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Temps

La faculté de concevoir le temps et de se rappeler la coïncidence des événements, comme aussi la faculté d’observer la

(t) Lectures, vol. II, p. 192.

mesure dans la musique, varient selon les individus. On a fait sur cet organe plusieurs observations; et son existence est à présent regardée comme prouvée. Sa faculté spéciale semble être le pouvoir de juger du temps, et en général des intervalles de durée. Comme il donne la perception de la cadence , il me semble être la source du plaisir qu’on trouve à danser. Il est essentiel à la musique et à la versification. M. Simpson, dans un excellent essai sur cette faculté, publié dans le Phrenoloqicai Journal (i) , dit : t Nous avons trouvé cet organe très-développé chez ceux qui ont l'intuition du laps des minutes et des heures, au point de dire l’heure sans avoir recours à l’horloge; et aussi chez ceux qui perçoivent les divisions du temps les plus minutieuses et leurs rapports harmonieux, ce qui constitue le rhythme, et qui, lorsqu'ils appliquent la cadence à la musique, sont appelés bons timisles, — pouvoir distinct de celui du simple mélodiste, et qui lui manque souvent; tandis que, d'un autre côté, les plus simples observations ont fait reconnaître que cette sensibilité au rhythme, appelé la mesure, se trouve chez des personnes qui ne perçoivent la mélodie que trèsindifféremment. Les bons danseurs sont ainsi doués ; ils observent les moindres nuances de la mesure, et restent indifférents h la mélodie du violon. Nous avons fait de nombreuses observations sur des personnes qui ont le temps et les tons développés, et sur des personnes qui n’ont qu’un de ces organes; et les manifestations ont toujours répondu à celles que * nous attendions. Nous fûmes frappé , il y a très-peu de temps , de la proéminence extraordinaire de l'organe du temps dans toute une jeune famille , et nous demandâmes aussitôt si les personnes qui la composaient aimaient la danse et si elles dansaient en mesure. Nous reçûmes une réponse affirmative; et comme notre demeure était près de la leur, nous eûmes l’occa-

(I) Phrenological Journal, vol. Il, p. 13i.

sion d’observer que la danse était leur passe-temps favori et habituel. Leur maître de danse nous dit quelles observaient la mesure avec une exactitude qu’il n’avait jamais remarquée jusque-là chez aucun de ses élèves. 11 nous fut ainsi prouvé que cette famille trouvait un plaisir infini dans des mouvements exactement rhythmés. >

K. Simpson explique ainsi qu’il suit le fait que les sourdsmuets dansent avec précision et avec plaisir. « Que l’œil puisse saisir la mesure avec la plus grande précision, c'est un fait familier à tous ceux qui ont vu une compagnie manœuvrer, sans entendre un seul mot de commandement, et obéir aux mouvements du sergent. Quand on a vu faire ainsi l'exercice par des militaires exercés, on ne peut nier le plaisir extrême qu’il y a à contempler ces mouvements exécutés avec une cadence parfaite. Je suppose maintenant un danseur que la musique n’accompagnerait pas, et qui devrait fixer les yeux sur une personne ou sur un objet marquant la mesure; cela suppléerait pour lui à la musique, on ne peut en douter. Un sourd pourrait faire l’exercice du fusil, en suivant les mouvements du sergent instructeur, et pourrait danser aussi facilement en fixant les yeux sur l’archet du violon ou la baguette de la grosse caisse.

<11 est inutile d’aller plus loin, et de démontrer que l’organe du temps peut être excité aussi bien par le sens du toucher que par le sens de l'ouïe et de la vue. Personne ne mettra en doute qu’un soldat pourrait faire l’exercice sans autre indication que des tapes sur l’épaule; et certes on pourrait faire danser en battant la mesure de la môme manière.

