit walert down To meel the briny sea by bulwark’d Berwick town ” (I).
Cet organe est développé dans les bustes et les portraits de tous les voyageurs et navigateurs célèbres, comme Colomb, Cook et Mungo-Park, et aussi dans ceux des grands astronomes et géographes, comme Kepler, Galilée, Tycbo-Brabé et Newton. Il doit avoir été très-développé sur la tête du Tasse; car ce poète en a manifesté au plus haut point la faculté dans ses ouvrages. Gall cite plusieurs individus qui avaient cet
(I) Près d'eux des chevaliers, portés par des coursiers ardents et habitués à errer libres dans les vallées chaudes et fleuries oti serpentent l'Annan , l'F.sk elle Liddle;où la Tweed, plus forte et plus orgueilleuse, jaillit impétueusement de la montagne, et entraînant après elle des eaux larges et puissantes, va rejoindre l'onde amère sous les remparts de Berwick.
organe très-développé , et qui avaient la passion des voyages; et M. Schiolz, magistrat de Danemark, cite un exemple semblable dans le Phrenological Journal (i). Cette faculté donne le coup d’œil ; c’est par elle qu’on apprécie l’étendue d’un terrain; elle est nécessaire aux officiers du génie; et sans elle il n’y a pas de bon général. Gall dit avoir observé que cet organe était développé chez les bons joueurs d'échecs ; et il comprend que leur talent consiste dans la faculté de concevoir toutes les combinaisons résultant de la marche des pièces.
Quelques personnes ont un tact naturel pour discerner et se rappeler la situation des organes sur les bustes pbrénologiques, et percevoir des différences dans les formes d’une tête, tandis que d’autres y trouvent les plus grandes difficultés. Les premières ont la localité, l'étendue et la forme développées; les seconds ont ces organes petits; et c’est ce qu’indique le resserrement de la portion du crâne située immédiatement au-dessus du nez. Ces personnes trouvent dans leur incapacité d’observation, une objection contre la phrénologie; mais n’est-ce pas comme si M. Milnc voulait nier les diverses nuances des couleurs, parce que son organe du coloris est si défectueux qu’il ne peut en percevoir aucune I
La localité parait être un élément de succès en géométrie. Dans les têtes ou bustes de six ou sept mathématiciens distingués que j’ai soigneusement examinés, cet organe, l’étendue, l’individualité et la comparaison sont très- larges. En effet, la géométrie, proprement dite, ne traite que des rapports d’espaces et n’est basée que sur la proportion. De là on peut conclure avec raison qu'elle appartient â la sphère des organes ci-dessus mentionnés. Des preuves négatives coïncident aussi avec ces observations affirmatives. Zhéro Colburn , ce jeune Américain que son aptitude à calculer rendit si célèbre, ayant
(t) Vol. VIII, pag. 64.
coure. — traits nr. phrénologie, t. ii. 10
Youlu s’occuper de mathématiques, u’y réussit que médiocrement. Il me dit qu’on lui avait enseigné les six premiers livres d'Euclide. 11 en comprenait les propositions, mais ne trouvait aucun plaisir à celte étude. Il aimait mieux l’algèbre. Aussi a-t-il l'organe du nombre proéminent, et celui de la localité faible. On voulut d’abord qu’il se livrât à l'étude des mathématiques; mais on reconnut qu’il n’excellerait pas dans celte partie, et on le destina à la profession d'avocat. M. George Bidder déploya , dès l’enfance , une facilité si étonnante à calculer de tête, que plusieurs personnes d'Édimbourg voulurent se charger de son éducation; et supposant qu’il réussirait, surtout dans les mathématiques, le destinèrent au génie civil. Ayant entendu parler de cette intention, et ayant observé que dans sa tête les organes des facultés géométriques n'avaient pas un développement extraordinaire, je prédis qu'il ne se distinguerait pas autant comme géomètre, qu'il setait distingué comme calculateur; et je fis part de celle conviction à M. Baird, l’un de ses protecteurs. M. Bidder a continué l’élude de la géométrie ; mais au bout de deux ans le professeur Wallace, et lui-méme, m'ont appris qu'il ne se distinguait pas dans sa classe.
