Ordre
L’ordre suppose une pluralité d'objets; mais l'on peut avoir l’idée de plusieurs choses et de leur qualité, sans songer à l’ordre dans lequel on pourrait les ranger. Les divers arrangements d'objets physiques ne plaisent pas tous également, et la disposition à trouver du charme dans l'ordre et du tourment dans le désordre n'est en rapport avec le don d’aucune autre faculté. Il y a des individus qui sont les martyrs de leur amour de l'ordre, qui sont malheureux au delà de toute expression quand il y a confusion d'objets, et heureux quand tout est bien arrangé. Ces personnes ont l'organe dont nous nous occupons très-développé. Disons toutefois que l'espèce d'arrangement, résultant de cette faculté, diffère, quoiqu’il en soit peut-être un élément, de la méthode philosophique, qui résulte de la perception du rapport des choses. La faculté dont' nous nous occupons ici donne de la méthode et de l'ordre dans l’arrangement des objets, selon leur rapport physique; mais les déductions philosophiques ou logiques, la conception de systématiser
(t) Traité de Phrénologie, tome II, p. 321.
ou de généraliser , et les idées de classifications sont formées par les facultés réfleclives. Spurzheim dit que le Sauvage de T Aveyron à Paris, quoique idiot au plus haut degré, ne pouvait supporter la vue d'une chaise ou de tout autre objet hors de sa place; et aussitôt que quelque chose était dérangé, sans qu’on l’y excitât, il le replaçait immédiatement. II a vu aussi à Édimbourg une jeune fille idiote, chez laquelle l’amour de l'ordre était très-actif; elle évitait l’appartement de son frère pour ne pas voir la confusion qui y régnait.
Gai) dit qu’il a rencontré plusieurs faits qui indiquent puissamment que tordre dépend d’une faculté primitive; mais qu’en raison de la difficulté d’observer les organes placés dans la région des sourcils, et en raison de la petitesse de cet organe en particulier, comme l’a indiqué Spurzheim, il n'a pu réunir assez de preuves pour l’autoriser à prononcer sur sa situation (i).
J’ai vu plusieurs exemples qui tendent à prouver l’existence de cet organe. M. L. , de son vivant attaché au Collège royal des chirurgiens d’Édirabourg, et dont on vend le moule, l’avait très-développé , et son amour de la régularité et de l’ordre était aussi remarquable dans son intérieur que dans l’exercice de sa profession. Il réglait sa dépense sur ses appointements de la manière la plus exemplaire; écrivait ses lettres et ses articles sans rature ; tenait ses comptes avec une régularité invariable , et était remarquable par sa mise soignée , aussi bien que par l’ordre avec lequel ses vêtements étaient arrangés dans sa garde-robe. Sur chaque arcade ciliaire, dans son moule, il y a une élévation ressemblant ii un petit pois qu'on prend souvent pour cet organe, mais qui parait n’être qu’une pointe projectante de l’os frontal, à laquelle sont attachées quelques fibres du muscle temporal. Le développement de cet organe est in-
(I) Sur les fonction* du cerveau, tome IV, p. 407.
cliqué par une grande plénitude , donnant une espèce de carrure aux angles externes de la partie inférieure du front. Ce trait caractéristique est héréditaire dans la famille de M. L.; il le tient de son père ( dont le portrait indique un grand développement de cet organe ), qui l'a transmis à un degré plus ou moins fort à tous ses fils. Tout ce que portait le père de M. L., avait sa place marquée dans chacune de ses poches; et jamais il ne s’y trompait. On rapporte cependant qu’un jour, n’ayant pas trouvé son canif à sa place accoutumée, il fit venir devant lui ses domestiques et quelques jeunes parents, leur demanda s’ils l’avaient vu, et ayant reçu une réponse négative, affirma sans hésiter qu’on avait dû le voler. Comme on le priait de regarder dans ses autres poches , il entra en fureur , et s’écria que depuis vingt ans il mettait son canif dans la même. Cependant à la fin il céda aux instances réitérées de ses domestiques, et fut tout confus de retrouver son canif. M. L. avait le cerveau également développé dans toutes ses parties; ce qui, avec l’ordre, contribuait à produire la régularité générale de sa conduite. Dans le buste de M. Douglas, qui aimait aussi beaucoup l’ordre, cet organe est très-développé. J’ai vu des personnes qui avaient cette partie du cerveau très-petite , et chez lesquelles l’amour de l'ordre était des plus faibles.
Les habitudes contractées dans la jeunesse influent beaucoup sur l’activité de cet organe. Quand on est élevé par des parents qui ont de l’ordre , on se distingue bien plus par cette qualité que si on passe ses premières années dans la malpropreté et le désordre.
Dans le crâne des Esquimaux cet organe est petit , et tous les navigateurs qui les ont visités s'accordent à décrire leurs habitudes comme sales et dégoûtantes (i).
(t) Voyez pour plus amples details le Phrenological Journal, vol. VIH,
Tout bien considéré, je suis disposé à regarder l'existence de cet organe comme prouvée. Il est développé dans le masque marqué French M. D., dans Franklin et Humboldt, frère du . voyageur. Il est petit dans Anne Ormerod.
•ïO. — Éventualité.
Cet organe, bien développé, fait paraître le milieu du front * proéminent ,rou lui donne de la rondeur.
MTT.