< Ce que nous avons dit est confirmé par l’expérience. Il est bien connu que les sourds-muets dansent en saisissant la mesure à l'œil, soit en regardant le bras du joueur de violon, soit ensuivant, mais instantanément, les mouvements des autres danseurs. Nous connaissons une jeune dame et un jeune homme en Angleterre, sourds-muets, tous deux de haute

naissance, qui, indépendamment de plusieurs talents, ont celui de danser avec une grâce infinie et une précision remarquable. »

On rencontre des individus qui estiment les laps de temps si exactement, quils peuvent dire l'heure sans regarder leur montre. M. Cliavannes a cité un exemple de cette espèce à la Société des sciences naturelles, en Suisse. 11 s’agit de Jean- Daniel Chevalley que M. Chavannes avait visité, et dont l’histoire est rapportée dans la Bibliothèque universelle, vol. 27. Le Journal anglais des Arts et des Sciences en a donné un abrégé , qui fait partie d'un excellent article sur la faculté du temps, inséré au Phrenological Journal, vol. IV, pag. 517. En voici une partie ; * Étant à bord du bateau à vapeur sur le lac de Genève ( 14 juillet 1823 ) , il attira d’abord l'attention, en faisant remarquer qu’autant de minutes et de secondes seraient écoulées depuis qu on avait quitté Genève. Un peu plus tard il fit le pari d’indiquer, à ceux qui se pressaient autour de lui, quand un quart d’heure ou autant de minutes et de secondes qu on en désirerait se seraient écoulées, et cela en causant avec toutes les personnes présentes. Il promit de plus d’indiquer le momcntoù 1 aiguille marquerait unquart d’heure ou toute autre division du temps; et cest ce qu’il fit, sans se tromper une seule fois pendant le cours de l’expérience, malgré les efforts de ceux qui I entouraient pour distraire son attention. >

M. Chavannes rapporte alors les propres paroles de cet homme : « J ai acquis, disait-il , par l imitation, le travail et la * patience, un mouvement interne que ni la pensée, ni le tra- « vail, rien enfin ne peut arrêter. C’est comme si j'avais en « moi un pendule qui par chaque mouvement d’allée et de « venue marquât un espace de trois secondes; si bien que vingt « de ces mouvements font une minute, et je lesadditionne con- « tinuellemeut. » M. Chavannes ne comprit pas bien son calcul pour obtenir la subdivision des secondes; mais cet homme

offrit de lui-même de loi en donner la preuve. On la vérifia sur un certain nombre de minutes. Il secoua la tête au temps fixé, changea le son de sa voix au quart , à la demie , aux trois quarts, et indiqua exactement l’espace de temps demandé. Il semblait s'aider u il peu de la mnémonique, appliquer en idée des noms religieux aux cinq premières minutes, et faire ainsi le tour du cadran par division de cinq minutes. Lorsqu'on lui dit qu’à en croire les gens du pays, il se servait de son pouls comme indicateur, il se prit à rire, et dit qu’il était bien trop irrégulier pour cela.

Il convenait que ce mouvement interne n’était ni aussi certain, ni aussi constant pendant la nuit. Néanmoins < il est « facile de comprendre, disait-il, que quand je n’ai pas eu « trop de fatigue dans la soirée, et que mon sommeil est doux, « si en me réveillant je réfléchis une ou deux secondes, je ne me « tromperai pas de dix minutes dans ma réponse. Le jour re- « nouvelle le mouvement s’il a été arrêté, on le rectifie s’il a « été dérangé. » Quaud on lui demanda comment il pouvait renouveler le mouvement lorsqu’il avait cessé , il répondit : « Monsieur, je ne suis qu’un pauvre homme. Ce n’est pas un

< don du ciel ; cette faculté est le résultat de travaux et de

< calculs trop longs à vous dire. J’ai fait l'expérience la nuit • plusieurs fois, et je la ferai pour vousquand il vous plaira. » M. Chavannes n’eut cependant pas l’occasion d'accepter cette offre; mais il emporta la conviction que cet homme ne lui en imposait pas. 11 dit que cet homme est sourd et ne peut plus à présent entendre le son de sa montre ou de son horloge ; bien plus, que ni l’une ni l'autre ne frappent vingt temps par minute, nombre indiqué par les mouvements de Chevalley, quand il désire donner une idée de son mouvement interne; et il se dit convaincu, d’après ce qu’il a vu, que cet homme possède une espèce de mouvement interne, qui indique lesminutes et les secondes avec la plus grande exactitude. >

Un montagnard ignorant, qui a été pendant longtemps au service de Sir G. S. Mackenzie comme laboureur, pouvait dire l'heure avec la plus grande exactitude , ainsi que le moment de la marée haute, quoique sa demeure fût à 7 milles de la mer. Sir George Mackenzie ne connaissait pas encore la phrénologie, quand cet homme mourut.