C’est une opinion généralement répandue, que les mathématiques offrent un exercice aux facultés réflectives, et que leur but, comme branche d’éducation, est de former le raisonnement. Bien des personnes trouvent qu’elles suppléent avantageusement le cours inutile de logique qu’on fait dans les écoles. Cette idée me parait erronée. La géométrie traite des proportions de l’espace; l’algèbre et l’arithmétique des rapports des nombres; et tous trois ils constituent les grands éléments de la science des mathématiques proprement dites. Pour juger des proportions de l’espace, l’étendue, la localité et l’individualité, aidées de la comparaison, sont indispensables, tandis qu'il faut le nombre et l’ordre, aidés aussi de
la comparaison , pour établir des proportions numériques. La causalité implique toujours puissance, force ou action, et l'idée de cause et d’efficacité n'entre pas du tout dans les propositions des mathématiques proprement dites. Cette erreur populaire n’a pas la sanction des philosophes. Bacon observe que • quelques hommes, pleins d’aptitude pour les mathématiques, n'entendent rien à la logique. Quelques-uns raisonnent bien sur des nombres et des quantités, et ne savent pas raisonner suides mots. » Dugald Stewart remarque que : « quand il est établi sous la forme d’une vérité évidente par elle-même, que des volumes qui coïncident entre eux ou remplissent exactement le même espace, sont égaux les uns aux autres, le commençant donne facilement son assentiment à la proposition, et cet assentiment ( cl rien de plus ) est tout ce qu'on exige dans les démonstrations des six premiers livres d’Euclide (i).» M. Stewart était mathématicien et aussi métaphysicien; et ce qu’il dit prouve que la totalité des six premiers livres d'Euclide, qui constitue une si grande partie de l’éducation mathématique ordinaire, a exclusivement rapport aux proportions de l’espace ou du volume, sans s’occuper des causes.
Le professeur Leslie dit que tout C édifice de la géométrie est basé sur la simple comparaison des triangles; et M. Stewart relève celle assertion, en faisant observer que « les termes en sont impropres. D’Alembert établit un autre principe comme non moins fondamental , la mesure des angles par les arcs de cercles. » II est évident que les triangles et les arcs de cercles sont simplement des formes d’espace. « La méthode des fluxions, dit le professeur Plaifair, n’était dans Newton que la mesure des vitesses avec lesquelles des quantités variables ou fluides étaient supposées engendrées ; et elles pouvaient être d’un volume quelconque, pourvu qu’elles fussent en raison de
(1) Philosophie de l’esprit humain, vol. II, p. 174, édit 1816.
ces vitesses ou, ce qui est la môme chose, en raison du flux et du reflux (i). » Sir John Herschell remarque que « on doit se rappeler qu'il y a des esprits qui, quoique raisonnant juste, manifestent cependant une inaptitude prononcée pour les études mathématiques; ils savent apprécier et non calculer • et sont plus frappés par les analogies et par la force de l'évidence dans l’argumentation, que par les démonstrations mathématiques, où l’argument est d'un côté sans qu'il y ait de l'autre l'ombre d'une preuve. Le mathématicien ne voit qu'un côté d'une question, par cette excellente raison qu'une question rigoureusement mathématique n'a qu’un côté , qui puisse être soutenu autrement que par une simple assertion; tandis que toutes les grandes questions qui s'élèvent dans la vie active et
lans le monde agissant, sont chaudement discutées, et souvent avec une apparence de raison des deux côtés ; on peut avec beaucoup d'esprit ne savoir de quel côté se ranger (a).»
Ces remarques portent seulement sur les mathématiques proprement dites, ou sur la géométrie et ses branches avec l'algèbre et l'arithmétique et leurs divisions. Quoique ces sciences ne traitent pas des causes , cependant on peut les appliquer à mesurer des forces, dans tous les cas où ces forces opèrent avec une régularité si précise, que leur action peut être mesurée par des divisions exactes d'espace et de nombre. La gravitation est une force analogue; mais quand les agents n’opèrent pas régulièrement, on ne peut appliquer les mathématiques. Les actions des hommes, par exemple, procèdent des perceptions intellectuelles, des impulsions d'affection ou de
(1) Dissertation H, Bneyc. Bril., p. 10.
(3) Fietcs oi» identifie and general éducation, appieed to Oie proposed System o( Instruction in the South African college; ouvrage réimprimé dans le London and Edinburgli Philosophical Magazine and Journal o f science, vol. VIII , pag. 433, n" 48; mai 1836. Voir la note par M. Simpson , pag. 476.
la force des passions, toutes causes qui n’ont pas cette simplicité de caractère et cette uniformité d’opération indispensables pour l’application des mesures mathématiques. Pour juger de la conduite de l’homme, il faut que l'intelligence apprécie, par une sagacité innée que l'expérience a perfectionnée , l'influence des motifs et des circonstances extérieures. Un problème de hautes mathématiques , en exerçant principalement l’intelligence de l’espace et des quantités, n'est nullement favorable au développement de la capacité, qui repose surtout sur la comparaison et la causalité, opérant avec les facultés affectives. On peut donc se distinguer dans les mathématiques et manquer de cette sagacité d'appréciation.
Remarquons ici que les mathématiciens français se servent du mot donc, dans les démonstrations où les Anglais emploient le mol therefore t c'est pourquoi). Le donc français, qui correspond au tune latin et au tlien anglais , est l'expression la plus correcte. Dans une démonstration purement mathématique, la conclusion devient apparente a un moment déterminé, quand la proposition et ses rapports ont été développés, sans que la moindre idée d'influence active, dans la proposition, l’ait amenée; tandis que le mot therefore (c’est pourquoi ) exprime le résultat nécessaire d’une influence. Dans la proposition < le soleil brille avec éclat; c'est pourquoi (therefore) il fait chaud , » le mot therefore implique un rapport avec une cause, tandis que dans la proposition » A est égal à B et C est égal à B; c'est pourquoi ( therefore ) A et C sont égaux entre eux, » le rapport qu’il exprime n’est qu'un rapport de proportion, et le donc français est plus logique.