Le Dr Hoppe , de Copenhague, rapporte un cas intéressant d'affection morbide del’organedu temps, qu’il observa en 1827. t C’était en octobre dernier, dit-il; j’allais visiter M^G., femme d’esprit de ma connaissance, ayant un tempérament nerveux , qui souffrait modérément du delirium puerpérale. Quand on loi adressait la parole, elle avait tout son bon sens, et faisait des réponses raisonnables. Elle aflirma, sans avoir été questionnée particulièrement sur ce sujet, que, quoiqu’elle eût la conscience d’ellc-méme et de tout ce qui l’entourait, elle n’avait pas la conception du temps; et il lui semblait parfois qu’il s’était écoulé bien longtemps depuis qu’elle était tombée dans son état actuel, et parfois qu'il ne s’était écoulé que quelques minutes tout au pins. Elle éprouvait le même désordre dans sa pensée, quand elle me racontait ce qui s’était passé depuis la veille. Elle s'étonnait beaucoup de cet état de son esprit qu’elle reconnaissait cependant parfaitement. Elle parlait et raisonnait des personnes et des choses aussi bien qu’auparavant. Elle ne tombait dans le délire que rarement et quand elle était seule. Je ne cherchai pas d’abord à m’expliquer ce qu’elle éprouvait, d’après mes connaissances phrénologiques ; mais quand, sans être questionnée, elle se plaignit de ce qu’elle « sentait comme une ligne brûlante (ce sont ses propres expressions) qui lui traversait le front, > je fus tout d'un coup frappé du rapport phrénologique, et lui demandai d’indiquer la place avecle doigt. « C'estlà,» dit-elle. Et elle mit exactement le bout du doigt sur les deux organes du temps, en décrivant entre deux une horizontale. Je lui demandai si elle n’éprouvait de douleur dans aucune autre

partie de la tête. « Non, répondit-elle , je ne souffre que dans cette ligne (i). »

L’origine de l'idée du temps a beaucoup embarrassé les métaphysiciens. Lord Kames dit que nous le mesurons par le nombre de nos idées; mais l’expérience contredit cette supposition ; car le temps ne parait jamais plus court, que quand les idées sont nombreuses, et se succèdent rapidement dans notre esprit. D'un autre côté, l’opinion que la conception du temps dépend d’une faculté et d'un organe distincts, s’accorde avec ce fait; car comme l’organe du temps peut rester inactif , tandis que les autres sont excités vivement , il s’ensuit que notre perception de la durée du temps sera parfois peu distincte, et par conséquent le temps paraîtra court.

Le talent d’employer à propos les temps, dans la composition , parait dépendre de cet organe.

Les animaux paraissent percevoir et apprécier les intervalles du temps. M. Southey, dans son Omniana, parle de deux chiens qui avaient acquis une connaissance du temps , telle qu’ils pouvaient compter les jours de la semaine. Il dit : c Mon « grand-père en avait un qui faisait deux milles, tous les sa- « médis, pour aller chercher à la boucherie sa pitance d’une « semaine. Je sais un autre fait plus extraordinaire et très- < authentique. Un chien, qui avait appartenu à un Irlandais t qui l’avait ensuite vendu en Angleterre, ne voulait jamais * toucher un morceau de viande le vendredi. » Les chevaux ont aussi , quoiqu’à un degré moindre, la faculté de se rappeler les intervalles du temps.» Nous connaissons un cheval, dit l’écrivain que je cite ( et nous avons été témoin du fait ) , qui, ayant été accoutumé à faire un voyage par semaine avec le porteur d'un journal de province, s’arrêtait toujours aux maisons des divers abonnés, quoiqu’il y en eût 60 ou 70; bien plus, il y avait

(I) Phrenological Journal , vol. V, p. 438; et Vf, p. 161.

COMBE. — TRAITÉ DE PHRÉNOLOGIE. T. Il, 14

sur la roulo deux personnes abonnées en commun, ei chacune voulait avoir le journal la première de deux dimanches l'un. Le cheval se prêta bientôt de lui-même à cette convention; et quoique ces deux personnes demeurassent à deux milles l’une de l’autre, il s'arrêtait tous les quinze jours à la porte du coabonné, à Thorpe, et tous les quinze jours à la porte de l’autre coabonné, à Schertsey; et jamais il n'a oublié cet arrangement qui dura plusieurs années (t). «Le Dr Vimont pense qu’il est impossible de douter que les animaux possèdent la faculté d’apprécier le temps; et il rapporte plusieurs faitsà l'appui de cette opinion (s).

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