Quand le groupe des organes, situés au-dessus du nez, à savoir : l’individualité, la forme, l’étendue, la pesanteur et la localité sont tous développés, on excelle dans la dynamique. Les personnes douées de ces organes réussissent dans les professions de tourneur et d’arquebusier; et si la constructivilé est
aussi énergique chez elles et qu’elles aient été élevées dans des professions où elles ne peuvent donner carrière à ces facultés, elles se montent souvent des ateliers particuliers et inventent ou perfectionnent des machines.
L’organe de la localité est en général bien plus développé chez les hommes que chez les femmes; les facultés qui s'y rattachent sont dans le môme rapport.
Gall cite plusieurs exemples d’affection morbide de cet organe; et dans le Phrenological Journal (1), M. Simpson donne des détails très-intéressants des symptômes qui accompagnent la maladie de cet organe et des autres organes de science dont nous nous sommes déjà occupé. Il renvoie surtout au cas du docteur John Hunter qui, se trouvant dans la maison d’un ami, oublia dans quelle partie de la ville il était, et regarda à la fenêtre, mais inutilement, pour rafraîchir sa mémoire; car, pour me servir des expressions de sir Everard Home, « il ne concevait aucun lieu au delà de la pièce où il se trouvait , tout en ayant la conscience qu'il perdait la mémoire (2). >
Les animaux possèdent la localité, et plusieurs faits intéressants attestent qu’ils en manifestent les facultés. Gall cite plusieurs exemples de chiens qui retournaient de fort loin chez leur maître , sans que l’odorat ou la vue pût les guider. « Un chien fut transporté, dit-il, dans une voiture de Vienne à St.-Pétersbourg ; au bout de six mois il reparut à Vienne. Un autre fut transporté de Vienne à Londres ; il s’attacha à tin voyageur, et passa le détroit avec lui ; au moment du débarquement, il s’eufuit et revint dans sa ville natale. Un autre chien fut envoyé de Lyon à Marseille, où il fut embarqué pour Naples; il revint par terre à Lyon. > Un ûne, embarqué à Gibraltar, à
(t) Vol. H , pag. 303. Voir aussi vol. Vit , pag. 317.
(2) Vie (le John Hunier, jointe h son traité sur le sang , l’inflammation , et les blessures d’armes à feu, publié par sir E. Home en 1704.
bord de la frégate Ister, en 1816, fut jeté à la mer quand ce bâtiment échoua au cap de Gâte en Espagne, à deux cents milles de Gibraltar. 11 avait aux oreilles des trous qui indiquaient qu’on l'avait fait servir à porter des criminels, quand on les faisait passer par les verges; cl comme les paysans ont horreur de cette espèce d’ines, aucun ne l’arrêta; il revint bientôt à Gibraltar (î) à travers un pays entrecoupé de rivières et de montagnes. L’opinion admise que les chiens retrouvent leur chemin à l'aide de l'odorat est tout à fait absurde, comme le fait observer Gall, dans les cas où ils ont été transportés par eau ou en voiture ; et l’idée que ces animaux peuvent sentir les émanations de la personne de leur maître, sur un espace de plusieurs centaines de lieues , parait également hasardée. D'ailleurs un chien ne retourne pas chez son maître par le chemin le plus court; il ne suit pas non plus la ligne qu’on lui a fait parcourir en l'emportant; et c’est pourquoi quelques naturalistes ont admis une cause occulte de cet instinct extraordinaire, qu'ils ont nommé sixième sens. Gall le rapporte à l'organe de la localité. Le faucon d'Islande parcourt des milliers de lieues pour retourner à son nid; les pigeons-messagers sont depuis longtemps célèbres au même titre; aussi s’en serton souvent pour faire parvenir des dépêches. Les hirondelles, les rossignols et un grand nombre d'oiseaux de mer, émigrent d’un climat à un autre , à certaines saisons de l’année; ce que Gall attribue à une exultation périodique et involontaire de l’organe de la localité. Les oiseaux en cage, qui ont une nourriture abondante, ne sont pas eux-mêmes à l'abri de celte influence (a).
Le développement du sinus frontal empêche quelquefois
(t) Kcrby and Spencc’s, Enlnmology , pag. 496.
(2) Voyez les remarques sur les pigeons messagers dans le Phrenological Journal, vol. VIII, pag. 71.
d’apprécier l’étendue de l’organe de la localité; mais il s'étend rarement au delà de sa portion inférieure; et tandis que les proéminences produites par le sinus sont de formes irrégulières et ont en général une direction horizontale, les saillies causées par un grand développement de la localité sont uniformes et s’élèvent obliquement vers le milieu du front. De plus, la preuve négative de cet organe est irrécusable. Son existence est donc prouvée.